lundi 24 janvier 2011

Fragments de janvier

Une nouvelle année qui commence, pleine d'espoirs bien entendu, de promesses de nouveaux départs, du passé faisons table rase, comme on dit, mais je n'ai pas écrit de bonnes résolutions, pas mis à plat de plan de domination du monde pour les douze mois à venir, bref pas énoncé d'engagements de toute façon impossibles à tenir. Je ne vais certainement pas me promettre d'arrêter de fumer en 2011, de faire du sport, de manger moins gras, de laisser tomber la drogue, de boire moins de coups dans des bars, je veux dire, c'est déjà assez difficile d'être heureux comme ça, on ne va pas en plus se dresser des barrières à la con pour compliquer l'affaire, tout de même, hein ?

Tout au plus me suis-je juré de relire régulièrement cette allocution de l'écrivain David Foster Wallace, prononcée il y a quelques années devant une assemblée de jeunes diplômés... En particulier durant ces moments, ils seront nombreux je le sais, où je me sentirai con, bête, méchant, coupable de manque d'humanité, de connerie primaire, cette connerie qui reste le truc le plus facile à partager et à répandre autour de nous. Un texte court, simple, lumineux, un appel à la compassion, rien que d'écrire ce mot j'ai envie de rigoler tellement il paraît ringard, vétuste et poussiéreux en ces temps où le cynisme et la cupidité triomphent. Ce discours est en anglais mais c'est aussi disponible en français en librairie. J'aime pas donner des ordres mais faites-moi plaisir, lisez le aussi, prenez votre temps, vous en avez pour vingt minutes à peine, raison de plus pour prendre le temps de peser chaque phrase, et de réfléchir un tout petit peu, bon j'arrête de faire le prêcheur.

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Pour la première fois en quatre ans, je n'ai pas entamé l'année nouvelle par un voyage aux Bahamas, son île « paradisiaque » Atlantique et sa PokerStars Carribean Adventure. Je n'avais pas trop envie d'y retourner, de toute façon, et cela tombait bien, car les joueurs du Team Winamax non plus. Pas besoin d'y aller faire un reportage dans ce piège à touristes, donc. Vu de loin, le Main Event à 10,000$ n'a semble t-il rien vu se produire qui sorte de l'ordinaire – il y a eu le même nombre de joueurs que l'an passé, la plupart des finalistes étaient des jeunes de 20 ans sortis de nulle part ayant abandonné leurs études pour devenir pros, et c'est l'un d'entre eux qui a gagné, bref, la routine. Mais j'aurais tout de même bien aimé être là pour assister à la victoire de mon amie Kristin « Change100 » Bihr dans le Ladies Event à 1,000$. Voilà un résultat qui fait plus que plaisir. Change n'a pas eu une année 2010 facile, s'étant fait lourder de son job chez PokerNews alors qu'elle était leur auteur la plus qualifiée et la plus talentueuse – mais cela semble être la politique maison, ces derniers temps, virer les auteurs avec de la bouteille pour les remplacer par des bleu-bites qui coutent moins cher, l'argent a toujours été un problème dans les médias poker, et cela ne va pas aller en s'arrangeant. Au chômage, elle s'est donc retrouvée avec plein de temps libre pour décrocher sa place sur PokerStars depuis son appart à Los Angeles, et pour une fois, le conte de fées ne s'est pas révélé être une chimère marketing à la con : Kristin a été jusqu'au bout, battant 96 compétitrices (dont Vicky Coren et Lauren Kling en finale) pour s'adjuger le titre, et un joli paquet de billets qui vont lui permettre de voir venir pour la saison à venir, au moins : 29,798 dollars. Bon, le fisc américain va surement lui en taxer un tiers, mais qu'importe. Je vous invite à lire le compte rendu de Kristin ici (première partie) et là (deuxième partie), ainsi que son interview post-victoire et un court article sur le blog de PokerStars.

Et puis, on se souviendra aussi de cette PCA 2011 pour la révélation du plus gros secret de polichinelle de ces dernières années dans le milieu : oui, Isildur1, la star des high-stakes online récemment signée chez PokerStars, s'appelle bel et bien Viktor Blom dans le civil. Shaun Deeb ne me racontait donc pas des conneries quand il me confirmait la chose il y a plus d'un an dans l'interview donnée à ce blog.

