vendredi 31 décembre 2010

2010 : A year in pictures

Le traditionnel diaporama récapitulant l'année... Des gens, des endroits et des moments qui me font dire que 2010, c'était pas si mal au final. Vous pouvez cliquer pour agrandir, si l'envie vous prend.

Janvier



Football US à Miami



Bahamas



ElkY et Ludovic Lacay à Deauville

Février



Réveil difficile à Dublin au lendemain de mon élimination de l'European Deepstack



Las Vegas - Londres

Mars



Un petit braquage à Berlin, ça, c'est fait



Table finale détente à l'EPT Snowfest

Avril



EPT San Remo, tout en fraîcheur avec Liv Boeree



Portofino (Italie)



Monte Carlo : ma dernière à l'EPT Live

Mai



WPT Paris : le mantra de Gabriel Nassif



Redécouverte de Vegas à travers les yeux d'Harper



Red Rock Canyon

Juin



Les World Series of Poker



Tom Dwan secoue la planète high-stakes



Huitième bracelet pour Phil Ivey



Le banc de presse

Juillet



Road Trip



Grand Canyon



Monument Valley



Arches National Park



Bryce Canyon

Août



Phish au Greek Theater de Berkeley



Tallinn

Septembre



Muse au stade Wembley



Winamax Poker Open à Dublin



Dernière main du Main Event des WSOP-E : victoire de James Bord

Octobre



EPT Londres avec Thomas Bichon



Halloween à Atlantic City avec Pauly

Novembre



New York



Les supporters de Vanessa Selbst en finale du Partouche Poker Tour

Décembre



Roberto Romanello : victoire émue à Prague



New York après le blizzard



Madison Square Garden

Crédits photos

Réveil à Dublin : Harper
Braquage à Berlin : BamS
Monte Carlo/EPT Live : Neil Stoddart
WSOP banc de presse : Paco
Phish à Berkeley : Phish
Winamax Poker Open à Dublin : Paco
EPT Londres : Eric Ramsey/PokerNews
Roberto Romanello/Prague : Harper

lundi 27 décembre 2010

Gone Phishin'

Si tout se passe bien, quelque part au cours de la journée de mardi, j'atterrirai aux États-Unis. Histoire de terminer l'année sur une note festive, avec quatre concerts de Phish enchaînés en cinq soirs. Oui, je sais, c'est beaucoup, mais pour tout vous dire j'avais initialement prévu d'assister à cinq shows au total. La tempête qui a frappé la côte nord-est des States et les centaines de vol annulés qui en ont résulté m'ont forcé à décaler mon départ d'une journée. Et en fait, à l'heure où je rédige cet article, je ne suis toujours pas assuré que mes plans vont se dérouler comme prévu. Dans une heure, je vais me mettre en route vers l'aéroport de Bruxelles, et prier pour un miracle, ou plutôt une succession de miracles. Il faut d'abord que mon vol vers New York soit maintenu par American Airlines, ce qui n'a rien de certain. (EDIT à 11h42 : Bingo ! Quelle merde. Voir plus bas) Même si le blizzard semble s'être dissipé, dans ces situations le trafic aérien met toujours quelques jours à revenir à la normale, et des vols peuvent être annulés par précaution, manque d'équipage, équipement, etc. Ensuite, il faut que ce vol soit à l'heure, autre gageure, ceci pour les mêmes raisons. Après, une fois l'Atlantique traversé, il faut que la file d'attente au comptoir d'immigration ne soit pas trop longue, qu'il y ait des taxis de disponibles, que la neige sur les routes soit déblayée, et qu'il n'y ait pas trop d'embouteillages pour arriver jusque Manhattan. La réalisation simultanée de tous ces évènements semble aussi compliquée que la réaction en chaîne qui a permis l'apparition de la première molécule vivante sur la planète Terre, mais admettons qu'aujourd'hui soit mon jour de chance : si tout se passe bien, j'arriverai en début d'après-midi au croisement de Columbus et de la 82ème rue. J'y retrouverai Pauly au comptoir d'une agence de location de voiture. Nous attendra alors un après-midi de conduite vers le nord-est, et, si la route est dégagée et le trafic clément, nous arriverons en début de soirée à Worcester, petit patelin merdique situé à quarante bornes de Boston, en temps et en heure pour le concert, le deuxième du « Holliday Run » annuel de Phish. Nous avons dors et déjà loupé le premier show, qui se déroule en ce moment même, je suis en train de l'écouter en sanglotant via un streaming live de qualité pourrie mis en place par un fan à l'aide de son iPhone. Après, le lendemain, retour à New York, et direction le mythique Madison Square Garden pour trois soirs de suite, et entrer dans 2011 avec le sourire.



