lundi 30 août 2010

Monday morning office boredom



Il est lundi matin, vous venez d'arriver au bureau et, comme moi, vous êtes déja en train de compter les minutes une heure à peine après votre arrivée. La journée sera longue... Pourquoi ne pas prendre une pause en consultant quelques liens qui ont attiré mon attention ces derniers jours ?

An Open Letter to the Commerce Casino - Why I signed (Michael Craig sur le Full Tilt Poker Blog)
Le marché français des jeux en ligne est maintenant régulé depuis deux mois, avec les conséquences dramatiques que l'on sait pour les joueurs héxagonaux, désormais cloisonnés à l'intérieur de leurs frontières, et victimes d'un taux de prélevement (rake) battant tous les records. Pendant ce temps, les choses bougent à toute vitesse de l'autre côté de l'Atlantique, et nos amis américains se demandent à quelle sauce ils vont être à leur tour mangés. Des élements de réponse commençent à émerger ça et là, et il semblerait que l'on s'achemine vers une solution similaire. Les lobbys pro-poker en ligne et plusieurs politiques poussent pour une régulation au niveau national (ce qui, vu la taille du pays, ne serait pas une si mauvaise solution), mais certains groupes d'influence (les casinos en dur, notamment) ne l'entendent pas de cette oreille, proposant une régulation état par état, ce qui serait évidemment une catastrophe similaire à celle observée chez nous en France et en Italie. Imaginez la gueule d'un marché américain découpé en 50 sections indépendantes ! Tout cela est très compliqué, et nous n'en sommes qu'au tout début du processus (rappelez vous que les premiers pas vers une législation en France ont été faits en 2006). Cet article de l'excellent Michael Craig est centré sur le bordel qui règne actuellement en Californie, avec le Commerce Casino de Los Angeles s'opposant ouvertement à une législation au niveau national. Un signal inquiétant de la part de la plus grande salle de poker "live" du monde. Comme vous pourrez le constater, les américains commençent à flipper sur la tournure que vont prendre les choses... un an après nous. Pour plus d'informations sur la situation du marché américain, je ne peux que vous conseiller de lire régulièrement Pokerati, qui sont les mieux renseignés sur le sujet.

Durrrr Challenge 2 > Durrrr Challenge 1 (Wicked Chops Poker)
Le Durrrr Challenge - rien de moins que le truc le plus intéressant qui soit arrivé au poker en ligne ces deux dernières années, avec la météorite Isildur1 - est de retour, et comme nous le dit Wicked Chops, la deuxième manche s'annonce infiniment plus rapide que la première. Alors que le match de Tom Dwan contre Patrick Antonius n'est toujours pas terminé un an et demi après son lancement (Antonius est tellement derrière qu'il n'a presque plus aucune chance de remonter), plus de 5,000 mains ont déja été jouées face à Daniel "jungleman12" Cates en deux sessions à peine, soit 10% de l'objectif. Rappel : 50,000 mains devront être jouées au total, en tête à tête, aux enchères 200$/400$ et quatre tables à la fois, minimum. Si Durrrr termine en tête, il remportera 500,000$ en plus des gains ramassés à la table. Dans le cas contraire, il remettra trois fois plus à son adversaire. Oui, cela correspond à 1,5 millions de dollars. Si vous n'avez pas désinstallé la version .com de Full Tilt Poker sur votre ordinateur, il est toujours possible d'observer les tables... A noter que ce deuxième challenge semble être joué en No Limit Hold'em, alors que Durrr et Antonius avaient joué exclusivement en Pot Limit Omaha.

The War of the C-words (Poker News)
Les deux dernières semaines ont été assez pauvres au niveau de l'actualité poker... Pas étonnant, donc, que les médias se soient jetés comme des vautours sur la dernière esclandre de Daniel Negreanu. J'étais à l'aéroport d'Heathrow en route vers Tallinn quand j'ai ramassé un exemplaire de l'excellente publication britannique PokerPlayer au kiosque à journaux, et j'avoue avoir été assez surpris en y découvrant Daniel Negreanu qualifier Annie Duke de "cunt" dans l'interview qui lui était consacrée. "Cunt", c'est juste l'insulte la plus violente que l'on peut lancer à une femme en langue anglaise, en particulier aux Etats-Unis, que l'on pourrait traduire en français par "pouffiasse" ("salope" serait encore trop timoré). Bon, on sait bien que Daniel et Annie ne peuvent pas se piffrer, et que le canadien ne rechigne jamais à donner son opinion de manière claire et précise. S'en sont suivies deux semaines de buzz sur Twitter, Facebook, et tout ce que la planète poker compte de forums et sites d'information. Indignation dans le camp d'Annie Duke, embarassement du côté de Negreanu et PokerStars ("mais je pensais pas que le journaliste allait citer cette phrase !"), et la communauté qui se régale, pop corn en main. Ma confrère Nicole Gordon donne son avis sur Poker News.

Une véritable histoire belge (Slowrolled.com)
Mes confrères suisses de Slowrolled se sont récemment rendus au Casino de Namur, Belgique pour y couvrir une étape de l'excellente série des "ChiliPoker Deepstack Open". Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accueil fut des plus chaleureux pour le reporter depêché sur place, avec un séjour ponctué par des menaces, injures, violences et provocations de la part du casino, et se terminant par une expulsion des lieux. Qui a dit que ce métier était de tout repos ? Je n'ai pas de raison de douter de la véracité de ce récit, ayant déja entendu dans le passé plusieurs histoires à dormir debout concernant ce casino. Une chose est sure, Winamax ne mettra jamais les pieds à Namur pour y réaliser un reportage poker.

Cocaine cowgirl : Paris Hilton arrested in Las Vegas for cocaine possession and overall stupidity (Tao of Poker)
Ah, l'héritière préférée de l'Amérique qui s'éclate dans la Ville du Vice et se fait pincer en possession d'un petit sachet de poudre blanche importée de Bolivie... Cela sonne comme un cliché fatigué, mais non, ça s'est passé vendredi soir sur le Strip de Las Vegas. Croyez-en un habitué de Vegas : là-bas, le seul crime, c'est d'être assez con pour se faire prendre. Jusqu'où tombera Paris Hilton dans la stupidité ? Les limites sont celles de l'imagination.

Las Vegas Cabbie Chronicles
Mon dernier blog préféré en date : les récits d'un chauffeur de taxi de Las Vegas, ses déboires avec les clients, les autorités locales, le personnel des casinos, etc, etc. Des tas d'anecdotes hilarantes et des conseils précieux (il faut fouiller un peu). On y apprendra notamment que les français ne donnent jamais de pourboire (quelle surprise !)

Reportage : EPT Vilamoura (Winamax.fr)
N'ayant pas vraiment de bons souvenirs de Vilamoura, j'ai laissé Harper partir en solo pour couvrir la deuxième édition de l'European Poker Tour à la sauce portugaise. Affluence modeste mais satisfaisante, avec presque 400 joueurs au rendez-vous. Au terme des deux premières journées du tournoi, grosso modo la moitié ont survécu, avec Michel Abécassis (finaliste en 2009), Antony Lellouche et Arnaud Mattern en place parmi les chip-leaders. C'est à suivre jusque jeudi sur Winamax.fr, toute la journée à partir de 13 heures.