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A la place des Bahamas, je suis donc resté à Paris. Je n'y habite toujours pas officiellement, je trouve toujours une excuse pour repousser à plus tard la quête d'un appartement, mais un bon ami m'a laissé les clés de son logis durant ses vacances, j'ai donc pu passer pas mal de temps dans la capitale. Bilan provisoire après trois semaines : cette ville va me transformer en alcoolique à toute vitesse. Quand je rentre à Lille après le boulot, c'est facile : il est tard, je suis naze, je comate devant l'ordi avant de m'écrouler au lit. A Paris, c'est une autre histoire. Le téléphone sonne, il y a toujours une soirée dans appart', puis un bar, puis un autre dans un autre bar, allez, tu va pas rentrer si tôt, la nuit est jeune, et toi aussi, tiens, cette boîte qui vient d'ouvrir, elle est sympa, fais pas chier, tu nous suis, et du coup, le lendemain, tu arrives au boulot avec quatre heures de retard en espérant que personne n'aie remarqué. Je n'en suis pas encore à faire des « Grand Chelem » à la Harper (sortir 5 soirs de suite, d'ailleurs à Prague mon collègue a réussi le mega Grand Chelem avec sept soirées consécutives, soit le score maximum rpermis par la durée de son séjour), mais la situation est toute de même assez préoccupante. J'en parlerai à mon barman.

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Ces jours-ci, je fête mes trois ans chez Winamax. Il n'y a pas vraiment de date d'anniversaire précise. J'ai couvert mon premier tournoi pour eux en décembre 2007 à Prague (avec la victoire d'Arnaud Mattern, on ne pouvait commencer de meilleure manière), j'ai continué aux Bahamas en janvier (victoire d'ElkY, pas mal non plus), mais ce n'est que deux mois plus tard que j'ai officialisé mon entrée dans la boîte, en signant le contrat à mon arrivée à Londres. Je ne suis pas mécontent d'avoir tenu aussi longtemps, d'autant que dans mon secteur d'activité, le jeu des chaises musicales est la règle plutôt que l'exception, avec des tas de mecs qui voguent de boîte en boîte, des fois parce qu'ils sont tellement forts qu'ils sont demandés partout, mais la plupart du temps pour la raison exactement inverse, ils sont tellement nuls et incompétents qu'ils n'arrivent à faire illusion que quelques mois, un an au max avant de devoir fuir ailleurs, c'est faisable, l'industrie est encore jeune et amateur. J'imagine que je dois me situer entre les deux. Les diffamateurs anonymes de chez Poker-Actu (un job qui, on dirait, paie suffisamment pour leur permettre de s'offrir des Porsche, content pour eux, l'argent c'est pas mal quand même) ricanent en écrivant que je « croupis depuis trois ans chez Winamax ». Oui, c'est une manière de voir les choses, pourquoi pas. Mais peut-être que je me sens tout simplement bien chez Winamax. C'est une bonne boîte, voyez-vous. Il y a trois ans, je me pointais pour la première fois dans les bureaux de Londres, il y avait peut-être six ou sept employés dans ce minuscule deux pièces près d'Oxford Circus. Le mois dernier, on était 70 à fêter Noël dans un bar de Paris, et en observant tous ces gens passionnés et passionnants, d'agréable compagnie, talentueux dans ce qu'ils font, que ce soit au marketing, au support, à la compta, à la technique, en réalisant le chemin parcouru, je me suis dit que j'étais bien content de bosser avec eux, que j'arrivais tous les matins au bureau avec le sourire, et que je me voyais mal aller voir ailleurs dans ce secteur. Qu'est-ce qu'il y a de mal à avoir envie de rester fidèle à une place où l'on est bien ?