J'ai vu Phish treize fois en quatorze mois. A ce stade, même mes lecteurs les plus indulgents doivent se demander ce qui me pousse à retourner voir ce groupe encore et encore à l'autre bout du monde, dépensant une portion non négligeable de mon revenu disponible et de mes congés payés. Plutôt que de pondre un nouveau pavé pour tenter de vous expliquer tout ce qu'il y a de magique, d'envoutant, de généreux dans la musique et les prestations scéniques de Phish, on va procéder autrement, avec une compilation réalisée par mes soins que je vous invite à télécharger en cliquant sur le lien ci-dessous :

Phish pour les nuls

Pas facile de présenter un groupe aussi riche en seulement 90 minutes. Phish n'est pas un groupe « à tubes » qu'on peut résumer en une douzaine de chansons. En 25 ans de carrière, ils ont joué sur scène plus de 800 chansons différentes, originales ou non. Rien que durant les 13 concerts auxquels j'ai pu assister, j'ai pu entendre 178 compositions uniques ! (Je vous rassure, je ne suis pas encore assez fou pour m'amuser à calculer cette statistique moi-même, il existe un site qui s'en charge à votre place, une sorte de Hendon Mob des concerts de Phish). Et pour les chansons que j'ai entendues plusieurs fois, c'était à chaque fois une expérience différente.

Bref, considérez cette compilation (live, bien entendu) comme un introduction, un appât, une porte d'entrée vers l'univers du groupe, mais pas un portrait fidèle. Au contraire, il s'agit juste d'une sélection de chansons accessibles, faciles à écouter et à aimer. Alors que le cœur de Phish, ce sont bien leurs morceaux de bravoure de vingt ou trente minutes, ces longues compositions compliquées avec solos interminables qui font le bonheur des fans mais inécoutables pour le néophyte. Il s'agit d'un jam band, après tout, pas d'une formation pop. (J'ai tout de même mis les 13 minutes de Slave to the Traffic Light, car c'est le morceau préféré de Pauly, et juste une très, très belle pièce de musique). J'y ai inclus plusieurs reprises, après tout Phish est considéré comme le meilleur cover band d'Amérique, c'est même la seule chose qu'ils savent faire de bien, disent les mauvaises langues. Il y a Roses are Free de Ween, Good Times, Bad Times, parfaite imitation de Led Zep, Ainsi parlait Zarathoustra (un classique qu'on retrouve entre autres dans le 2001 de Kubrick est qui est toujours un grand moment en live), et surtout Cities, des Talking Heads, sans aucun doute le meilleur souvenir de mes treize concerts, inoubliable.

Un autre moyen de découvrir Phish serait de regarder Bittersweet Motel, le documentaire que leur a consacré Todd Phillips (oui, le réalisateur de The Hangover) en 1998, et visionnable en ligne gratuitement sur Google videos (ci-dessous). Plus intéressant que la moyenne des docus rock, ce film présente un panorama plutôt fidèle du groupe, sa musique, et son univers. On les voit sur scène et au dehors, on rencontre leurs fans à la mentalité bien particulière, les images défilent et l'on comprend peu à peu pourquoi les salles affichent complet tous les soirs malgré l'absence de promo sur MTV, très peu de passages télé, et aucun hit single.



Bien entendu, ce n'est qu'en voyant Phish sur scène, de visu, que l'on sera véritablement converti. Mais malgré des rumeurs insistantes, il n'est toujours pas question d'une tournée en Europe, ils ne sont pas venus chez nous depuis douze ans. C'est pour ça que je vais maintenant me rendre à l'aéroport, et prier très fort pour que mon vol apparaisse sur les grands écrans de contrôle du hall.