Et on termine avec le blog du Team Winamax, toujours un bon moyen de passer le temps en prenant des nouvelles de la meilleure équipe de France du monde à nous qu'on a. D'ailleurs, j'ai un article à bosser, je suis complètement à la ramasse, j'y retourne.

samedi 14 août 2010

No money in poker, everyone's solid

My first European Poker Tour event ended disappointingly after seven hours of play. My opponents were no one you would recognize, but they were very tough nonetheless, almost all of them. I made tons of small mistakes which added up. I got lots of good hands, but didn't get paid off, lost at the showdown, or got them in such tricky spots that I was unable to win with them. I never made a flush or a straight. I played very tight. I never had an easy spot to play, one of those Aces vs Kings matchups, or flush vs flush, no hand that played itself. I had to fight for every chip, and lost most of those battles. I was below the starting stack for the entire day, save for maybe ten minutes. And when I finally got in the perfect spot, the one that could put me back on the right track, I busted out, victim of a 3-outer on the river.

The numerous media people and friends who were rooting for me in Tallinn asked me after wards if I enjoyed the experience, despite the poor result. I told them it was akin to get a spanking from your mistress in a no tel motel on a rainy Thursday night. Your ass hurts, but you still get a kick out of it. I enjoyed the mental stimulation that came with all the difficult decisions I had to make, and stayed positive the entire time, despite never being really in a good position. For the first time, I wasn't even upset after busting out. Maybe there was a sense of relief at being out, I don't know.

What made things great was the tons of support I received before, during and after the tournament. Thanks to all of you who dropped a word on Twitter, Facebook, sent an email, an SMS, patted me on the back... Save for this scandinavian reporter who showed up at my table and gave me a laugh, saying “You, playing a tournament ? So funny !”, within earshot of the entire table. Thanks for the table image, buddy.

And at least, I got the chance to be interviewed by my friend and famous poker hostess Gloria Balding for PokerNews... Well worth the €4,250 if you ask me.

Blinds : 50/100. My stack : 30,000

I take my seat at table 11, which is slowly filling up with players. Stereotypes helps to make your first assessment of the competition. The guys I'm facing to start my first EPT are all unknown (good thing), and all young (bad thing). The partial seat draw info posted outside the tournament area tells me I'm playing with one Swede, one Estonian (only a handful entered the event), one Polish, and one Belgian. There's also a Frenchman, Gregory, sporting Winamax colors, as I do, too. An amateur player who qualified on the site. Since I'm not good enough at poker to qualify online for a big poker tournament, my only way of playing was to sell a big share of my action to various friends. Thanks all for giving me your trust and your money. It meant a lot to me.

Thomas Kremser says « Shuffle up and deal » on the microphone, it's my 38th EPT, but the first as a player. I'm nervous and excited. I have no idea what's gonna happen. I hope to run good, and that I won't make stupid mistakes. My heart is racing as I play my first hand, calling a UTG+1 raise on the button with pocket Sevens. Flop is 862 off and I call a 500 c-bet. Turn is a 10, I call another bet, 1,100. River is a meaningless 2, and my opponent completes his 3-barreling by betting 2,200. At this point I don't think I beat anything anymore. Given my fast flop and turn calls, the guy must think I'm gonna call the river also. So he can only betting with a better hand than mine, right ? I fold.

Then I raise in mid-pos with Q9 of clubs, get called in three places, and the flop is 853 of hearts. No reason to c-bet here in a multiway pot, I check/fold. UTG, I raise 275 with 76 of spades, and the Winamax frenchie reraises to 900 on the button. I call and check/fold again on a Q83 offsuit flop, no spades. Looks like I'm setting up a weak image. Not what I had in mind. One orbit later, UTG raises 300. I'm UTG+1 with pocket Tens and I flat call. The nit in me is not about to overplay a middle pair right at the beginning of my first €4,250 tournament. The big blind calls as well, and the flop is 955 offsuit. This is good, right ? The BB checks. Preflop raiser bets 600. I call only to see the BB check/raising to 2,200. PFR folds, and I can't see any other option than folding as well. His line doesn't make much sense, it looks like a bluff with air to make PFR fold his As-K and me fold the mid-pair I represent, but finding out is gonna cost me a lot. I fold. Later, I call a raise on the cutoff with 98 of hearts and see a 3-way J86 flop with two diamonds. Again, I opt for the weakest line by folding to a c-bet, despite having flopped a little something. I should have called, lots of scare cards would have slowed down the action on the turn. I'm starting to think this report is gonna get me some abuse by the people who put me in. But I'm trying to write an honest recap, so... So be it.

Blinds : 75/150. My stack : 25,450

Not the best start ! I haven't won a single hand yet. I'm about to when I defend my big blind with AT of spades against a hi-jack raise. The flop is JTT with two clubs. Nice. I check, and my opponent checks as well. I bet 350 on the 7 turn – it's way not enough, I know, the pot was about 1,000 large at that point. Anyway, he calls. River is another 7, I have a full-house and bet 750. Should have been 1,500 if my bet-sizing had been correct on the turn. He calls, and mucks upon seeing my hand.

Then I fold KQ off from the SB after a raise from early and a reraise from the cutoff. I limp K7 of diamonds on the cut-off and fold after a small blind raise. Then I fold a lot and we go on break.

Blinds : 100/200. My stack : 26,575

I come back from the break a little late and miss a couple of hands. I find pocket Fours UTG and raise to 525. I'm called by the solid Swedish player seated directly on my left. Flop is AQ7 with two spades. I decline the c-bet, and he checks as well. I try a 650 steal on the 9 of spades turn, but he calls. We check the 6 river, and he shows me KQ of clubs for the win.

Seat one, a decent player, raises to 500 from early position. I call on the hijack with A4 of diamonds. The big blind calls. Flop is A62 off with one diamond. Seat 1 c-bets 900, I call and we're heads-up. Turn is another 6 that brings a second spade. He checks, I check as well. River is a King. He checks and I bet 1,500. He snap calls and shows AQ offsuit : I lucked out a split pot, and saved chips since I would have bet lots of rivers here.

The Winamax player (Gregory) raises to 525 from early position. I call in mid-pos with pocket Tens again. See, I get dealt lots of pocket pairs but never manage to win a pot. It will be the case again here. Seat 1 calls from the big blind, and the flop is K86 offsuit. Gregory c-bets 900 and I call. We're heads-up. Turn is an Ace, a second spade. He checks, I check. River is an 8 of spades. He bets 1,500. Why would I be ahead here ? I fold. Dammit.

I get dealt Queens. Surely there's a way I'm gonna finally win with a pair, right ? The worst player at the table raises to 600 from early position... Wait a minute, let me clarify about the choice of words. The whole table was amazingly solid. It was a whole new universe for me, my previous “big” comps had buy-in ranging from €500 to €1,500. In Tallinn my opponents weren't all world class, but they all knew what they were doing to some extent. This guy here was just the least good of all, he was calling 3-bets ouf of position too often. Anyway, he raises to 600 from EP, and I 3-bet to 1,900. Alas, he folds this time. As you can see, I know how to make money with my monsters. Fuck this.

