dimanche 5 juin 2011

Le château de cartes

Day 5

Cinq jours ont passé aux WSOP, et il est peut-être de temps de s'éloigner des coups de cartes, des finales et des vainqueurs, dé-zoomer pour parler un peu de l'ambiance globale. Je dois avouer que j'ai un peu du mal à me faire idée sur l'effet qu'a eu le Black Friday du 15 avril dernier sur le plus gros festival de poker du monde. C'est peut-être encore trop tôt. D'un côté, l'affluence à la plupart des tournois est en hausse, ou en légère stagnation. Aucune baisse drastique constatée sur les huit premières épreuves. C'est bon signe, non ? Pas forcément. Pour continuer avec mon thème favori du moment ("Il est trop tôt pour tirer des conclusion, on est encore en plein dedans, etc, etc") je pense que les vrais effets de la mort du poker en ligne en argent réel aux USA ne se feront pas sentir tout de suite.

Deux de mes confrères et amis bénéficiant d'un peu plus de plomb dans la tête et de temps libre pour prendre de la hauteur ont publié des tribunes plutôt négatives sur cette première semaine des WSOP...

- Pour Katkin ("Off to a Slow Start", chez Pokerati), les couloirs du Rio manquent de l'excitation des années précédentes. "Les chiffres sont bons, mais personne ne semble réellement s'amuser", dit-il. L'organisation est sans faille, le staff est aux petits soins, mais rien à faire, quelque chose semble manquer.

- Plus intéressant encore, l'avis de Change100 ("Apocalyspe Now", chez Tao of Poker). Change100 a passé du temps dans les salles de poker du Rio et du Venetian ces derniers jours, jouant des satellites à une table et des cash-games aux petites tables. "Toute la chance du monde ne pourra pas sauver l'économie mondiale, et ici à Las Vegas, cet été pourrait bien être celui de la fin du monde pour une grande majorité de la communauté du poker." Change décrit des salles de poker remplies à craquer de joueurs d'un type bien défini : casques sur la tête, sweats à capuche, air sérieux. Où sont les touristes ? Où sont les joueurs en quête de bon temps, plutôt que d'un salaire ? "Pour nombre de pros Internet américains, c'est l'heure du quitte ou double", poursuit t-elle. "Un gros résultat, et tu pourras survivre une année de plus. Une feuille de résultats vierge et ce sera la fin." Elle conclut en citant un confrère : "Les chiffres sont en hausse, mais c'est parce que personne ne s'est encore broke."

Je ne sais pas trop quoi penser de tout cela. Les premiers WSOP d'après le Black Friday viennent de commencer. Aux Etats-Unis, on ne peut plus jouer au poker en ligne pour de l'argent. On ne peut plus gagner sa vie depuis chez soi, confortablement installé dans le canapé. Retour à l'âge de pierre, celui des casinos. Difficile d'estimer combien de millions de dollars ont disparu de l'économie du poker depuis que la justice américaine a décidé de s'attaquer à Full Tilt Poker, Poker Stars et Ultimate Bet, entre les bankrolls bloquées et les budgets marketing et sponsoring, qui représentaient un joli paquet d'argent.

Pour nombre de pros américains, le sponsoring représentait une béquille précieuse, un moyen de tenir sans forcément être un joueur de poker hors-normes. Des dizaines et dizaines bénéficiaient d'arrangements enviables : un salaire horaire pour jouer sur le site, un rakeback de 100%, et des bonus en cash lorsqu'ils participaient à des tables finales télévisées. Dans ce contexte, quelques places payées chaque été leur suffisaient à se maintenir à flot, et entretenir un style de vie rendant la vie de pro plus amusante que celle de salarié dans n'importe quelle boîte. Mais tout cela, s'est terminé, et je me demande si on ne va pas passer les prochains mois à dénombre les nouveaux chômeurs du poker. C'est que maintenant, sans le sponsor faisant office d'assistante sociale, il faut vraiment gagner. Il faut sortir son propre argent de la poche, ou trouver un investisseur privé, et ces gens-là n'ont pas pour habitude de faire œuvre de charité en misant sur des canassons pas rentables. Les vrais pros, ceux qui n'ont pas besoin de sponsor pour vivre, vont s'en aller à l'étranger (Canada, principalement) pour continuer leur vie pépère. Mais beaucoup ont conscience que leurs jours sur le circuit sont comptés.

Nous n'en sommes qu'au début des WSOP. Il reste encore plus de 40 jours. Probable que d'ici le 21 juillet, on en aura déjà vu quelques uns tomber, réévaluer leurs ambitions, ou tout simplement quitter le milieu. Et dans un an, lors de l'édition 2012 du festival, surement qu'un tri considérable aura été effectué parmi les rangs des professionnels du poker.

En vrac

- Ah, enfin, une journée pas trop chargée. Tout est relatif, mais j'ai moins bossé samedi, il était temps. La première boucherie de l'été (c'est comme ça que j'appelle les tournois à 1,000 ou 1,500$ avec plusieurs milliers de joueurs) a débuté, et je n'ai pas l'intention de les suivre avant qu'il ne reste plus que, disons une centaine de joueurs, et encore. Il y avait la fin de l'épreuve de Omaha High-Low, qui s'est terminée par la victoire d'Eugene Katchalov, un excellent pro qui squattait déja les premières places des classements du genre "Joueur de l'année" avant le début des WSOP.