EDIT mardi, 11h42 : Immédiatement après avoir franchi les portes coulissantes du hall de Zaventem, je savais que c'était foutu. Juste après l'entrée, le comptoir de vente d'American Airlines, avec une file d'attente longue comme le bras, que des visages tristes, graves, déprimés, déjà résignés à des vacances fichues ou un retour à la maison encore repoussé. Cela ne pouvait signifier qu'une chose... Petit coup d'oeil au tableau des départs... Ouaip, vol annulé. J'ai pris mon mal en patience dans la file, c'était interminable car les options de secours proposées aux voyageurs étaient toutes atroces, et chacun tentait de négocier une meilleure solution, "vous avez pas mieux que dans quatre jours, pour mon départ ??" Arrivé à mon tour, j'ai fait la même chose, bien sur. On me propose un vol direct vers NYC... le 1er janvier. Autant dire après la bataille. J'explique que je suis prêt à voler de n'importe quelle capitale européenne vers n'importe quelle ville à moins de cinq heures de bagnole de la Grosse Pomme. Nouvelle proposition : un vol à connexions vers Boston, le 30. Arrivée très tard le soir. Il ne me resterait donc plus que deux concerts. Pas terrible, je préfère encore tout annuler. J'insiste, y'a vraiment rien aujourd'hui, si je fais un grand sourire, là, comme ça, vous allez me trouver quelque chose, hein, dites, allez ? La fille continue de pianoter sur son ordinateur... Et me trouve finalement le vol qui va - peut-être - sauver mes vacances, mais ce sera au prix d'un voyage interminable. Décollage de Bruxelles à 12h45. Arrivée à Londres à 13h05, heure locale. Trois heures trente plus tard, décollage vers... Chicago, où j'arriverai à 19h20, heure locale. Là encore, trois heures d'attente, puis un vol vers Boston, où j'arriverai mercredi à 1h30 du matin, si tout se passe bien. Là, je serai livré à moi-même, à cinq heures de bagnole de New York. Je vais probablement aller à l'hôtel, avant de prendre un train à l'aube. Bref, en admettant que j'en ai terminé avec les bad-beats aériens, j'arriverai à destination dans une trentaine d'heures. C'est mieux que rien. En bonus, il me faudra repasser par le contrôle de sécurité pour chacun de ces trois vols, et j'ai déjà fait sonner le portique lors du premier contrôle. Je crois qu'il s'agit du bouton de mon jean. J'ai donc encore deux palpations au niveau de l'entrejambe qui m'attendent dans les 24 heures qui suivent. Chouette. Ceci dit, j'avais un peu prévu le coup en emportant un flacon de Lexomil bien rempli.

EDIT mercredi, 17H32, heure de New York : J'ai fini par y arriver. C'était pas si difficile. Juste un peu long. Tous mes avions étaient à l'heure. Durant les huit heures du vol Londres-Chicago, je n'ai fait que dormir - mais très mal, me réveillant toutes les vingt minutes et sortant finalement de l'avion avec les cervicales en purée. De même, j'ai roupillé sec dans le troisième et dernier avion, et ai pu m'effondrer dans une chambre d'hôtel du centre de Boston vers trois heures du matin. A l'aube, j'étais à la gare centrale. La SNCF américaine est plus efficace que ce qu'on m'avait laissé entendre, le train a foncé sans encombres durant quatre heures à travers cette gigantesque banlieue qu'est le nord-est des States, et en début d'après-midi, Manhattan aparaissait dans toute sa splendeur. Me voilà installé au onzième étage d'un hôtel vieillot mais très confortable - la chambre est très grande et offre une belle vue sur le bâtiment des Nations Unies. J'ai retrouvé Pauly. Les vacances peuvent commencer. Soirée tranquille pour commencer. C'est demain que les choses sérieuses commençent, avec le premier de trois concerts au Madison Square Garden.

