lundi 30 mai 2011

Suburban Paradise

Les lecteurs fidèles de ce blog savent déjà quelle fut ma première action en tant que citoyen honoraire de Las Vegas, aussitôt après avoir débarqué du vol en provenance de Londres, passé les formalités d'immigration et de douane, et récupéré les clés de la voiture... Il n'y avait pas de temps à perdre. En sortant de l'agence de location, j'ai pris à droite, puis encore à droite au feu rouge. Arrivé à l'intersection de Las Vegas Boulevard, impossible de se tromper de direction : à ma droite, vers le nord, les casinos au loin formaient une masse compacte et menaçante sous les nuages. Vegas, telle que je l'avais quittée il y a un an. J'ai passé le panneau « Welcome to Las Vegas » où des dizaines de touristes attendaient leur tour pour la photo, et suis arrivé à hauteur de l'étincelant Mandalay Bay. J'ai passé le Luxor et tourné à gauche sur Tropicana, à hauteur de l'Excalibur et du New York New York, puis franchi le pont surplombant l'autoroute I-15 et pris à droite sur Dean Martin. Réflexe pavlovien à la vue de l'enseigne rouge barrée d'une flèche jaune. Je me suis garé à toute vitesse. Je courrais presque au moment de franchir les portes battantes de l'entrée. J'ai fait la queue en compagnie de toute l'Amérique : familles mexicaines, retraités à casquette, Blacks habillés comme Kanye West, gamins courant entre les tables, frat boys musclés et blondinettes bronzées et siliconées. Quinze minutes plus tard, je croquais dans mon premier Double Double de l'été. Le steak haché savoureux se mélangeant à la perfection avec la tranche de fromage. La feuille de laitue, fraiche et craquante, la rondelle de tomate juteuse dégoulinant sur les bords, les oignons à la légère acidité faisant le contrepoids idéal au mélange de ketchup et de mayonnaise, le tout enveloppé par deux petits pains spongieux. De quoi toucher du doigt les cieux divins pour seulement six dollars. Je ferais le tour du monde pour un hamburger pareil. Et peu importe ce que me réservent les 50 prochaines journées, les centaines d'heures passées au milieu de tables de poker, les nuits trop courtes, les maux de tête et les articles à finir à cinq heures du matin, savoir qu'il y aura toujours In-N-Out Burger m'attendant au coin de la rue me fait dire que tout ira bien.

Mon vol vers Vegas s'est passé sans encombres. Ce n'était pas gagné au départ, car je me suis pointé à l'aéroport de Gatwick avec un mal de crâne carabiné. Forcément, j'ai passé ma dernière nuit en Europe dans l'appartement géant que partagent Cuts, Tallix et Antony Lellouche à Chelsea. À mon arrivée à Londres par l'Eurostar de 21 heures, Ludovic m'avait un peu refroidi en me disant que la soirée serait calme, car « tu vois, on a terminé à dix heures ce matin, alors on est pas très chauds pour ce soir ». Le taxi a traversé les rues désertes pour cause de Champion's League, et quand je suis arrivé, la bande avait changé d'avis, bien entendu. On a bu des verres dans un bar non loin, puis retrouvé l'appartement qui s'est progressivement rempli à mesure que la nuit passait. La fête a culminé vers quatre heures du matin, musique à fond, Vodka avec du tonic, shots de téquila, jeux débiles sur la Wii et anecdotes savoureuses partagées entre amis. Je me suis rappelé pourquoi Londres me manquait.

J'ai réussi à voler trois heures de sommeil avant d'embarquer un taxi vers la gare de Victoria. Il n'y a rien de pire que de prendre l'avion avec une gueule de bois, et je me suis maudit intérieurement pour avoir forcé la dose. Mais en fait, je n'étais pas si mal en point que ça, et quand j'ai pris place dans la cabine du 747, l'aspirine avait déjà accompli son travail.

Une fois n'est pas coutume, j'avais pris mon siège côté hublot, et je n'ai pas eu à regretter mon choix : le ciel est resté dégagé durant l'ensemble du vol de dix heures, et j'ai pu tour à tour admirer le relief des côtes anglaises, les étendues glacées du Groenland, les montagnes rocheuses du Canada, puis les états d'Oregon, Idaho, avant la descente finale sur le Nevada. A l'atterrissage à McCarran, je pouvais distinguer à quelques mètres en dessous de moi les passagers au volant de leur voiture et les touristes poussant leur caddy à la sortie du Fry's, le magasin d'électronique.

Notre vol était constitué à 99% de touristes, des anglais pour qui Las Vegas ne sera probablement qu'une étape d'un ou deux jours avant d'aller découvrir la Vallée de la Mort, le parc Yosémite, San Francisco, Los Angeles... Qu'ils soit bénis, un voyage fantastique les attend. Mais dans la longue file d'attente vers le comptoir d'immigration, il y avait au moins deux personnes pour qui Vegas est la destination finale, pour un séjour d'abord « business » : Sébastien Sabic et Alexandre Luneau. Deux exceptionnels joueurs de poker « tout-terrain » français, hautement craints sur les plus grosses tables de Full Tilt Poker, et donc parmi nos meilleures chances de bracelet aux World Series of Poker cette année avec leur expertise dans toutes les variantes proposées aux championnats du monde. J'ai le sentiment que je vais beaucoup écrire sur eux les sept prochaines semaines.

