mercredi 27 avril 2011

The Italian Job

Hôtel Europa, San Remo, 16h01. Le train, en provenance de Gênes, s'est arrêté en gare peu après treize heures. J'ai sauté sur le quai et traîné mes vingt kilos de bagages à travers le long couloir aussi vite que je le pouvais, car je savais qu'il n'y aurait pas pléthore de taxis faisant le pied de grue à l'entrée. Et effectivement, les deux qui attendaient me sont passés sous le nez, attrapés par une famille et ce qui ressemblait à un joueur de poker typique du coin (petit et chauve). J'ai eu le temps de fumer une clope avant qu'un autre taxi ne se pointe, et la vieille qui attendait derrière moi dans la file a fait semblant de ne pas m'avoir vu, faisant signe au chauffeur de s'arrêter à sa rencontre. Comme il faisait chaud et qu'il aurait été plutôt humiliant de se faire arnaquer aussi grossièrement par une vieille, j'ai protesté, et remporté la confrontation. « Scusi », a dit la vieille avec une pointe de regret dans la voix. Beau joueur, je lui ai demandé si elle voulait partager la course, mais elle ne comprenait rien à ce que je disais. Le chauffeur a fait l'interprète, mais elle n'allait pas dans la même direction que moi, alors elle est restée sur le trottoir. Non mais.

Dix minutes plus tard, le chauffeur me déposait à mon hôtel, convenablement situé en face du casino où je vais passer la majeure partie de mes sept prochaines journées. C'est le même hôtel où j'étais resté l'année dernière, et comme tous les hôtels d'Italie, il est vieillot et kitsch, mais pas désagréable et somme toute fonctionnel. De mon balcon au troisième étage, je peux observer la Méditerranée vibrer paisiblement au rythme de la brise, la vieille gare désaffectée, et le trafic des scooters, Fiat Uno et Alpha Romeo.

J'ai posé mon sac et ai immédiatement quitté l'hôtel à la recherche d'un endroit où manger, ce qui ne fut pas très difficile car San Remo est incontestablement la ville du circuit où l'on mange le mieux. (Fait : nous autres reporters ne jugeons pas les villes du circuit par les monuments historiques, visites ou autres beautés naturelles du décor, puisque l'on a jamais le temps de visiter. Non, le baromètre réel des reporters, c'est la bouffe. Il faut qu'elle soit à la fois 1/ bonne, 2/ pas chère, 3/ accessible aux alentours de l'endroit où l'on travaille. Exemples : Prague – minable, Monte Carlo – atroce, Berlin – moyen, Las Vegas – hors normes, Paris – parfait, San Remo – incomparable. Etc, etc) J'ai commandé une pizza gorgonzola-tomates-jambon, et je me suis senti comme à la maison.

C'est ma cinquième visite à San Remo, mais je ne suis pas arrivé par la voie traditionnelle (atterrissage à Nice, puis cinquante bornes en train ou voiture, un saut de puce de l'autre côté de la frontière), non, mon voyage fut une affaire longue et compliquée, combinaison alambiquée d'autocars, taxis et trains bondés de passagers pressés à travers les Alpes et le Piémont, avec en bonus un arrêt à Turin pour la nuit – 24 heures de voyage en tout. Tout cela parce que j'ai passé le week-end à l'Alpe d'Huez. Sur le papier, l'Alpe d'Huez est plus près de l'Italie que Paris ou Lille, mais en pratique, s'échapper de ces foutues montagnes est un joli casse-tête.