vendredi 24 décembre 2010

Merry Stressmas

Wattignies, 19 heures. Tout est prêt, ou presque. Les derniers toasts sont en train d'être beurrés dans la cuisine. Il y a du foie gras, bien sur, du saumon, des amuse-gueule divers : saucisson, pruneaux avec un petit bout de lard autour, des Apéricub bien sur, cacahouètes, et que sais-je encore. Le chapon est cuit depuis longtemps, il sera réchauffé et sorti du four en temps et en heure. Il y a tout un tas de plats remplis de légumes divers à toutes les sauces, du rosbif aussi je crois, mais je suis pas sur, c'est pas moi qui fais la cuisine. Dans la salle à manger, le sapin de Noël croulant sous les ornements a fait son apparition il y a quelques jours, et à ses pieds l'espace s'est progressivement rempli de présents, la plupart emballés dans du papier journal, parce que de toute façon, à quoi bon s'embêter avec un papier cadeau classe qui sera déchiré et jeté par terre en l'espace de quelques secondes ? La table du salon a été poussée pour faire de la place. Il a fallu rajouter une table de dîner à celle déjà existante, en fait la table en plastique du jardin, mais recouverte du nappe rouge en papier, on y voit que du feu. Autour des assiettes, des couteaux, des fourchettes, des verres en cristal, il y a des décorations diverses, gris gris mignons comme tout, Père Noëls miniatures, cerfs miniatures, guirlandes miniatures gris métallisé, et puis un petit carton devant chaque couvert avec la photo de la personne qui l'occupera. Je ne vais pas vous mentir en vous disant que j'ai activement participé à tous ces préparatifs. Je me suis borné à créer la play-list de Noël sur l'iPod, qui, raccordé à la mini-chaîne, offrira un bruit de fond paisible aux conversations. Rien de bien compliqué : les Beatles, les Beach Boys, les Pogues, un peu de Phish mais pas trop, Aretha Franklin bien sur, les Stones, les Talking Heads, et si les gens veulent danser, on peut s'arranger.

Ce soir, on fête Noël avec la famille de Papa. Le clan espagnol. Un peu de monde, mais cela reste raisonnable, quatorze personnes, juste les proche, sa sœur, son mari, ses deux filles, leurs maris, leur quatre gosses, et ma mère, et mon frère, bien sur. On pensera à Mémé, absente depuis six Noëls. Au même moment, à Barcelone, Madrid, et dans le sud de la France, des tas de cousins éloignés que je n'ai jamais vus ou presque vont faire de même. Demain, on recommencera avec la famille de Maman, les franco-français, toujours à la maison, à peu près autant de monde. J'ai de la chance : les années passent, mais les journées de Noël sont restées à peu près les mêmes depuis vingt-cinq ans. C'est à dire quelque chose de bien, de résolument bien, que j'attends toujours avec impatience. Un petit moment de répit, une bulle de confort temporaire avant de repartir au front, vers la vraie vie et ses vrais tracas. Quand les enfants de mes cousines ouvrent leurs cadeaux en poussant des cris, ça me ramène il y a quinze, vingt ans, quand j'étais à leur place, les cadeaux ne sont pas tout à fait les mêmes, mais la scène est identique. Le cycle se répète, c'est agréable. Elles me sont importantes, ces traditions. Quand autour de nous, tout a tendance à aller de pire en pire, c'est bien d'avoir un point d'ancrage fixe, quelque chose de doux et chaleureux vers quoi revenir chaque année, quelque chose qui ne pourra nous faire que du bien, quelque chose qui me ramène en arrière, car c'était toujours mieux avant.

J'ai de la chance, car ce n'est pas le cas pour tout le monde. Il m'est facile de l'oublier, mais pour des tas et des tas de gens, Noël est une douleur, une vieille blessure qui se rouvre chaque année. Il y a ceux pour qui Noël, c'est surtout grandir avec des parents séparés, des repas moroses où le tableau n'est jamais complet, et ne pourra jamais plus l'être. Il y a ceux pour qui chaque Noël est un deuil, ou l'on ne peut que penser à ceux qui sont partis et qui ne reviendront jamais. Il y a tous ceux, des centaines de milliers, des millions même, qui passeront le réveillon seuls, tellement seuls, irrémédiablement seuls, des gens âgés pour la plupart, pour qui le sourire du présentateur télé lançant le bêtisier ne réchauffera pas le cœur. Ils ne recevront aucun email, aucun SMS sur leur téléphone portable, qui restera désespérément muet. Et je ne parle même pas de ceux pour qui la préoccupation principale ce soir sera de ne pas avoir froid. C'est à Noël que la solitude est la plus dure à supporter, c'est à Noël que l'idée de bonheur et son absence sont les plus cruels envers ceux qui ne l'ont pas.

