mardi 5 avril 2011

You'll never get out of this maze

Berlin. Grand Hôtel Hyatt. À l'étage executive, s'il vous-plaît. Tout en haut. Des tas de produits exotiques dans la salle de bain, un bon gros lit moelleux de deux mètres sur deux, une télé géante avec une prise pour brancher l'iPod, un service de chambre probablement hors de prix, et j'imagine que toute la panoplie d'aménités sportives et de bien-être sont disponibles au bout du couloir. Aux alentours de 600 euros la nuit. On ne se refuse rien. Je m'en tape, je paie pas, et ma boîte non plus. Je connais du monde, monsieur.

Il est minuit et je reviens tout juste de la traditionnelle soirée d'avant tournoi organisée Poker Stars. Plus de deux mois sans tournoi EPT, j'avais presque oublié le goût des coupes de champagne à l'œil. C'était à peu près pareil que d'habitude. Les invités étaient composés à 86% de jeunes joueurs de poker mâles, dont 99% sont présents à chaque soirée EPT. Pour pallier à la carence en représentantes de l'espèce féminine, les organisateurs avaient fait appel à une agence chargée de peupler le dance-floor de « talents ». Par talent il faut comprendre qu'elles étaient rudement bonnes, les salopes, avec leurs robes moulantes et leurs gros seins et leur déhanche ment aguicheur, d'ailleurs certains de mes confrères n'ont pas tenu bien longtemps à la vue du cheptel et se sont rapidement excusés pour foncer à l'Artémis, un établissement où il n'y a pas besoin de faire la conversation ou de maîtriser des pas de danse compliqués pour baiser, non, il suffit juste d'avoir un peu de liquide en poche. Vous l'avez deviné, l'Artémis est là où l'on va croiser un contingent important de joueurs de poker toute la semaine. Pas que la plupart n'auraient aucune chance de racler une minette dans les boîtes dites traditionnelles, certains sont mêmes plutôt beaux gosses, mais le capitalisme est ce qu'il est, l'argent est un raccourci auquel il n'est que trop facile et pratique de succomber, on ne pourra donc pas leur en vouloir d'aller droit au but, équipés de leur pouvoir d'achat conséquent.

Ah, voilà que je divague déjà vers des rivages scabreux et repoussants. Il y avait aussi des gens tout à fait recommandables à cette soirée, tous ces collègues qui m'ont dit Tu nous a manqués Benjo, ça fait un bail. Les journalistes des autres sites, les hauts-gradés mais pas trop de PokerStars, ils étaient là, semblables à ceux que j'avais quittés il y a déjà.... Oh, bon, c'était pas y'a trente ans non plus, hein, faut pas déconner, je me suis juste absenté un mois.

De retour parmi la jet-set pokérienne, donc, pour reprendre le chemin du cirque itinérant après une petite pause contrainte et forcée par le bouquin de Pauly, que j'ai enfin fini de traduire, je pensais que j'y arriverais jamais, ça fait tout de même plus de un an que j'avais commencé. J'avais déjà manqué trois deadlines et je sentais que la quatrième était la dernière qu'il me restait avant de lâcher l'affaire complètement. Mais non, ouf, j'ai fini, cette fois ça y est, j'y reviendrai plus tard.

J'ai encore failli rater mon avion. À Prague, en décembre, j'ai réussi à ne pas embarquer un avion qui avait huit heures de retard, alors que j'étais arrivé à l'aéroport avec deux heures d'avance sur le décollage prévu. Comment cela est-ce possible, je ne peux décemment l'expliquer sans donner à mon patron la preuve définitive et irréfutable de ma démence, une condition médicale qui l'autoriserait à me virer sans préavis ni indemnités. Là, tout à l'heure, j'étais tranquillement installé sur un des fauteuils du terminal, surveillant d'un œil la file de gens embarquant tout en feuilletant les journaux gratuits offerts par Air France, Libération, l'Equipe, le Wall Street Journal. Puis, quand la file ne représenta plus qu'une dizaine de pékins (autrement dit la taille critique avant laquelle il est inutile de se lever, je ne comprendrai jamais pourquoi la plupart des voyageurs insistent pour s'agglutiner devant la porte d'embarquement, ils ne sont pas en train de prendre le métro, l'avion ne va pas partir sans eux, bordel), je me dirigeai vers le comptoir. C'est là que je remarquai que je surveillai depuis une demi-heure l'embarquement pour le vol en direction de Prague et que l'embarquement pour Berlin - juste à côté, à peine un mètre, la vue m'en était obstruée par la file pour Prague - était clos. Heureusement, les hôtesses étaient dans un bon jour, et m'ont laissé foncé jusqu'à la porte de l'avion trente secondes avant qu'elle ne se referme.