C'est agréable, une station de ski vide, en particulier quand on cherche avant tout à fuir l'agitation... Le voyage était inscrit sur mon calendrier depuis un bout de temps, et s'est avéré tomber pile au bon moment, après les évènements tumultueux des dernières semaines. Juste au moment où je croyais pouvoir souffler un peu, après l'EPT de Berlin et la traduction de Lost Vegas qui m'a tenu éveillé 18 heures par jour pendant presque un mois (le manuscrit part à l'imprimerie cette semaine – on en reparle très vite), le poker en ligne s'est pris la plus grosse claque de son existence, avec l'assaut du département de la justice américain sur les trois plus gros sites du monde. Onze inculpations, sept milliards et demis de dollars réclamés par les procureurs, des peines de prison à gogo, Full Tilt Poker et Poker Stars qui se retirent immédiatement du marché américain, l'argent des yankees bloqué pour une durée indéterminée, et une compréhensible panique générale qui se propage à toute vitesse à travers la communauté internationale. J'ai couvert l'affaire – qui courra à n'en point douter sur plusieurs années – aussi bien que j'étais capable avec plusieurs articles sur Wam-Poker, que je vous invite à consulter si vous faite partie des trois lecteurs pas au courant du merdier, à commencer par celui-là. Cela fait dix jours que je parcours des centaines de sites et converse avec tout ce que je compte de contacts dans l'industrie. Il y aura encore beaucoup à dire sur le sujet, notamment sur les conséquences au niveau humain – j'ai pas mal d'amis dans le milieu dont le job va souffrir, voire même disparaître. Mais je ne me sens pas encore prêt à écrire le long papier que j'ai en tête... J'aimerais avoir un peu plus de recul. Et certaines de mes opinions ne vont sans doute pas aider à me faire des amis.

Ambiance « fin de règne » à l'Alpe d'Huez ce week-end... Et c'est tant mieux, car je suis pas sur d'avoir envie de voir à quoi ressemble cette station mastodonte en période touristique. Plus de neige sur les pistes, à part au sommet, et encore... Les mecs des remontées mécaniques qui nous découragent de prendre un forfait, « ça sert à rien, ça me désole qu'on soit encore ouverts, les gens se font arnaquer »... Des rues désertes, rideau de fer baissés sur les commerces, les rares personnes croisées ayant toute la même conversation... Alors, vous avez fermé ? Oui, on part demain, vacances jusqu'en juillet... On a fait la clôture de quelques restos, s'empiffrant des spécialités régionales jusqu'à s'en faire éclater le bide, raclettes, fondues, cidre et compagnie. On a grimpé la montagne toute verte et marron, couleurs un poil plus reposantes pour l'œil que l'aveuglant manteau de neige immaculée, trempant au passage nos petites baskets de citadin... On a dormi dans un chalet style Twin Peaks, mais les nains en smoking étaient apparemment déjà en congé eux aussi... Et on a joué au poker, on était venus pour ça. L'Alpe d'Huez Poker Tour, qu'il s'appelait, ce tournoi freeroll, et comme Winamax était sponsor de l'affaire, on a eu le droit de s'incruster. Une petite trentaine de joueurs du coin – moniteurs de ski, saisonniers, barmans, amateurs qui passaient par là, et même un joueur venu d'Albi (coucou Farid !), tous qualifiés en ligne ou lors d'étapes précédentes organisées dans le coin – étaient rassemblés pour la finale. C'est mon pote Matthieu Laurent qui chapeautait le tout. Un jour, il faudra que j'écrive un bel article sur Matthieu... A n'en point douter un des piliers, un membre fondateur du poker amateur français, passionné de la première heure. C'est en partie grâce à lui, sa bande de potes savoyards et marseillais, leur motivation et leur enthousiasme étalés sur son site Internet primitif que je suis tombé amoureux du poker... En 2002, quand le poker en ligne était encore une bizarrerie plutôt que la norme commerciale, quand on tapait « poker » sur Google, les récits de leurs parties barrées à deux euros la cave s'affichaient en première page, et après avoir passé des heures à lire et relire toutes ces pages amoureusement construites, je me suis dit, merde, il faut que j'en fasse autant à Lille.