J'ai de la chance. Mes parents n'ont pas toujours été heureux, je ne suis pas sur qu'ils le sont aujourd'hui, car le bonheur est une chose tellement difficile, tellement fragile de nos jours, semble t-il, et plus on vieillit, plus c'est compliqué, mais j'ai la chance d'avoir été élevé dans un foyer dénué de violence, physique comme mentale. Mes parents n'avaient que peu de moyens, mais ils m'ont gâté, matériellement autant qu'ils le pouvaient, et leur affection ne s'est jamais tarie, et ne se tarira jamais. Il y a tant d'argent dans le monde, de gens dans le monde, et finalement si peu d'amour. Souvent j'ai l'occasion de me sentir seul, immensément seul au gré de mes voyages, j'accumule les déceptions, les regrets et les désillusions, mais au fond je sais qu'à la maison, il y en a un peu, beaucoup même, de cet amour, il est là pour moi quand j'en ai besoin, je peux y revenir aussi souvent que possible. J'ai de la chance.

Qu'est-ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ? La réponse à cette question est simple, tellement simple, mais cela n'en fait pas une question facile pour autant. La plupart de nos problèmes ne sont pas compliqués, ils sont juste insolubles, ce qui est tout à fait différent. Si vous avez avec vous quelque chose qui vous fait sentir heureux d'être en vie, soyez bénis. Peut-être que vous vous en rendez compte, peut-être que non, au fond ce n'est pas très grave. Et puis si vous êtes toujours en quête, ne perdez pas espoir. Je penserai à vous ce soir.

mercredi 22 décembre 2010

Noël : c'est le moment d'acheter des trucs (enfin encore plus)

Parmi la dizaine d'articles de fin d'année pas encore écrits parce que pas de temps et pas de motivation et vas-y, lâche moi, j'ai envie de faire la fête ce soir, pas de la passer devant un ordi vu que ca fait déja douze heures que je suis en train de taper sur mon clavier, il y en a un qui est quand même assez urgent, en fait il va périmer très vite, c'est le guide d'achat de Noël. Voici donc, avec un peu de retard, les cadeaux que j'offre cette année autour de moi, que je me suis déja offert, où que j'aimerais bien qu'on m'offre, vite fait et sans prétention, il y a même les liens vers Amazon (je touche rien dessus), j'avais entamé cet article il y a deux semaines, maintenant il est trop tard pour se faire livrer à temps sur Amazon, mais on s'en fout en fait, ce n'est pas parce que Noël sera bientôt derrière nous qu'il faut se priver de consommer des trucs chouettes comme ceux que je vous propose ici.