Après avoir expérimenté de multiples hôtels durant les WSOP 2006 et 2007, testé la collocation géante en villa luxueuse avec le Team Winamax (2008 et 2009) et loué une villa de taille moindre avec Harper, Gabriel Nassif et Julien Brécard l'an passé, je change à nouveau de décor pour l'édition 2011 : cette année, mon chez-moi pour l'été sera un petit pavillon de banlieue dans les faubourgs de Las Vegas. Non loin de l'aéroport (mais PAS juste en dessous des couloirs aériens les plus fréquentés, chose qui nous avait pourri la vie l'année dernière) et de quelques centres commerciaux. C'est Pauly qui s'est occupé de trouver la maison et conclure un deal avec le propriétaire : je partagerai les lieux avec lui et sa copine Kristin (auteur de l'excellent blog « Pot Commited »).

Quand on s'exile pour deux mois loin de la maison, le choix de l'habitation est crucial. Surtout quand on songe que sur une année donnée, Las Vegas est l'endroit où je passe la plus longue période sans bouger. Comme d'habitude, je me suis démerdé en dernière minute, faute de disposer d'assez de temps pour procéder à des recherches intensives. Mais au final, Pauly a eu le nez creux et je me sens déjà comme à la maison dans notre modeste « suburban home » dont la décoration murale laisse trahir le goût de son propriétaire pour tout ce qui est Français (en particulier le pinard) Nous disposons de trois chambres, plus un canapé dépliant à l'étage, et un matelas gonflable dans une pièce au rez-de chaussée. Deux salles de bain, une cuisine tout équipée, et un modeste patio dépourvu de piscine (pour ce que je m'en sers, de toute façon...) mais offrant une jolie vue sur le Strip. On pourra accueillir les amis de passage, et organiser quelques soirées.

C'est le genre de maison « classe moyenne » comme il y en a des milliers à Las Vegas, abritant des floor managers de casino, des vendeurs de voitures d'occasion, des comptables, des gérants de chaîne, des strip-teaseuses vivant seul avec leur enfant... Dans l'Amérique post-crise immobilière, beaucoup ont été laissées à l'abandon, leurs propriétaires foutus dehors faute de pouvoir payer leurs crédits à taux variables. Las Vegas a été la ville la plus touchée les "foreclosures". Il n'y a pas l'air d'avoir beaucoup de voisins autour de nous. Depuis le jardin dénudé, j'ai pu apercevoir derrière le mur d'enceinte deux chèvres se baladant dans le jardin d'en face. Voilà qui est nouveau.

Qui sait, peut-être que je vais péter un câble au beau milieu des WSOP, et m'installer ici pour de bon. Je suis sur que le propriétaire me ferait un bon deal pour le loyer. Je pourrais épouser une strip-teaseuse du Rhino. On élèverait son enfant, et le week-end, après avoir distribué toute la semaine des cartes à des trous du cul en provenance de Los Angeles, Manhattan et Miami, j'irais faire les courses au Walmart, remplissant le chariot de jarres de lait de 5 litres et de bouteilles de Coca avant de rentrer regarder le base-ball à la télé. Je rejoindrais une ligue de bowling locale, et mes amis s'appelleraient tous John, Michael et Lance. Devant ma boîte aux lettres, j'accrocherai un petit drapeau fait de 13 bandes rouges et blanches avec cinquante étoiles blanches sur fond bleu. Au cul de mon 4X4, j'apposerais un autocollant « Nous soutenons nos troupes », et personne ne pourrait me prendre pour quelqu'un d'autre qu'un bon citoyen obéissant. Le rêve Américain en action.

Aujourd'hui est ma dernière journée avant le début du marathon. Je vais faire quelques courses, aller me ressourcer au Red Rock Canyon, prendre un pot avec les confrères, et peut-être jouer au poker.




Notre petit coin de paradis suburbain. Notez la Toyota toute neuve que m'a filé l'agence de location. Les américains n'ont même plus confiance en leur propres bagnoles.



Le salon, avec Pauly déja au travail (derrière, hors champ, deux canapés et la télé)



Ma chambre



La vue depuis la chambre, avec au loin le Strip

10 commentaires:

Stefal a dit…

Serait-ce le prochainarticle pour Pokr 52?

Anthony a dit…

Je suis plus qu'heureux de pouvoir revivre tes aventures la bas !
Merci de nous faire plaisir !

Tu n'imagines pas le plaisir que je prends à te suivre !
Biz mon champion

Michel a dit…

Benjo, Looking forward to reading your blog again, who are you working for right now and where can I read your daily updates other than this blog?

Bonne chance ces WSOP :)

Michel

TIfus a dit…

Excellent post. Have fun in Vegas.

Up and Down a dit…

hate de lire tes CR quotidiens !

mr4b a dit…

quand les series reprennent, on attend les blogs fréquents de benjo.
i love WSOP :)
merci

romain a dit…

Qui sait, peut-être que je vais péter un câble au beau milieu des WSOP, et m'installer ici pour de bon. [...]


Bukowski sors de ce corps ;-)

Merci Benjo :)

Dethier Eric a dit…

Horreur! honte sur toi! cette année nous n'avons même pas eu une photo du double double. Mais bon je désespère pas trop sachant que tu ne pourra pas résister, au court du séjour, d'y retourner ;)

Let vegas giving you the fever. In and of course of poker.

arnaud a dit…

Bon, bah j vais suivre ca d' ici, j arriverai tard (fin juin), mais je suis serein : Je vais pouvoir ne rien rater du spectale en me délectant des Compte rendus :)

FrenchKiss

David a dit…

14/11/2013

Bon, comme je suis rentre dans mon trip Vegas de dans 45 jours, j'ai tout relu. Depuis le debut...

Oui, oui, depuis le debut.
Ca aura pris pas loin d'une semaine (parce que je n'ai quand meme pas que ca a foutre)...

Mais, alors que l'on touchait a la fin, je suis reste bloque sur cet article, en realisant que tu n'avais a ce jour toujours pas repondu a ces questions qui hantent tes nombreux lecteurs : tu l'as pris de quel modele le 4x4 ? Et c'est quoi les petits noms de madame et du gamin ?