J'ai terminé en treizième place du tournoi, quand mon As-Valet de pique n'a pas réussi à tenir contre le Dame-Valet de mon jeune adversaire. « Tu ne peux pas avoir du jeu à chaque fois », qu'il m'a dit, le gamin, payant plus vite que son ombre ma sur-relance à tapis, trouvant un Valet salvateur sur la rivière. Dommage, c'était un gros pot. Mais bon, pas grave. En ma qualité de reporter Winamax, je ne pense pas que je pouvais prétendre aux premières places – un voyage à Las Vegas pour jouer un tournoi aux WSOP, et un voyage à Dublin pour le Winamax Poker Open. Des tournois que je devrai couvrir dans tous les cas. Mon chanceux adversaire – qui m'a fait plutôt bonne impression par ailleurs - s'est hissé jusqu'au tête à tête final, sous l'œil inquiet de ses parents, anxieux à l'idée d'avoir enfanté un accro en devenir. Il s'est contenté de la deuxième place, il valait mieux d'ailleurs, car il lui aurait fallu attendre trois ans avant d'avoir l'âge légal pour disputer les WSOP. La victoire est revenue à un mec du coin, un saisonnier content d'avoir décroché un ticket pour Vegas, mais déjà anxieux de devoir prendre un congé au beau milieu de l'été...

C'était agréable de disputer une partie de poker freeroll, à l'ancienne, avec des gens « normaux », sans enjeu ni pression véritable. Pour moi qui ai presque complètement arrêté de jouer, cela n'a finalement plus d'importance qu'il y ait de l'argent en jeu où non. Ce tournoi m'a rappelé pourquoi j'ai aimé le poker en premier lieu. Pas pour la quête du gros lot, non, cela ne m'est jamais venu à l'esprit. Plutôt pour l'esprit de compétition, l'adrénaline procurée par un gros pot gagné, l'excitation qui monte à mesure que le nombre de joueur diminue, la satisfaction d'avoir réussi un joli bluff, ce genre de choses nobles... Le poker est un jeu, combien de fois faudra t-il le rappeler ?

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Berlin... Berlin, c'était bizarre. La semaine n'a pas été particulièrement désagréable, mais pas franchement excitante non plus. J'ai couvert le tournoi – un EPT – comme un robot, mécaniquement, en m'appliquant comme d'habitude, mais sans enthousiasme particulier. J'ai passé quelques bonnes soirées avec les joueurs et collègues que j'apprécie – les mêmes que d'ordinaire. J'ai réussi à m'éclipser de l'habituel combo hôtel/casino le temps d'une nuit pour aller en boîte avec Guignol et quelques autres. Mais dans l'ensemble, je suis reparti avec un goût bizarre en bouche. Comme me l'a dit quelqu'un au moment de s'en aller, « Il était temps qu'elle se termine, cette semaine ». Peut-être était-ce du à l'abus de cette excellente herbe allemande dégottée auprès d'un des portiers du Hyatt, mais il y avait parmi mes camarades des médias comme un sentiment de désastre imminent qui flottait au dessus des têtes, une impression pas vraiment formulée mais présente dans toutes les têtes que le ciel allait bientôt nous tomber dessus, ou que peut-être c'était déjà fait... Les conversations étaient moins légères que d'habitude, plus graves, et les silences nerveux plus nombreux qu'à l'accoutumée. Pourquoi ? Difficile à formuler... Je pourrais bien vous ressortir cette litanie existentialiste déjà servie mille fois, à savoir qu'il n'est pas bien difficile de réaliser la futilité de notre existence à tous dès lors que l'on consulte régulièrement les journaux pour s'informer de ce qu'il se passe dans le reste du monde. Et le coup de tonnerre qui a frappé le monde du poker une semaine après notre retour de Berlin me paraît bien dérisoire en comparaison du reste. Mais quand bien même, impossible d'être complètement cynique au sujet de l'industrie du poker, mon industrie... Car un de mes amis proches dans ce milieu a déjà perdu son job, en partie, lui a t-on expliqué sur un ton que je suspecte d'être faux-cul, à cause de ce qui s'est passé aux États-Unis le 15 avril...

Ce type, vous ne le connaissez surement pas, mais vous avez peut-être déjà vu ses vidéos sur PokerNews. Il s'apelle Alexander, et c'est l'une des personnes les plus talentueuses que je connaisse dans mon entourage. Pendant qu'on était à Berlin, il a réalisé la vidéo suivante, un clip de mon amie Dana Immanuel, « updater » pour PokerNews et musicienne accomplie...



