jeudi 9 juin 2011

Cold Turkey

Day 9

C'est le truc que tout le monde reçoit dès son arrivée à Las Vegas... plus facile à décrocher qu'un jackpot aux machines à sous ou un rendez-vous concluant avec une strip-teaseuse : une bonne vieille toux qui vous colle aux bronches et vous serre la gorge comme un étau. Peu importe la quantité de sirops, pastilles et sprays que vous avec apportés avec vous dans votre trousse de toilette - car vous n'êtes pas né de la dernière pluie, cela fait sept ans que vous vous rendez à Vegas à raison d'un séjour tous les six mois, vous savez à quoi vous attendre - vous n'y échapperez pas. Deux ou trois jours passés à alterner entre le froid glacial et sec des casinos climatisés et le cagnard brûlant à l'extérieur suffiront pour que cette foutue bronchite de Vegas se rappelle à votre bon souvenir. Sans compter votre peau, qui va rapidement s'assécher et se tanner pour ressembler à celle du lézard.

C'est qu'à Las Vegas, ville plantée au milieu de l'un des déserts les plus arides du monde, on aime plus que tout son air conditionné. Sans sa présence, la vie serait à peu près impossible. Pourquoi l'homme se sent-il investi de l'autorité de forcer la nature à ses besoins quitte à lui faire du mal au passage, c'est une chose que je n'arriverai à comprendre. Pourquoi s'obstiner à vouloir implanter de la vie dans un endroit où l'homme n'est clairement pas fait pour vivre ? Tout cela a un coût. Bref.

Le truc, c'est que moi, je toussais déjà en arrivant à Vegas. Cela fait depuis Noël que je suis à peu près tout le temps malade, moi qui ai toujours bénéficié d'une santé de fer. Après une dizaine de jours à tousser de plus en plus fort dans l'Amazon Room congelée et épuiser différentes méthodes d'auto-médication sans succès, le point culminant a été atteint hier. Ma gorge s'est réduite à une tête d'épingle aux parois de papier de verre, je crache des omelettes grosses comme le poing, manger est devenu un supplice, et je tousse, tousse, et tousse encore, toute la journée et toute la nuit, sous l’œil interrogateur de mes confrères sur le banc de presser. Pire, en début de soirée, le simple fait de parler faisait doubler la souffrance, et ma voix n'émettait plus qu'un craquement rauque pareil à celui d'un vieillard.

Je ne sais pas ce qu'il m'arrive... mais il y a une chose que je peux faire, quelque chose que je n'ai jamais considéré en plus de dix ans et qui ne pourra que m'aider, c'est certain : arrêter de fumer. Hier soir, alors que je tirais sur ma dixième clope de la journée tout en toussant à même le sol des saloperies jaunâtres, je me suis projeté vingt ou trente ans dans le futur, et j'ai vu une version de moi toute ridée et tassée sur sa cann, en train d'aspirer la fumée par le trou qu'on lui a creusé par la gorge suite à son cancer du larynx, laissant échapper un croassement à travers l'appareil électronique lui faisant maintenant office d'organe vocal. Et je me suis dit... Est-ce que j'ai envie de devenir ce type là ?

Cela fait 24 heures que je n'ai pas touché à une clope, et si je tiens 24 heures de plus, cela serait la plus longue période passée sans fumer depuis que j'ai commencé pour de bon, à l'époque du bac, au début des années 2000. J'ai vu assez de fumeurs tenter vainement d'en finir pour savoir qu'il est inutile de crier victoire trop vite. Je ne me considère toujours pas comme non-fumeur...

Ma gorge me fait toujours autant mal, mais au moins je lui laisse une chance d'aller mieux, maintenant. Me priver de ce vice que j'aime tant en plein milieu du stress des WSOP : voilà une idée à la con que je ne pensais pas mettre en pratique un jour. Voilà qui devrait rendre les journées à venir intéressantes, c'est le moins qu'on puisse dire, d'autant que Vegas est l'une des dernières villes américaines où les fumeurs sont assez largement tolérés dans les bars, boîtes de nuits, casinos... Enfin, c'est dit : quiconque me trouvera en train de fumer cet été recevra un exemplaire gratuit de Lost Vegas !