- J'ai suivi avec plaisir la suite des progrès de Jonathan Durand et Marc Delimal dans le 5,000$ No-Limit : tous deux se sont hélas arrêtés avant la table finale, aux alentours de la vingtième place. Jonathan, a gagné aux alentours de 27,000$, une somme qui ne fera pas sauter de joie la plupart des pros, mais lui est un amateur complet, et le voir presque sauter de joie en apprenant combien il allait ramener en France faisait plaisir à voir.

- Dans la très difficile épreuve de Pot-Limit Hold'em à 10,000$, Nicolas Levi s'est hissé parmi les 27 derniers joueurs (et vous savez probablement déjà ce qu'il s'est passé le lendemain, je tape cet article avec un peu de retard), tandis que Gabriel Nassif enregistrait sa première place payée de l'été.

- Je me suis encore barré du Rio à l'aube, mais j'avais la pêche. Merci Antony Lellouche pour l'invitation à dîner qui m'a permis de terminer la journée avec le sourire. Antony m'avait confié à son restaurant favori, l'un des meilleurs de Vegas : l'Atelier de Joël Robuchon, au MGM. Un restaurant gastronomique cher, mais où on ne se fait pas arnaquer, tant l'expérience est un bonheur pour les papilles. La plupart des couverts du restaurant sont installés le long d'un bar faisant face à la cuisine : tous les plats sont méticuleusement préparés devant nos yeux. Il y en a des dizaines dans le menu de dégustation, et certains fanas n'hésitent pas à commander tout ce qu'il y a au menu. Pour mes vieux jours, j'ai documenté l'expérience avec mon Blackberry :



Première entrée, dans le menu de dégustation : la daurade, plongée dans une sauce tomate avec des olives et des trucs croustillants que je n'ai pas réussi à identifier. J'ai aussi goûté les huitres chaudes avec du beurre et des herbes, je n'avais jamais mangé d'huitres de ma vie. "Moi aussi, qu'il m'a dit, avant que Cyril le Frenchman ne me force à gouter un soir ici." Je me suis executé, et c'était bien bon, ma foi.



Deuxième entrée, la caille. J'ai foiré la photo, j'avais déja touché au plat. Il y avait du fois gras à l'intérieur, et de la purée à côté.



Plat principal : l'onglet à l’échalote, là aussi avec sa purée. Un délice.



Pour le dessert, je n'ai pas eu le droit de choisir, Antony a directement commandé la Framboise. Le serveur apporte le machin, et m'explique que la boule est faite de chocolat blanc. Puis il verse un liquide dessus, et la boule s'ouvre pour révéler la glace à l'intérieur, j'étais comme un gamin :



Pour le digestif, Anto a demandé du rhum, un peu par hasard, et le maître des lieux nous a épatés en apportant une jarre de Rhum Impérial de l'Armée Britannique. Il n'y en a plus que quelques centaines de bouteilles dans le monde, le prix court autour de 5,000/6,000$ la barrique. J'ai bu une gorgée, les vapeurs d'alcool me remontaient par la gorge. Les tuyaux étaient nettoyés. Antony connaissait bien tout le personnel, qui est en partie français, et avant de partir, il a fait savoir qu'il reviendrait dès le lendemain. J'ai promis de lui rendre la pareille en l'invitant au In-N-Out, mon resto gastronomique à moi.

Le Day 5 sur Winamax

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Un gars sympa cet Anthony Lellouche. C'est un joueur pour lequel j'aurai de la peine s'il se broke.

Je lui souhaite un gros bracelet (ou des cash games juteux ^^).

Joliaux

romain a dit…

Encore un bon article Benjo,
j'espere que tu approfondiras la reflexion sur les années a venir sur "que vont devenir les 80 % des pros ?"

Quelques pistes :

- Les marchés emergeant peuvent ils recuperer une part du gateau et des sponsorisés ? La france, par exemple.

- Est ce que tout ca n'est pas temporaire ? Que la demande existe toujours et que l'offre se créera d'elle même ? ( Avec des nouveaux sites)

- Une ARJEL US est elle l'urgence pour rassurer tout le monde ?

- Tout les joueurs vont ils se mettre au Pai Go et Pauly et toi seront les premiers dans le Hall of Fame ? :D

Eric Dethier a dit…

Joli, voilà de temps en temps un réconfort pour les épicuriens.

Une bonne fourchette c'est avant tout quelqu'un qui peut prendre du plaisir avec un met digne des rois mais aussi avec un excellent double double!

Chaque plaisir à son moment, le tout est de profiter de celui-ci car on ne sait pas ce que demain sera fait et ce qui est pris ne peut vous être enlevé.

Carpe Diem et on n'a que le plaisir que l'on se fait. Quoi que au Rhino peut être... ;-)

Matthieu a dit…

nice le passage à l'atelier ! J'ai ri sur ton invitation au In and out :)

zoboualou a dit…

Salut Benjo, un immense merci pour ton article sur les bons plans de Vegas, sur le coverage!

D8 a dit…

miam!
Bon c'est quand que tu nous sort le guide de Vegas!?
Franchement tu connais la ville comme aucun autre frenchy..
Le guide du routard façon Benjo ça aurait de la gueule non?