... Qui a été source de nombreux fous rires. J'étais présent durant le tournage au classieux hôtel Carlton, ayant même fait office d'assistant accessoiriste en amateur. Le mec que l'on peut apercevoir à poil dans l'un des plans filmés dans le couloir, c'est l'Alexander en question. Je vous raconte pas la crise pour tourner le machin. Nous, on attendait sagement dans la chambre que lui et Dana en aient fini, et à deux reprises on a vu Alex se précipiter et claquer la porte derrière lui, nu comme un ver avec les mains croisées au niveau de l'entrejambe. « La porte de l'ascenseur s'est ouverte ! Ils m'ont vu ! » Le tournage a continué jusque tard dans la nuit, embrumé par les vapeurs d'alcool et de joints, et ce n'est qu'à quatre heures trente du matin qu'une employée de l'hôtel est venue sous informer, avec une politesse infinie, que ce serait peut-être une bonne idée de faire moins de bruit.

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Vous le savez peut-être déjà... Cela fait plus d'un mois que j'ai perdu ma moitié, mon fidèle compagnon de route, mon confrère, mon petit frère, que dis-je. Harper ! La faute à un accident stupide et tragique lors d'une rencontre du Winamax Football Club, notre équipe amateur inscrite au championnat inter-entreprises d'Ile de France où officie le second reporter de Winamax, sur lequel Vikash Dhorasoo ne tarit pas d'éloges quant à ses talents de buteur. Une fausse manip' avec le ballon, et c'est la chute, le pied en vrac, fracture, hurlements de douleur, pompiers qui débarquent, deux passages sur le billard, et un verdict implacable : deux mois d'immobilisation complète, au minimum, prisonnier, plâtré, encagé, et une longue rééducation en prévision. Et voilà Harper cloitré dans son appartement à se morfondre en attendant que ça se passe. Le couvreur ne va pas remonter sur le toit avant un bout de temps, et me voilà seul pour affronter le calendrier chargé des prochains moins. Il me manque ! C'est maintenant qu'il est parti que je réalise que je ne peux fonctionner sans lui. J'espère qu'il reviendra vite. Le circuit est moins rigolo maintenant qu'il n'est plus là.

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A partir de là, ma route est toute tracée. Sept jours à San Remo (le premier tournoi d'après le séisme américain, mais si j'en crois mes premières conversations avec les employés de Poker Stars, je n'apprendrai rien de croustillant cette semaine – personne ne sait rien), puis enchaînement direct à Madrid, où la dernière étape de la saison EPT a déménagé. Je profiterai des trois jours de battement entre les deux tournois pour aller rendre visite à la famille installée aux abords de la capitale espagnole. Après, retour en France, quelques jours de répit mais pas trop, il faut couvrir la finale du France Poker Tour, pour aussitôt partir à Vegas pour deux mois, j'ai regardé le calendrier, mon prochain week-end de libre sera en août.

mardi 5 avril 2011

You'll never get out of this maze

Berlin. Grand Hôtel Hyatt. À l'étage executive, s'il vous-plaît. Tout en haut. Des tas de produits exotiques dans la salle de bain, un bon gros lit moelleux de deux mètres sur deux, une télé géante avec une prise pour brancher l'iPod, un service de chambre probablement hors de prix, et j'imagine que toute la panoplie d'aménités sportives et de bien-être sont disponibles au bout du couloir. Aux alentours de 600 euros la nuit. On ne se refuse rien. Je m'en tape, je paie pas, et ma boîte non plus. Je connais du monde, monsieur.