The cut-off raises to 500. I call on the button with A2 of clubs. The BB calls. Flop is A53 with one club. Not bad. I call a 1,000 c-bet and we're heads-up. Turn is a K of spades. Check/check. River is a 2. He checks, I bet 2,100 with my two pairs, he folds.




photo : Lina Olofsson / PokerStarsBlog Suède

Blinds : 150/300. My stack : 26,250

One guy tries a raise to 525, he hasn't noticed the blinds have went up. Therefore, he's instructed by the dealer to make a min raise. I call on the cut-off with QJ of clubs. Flop is Q53 with one club. He checks, I bet 375 (again, not enough), he calls. Turn is a 7, we check. River is an 8, he checks, I bet 1,000, he snap-folds.

The next hand is one of the most important I played during my short-lived tournament, I think... Experts, let me know what you would have done. UTG, the Swedish player raises UTG. UTG+1 calls. Seat 1 reraises to 2,400. Since the tournament started, he's proven himself to be quite an active player, but not too active either. Let's say he's mixing it up well, playing like good tournament players should in my opinion. I'm on the big blind with pocket Jacks. Another hideous spot, isn't it ? I have about 27K, the Swede got me covered by a few thousand, and Seat 1 got 22K to start the hand. All things considered, we all have the same stack, or so I assume. What do you do ? I opt to flat call, and so does the Swede. UTG+1 fold, and we're three-handed on the 984 flop with two spades. There's 7,500 or so in the middle. I check, and my two opponents do as well. Interesting. Turn is a 7 of hearts. I check again. The Swede bets 4,500. Seat 1 calls quickly. I dwell for thirty seconds and fold sheepishly. River is a 6 of spades, completing a flush draw. Both players check. Swede turns over three of a kind with pocket Nines, and Seat 1 mucks. OK, so I was a loser as soon as the flop came, and made the right fold on the turn. But could I have won the hand by 4-betting preflop ? Was it a good option ? I'll never know what Seat 1 had here... But he can't possibly have AA, KK or QQ, right, since he checked on the flop ? Maybe Jacks, like me ? Shit, I hated this hand. Another pair loses, and my stack is desperately staying below average.

I raise to 750 on the cut-off with A9 of diamonds, the Swede calls on the button, flop is AQ8 off with one diamond, I c-bet 1,025 and he folds. Then Ace-King from early position (again, I get lots of good starting hands), which I raise to 775. Button calls, he's the best player at the table in my opinion, very aggressive. Flop is QT8 with two hearts, and I have none. Shitty spot again. I check, he bets, and I fold like the fish I am. NEXT hand, I get Aces, and raise to 775, still from early position. The same player calls me from the cut-off. Flop is K87 offsuit, and instead of check/raising, I c-bet and win the pot. Combined, those hands are bad, I played them face up. I should have CR the second one to get a bit more respect on future hands.

Blinds : 150/300, ante 25. My stack : 25,650

I can't seem to get above my starting stack, which is now worth less than 100BBs, plus there are the antes to worry about now. Back from the second break, I see an incredible hand where a guy (the one whom against I laid down TT against when he CR'd a 955 flop) ships his 40K stack on a King high flop with just an 8-high flush draw. The good player in Seat 10 sighs and call with a set of Deuces, and the river completes the other guy's draw. Amazing.

Next I raise UTG to 725 with AQ of clubs. Seat 1, now short-stack (kinda, 10K) calls from the hi-jack. The BB calls as well. Flop J33 offsuit, no clubs. I c-bet 1,400, and get called by Seat 1 only. Turn is another 3. We check. River is a Q, I lucked out the full-house and most likely have the winner... I check, still. He bets 2,600, and nitty that I am, I don't raise. I flat call and he shows Ace-Jack. Another hand atrociously played. I'm lucky he had a good hand. I should have bet on the river, obviously, since he would have called with lots of pocket pairs, pocket pairs that he would have checked back. Jeez. No happy with all those small mistakes I'm making, but I got a stack above 30,000 for the first time in the tournament.

Someone raises to 775 from mid-pos. I'm next to him on the hi-jack with AK off. I don't raise. But not out of nittyness for once (I swear...). Simply, Seat 10 and 1 are in the blinds. They are now short, and good enough to attempt a squeeze with less than premium hands. I'm targeting them. But instead, Swede on CO calls, button calls, and Seat 1 calls on BB. Flop is 8 high with two spades, I have none. Fuck. Seat 1 overbets by going all-in for 5,000. PFR snaps like he's heads-up, he only has pocket Nines (lol at his snap-call), the rest of the players fold including me, Seat 1 turns over 85 of hearts for one pair. Turn is an Ace, shit I could have won this showdown for once, and Seat 1 is out.

I raise AT of clubs from MP, 725 total. I'm called by Seat 10, who has like 9K in front of him. Flop is KJ3, all spades. I c-bet 1,025. He raises to 3,000. I fold. He shows one King. I feel ashamed. He's having fun showing me how good his read on me is. I feel powerless. What am I doing in this tournament ?

Blinds : 200/400, ante 50. My stack : 28,725

Right when a new level begins, my table breaks and I get moved to a new table. Joining me is Seat 10 and Seat 8 from the previous table. Seat 10 stays in Seat 10, while Seat 8 is now in Seat 3. Two on my right is Manuel Bevand, the only Winamax Team Pro player who showed up to play the first EPT of the season. He sporting a 50,000 stack. On my immediate left and right are seated players with at least 90,000 each. This table is way more aggressive than the last one, with more 3-betting. Only redeeming quality : two on my left is a clueless Finnish guy who I'm gonna witness 3-betting, then calling a 4-bet with QJ off, out of position, with a 30,000 stack.

To make things worse, I'm card dead now. So much that I don't play for thirty minutes straight. Nothing to do with K2, Q5 and 84 twenty times in a row. Then I find 98 of spades UTG, first remotely decent hand since I sat down at this new table. I raise to 1,000. Obviously, the clueless Finn min-reraises me, and I'm forced to call when action comes back to me, then to check/fold on a 433 offsuit flop. Fuckety fucking fuck.

Then I wait another half-hour (not kidding) and raise to 1,000 with 54 of clubs. I'm in mid-pos. I get a call from the Finnish fish and the button. Flop is T96 and I check/fold for the 183th time today. A few minutes later I'm UTG+1 with KJ of diamonds, and manage to steal the blinds. Yay. Level 6 is over.

I head to the dinner break and have a sit-down with ElkY and Arnaud Mattern. They give me some pointers, well Arnaud is at least, ElkY just spends one hour making fun of my plays, and I can't blame him.

Blinds : 300/600, ante 50. My stack : 23,525

I have 40 big blinds. Still plenty of room to butcher hands, check this : first hand, a tight player with a short-stack (like 16K) raises from late position. I call on the big blind with pocket Nines. Flop is J53 with two spades. You already know what I'm gonna do... I check/fold. Another one, right after : I get KQ off on the small blind, everybody folds to me... I limp in. The big stacked BB raises, and again, I fold. I simply had no idea what else to do. Someone raises from early position, and I don't wanna call in position with QJ of spades. I would have flopped nothing anyway...

