samedi 4 juin 2011

Les hooligans du poker

Day 4

Le genre de journée où il faudrait une équipe de cinq ou six pour véritablement rendre compte de ce qu'il se passe. Sur le podium ESPN, un jeune anglais accomplit un exploit rare sous les cris féroces d'une armée de ses compatriotes. Non loin, dans un tournoi de No Limit, deux français, un amateur et un pro, ouvrent le bal des résultats tricolores. Et dans la Pavilion Room, un casting de rêve pour débuter une épreuve à 10,000 dollars.

L'ambiance dans l'Amazon Room était juste extraordinaire. Une finale, sur place, c'est généralement chiant à regarder. C'est long, on ne voit pas grand chose, et surtout pas les cartes des joueurs, on est assis loin, bref, mieux vaut lire un bon compte-rendu que de s'endormir sur les gradins. Mais quand un ou plusieurs des finalistes disposent de leur propre groupe de supporters, c'est autre chose.

C'était le cas avec la fin du tournoi de tête à tête à 25,000 dollars. Plus que les autres nations, les pros anglais forment un groupe soudé, et c'est comme un seul hommes qu'il assistent aux tables finales des leurs. Ainsi, Jake Cody était soutenu par une bonne cinquantaine de britanniques dont le taux d'alcoolémie ainsi que le volume de décibels est allé croissant au fur et à mesure de la journée.



L'histoire retiendra que Jake Cody est devenu vendredi le troisième membre d'un club très fermé - les triples vainqueurs EPT, WPT et WSOP. Moi, ainsi que tous les gens présents dans l'Amazon, retiendront surtout le bruit, digne d'un stade de football.

Les anglais avaient d'ailleurs commencé comme ça leur soutien à Cody - par des chants issus des stades. Puis, quand les américains soutenant Yevgenyi Timoshenko (né en Ukraine mais passeport US) se sont réveillés et ont commencé à gueuler "Pas de Coupe du Monde, pas de bracelet", les britons ont aussitôt répondu en chantant "On a cashout de Full Tilt, nous !". Voilà de quoi mettre en tilt une nation entière.

A partir de là, les vannes étaient ouvertes. On a eu droit à "Gus Hansen en prison, Gus Hansen en prison" tandis que le Hansen en question était en train d'essayer de se concentrer pour gagner son match, et "Si tu peux jouer au poker en ligne tapes dans tes mains". Les américains ont essayé de répliquer par des "VPN ! VPN ! VPN !", mais le coeur n'y était pas vraiment.

Et puis il y eu tout un tas d'autres moments marrants, comme lorsqu'ils pointaient du doigt des personnes au hasard : "Elle a pas bu ! Elle a pas bu !" où quand ils ont repéré dans les gradins Norman et Lon, les deux commentateurs d'ESPN. Nouveau chant : "Hé ! Y'a Norman et Lon ! Hé ! Y'a Norman et Lon !" Jake Effel a été obligé d'intervenir : "Les gars, je veux que vous chantiez quand votre pote gagne un pot, mais pas quand vous remarquez que Norman et Lon sont là !"

Vers la fin de la partie, je me suis faufilé au milieu des gradins anglais. Ça puait la bière et le sol collait. Toutes les dix minutes, quelqu'un se pointait avec un nouveau pack de bière, et j'ai même aperçu un mini-fût rouler sous les chaises, laissé pour vide. La sécurité à du intervenir à de nombreuses reprises, et un technicien a du courir pour empêcher que le mur d'enceinte séparant le public de la table ne s'effondrent : les anglais poussaient comme au Parc des Princes. Le poker a la télé, une fois qu'on a regardé trois tournois, ça n'a plus aucun intérêt, mais pour le coup, le montage final devrait être plutôt amusant. Je regrette la sobriété de l'ancien plateau ESPN, mais il faut avouer que celui monté cette année se prête bien à de belles ambiances comme celles-ci. A quand la même chose avec un joueur français ?

Dans le tournoi de No-Limit à 5,000$, deux français que je ne connaissais pas ont suivi un parcours similaire, bien qu'ayant des profils différent. Marc Delimal est un pro des grosses tables d'Internet, tandis que Jonathan Durand est un amateur complet, qualifié sur Winamax via un championnat organisé par son club local, Alsace Poker. Tous deux ont signé les premières places payées françaises de l'été.

Avec ces deux tournois, que j'ai observé durant de longues heures, j'ai complètement négligé la première journée du Pot-Limit Hold'em. Dommage car on pouvait reconnaître presque tous les joueurs à toutes les tables. Pas étonnant pour un tournoi à 10,000$ rassemblant seulement 250 joueurs.

J'ai quitté le Rio à cinq heures du mat. J'aime bien l'ambiance dans l'Amazon Room après que tout le monde soit parti, sauf les quelques derniers journaleux essayant de boucler leurs papiers avant l'aube. Il y a toujours un grain de folie dans l'air à cette heure ci. C'est le moment où on peut entendre des trucs comme "Il est deux heures trente du mat. Je devrais être en train de me masturber, pas de travailler."

Sinon... Vous le savez peut-être, le vénérable casino Sahara a fermé ses portes il y a quelques mois. L'un des derniers vestiges du Vegas d'avant, celui de Frank Sinatra, des mafieux du film Casino, et des joueurs de poker comme Johnny Moss et Doyle Brunson. Comme souvent lorsqu'un établissement de jeu ferme boutique, tout son mobilier va être mis en vente, depuis les lits des chambres d'hôtel jusqu'aux énormes fours des cuisines, en passant par les tables de jeu, chaises, décorations diverses et même le gros néon posté dehors. Tout doit disparaître ! La vente sera publique, elle aura lieu dans une dizaine de jours. Avec Pauly, Jesse May et d'autres confrères, on a décidé d'y aller, histoire de choper un souvenir unique. Il n'y avait qu'un seul Sahara et il n'y en aura jamais d'autres. Avec Remko, mon pote de PokerNews Hollande, on s'est pris à rêver de posséder une vraie machine à sous des années soixante. On a déjà regardé les tarifs pour l'expédier en Europe par cargo. Ouais, il se peut que je craque !

Le Day 4 sur Winamax

La cagoule de l'été

- Non, rien de spécial, mais j'ai mangé mon deuxième In-N-Out des WSOP, et ça compte aussi dans la rubrique "cagoule". Sinon, je n'ai pas joué depuis le début des épreuves, donc le total reste le même : moins 73$.



Nicolas Levi tombant par hasard sur la retransmission des WSOP-Europe, où l'un des finalistes n'était autre que Nicolas Levi

1 commentaire:

Eric Dethier a dit…

Les Hoolingans du poker:

Pas moyen de suivre le streaming de la finale d'un des donkaments sans entendre beugler du fond de la salle. Un peu too mutch tout de même pour les autres personnes présentes. Va falloir isolé les finales anglaises.