J'ai pris place au sixième rang, à droite, côté allée. À ma gauche, Kinshu, mon frère d'armes de la bande des couvreurs. Une fois l'avion décollé, on s'amuse de l'hôtesse refermant les rideaux devant nous, pour marquer la séparation entre les classes business et économique. « C'est parce qu'on est moins riches, et donc moches, il ne faut pas qu'il nous voient, expliquais-je. Et puis, ils ont payé leur billet hors de prix, il faut bien leur donner l'impression qu'il y a une différence entre les deux tarifs. »

Le soleil est de sortie quand on atterrit à Berlin, sans doute la ville européenne à l'histoire la plus chargée du vingtième siècle. Dans les magasins de souvenirs, on peut acheter des cartes postales des monuments les plus emblématiques, en deux versions: bombardés, et flambants remis à neuf. J'ai fait un tour avec Madeleine. Un bout du mur – Le Mur, le monument dédié à l'Holocauste, la Postdamer Platz, la porte de Brandenburg... En trente minutes, j'en ai vu plus qu'en une semaine l'année dernière.

Il faut dire qu'en 2010, pour la toute première édition de l'EPT dans la capitale allemande, on avait fait que bosser comme des chiens, et la seule distraction qui nous fut offerte prit la forme d'un braquage avec cagoules, machettes et armes de poing. Le drame a duré deux minutes à peine, mais tous ceux qui étaient s'en souviennent encore. C'est comme le 11 septembre : on se souvient tous de ce qu'on était en train de faire quand le premier cri a retenti, et que les tables se sont renversées et que tout le monde s'est mis à courir et que... Bref.

Un des responsables de PokerStars Allemagne a posté sur son mur Facebook « EPT Berlin – Cette fois, on tire les premiers », et je me suis dit qu'il faut vraiment être haut gradé pour pouvoir se permettre une telle blague, ce genre d'humour ne passerait pas chez un lampiste, PS n'étant pas spécialement réputé pour son sens de l'humour sur des sujets sensibles tels que celui-ci. Je l'ai croisé tout à l'heure. « Je voulais passer des images du braquage pendant la fête, et avoir un faux braqueur grimper sur scène, avec la cagoule et la machette, et je l'aurais abattu avec un faux flingue, avant de dire ''Plus jamais''. Mais ils n'ont pas voulu. »

Bah, tout cela c'est du passé. C'est maintenant au casino en face du Hyatt que va se jouer le tournoi – probablement après que l'hôtel ait dit à PS « Non merci, vos braquages vous pouvez vous les garder » - et il ne va surement rien se passer de plus qu'une bonne vieille partie de poker à 5,000 euros l'entrée avec plusieurs centaines de joueurs. La routine, quoi. C'est à suivre sur Winamax.fr (pour les coups de poker) et le blog des couvreurs (pour les coups à boire).

8 commentaires:

Bergi a dit…

Très bonne mise en bouche.

Profite de visiter cette fois, la ville en vaut vraiment la peine et si tu ne le fais pas, plus personne ne te plaindra quand tu en auras marre de faire que de raconter des coinflips. Na.

Viel Spass für diese Woche !

julienpoker a dit…

quelques photos auraient judicieusement illustrée ce superbe article ^^

BluffDaddy a dit…

Tu fais rêver chaque couvreur qui sommeille en nous. Et c'est cool de relire du Benjo !!
Continue d'écrire, c'est très agréable à lire.

whistman89 a dit…

Vraiment très bon, on s'en délecte du début à la fin.

Matthieu a dit…

bonne semaine
Je suis impatient de lire Lost Vegas en Français !

Anonyme a dit…

At least U're back!!!!

Where are the tits pic?

by the way, pour "palier", pas besoin du "à"

Tifus a dit…

Ce blog est a nouveau léthargique. Je me permets donc d'insuffler un souffle de culpabilité à son auteur pour lui redonner la vie qu'il mérite.

Benjo a dit…

Au moins c dit de manière sympatique :)