In short, I spend another hour folding and getting slowly blinded off. Then I get pocket Queens... Big stack on my right raises to 1,700 from early position. I 3-bet small, 4,000 total. Action is back to him, and he tanks. Clueless dealer thinks he called, and start dealing the flop, enough for everyone to see a King of clubs. What ??!! A floor is called over. He makes the proper ruling (this is the EPT, I was not too worried) : if we have to see a flop, the deck will be shuffled again, King included. Anyway, the guy folds, and very next hand, I get dealt Queens again. This time Manuel Bevand raises to 1,500. I 3-bet to 4,500, and he folds as well. To sum it up : I'm card dead, and when I finally get a hand, I get no action since everybody has figured out how tight I am.

Blinds : 400/800, ante 75. My stack : 22,625

I steal the blinds on the button with 86 of clubs. Seat 10 busts, and is replaced by a guy with 140,000, and I steal the blinds again, from the hi-jack with KQ offsuit. I try to steal once more with A2 offsuit, but fold to a shove from a short stack, but not short enough to warrant a call.

Then, a few orbits later, a few minutes before the last level of the day is set to begin, I play my last hand of the Tallinn EPT. The hand right before it, Manuel Bevand doubled up to 70,000 when he cracked Aces with KJ offsuit... (He 3-bet from the BB, the HJ raiser trapped by just calling, and all the money went it on a KJ3 flop). I'm UTG with pocket Kings. I raise to 1,900. Everybody folds to Manuel who 3-bets 6,300 from the small blind. I think about it for fifteen seconds and push my 20,500 stack in the middle.

He instantly calls, then asks how many chips I got. For those who don't know, this sequence (“I call, how much ?”) is jokingly known as a “ElkY” in French poker lingo. Manuel turns over Ace-King offsuit.

There is 42,000 in the middle. Biggest pot I played today, obviously, that could set me up nicely to finish Day 1 above a starting stack, not the best result ever, but given all that happened today, I would be content with it.

The flop comes nothing, brick, blank. The turn is a rag. The river is an Ace of spades. I literally jump out of my chair in a reflex of disgust. I shake Manuel's hand, and part ways with my first European Poker Tour event.

So yeah, the whole thing was enjoyable, but quite painful. I was definitely outmatched in this field, I'll admit it. But the lack of good spots and easy hands made my task a lot harder. To go deep in such a tournament, you definitely need lots of hands like that. You need to flop sets once in a while, you need your draws to get there, and you need not to get outdrawn...

Do I want more of this ? Yes... But the next live tournament I'll play will have a lesser buy-in and an easier field, and I'll put my own money. Playing with other people's money prove quite stressful, especially since the competition the toughest I faced. All in all, I don't regret my decision to play. It was interesting. I learned a lot and can't wait to try again... Till I finally make a big score.

jeudi 12 août 2010

Buy the ticket, take the ride

Jeudi à midi, je prendrai place dans la salle de conférence du Swisshotel de Tallinn pour disputer mon premier tournoi European Poker Tour. Cinglé, ridicule, inconsidéré, hors de propos... J'anticipe une volée de bois vert quant à cette décision. Mais après tout... pourquoi pas ?

Tout cela s'est joué sur un coup de tête, je l'avoue. Je ne suis pas en train de préparer une reconversion en tant que joueur pro, Dieu merci. J'ai déjà abordé la question dans le passé... Le poker est et restera pour moi une distraction où j'ai bien du mal à gagner de l'argent. Pourquoi, alors, se décider du jour au lendemain une épreuve coutant plus de quatre mille euros l'entrée ? Pourquoi ne pas se contenter d'un de ces tournois deep-stack comme celui que je dispute chaque année à Dublin, pour le dixième de ce prix, et un dixième du niveau ? En fait, c'est très con. Je vous explique. C'est de la faute d'Harper. (Hé, pas mal, comme idée, ça, de blâmer le voisin, je vais m'en tirer à l'aise avec une excuse pareille).

Mon collègue de Winamax est un joueur doué et passionné (probablement infiniment plus que moi) qui a rongé son frein durant tous les WSOP, n'ayant pas pu tenter une seule fois sa chance de décrocher un bracelet. Il s'était bien inscrit à l'un des tournois short-handed à 1,500$, mais une table finale prolongée jusque l'aube l'avait forcé à annuler son inscription le lendemain, et aucune autre occasion ne s'était présentée.

On était sur la route, c'était à Moab, je crois, en train de discuter de notre retour imminent en Europe. « Coverage ou pas, je vais à Tallinn », lui ai-je dit. « Il n'y aura probablement pas de joueurs du Team Winamax, mais je n'aime pas rater les nouvelles étapes EPT, à fortiori celles se déroulant dans un endroit attrayante. »

« Pas de reportage ? Tu va être en vacances, alors ? »

« Plus ou moins. »

« Ben joue le ! »

« Vraiment ? »

J'ai consulté le site de l'EPT. 4,250 euros l'entrée pour cette étape inaugurale de la saison 7. Si j'arrive à convaincre quelques joueurs d'investir une majeure partie de cette somme moyennant l'abandon du pourcentage correspondant de mes gains éventuels, l'affaire ne devrait pas (trop) me ruiner.

L'idée avait germé. Durant les jours qui ont suivi, j'ai consulté un ami joueur dont l'avis est toujours respecté et censé. Son conseil ? Foncer... Si l'aspect financier de la chose ne me met pas en danger. « Je suis toujours partisan de tenter de nouvelles expériences », m'a t-il dit. Soit, en 37 visites à l'EPT, je n'avais jamais pris les cartes une seule fois. « Et avec toutes ces années de reportages, ces dizaines de tables finales commentées, tu sais suffisamment de choses à propos du poker pour ne pas être complètement perdu. »

Je me suis ensuite tourné vers Stéphane Matheu, Team Manager de Winamax, qui m'a confirmé que la présence de l'équipe serait minimale à Tallin. « Un joueur, grand max. » Cela confirmait que le champ était libre pour moi. Je veux dire, quitte à jouer un EPT, cela ne sera jamais celui de Deauville, Prague ou San Remo, durant lesquels il y a trois tonnes de travail. C'était mon occasion, probablement la seule de la saison.

Et puis après, une fois que je me suis décidé, j'ai fait la tournée des popotes, un peu embarrassée tout de même. Mais le soutien fut au rendez-vous, avec un coup de main de Guignol en guise de rabatteur. J'ai fait ce que tout joueur pas fortuné et/ou pas sur de lui fait quand un tournoi le démange : j'ai vendu des parts... A taux classique : 1% investi égal 1% de mes gains éventuels. Certains m'ont confié que j'avais sans doute abandonné une part trop importante de mon entrée, mais ainsi soit-il. Je ne deviendrai pas millionnaire cette semaine. Le but sera avant tout de vivre une belle expérience, si possible, et de kiffer. Prendre un risque. Essayer, au moins une fois. Et tant pis pour les conséquences.