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L'autre jour, quatre collègues m'ont persuadé de les accompagner dans un cercle de jeu pour disputer un tournoi de poker. Si ma mémoire est bonne, cela faisait deux ans que je n'avais pas joué au poker à Paris. Pourquoi pas. Je me suis donc pointé à Cadet, la dernière fois que j'y avait été l'endroit s'appelait encore Concorde, c'était avant la fermeture administrative décidée par les autorités après une histoire d'employés au noir, ou un truc dans le genre. On était 54 pour ce tournoi à cinquante euros (une recave autorisée, je l'ai prise), et je ne me souviens pas de grand chose, à part que ce fut une partie assez géniale puisque j'ai terminé second, je ne me souviens pas comment j'ai fait, il me semble que je n'ai pas fait trop de bêtises, j'aurais même pu gagner si ce n'avait été pour le dernier coin-flip. On était trois employés Winamax en finale, ce fut tendu mais on a réussi à se glisser parmi les sept places payées. J'ai pris 700 euros pour ma deuxième place (ma plus grosse victoire en live, gagne-petit que je suis), plus un ticket me donnant le droit de jouer un « deep-stack » à 200 euros, je retournerai donc à Cadet dans quelques semaines, c'était une soirée sympa, j'ai même croisé un fantôme du passé, son apparition inopinée m'a fait chaud au cœur. Si tu me lis... Je t'appelle bientôt.

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Les amis helvètes de Slowrolled, dont j'ai fait la pub il y a peu, m'ont décerné deux trophées après un vote de leurs lecteurs : meilleur journaliste poker de l'année, et meilleur blog de l'année. C'est sympa, d'être considéré comme un journaliste, qui plus est le meilleur, alors que finalement, je n'ai écrit que très très peu d'articles ces douze derniers mois ressemblant nécessitant un véritable travail de journaliste, contrairement aux confrères de MadeInPoker, PokerNews et d'autres qui pondent des news et enquêtes tous les jours. Merci, donc, les amis, vous êtes beaucoup trop gentils et indulgents. Je ne suis qu'un humble bonimenteur à la solde du grand capital ayant raté son concours d'entrée à l'école de journalisme, ne l'oubliez pas.

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D'ailleurs, puisqu'on parle de journalisme, petit cas de conscience : les organisateurs des « France Poker Awards » m'ont invité à faire partie du jury qui remettra dans deux semaines des récompenses telles que « performance de l'année », « joueur online de l'année », « innovation de l'année », « pub télé de l'année », ce genre de choses. Après avoir cogité 24 heures, j'ai poliment refusé l'invitation. C'est pas pareil que de voter au Poker Hall of Fame. De part ma position chez Winamax, je me voyais un peu mal donner mon avis pour décerner des trophées où Winamax à une chance de gagner dans à peu près toutes les catégories. Je veux dire, pour moi l'innovation de l'année, c'est le soft Winamax sur iPhone, il est génial ce programme, mais est-ce qu'on va penser une seconde que je suis sincère si je défends cette position devant le jury ? Pareil pour la pub télé, celle de Winamax m'a fait plus marrer que les autres. Et le tournoi online de l'année ? Bah, la Sunday Surprise, c'est pas mal du tout non ? C'est mignon, c'est fun, c'est novateur, on reçoit des tonnes de mails chaque semaine, pour nous dire que c'est génial, bref, ça plaît. Tout cela, je le penserais surement pareil si je travaillais ailleurs, mais étant donné que c'est Winamax qui signe mon chèque à la fin du mois, j'ai dans cette situation surtout le droit de fermer ma gueule, et de laisser des personnes un peu plus neutres faire leur choix en espérant que mon employeur où les joueurs qui le représentent remportent la mise dans les catégories où ils le méritent. Si je fais partie du jury, cela va discréditer l'organisation de ces trophées, et surement moi aussi. C'est perdant-perdant, cette histoire. Je fold, donc, mais j'irai surement faire un tour à l'Aviation pour voir ce que ça donne. J'aime bien les distributions de bons points, ça me rappelle l'école.