En vrac

- Il y a deux soirs, problème lors de la finale du premier tournoi de No-Limit à 1,000$ sur le podium télévisé : Jon Turner se rend compte que le dos du 4 de trèfle est marqué. On ramène un nouveau jeu de cartes. Encore marqué. Très vite on se rend compte qu'il s'agit d'un défaut de fabrication présent sur toutes les cartes du casino, mais qui ne peut être détecté que sous les lumières sombres et bleutées du plateau télé. Solution provisoire : déménager les joueurs à une table des centaines de tables "normales" disponibles autour...

- Mercredi, j'avais le choix entre 6 tournois, dont trois finales. Au final, j'ai laissé tomber les finales (peuplées de randoms) et me suis concentré sur deux épreuves : le Day 2 du Triple Chance et le premier tour du Shootout. Dans le Triple Chance, trois français ont atteint l'argent, dont Antoine Amourette et Brian Benhamou, rencontré ici-même il y a exactement année et passé pro depuis (avec à la clé une récente finale au France Poker Tour). Brian a malheureusement subi une série de bad-beats invraisemblables pour sauter aux alentours de la 30ème place.



- Dans le Shootout, c'était l'overdose : j'ai compté pas moins de 19 français parmi les 1,440 participants à cette épreuve assez amusante (une enfilade de SNG). Au final, trois se sont qualifiés, mais on aurait pu faire beaucoup mieux : pas moins de sept tricolores ont atteint le tête à tête et échoué à remporter le dernier duel ! J'ai passé des heures et des heures à regarder des joueurs comme Benyamine et Mario Cordero affronter des joueurs plus faibles qu'eux, pour s'incliner au final. Sinon, c'est avec plaisir que j'ai vu l'amateur Benoît Albiges se qualifier pour le second tour et ainsi atteindre une seconde place payée en deux jours. Benoît est tétraplégique depuis un accident survenu durant l'adolescence, et c'est accompagné de son épouse qu'il joue au poker, elle l'aide à manipuler cartes et jetons, chose qu'il ne peut faire lui-même. (Si vous vous posez la question - oui, la pratique est autorisée par les organisateurs). De voir Benoît parcourir les allées du Rio sur son fauteuil roulant électrique me fait relativiser mes soucis à moi. Dans une époque où les moyens de communication modernes nous offrent des opportunités infinies de nous plaindre à longueur de journée à propos de tout et n'importe quoi, y compris les choses les plus futiles, il est rafraichissant de croiser des gens qui ont toutes les raisons de faire la gueule et essaient néanmoins d'avancer à travers la vie avec le sourire. Quel courage, tout de même.

- Normalement, vous devriez entendre parler de Lost Vegas vendredi soir dans le Grand Journal sur Canal+, une émission que j'aime pas trop, mais bon. Si cela vous prend de regarder, rapportez moi ce qui s'y est dit !

Le Day 9 sur Winamax

3 commentaires:

Eiffel a dit…

eh oui ! c'est lorsqu'on est dans un état proche de la mort (une pure métaphore dans ton cas) que l'on pense enfin à arrêter de fumer... lorsque c'est trop tard, donc ! ;)

Tes bonnes résolutions s'évaporeront probablement en même temps que que ton état s'améliorera, poussant au tréfonds de ton cortex cette drôle d'idée de vouloir stopper la cigarette...

C'est quand même un peu triste de devoir ingurgiter de la merde en payant des sociétés qui oeuvrent à sans cesse augmenter l'addiction, détruisant la Vie dans le seul but de faire du profit, même les joueurs de poker ont plus de morale à une table ^^.
Et encore plus triste de ne pas avoir la volonté, farouche, de dire merde à ces sociétés-là en cessant d'inspirer leurs atrocités...

faut-il être si faible que l'on a même plus le contrôle de son cerveau et de ses envies ?

Un jour ou l'autre, les fumeurs ne sont pas pressés disent-ils, il faudra inévitablement rendre des comptes à son corps, qui, au contraire de dieu s'il existe, ne pardonnera pas cette veulerie ;)

patlegrec a dit…

Félicitions pour la clope et pour le Grand Journal !

Stefal a dit…

Sage décision. Tous mes vœux de réussite. 18 ans de sevrage pour ma part après 22 ans de vice.
_______

Euh, c'était pas un quatre de pique? Ça change tout!