J'ai l'impression d'être au bord d'un précipice. Je suis excité, et nerveux. Après un mois déconnecté du poker, c'est comme si j'avais déjà tout oublié. J'ai passé une partie de la journée entre les tables du Day 1A, histoire de me remettre dans le bain. J'ai constaté que le field était rempli d'excellents joueurs dont la présence à ma table demain me terroriserait, mais aussi d'un océan d'inconnus, des joueurs de l'Est, des randoms d'âge moyen dont les français en course aujourd'hui m'ont assuré qu'ils n'étaient absolument pas méchants.

Tandis qu'Arnaud Mattern se construisait un imposant tapis de 103,000 (plus de trois fois le stack de départ), j'ai dîné avec les quelques joueurs français arrivés en ville pour le Day 1B – Manuel Bevand, seul joueur du Team en lice, Antoine Amourette, Paul-Pirès Trigo, Ludovic Riehl, et Damien Rony, qui avait malheureusement sauté lors de la première fournée – et ouvert grand mes oreilles. Tous m'ont rassuré : il ne faut pas se monter la tête en début de tournoi. « Keep it simple » semble être le mot d'ordre. Relax.

OK, j'ai un été à l'encontre de mes propres conseils sur le choix de la journée de départ. Je suis un fervent partisan du Day 1A, pour la bonne raison que la plupart des pros expérimentés et habitués à voyager toute l'année préfèrent la journée suivante, qui leur permet d'économiser une journée de voyage. Au final, je jouerai le Day 1B, en grande partie parce que j'avais besoin d'être reposé au maximum, tout juste rentré en Europe que je suis. Je pense que j'ai combattu le décalage horaire avec succès, avant même qu'il ne se pointe.

Mon tournoi va commencer jeudi à midi, heure locale, soit onze heures en France. Je posterai la hauteur de mon tapis sur Twitter une fois par heure (on va jouer neuf niveaux d'une heure, enfin j'espère que je vais tous les jouer), et j'écrirai un compte-rendu en fin de journée, comme lors de mes précédents tournoi. Pour l'heure, je vais me coucher. Souhaitez-moi bonne chance.

mercredi 11 août 2010

OAK > LAS > LHR > HEL > TLL

J'ai déposé Pauly à l'aéroport d'Oakland peu après quatre heures du matin. Un peu plus tôt, Phish avait terminé de manière magistrale trois soirées consécutives au théâtre grec de l'université de Berkeley. La fête d'après-concert avait été logiquement assez calme... Tout le monde étant sur les rotules après 72 heures de bamboche quasi non-stop, et une longue journée de voyage devant eux. Certains rentraient à la maison, tandis que les fans invétérés allaient suivre le groupe vers leur prochaine destination. C'était le cas de Pauly, bien entendu. Je lui ai dit au revoir, après trois mois passés ensemble presque quotidiennement. J'ai allumé une clope et repris la route en sens inverse. J'ai suivi une voiture de flics à rythme ralenti. La bagnole était louée au nom de Pauly, et non le mien : une arrestation de routine aurait pu mal se terminer.

De retour dans la chambre d'hôtel proprement dévastée, j'ai retrouvé Carrie et le Joker, les derniers survivants de notre équipe. Daniel est arrivé un peu plus tard, rentrant d'une grosse after-party organisée dans un hangar. Je me suis allongé et, les yeux mi-ouverts, je les ai écouté raconter des conneries. Des nouvelles nous parvenaient en provenance de l'une des nombreuses expéditions de cinglés ayant sauté dans leur voiture dès la fin du concert pour rejoindre le prochain show programmé à Telluride, dans les montagnes du Colorado. Rien de plus que 1,700 bornes à parcourir en moins de quarante heures à travers quatre états. C'est vous dire la dévotion des fans de Phish, prêts à tout pour voir leur groupe préféré une dixième, trentième, centième fois, peu importe l'effort et le prix. Beaucoup n'ont pas les moyens de s'offrir le couteux et plus rapide transfert par avion. Wildo et sa troupe n'avaient pas encore quitté la Californie après cinq heures de route, et l'on s'est demandé si ils allaient jamais y arriver.

Le Joker a pris une douche, pour repasser immédiatement les mêmes fringues qu'il avait porté la veille... Un survêtement et une veste Adidas bleu criard à bandes rouges, assorti d'un t-shirt marqué « Bling ». C'était apparemment ce que le Joker avait de mieux à se mettre, car il a justifié le choix de garde-robe en annonçant : « Il faut que je sois présentable pour mon arrivée à Telluride, mec... J'ai loué un énorme appart' avec piscine et jacuzzi. Tous mes potes m'attendent. » N'empêche, je me demande si le Joker ne s'est pas transformé en « Wookie » durant tous les concerts qu'il a vus cet été. Inquiétant, vu que le Joker est un membre fondateur de la « Wook Patrol », brigade corrigeant (avec bon esprit) les torts de ces hippies crasseux et fauchés qui pullulent au sein de la communauté.

Daniel nous a quittés aux alentours de six heures du matin, rejoignant l'aéroport de San Francisco pour embarquer son avion vers le Canada. Le Joker commençait à être impatient. J'étais censé retourner à l'aéroport d'Oakland en sa compagnie, il attrapait le vol suivant en direction du Colorado. Il ne décollait qu'à neuf heures et demie, mais il avait probablement remarqué que j'avais sévèrement besoin de repos. Il me proposa de le conduire directement sans plus attendre. Je me suis levé. Carrie nous a pris en photo avec son sabre laser en plastique, un ustensile Jedi de qualité qu'il a trimballé tout au long de l'été en « carry-on luggage », provoquant des regards intrigués des agents de sécurité de divers aéroports américains. « Il y avait cet officier », dit-il, « il l'a ausculté pendant cinq bonnes minutes, il n'en revenait pas que çà pouvait exister. Il m'a demandé combien ça coutait et où il pouvait s'en procurer un. »

On a dit au revoir à Carrie, qui parfait rejoindre son motel avant d'aller faire un coucou à sa famille dans la baie de San Francisco. On est arrivé à l'aéroport vers sept heures. J'ai donné l'accolade au Joker, et l'ai regardé franchir les portes du terminal. Son sac à dos géant de randonneur dépassait de vingt centimètres au dessus de sa tête, le sabre laser émergeant d'une des poches telle une bizarre antenne Alien. Derrière lui traînait la glacière désormais vidée de tout breuvage alcoolisé.

Le jour était levé et j'étais désormais livré à moi-même. C'est bizarre, et vaguement déprimant d'être le dernier restant à la fête, d'autant que c'était moi qui faisais face au voyage le plus long. Sur le chemin du retour, j'ai repensé au voyage dans son entier : les WSOP durant sept semaines, le road-trip qui a suivi dans les montagnes, les longues journées paresseuses à Los Angeles, et l'explosive conclusion à Berkeley. J'ai essayé de reconstituer l'histoire dans l'ordre, d'y mettre un peu de sens, mais c'était peine perdue : mes circuits étaient aussi grillés que le reste du corps.