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Tiens, je n'ai pas écrit d'article interminable racontant l'année qui vient de se terminer. La tradition s'est perdue. Je me suis dit qu'en fait, ce genre de compte-rendu barbant était aussi chiant pour vous à lire que pour moi à écrire. Finalement, mon année 2010, on peut aussi bien la résumer en quelques chiffres, ça ira plus vite :

43 avions, dont 4 ratés, donc en réalité ça fait 39
13 pays, mais je sais pas si Monaco compte pour un pays
38 hôtels, la plupart étaient bien, et aussi
11 amis sympas qui m'ont prêté leur lit ou leur canapé à Londres, Los Angeles, Barcelone, et Paris
1 déménagement, Londres me manque encore
8 concerts de Phish à Berkeley, Atlantic City et New York
2 tournois joués, dont deux tournois non-gagnés, à Dublin et Tallinn
135 journées à « regarder des types jouer aux cartes », ce qui représente :
18 tournois couverts - dont 9 EPT - plus les 55 épreuves des WSOP
1 braquage commenté en direct
1 invitation à l'émission du World Poker Tour sur Canal+ avec mon boss Patriiiiiick
51 journées en transit, à attendre des avions, des trains, des taxis pour aller d'un point A à un point B
107 journées où j'ai dormi à la maison, le reste ailleurs
54 journées au bureau, qui a dit « absentéisme » ?

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Pas de « best-of » de l'année, donc, mais pour ceux qui veulent revisiter la cuvée 2010 de ce blog – où j'ai écrit moins fréquemment, mais mieux, je pense - il y a quelques articles dont je ne suis pas mécontent...

There's no off the record, sur la première décade du 21ème siècle
Carnaval, sur le costume de joueur de poker que j'enfile une fois de temps en temps
Push is a win, sur ma relation ambivalente avec Las Vegas
I made the news today oh boy, sur le hold-up à Berlin
Le meilleur album de rock de tous les temps, à propos Exile on Main Street
Vegas 101, le guide d'une journée parfaite dans la Ville du Vice
Vivons heureux en attendant la mort, où comment trouver un lien entre la fin du monde et un tournoi de poker à 50,000$ l'entrée
Don't Stop Believing, sur la résurrection pokéristique de Michael Mizrachi
The durrrr Factor, à propos d'une journée où le monde du poker a tremblé sur ses fondations
Le Clasico français, sur l'affrontement tant attendu entre deux géants du poker tricolore
Another day at the office, Ivey remporte un bracelet aux WSOP : la routine !
Into the Wild, récit du traditionnel road-trip post WSOP
OAK > LAS > LHR > HEL > TLL, cinq aéroports en 48 heures (tiens, c'est mon préféré celui-là, je me suis beaucou marré en l'écrivant)
Glamorama, peur et dégout à Cannes
A vous Cognac-Jay, la fin de ma carrière de commentateur à l'EPT
Poker Hall of Fame : mon vote

Et puis mes trois compte-rendus de la PCA 2010 sur le blog de Pauly, c'est les seuls articles que j'ai écrits en anglais l'année dernière il me semble, je les aime bien :

Dispatches from the Coral Bar

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Bon, là, maintenant, tout de suite, il y a du boulot avec Deauville, je vous en parle demain, car là je vais me coucher.

6 commentaires:

Matthieu a dit…

VGG

jbld a dit…

Nice article comme d'hab.

Juste un truc le bilan chiffré c'est pour 2009 ou 2010 :o)

Rv a dit…

"Finalement, mon année 2009..."
Encore un coup du décalage horaire :-)

Le titre de meilleur blog poker n'est pas usurpé je pense

aldanjah a dit…

Tu fais bien de rester chez Winamax. La boite semble dynamique, et ils mettent bien en avant les coverages.

Et puis, bosser gratuitement pour le CP c'est bien, mais ça nourrit pas son homme :)
Bravo aussi pour le titre du meilleur blog poker. (Heureusement pour toi que Moundir n'a pas de blog poker)
A bientôt

Anonyme a dit…

Et la triche winamax à Deauville, tu vas en parler ? On va pouvoir le lire dans ton blog ? Après Ali T., Anthon L. et Ludovic L ?

Benjo a dit…

Non, on en parlera pas, vu qu'ya rien à dire. Ou alors on parlera de parano demesurée et hors de propos. T'as l'air bien renseigné, je t'invite à en parler sur le tien, de blog :-)