Le Cadeau Poker



Made in Poker - Jules Pochy : Je suis sur qu’il y en a plein parmi vous qui sont dans la même situation que moi : dans votre famille, vous êtes catalogué comme « le mec qui joue au poker ». Il y a toujours un tonton pour vous dire que « c’est que de la chance, ce jeu, non ? ».Il y a la cousine qui vous demande en rigolant si vous connaissez Patrick Bruel – moi, j’ai de la chance, depuis quelques années, je peux répondre « oui, en fait je bosse pour lui », ce qui coupe court aux sarcasmes et laisse place à de grands yeux ronds incrédules. Et à Noël, évidemment, ça ne loupe pas, année après année... On vous offre des cadeaux « poker », parce qu’on se dit que, comme vous aimez bien le poker, vous aimerez forcément le tabouret « poker » avec une quinte flush royale imprimée sur le rembourrage, l’horloge poker avec une quinte flush royale sur le cadran, et le bouquin de poker à deux balles trouvé à Carrefour, si si, je suis passé par là, et ces merdes encombrent ma poubelle tous les matins du 25 décembre. Si vous êtes dans cette situation, vous avez soupiré intérieurement au moment de la remise des cadeaux, lâché un « merci » poli, parce qu’on est quand même bien obligé de dire merci, tout en se disant que bordel, est-ce qu’on offre des cartouches de cigarettes aux cancéreux du poumon ? Bref, cette année, je vais croiser les doigts pour qu’on ne m’offre le seul cadeau « poker » que je veux, celui que je n’ai pas réussi à obtenir gratuitement par service de presse, malgré que ce soit Inculte qui le sort, la boîte qui va publier ma traduction de Lost Vegas (bande d’enfoirés !) Jules Pochy est un excellent vidéaste et photographe (ce qui est bien), et un type tout à fait recommandable en général (ce qui est encore mieux). Je l’ai rencontré il y a trois ans, aux WSOP 2007, quand il venait de démarrer Made In Poker avec Fabrice Soulier, je leur ai donné un coup en rédigeant chaque jour un compte-rendu des championnats du monde pour leur site encore balbutiant (que de chemin parcouru !) Voilà maintenant Jules qui sort un bouquin du même nom, un recueil de ses plus beaux clichés pris sur le circuit professionnel. Même pour quelqu’un qui commence à en avoir plein le cul du poker comme moi, c’est juste génial. Les photos de Jules sont belles, et ne cantonnent pas uniquement à une galerie de portraits de mecs tirant la tronche à une table de poker. Non, dans ces instantanés pris à Vegas, Monte Carlo, Londres, Macao, et j’en passe, il y autre chose. Prenez par exemple les clichés saisis en bordure de Vegas, loin du Strip. Dans ces photos du désert, de la banlieue, du cimetière des néons défraichis, des casinos miteux des bas-fonds de North Vegas , il y a tout le désespoir, le vide caché, la perte de sens propre à la Ville du Vice que seul un œil avisé pouvait saisir avec justesse sur pellicule. Et dans les visages des joueurs saisis à la table et en dehors, il y a de vraies émotions, un courant qui passe, une information qui est transmise sans qu’aucune parole ne soit prononcée, rendant la légende inutile. Un beau livre, à laisser traîner sur la table du salon, et à tendre à qui vous posera une question déjà entendue mille fois : « Mais qu’est-ce qui t’attire, dans le poker ? » Pas forcément quelque chose de très pur, j’en ai peur, mais nous devons tous vivre avec nos contradictions.

Un DVD



ENTER THE VOID - Gaspar Noé : Attention, grosse claque dans la gueule, puissante, qui laisse des marques. De temps en temps, pas souvent, un cinéaste nous propose une œuvre intégrale, une vision personnelle, un truc qui sort de l’ordinaire, qui vous prend par les tripes dès le générique d’intro et vous laisse incapable de respirer, en apnée jusqu’aux dernières images. Le dernier film de Gaspard Noé est de cette race là. Une réflexion sur la mort, l’effet qu’elle a sur les gens qui vous entourent, avec la drogue comme véhicule. Pas besoin d’en prendre pour planer devant Enter the Void : le bad trip est inévitable, et délicieusement douloureux. Quand, dès la première scène, le héros – filmé en caméra subjective et que jamais on ne quittera, jamais on ne verra (ou presque) de tout le film – fume des hallucinogènes, on décolle avec lui, les fractales envahissent l’écran, le temps de distord, s'étire, et l’on est déjà prisonnier, impossible d’appuyer sur la touche pause pour aller pisser, la séance d’hypnose a débuté. Quand, une scène plus tard, il se fait tirer dessus par la police de Tokyo, on a mal pour lui, même après avoir vu des dizaines de milliers de types mourir au cinéma, cette balle là est douloureuse, on ressent le trou qui le transperce, et la vie qui s’échappe de lui. Mais le mec refuse de mourir, et alors commence un voyage terrifiant. Presque trois heures de vol, quelque part entre le réel et l’au-delà, la tête secouée dans tous les sens. C’est très cru (il y a plein de scènes hard dont une que vous n’avez jamais, jamais vue ailleurs), cela ne plaira pas à tout le monde, beaucoup se feront même chier, la performance des acteurs est inégale, mais qu’importe, je n’avais rien vu de tel depuis, pfff, Fight Club ?