Je suis revenu dans la chambre désormais vide, et me suis immédiatement effondré sur le lit. J'ai dormi deux heures qui en ont paru deux cents. Mon corps me suppliait de lui donner un peu de repos, et je me suis réveillé vers dix heures un peu plus frais. Avant d'entrer dans la salle de bains, je me suis pris en photo : sacoches sous les yeux, barbe dégueulasse, peau marquée par l'alcool, le tabac, la nourriture grasse et le manque de sommeil. Je me suis lavé, mis une extra dose de parfum, et éradiqué la barbe. Je me suis coiffé, et pris une autre photo pour un effet « avant/après ». C'était déjà un peu mieux. Les vacances étaient terminées : il était temps de repasser en mode « boulot », et penser à ce qui m'attendait en Europe : trouver un appartement à Paris, et débarquer au milieu du nouveau marché du poker en France, autrement plus compétitif depuis l'ouverture... Entre autres choses.

Je me suis penché sur le problème des bagages. Puisque stocker la moitié de mes sacs à Londres durant ma semaine à Tallinn m'économisait de l'effort et de l'argent, il me fallait être sur que je disposais de tout le nécessaire dans le sac que je gardais. J'ai échangé le linge sale et le linge propre. J'avais assez de t-shirts, mais j'étais un peu court concernant les sous-vêtements. Un rapide calcul m'informa que j'allais devoir jouer le Wookie durant la deuxième partie de la semaine, où me ruiner en lessive à l'hôtel. Peut-être que j'allais me contenter de porter le même caleçon toute la semaine, comme ces joueurs superstitieux qui vont jusqu'à la table finale et gagnent un demi-million d'euros tout en sentant comme un clodo. Aussi, je n'avais que deux jeans. J'ai enfilé celui qui dégageait l'odeur la moins pestilentielle. Pareil pour le sweat à capuche. Le vert à rayures était hors de question, ayant été porté à travers 1,500 miles en Arizona et Utah, et au cours des trois concerts de Phish.

J'ai tenté de rassembler les diverses ordures que notre équipe avait accumulées durant les quatre jours précédents : mégots, bouteilles, serviettes en papier, restes de fast-food... J'ai bourré les poubelles, et entassé le trop plein sur le bureau. J'ai procédé à une dernière vérification, histoire de ne rien oublier. J'ai fouillé mes poches pour en sortir dix billets de un dollar, la moitié de ce qui me restait en guise d'argent liquide. Je me sentais un peu coupable envers la femme de ménage. Nous n'avions pas exactement détruit la chambre, mais 10$ de pourboire était un peu radin vu le bordel que nous avions laissé, ça et l'odeur de tabac mélangée aux odeurs corporelles des dizaines de hippies ayant tour à tour occupé les lieux.

Bien entendu, la femme de ménage en question, une haïtienne, était sur le palier de la chambre quand je suis sorti. Elle venait de terminer celle d'à côté, et s'apprêtait à entrer dans la notre. Elle avait envie de discuter. Elle était probablement soulagée de pouvoir parler dans sa langue natale. Elle m'a posé des tas de questions, et m'a confié à quel point elle détestait son job. Je me suis senti encore plus mal qu'elle me dise ça juste avant de rentrer dans notre chambre. Je me suis excusé par avance, et, adorable, elle insista pour m'aider à porter mes sacs jusqu'à la voiture, malgré qu'ils pesaient tous les deux 25 kilos. Je lui ai dit « Bon courage », chargé le coffre, et suis parti.

Je me rendais vers l'aéroport d'Oakland pour la troisième et dernière fois de la journée. Sur l'autoroute, j'ai souri en apercevant le Golden Gate Bridge sur ma droite, partiellement visible derrière les nuages. Mes trois mois en Amérique s'étaient terminés par mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an (après Indio pour Halloween et Miami au réveillon). Je suppose que l'on peut me considérer comme un fan, étant donné l'argent et l'effort qui ont été nécessaires pour organiser ces trois voyages. Mais je sens encore comme un étranger au sein de cette communauté. Il doit y avoir une barrière culturelle ou linguistique, où je ne sais quoi qui m'empêche de vraiment m'y sentir vraiment chez moi. Peut-être que cela à voir avec la quantité massive de drogues ingérées/fumées/bues/sniffées durant les concerts... Il serait hypocrite d'en nier le rôle, même si je sais que je peux apprécier la musique en état de sobriété, l'écoutant régulièrement au boulot. Mais il y a définitivement un côté obscur à toute cette bonne humeur hippie. Du reste, Phish ne pourra jamais être mon groupe préféré... La meilleure musique m'attaque directement aux tripes. Avec ses longues plages d'improvisation et d'expérimentation (parfois complètement inécoutables, soyons clairs) Phish travaille le cerveau, ce qui est une chose tout à fait différente. Mais je suis fasciné par des dizaines de choses à propos de ce groupe : leur longévité, leur volonté d'aller toujours plus loin dans l'extravagance musicale, le fait qu'ils soient globalement inconnus mais remplissent tout de même 70 énormes salles par an, les légions de fans qui les suivent, le langage et les codes propres à la communauté, la dévotion de ses membres, l'humour, la créativité, l'esprit d'entreprise et débrouillard qui y règne, l'attitude libertaire, la relation presque amoureuse établie depuis 25 ans entre les musiciens et leurs fans... C'est véritablement un univers complètement nouveau que j'ai pu découvrir, moi qui ai pourtant vu plus de cent cinquante groupes en concert et festivals depuis le lycée.

Après une ultime visite à In-N-Out Burger, je suis arrivé à l'agence de location, et n'ai pas eu de problèmes pour rendre la voiture. J'ai pris la navette vers l'aéroport en compagne de quelques fans au look Wookie. Je me suis pointé au mauvais terminal, et payé trois dollars pour louer un chariot et faire le chemin jusqu'à l'autre bâtiment. Par chance, Southwest Airlines ne charge pas de frais supplémentaires pour mettre deux valises en soute. J'ai fumé une clope et passé la sécurité. J'ai trouvé une prise pour brancher mon ordi, et consulté Facebook, Twitter et Gmail pour la première fois en quatre jours.

Mon premier vol s'est passé dans douleur. J'ai lu Rolling Stone Magazine avec Leonardo Di Caprio en couverture, l'article était nul, puis le fanzine dédié à Phish, qui est drôle, et il était temps d'atterrir. J'ai récupéré mes bagages. J'étais de retour à Las Vegas, mais pas pour longtemps. Il était quatre heures. Mon vol vers Londres décollait à neuf heures, avec un enregistrement commençant à six heures. En bref, j'étais coincé avec mes soixante kilos de bagages, sans réelle possibilité d'aller visiter le Strip une dernière fois, ce qui n'était pas vraiment un problème. J'ai loué un second chariot (quatre dollars, cette fois), trouvé une prise et me suis connecté, cherchant immédiatement des liens où télécharger les concerts de Berkeley. Je me suis contenté de prendre le second, la connexion gratuite de McCarran n'étant pas des plus rapides. J'ai immédiatement écouté « Cities », une reprise des Talking Heads que je connaissais pas, histoire de vérifier que mon cerveau avait bien été retourné à la première écoute... Oui, le charme agissait à nouveau. Cette chanson est magique. Le groupe se met à improviser après cinq ou six minutes, et atteint un équilibre parfait entre ses quatre membres, chacun jouant son rôle à la perfection pour créer une atmosphère qui a envoyé le public au dessus des nuages.