Il est minuit et je reviens tout juste de la traditionnelle soirée d'avant tournoi organisée Poker Stars. Plus de deux mois sans tournoi EPT, j'avais presque oublié le goût des coupes de champagne à l'œil. C'était à peu près pareil que d'habitude. Les invités étaient composés à 86% de jeunes joueurs de poker mâles, dont 99% sont présents à chaque soirée EPT. Pour pallier à la carence en représentantes de l'espèce féminine, les organisateurs avaient fait appel à une agence chargée de peupler le dance-floor de « talents ». Par talent il faut comprendre qu'elles étaient rudement bonnes, les salopes, avec leurs robes moulantes et leurs gros seins et leur déhanche ment aguicheur, d'ailleurs certains de mes confrères n'ont pas tenu bien longtemps à la vue du cheptel et se sont rapidement excusés pour foncer à l'Artémis, un établissement où il n'y a pas besoin de faire la conversation ou de maîtriser des pas de danse compliqués pour baiser, non, il suffit juste d'avoir un peu de liquide en poche. Vous l'avez deviné, l'Artémis est là où l'on va croiser un contingent important de joueurs de poker toute la semaine. Pas que la plupart n'auraient aucune chance de racler une minette dans les boîtes dites traditionnelles, certains sont mêmes plutôt beaux gosses, mais le capitalisme est ce qu'il est, l'argent est un raccourci auquel il n'est que trop facile et pratique de succomber, on ne pourra donc pas leur en vouloir d'aller droit au but, équipés de leur pouvoir d'achat conséquent.

Ah, voilà que je divague déjà vers des rivages scabreux et repoussants. Il y avait aussi des gens tout à fait recommandables à cette soirée, tous ces collègues qui m'ont dit Tu nous a manqués Benjo, ça fait un bail. Les journalistes des autres sites, les hauts-gradés mais pas trop de PokerStars, ils étaient là, semblables à ceux que j'avais quittés il y a déjà.... Oh, bon, c'était pas y'a trente ans non plus, hein, faut pas déconner, je me suis juste absenté un mois.

De retour parmi la jet-set pokérienne, donc, pour reprendre le chemin du cirque itinérant après une petite pause contrainte et forcée par le bouquin de Pauly, que j'ai enfin fini de traduire, je pensais que j'y arriverais jamais, ça fait tout de même plus de un an que j'avais commencé. J'avais déjà manqué trois deadlines et je sentais que la quatrième était la dernière qu'il me restait avant de lâcher l'affaire complètement. Mais non, ouf, j'ai fini, cette fois ça y est, j'y reviendrai plus tard.

J'ai encore failli rater mon avion. À Prague, en décembre, j'ai réussi à ne pas embarquer un avion qui avait huit heures de retard, alors que j'étais arrivé à l'aéroport avec deux heures d'avance sur le décollage prévu. Comment cela est-ce possible, je ne peux décemment l'expliquer sans donner à mon patron la preuve définitive et irréfutable de ma démence, une condition médicale qui l'autoriserait à me virer sans préavis ni indemnités. Là, tout à l'heure, j'étais tranquillement installé sur un des fauteuils du terminal, surveillant d'un œil la file de gens embarquant tout en feuilletant les journaux gratuits offerts par Air France, Libération, l'Equipe, le Wall Street Journal. Puis, quand la file ne représenta plus qu'une dizaine de pékins (autrement dit la taille critique avant laquelle il est inutile de se lever, je ne comprendrai jamais pourquoi la plupart des voyageurs insistent pour s'agglutiner devant la porte d'embarquement, ils ne sont pas en train de prendre le métro, l'avion ne va pas partir sans eux, bordel), je me dirigeai vers le comptoir. C'est là que je remarquai que je surveillai depuis une demi-heure l'embarquement pour le vol en direction de Prague et que l'embarquement pour Berlin - juste à côté, à peine un mètre, la vue m'en était obstruée par la file pour Prague - était clos. Heureusement, les hôtesses étaient dans un bon jour, et m'ont laissé foncé jusqu'à la porte de l'avion trente secondes avant qu'elle ne se referme.