Un disque



An introduction to Elliot Smith : Perte, manque, douleur, rupture, addiction, éloignement, conflit maternel, solitude, dépression : les chansons d’Elliot Smith ne parlent que de ça. Et si je vous dis que la vie de ce bonhomme hautement tourmenté s’est terminée à l’âge de 34 ans par deux coups de couteaux plantés par ses soins dans la région du cœur, vous en conclurez que cette compilation parcourant dix ans de carrière est loin de constituer la bande-son idéale d’un Noël en famille enjoué et positif. Et pourtant, si. Cela faisait un bail que je n’avais pas entendu de la musique pop aussi simple, légère, et envoutante. Impossible de résister : ce disque plaira à quiconque aimant les Beatles, donc à tout le monde. Particulièrement conseillé à tous ceux qui ne vont pas super bien en ce moment, mais sont convaincus qu’un jour proche, ça va s’arranger, c’était juste une petite baisse de régime passagère, faites moi un petit sourire, là, voilà, c'est mieux. Comment ça, je parle de moi ? Tss.

Un bouquin



La carte et le territoire - Michel Houellebecq : Il m’est un peu difficile de parler des bouquins de Michel Houellebecq, qui vient d’obtenir un prix Goncourt avec dix ans de retard. Trop proche de moi, trop intime. Vous expliquer pourquoi la lecture de son premier roman, à la fin des années lycée, a changé ma vie à tout jamais, ce serait en révéler plus sur moi-même que j’en aie vraiment envie. Pour moi, Houellebecq n’est pas un écrivain, mais un maitre à penser, le mot est fort mais je n’en vois pas d’autre. Et ses bouquins ne sont pas des romans. Ils sont beaucoup plus que cela : grille de décryptage du monde occidental moderne, voix de la raison au milieu de la médiocrité ambiante, et en ce qui me concerne, une sorte de thérapie littéraire qui m'ont rendues les frustrations du passage à l’âge adulte un peu moins douloureuses. Une lecture sombre dont on ressort transformé, mais pas complètement désespéré. Houellebecq est impitoyable dans sa description des rapports humains modernes, mais il lui reste, heureusement, une petite lueur d’espoir quand à notre espèce. Et puis, qu’est-ce que c’est bien écrit. Ca à l’air simple, d’écrire de manière aussi épurée, mais qu’est-ce que ça doit être difficile. On parlera encore de Houellebecq dans cent ans. Enfin, si la littérature voudra encore dire quelque chose dans cent ans, ce qui est loin d’être certain, rapport à l’implosion du système capitaliste, la fonte des glaces et les armes nucléaires qui vont bien finir par péter quelque part un jour.

Une bédé


Notes - Boulet (5 tomes) : Je serais bien en peine de vous expliquer pourquoi j’aime tant les bandes dessinées de Boulet. Ce sont les seules que je lis depuis la fin de Calvin & Hobbes et des Innommables. Ces Notes sont en fait la compilation (ou l’intégrale ?) des planches que Boulet publie régulièrement sur son blog. Du coup, si vous êtes radin, pas besoin d’acheter la version papier, vous pouvez vous contenter de lire le blog à l’œil. Mais être radin, c’est quand même être un peu con, car on se prive d’une partie du plaisir, celui de toucher le papier entre les doigts. Plutôt crever que de me mettre à lire un bouquin sur un iPad, celui qui arrivera à me faire remplacer mes centaines de bouquins poussiéreux, encombrants et puants de vieillesse pour une tablette électronique à la con n’est pas encore né. Mais je digresse. Lisez Boulet, ses chroniques réelles ou fictives, suivez le dans ses pérégrinations à travers le monde, ses déboires de dessinateur professionnel, ses observations sur le monde qui l’entoure, en bas, au coin de la rue, au comptoir du bar, au supermarché, dans la cour de l’immeuble, ses univers peuplés de monstres sympathiques, d’animaux qui parlent et de vrais gens rigolos.