J'ai écouté quelques autres morceaux, et je suis allé au Starbucks. J'ai cherché un ascenseur pour descendre au rez-de chaussée. La porte s'est ouverte. Je suis entré et avant que je ne puisse faire un geste, un touriste paumé a déboulé. « A quel étage on est ? Il faut que je monte ». Et il appuie sur le bouton du troisième étage. Connard. Pas le choix, je dois maintenant sortir, mais le mec me bloque avec ses bagages, et je cafouille avec les miens sur le rebord de l'ascenseur, renversant le reste de mon gobelet de chocolat sur ma jambe. Génial.

Je prends un autre ascenseur, sors dans la chaleur moite, et me rends compte que j'ai fait tout cela pour rien, le rez-de chaussée ne permettant pas d'accéder au Terminal 2, celui des vols internationaux. Je remonte à l'étage du check-in, et marche jusqu'au Terminal. Il commence immédiatement à pleuvoir, et une odeur caractéristique de chien mouillé se dégage du bitume. Je me change dans les toilettes. L'enregistrement avait commencé au comptoir de British Airlines. Je paie soixante dollars pour ma deuxième valise, et réserve un siège au fond de l'avion. Le guichetier m'assure que cette section de l'avion sera majoritairement vide. Et puis j'ai fait le chemin en sens inverse vers le Terminal 1. J'ai glandouillé gentiment, visitant la librairie sans rien acheter, et mangeant un hot-dog pas trop mauvais. Je retourne au Terminal 2. Encore trois heures avant le décollage. Je n'ai pas envie de passer la sécurité tout de suite, le terminal international de McCarran étant le plus chiant de l'univers, son seul point positif - la section fumeur - ayant été fermé il y a trois ans. Je branche à nouveau l'ordinateur et écris un mail à Pauly. Une heure avant le décollage, je passe la sécurité, où l'on me soumet au scanner intégral, les bras joints derrière la tête à l'intérieur de la machine, l'image me rappelle une victime prise en otage par un terroriste, l'impression de soumission est totale, c'est probablement voulu, la prochaine étape devrait être la fouille anale généralisée, on y arrivera avant la fin du monde. J'achète des clopes au duty-free, et il est temps d'embarquer.

On décolle, et effectivement, le fond de l'appareil est plutôt vide, mais le siège du mec devant moi est cassé, s'inclinant plus que d'ordinaire pour s'arrêter à dix centimètres de ma tronche, et le mec derrière s'endort en calant confortablement son genou au niveau de mes reins. J'attends patiemment la première tournée de boissons, demande une bouteille de vin, que je descends avec un Xanax. Quand je me réveille, nous ne sommes plus qu'à une heure de Londres. Le Xanax, c'est mieux qu'une machine à voyager dans le temps. Le petit déjeuner est servi, et me voilà de retour en Europe.

Les bagages arrivent à toute vitesse, je trouve le comptoir où les stocker, et prends un taxi vers l'hôtel que j'ai réservé pour la nuit, un Radisson pas cher qui se révèle être plutôt classieux. Il est cinq heures de l'après-midi, et mieux vaut ne pas s'endormir trop vite si je veux combattre le décalage horaire avant qu'il n'apparaisse.

Je ferme les yeux peu après minuit sans avoir accompli quoi que ce soit de productif, et à quatre heures, il est déjà temps de repartir. Un taxi hors de prix me ramène au Terminal 3 d'Heathrow. Je retrouve Dana devant la porte d'embarquement. Elle va couvrir le premier EPT de la saison pour PokerNews : un mois après la conclusion du Main Event des WSOP, c'est déjà la rentrée des classes. Le break fut court.

On atterrit à Helsinki. J'avance ma montre de deux heures : il est passé treize heures. C'est la première fois que je mets les pieds en Finlande. Juste pour le temps d'une connexion, cependant, que je passe à discuter avec Arnaud Mattern, qui vient d'arriver de Paris. On embarque dans un coucou à hélices de soixante places. J'avais réservé un siège au second rang, histoire d'être le premier sorti de l'avion : perdu, l'embarquement se fait par la porte de derrière uniquement. Le vol dure à peine le temps d'un battement de cils : un saute de puce d'une demi-heure au dessus de la Mer Baltique.

Et nous voilà à Tallinn, Estonie. D'habitude, je suis un minimum préparé quand je débarque en terres inconnues, ayant au moins fait l'effort de me procurer un guide. Cette fois, non. Je ne sais même pas quelle langue on parle ici, encore moins la monnaie échangée, et il me faudra un coup d'œil à une carte de l'Europe pour découvrir où je viens d'atterrir.

Les bagages sont déjà là quand on franchit les portes du terminal, et je surpris de la fluidité avec laquelle s'est déroulée mon voyage : les bad-beats et embuches habituelles ont été évitées avec brio. Je suis en plein cul. Je quitte mon cinquième aéroport en quarante-huit heures, et dix minutes plus tard, le taxi nous dépose au Swisshotel. Ils n'ont jamais entendu parler de moi à la réception, normal je n'ai pas réservé. Je donne le nom de Madeleine, l'employée me fait confiance les yeux fermés malgré qu'elle ne soit pas encore arrivée, j'aime déjà cet hôtel, et la chambre au quinzième étage avec vue sur la mer confirme mes suspicions, c'est du grand luxe, l'un des plus beaux établissements jamais envahis par l'European Poker Tour.

Je résiste à la tentation d'aller me coucher, et retrouve Dana au rez-de chaussée. On va manger une pizza (addition pour deux : 12 euros, boissons comprises), et l'on part en ballade à l'aveuglette. On trouve sans peine la vieille ville médiévale, qui ne semble être habitée que par des filles canon, et une multitude d'églises de diverses confessions. Architecturalement, ça me rappelle la Bourgogne où j'ai grandi, où alors Prague. L'ensemble est vieux, mais une sorte de « vieux neuf », vous savez, le genre qui a été repeint pour avoir l'air « agréablement vieux », et non pas « cradingue vieux ». J'aime beaucoup, ceci dit. C'est coquet. Et ais-je précisé que les gonzesses sont toutes sublimes ? J'ai toujours cru que c'était un cliché à moitié surfait, mais non. On s'assoit en terrasse d'un bar. On ne commande pas la « Soupe d'Elf » vantée par le panneau posé à l'entrée, mais une bière, qui nous est servie dans un bol en terre cuite. Là, je trouve qu'ils poussent un peu trop le côté vieux.

Et puis je rentre à l'hôtel, je retrouve Mad, je m'endors en début de soirée, je me réveille pour aller dans un restaurant indien, et je repars me coucher, et jeudi je jouerai un tournoi de l'EPT pour la première fois, tout cela est très bizarre mais je vous expliquerai ça demain.

samedi 7 août 2010

Into the Wild

Vingt-quatre heures après la conclusion du Main Event des WSOP, je me suis réveillé avec une gueule de bois de circonstance. J'avais passé la soirée de la veille au Gold Coast en compagnie d'une soixantaine de confrères et amis : journalistes, joueurs, croupiers, employés du Rio, et même quelques superviseurs ayant laissé tomber le costume noir de rigueur les cinquante jours précédents. C'est moi qui avait lancé l'idée d'organiser la dernière fête de l'été à Vegas dans ce casino vieillot, un poil crasseux mais tellement chaleureux et accueillant.