J'ai pris place au sixième rang, à droite, côté allée. À ma gauche, Kinshu, mon frère d'armes de la bande des couvreurs. Une fois l'avion décollé, on s'amuse de l'hôtesse refermant les rideaux devant nous, pour marquer la séparation entre les classes business et économique. « C'est parce qu'on est moins riches, et donc moches, il ne faut pas qu'il nous voient, expliquais-je. Et puis, ils ont payé leur billet hors de prix, il faut bien leur donner l'impression qu'il y a une différence entre les deux tarifs. »

Le soleil est de sortie quand on atterrit à Berlin, sans doute la ville européenne à l'histoire la plus chargée du vingtième siècle. Dans les magasins de souvenirs, on peut acheter des cartes postales des monuments les plus emblématiques, en deux versions: bombardés, et flambants remis à neuf. J'ai fait un tour avec Madeleine. Un bout du mur – Le Mur, le monument dédié à l'Holocauste, la Postdamer Platz, la porte de Brandenburg... En trente minutes, j'en ai vu plus qu'en une semaine l'année dernière.

Il faut dire qu'en 2010, pour la toute première édition de l'EPT dans la capitale allemande, on avait fait que bosser comme des chiens, et la seule distraction qui nous fut offerte prit la forme d'un braquage avec cagoules, machettes et armes de poing. Le drame a duré deux minutes à peine, mais tous ceux qui étaient s'en souviennent encore. C'est comme le 11 septembre : on se souvient tous de ce qu'on était en train de faire quand le premier cri a retenti, et que les tables se sont renversées et que tout le monde s'est mis à courir et que... Bref.

Un des responsables de PokerStars Allemagne a posté sur son mur Facebook « EPT Berlin – Cette fois, on tire les premiers », et je me suis dit qu'il faut vraiment être haut gradé pour pouvoir se permettre une telle blague, ce genre d'humour ne passerait pas chez un lampiste, PS n'étant pas spécialement réputé pour son sens de l'humour sur des sujets sensibles tels que celui-ci. Je l'ai croisé tout à l'heure. « Je voulais passer des images du braquage pendant la fête, et avoir un faux braqueur grimper sur scène, avec la cagoule et la machette, et je l'aurais abattu avec un faux flingue, avant de dire ''Plus jamais''. Mais ils n'ont pas voulu. »

Bah, tout cela c'est du passé. C'est maintenant au casino en face du Hyatt que va se jouer le tournoi – probablement après que l'hôtel ait dit à PS « Non merci, vos braquages vous pouvez vous les garder » - et il ne va surement rien se passer de plus qu'une bonne vieille partie de poker à 5,000 euros l'entrée avec plusieurs centaines de joueurs. La routine, quoi. C'est à suivre sur Winamax.fr (pour les coups de poker) et le blog des couvreurs (pour les coups à boire).

samedi 2 avril 2011

Le poker s'invite au tribunal

Je crois que c'est la première fois que j'ai eu droit à un commentaire du genre "il est mort ce blog ?". Oui, mon site perso est en vacances prolongées, je suis en plein dans la dernière ligne droite de la traduction de Lost Vegas, le dernier délai fixé par mon éditeur pour rendre ma copie était... hier, et cela fait deux semaines que l'intégralité de mes heures hors-bureau y sont consacrées, et je tourne à trois heures de sommeil par nuit.

Je serai de retour bientôt pour de nouvelles aventures... Et en attendant, j'ai pris le temps de visiter le Palais de Justice de Paris hier, pour la première audience dans le procès intenté par Ali Tekintamgac au groupe casinotier Partouche. L'Allemand s'était fait exclure de la finale du Partouche Poker Tour suspicions de triche, et demande 1,5 millions de dommages et intérêts en réparation des dégâts faits à sa réputation, et le manque à gagner financier.

Honnêtement, cette première audience n'a rien donné de véritablement consistant... Mais ce n'est pas tous les jours que le poker est devant la justice Française, alors je me suis pris au jeu et raconté ce que j'ai vu et entendu sur Wam-Poker dans une longue tartine de 20,000 signes.

Vous pouvez lire mon récit sur le forum.

J'ai aussi enregistrés deux podcasts qui seront publiés ce week-end sur le blog des couvreurs.