En 2009, durant le Main Event, on avait passé tellement de soirées dans le petit bar niché au fond de la salle de bowling au premier étage que l'endroit était devenu comme une seconde maison. Cette année, le Main Event s'est étalé un peu trop tard chaque soir et nous avons guère eu d'occasion d'y retourner. Raison de plus pour rameuter le plus de monde possible avant que tout le monde ne retourne vers la vraie vie. Et ils sont venus par dizaines. Il y avait même des tas de gens que je connaissais que de vue, ayant eu vent de l'affaire par bouche à oreille ou sur Twitter. Les gérants du bowling n'avaient jamais vu autant de monde un dimanche soir. Le bar était intégralement rempli. Eut le rendez-vous été donné dans une boîte de nuit, la moitié de ces gens ne se seraient jamais pointé. C'était l'endroit parfait pour une dernière soirée à Vegas : isolé et calme, mais assez fédérateur pour attirer en nombre cette cohorte disparate qui forme la communauté du poker. La bière a coulé à flots, le serveur ne savait plus où se donner de la tête, si bien que du renfort à du être appelé. Tout ce petit monde s'est mélangé, a rigolé et trinqué une bonne partie de la soirée, faisant l'aller et retour entre le comptoir et les pistes, où de sérieuses sommes d'argent furent misées. Vers trois heures du matin, les survivants ont pris l'escalator jusqu'au rez-de chaussée, investissant les tables de jeu. J'ai gagné une jolie somme au Pai-Gow, pour ma première vraie victoire de l'été à Vegas, tous jeux confondus. Pendant ce temps, la presse anglaise enflammait la table de craps voisine, et les cocktails arrivaient en flux tendu sur les plateaux des serveuses. Je suis rentré à l'aube avec le sentiment qu'il n'y avait pas de meilleure façon de dire au revoir à Las Vegas, aux confrères et aux WSOP.

Quelques heures plus tard, il était temps de s'en aller. Avec Harper, on a bourré tant bien que mal nos sacs de voyage grossis par toutes les saloperies accumulées en deux mois (livres, disques, fringues, souvenirs divers), fermé à clé la villa, puis l'on s'arrêté chez Dan pour stocker une majeure partie de nos bagages : on en aurait pas besoin sur la route. Après, petit déjeuner au Black Bear Diner, restaurant que j'ai ajouté cet été à ma liste des établissements recommandables de Vegas : de la bonne bouffe bouffe du Sud, riche et généreuse, qui laisse l'estomac rassasié à un prix ridicule, le tout avec un service souriant (ça se trouve au croisement de Jones et Tropicana, pour ceux qui voudraient y faire un tour). On a fait le plein d'essence, et pris la direction de l'aéroport. Notre but : échanger nos deux bagnoles « de ville » pour quelque chose un tantinet plus puissant et confortable plus apte à la traversée des grands espaces de l'Ouest Américain. L'employée du guichet de Hertz nous proposa une Toyota Camry, et accepta de la louer au même tarif que nos anciens modèles compact. Après tout, on venait de rendre deux véhicules loués durant sept semaines, un geste commercial était de rigueur, chapeau à Hertz pour avoir accédé à notre requête sans sourciller.

A seize heures, on se mettait en route vers l'est. Vingt kilomètres plus tard, Vegas n'était plus qu'un lointain souvenir, une tâche blanchâtre dans le rétroviseur, tandis que nous passions la frontière de l'Arizona au barrage Hoover. La route était à nous : le grand vide à perte de vue. Des montagnes pour décor, une longue route droite. Pas de couverture téléphonique. Encore moins Internet. Aucune ville de plus de mille habitants sur la carte. L'évasion, quoi.

Durant les cinq jours qui allaient suivre, on allait parcourir plus de 2,400 kilomètres à travers l'Arizona et l'Utah... avec un très bref passage par le Colorado et le Nouveau-Mexique, ayant en effet procédé à un détour de 90 minutes pour atteindre le point où ces quatre états américains se rencontrent. Il paraît qu'il y a un joli monument à l'endroit exact de cet accouplement administratif et topographique, mais nous ne l'avons point vu, ayant été accueillis par une large grillage, un cadenas et un panneau disant « Monument des Quatre Coins : Fermé Pour Réparations ». Un touriste furieux a taggé par dessus « J'ai conduit 600 bornes pour ça ? Bordel de merde ! ». Un spectacle probablement encore plus amusant que le monument lui-même.



On a conduit le jour. On a conduit la nuit. On est passé au travers d'au moins trois tempêtes, complètes avec pluie torrentielle, ciel noir et orage menaçant. On a dormi dans des motels typiques, choisis au hasard et qui se sont révélés être de bons choix. On a mangé gras pour tenter de reprendre les kilos perdus à force de sauter des repas au Rio. On s'est penchés au bord du Grand Canyon, que je me contenterai de décrire comme un putain de gros trou gigantesque et écrasant. Merci l'érosion pour tous ces millions d'années de travail : le résultat est une vraie œuvre d'art. On a croisé un bon million de touristes français, il n'y avait que ça partout, des français, à croire qu'ils s'étaient donné le mot. On a pris un grand bol d'air frais, profitant d'une température extérieure inférieure à 40° pour la première fois de l'été. On a fait de la randonnée mais sans trop se forcer. On s'est rendu compte que 99% des villes indiquées sur la carte ne sont en fait que des aires d'autoroute : le Sud-Ouest des États-Unis est une vaste étendue de vide. On a fait connaissance ceux que l'on appelle ici les « natifs » : les Indiens. On a fait du cheval dans Monument Valley avec l'un d'entre eux, et ça m'a rappelé des tonnes de films que j'ai vus tard le soir sur FR3 il y a vingt ans, des westerns dont j'ai oublié le nom présentés par Eddy Mitchell dans un cinéma vide. Une virée en cinémascope avec personne à vingt bornes à la ronde, un rêve de gosse. C'était la première fois qu'Harper montait sur un canasson : dix minutes plus tard, notre guide nous faisait partir au galop. Tout en me taxant des clopes avec une régularité impressionnante, il nous a appris des choses à propos des Anasazi, des Apaches, des Navajo, les tribus disparues comme celles encore bien vivantes. On a continué de conduire, voyant le paysage changer radicalement du rouge vers le vert en quelques dizaines de kilomètres à peine, le désert puis les plaines, only in America. En Utah, on a bu une bière appelée « Polygamy » dans une ville du nom de « Bluff », mais je n'ai rencontré personne de marié à six femmes différentes, dommage. On a bien fait attention à ne pas se prendre un daim, et j'aurais bien aimé voir comment s'en est sorti le véhicule ayant renversé cette vache que l'on a croisée raide, les quatre fers en l'air sur le bas côté de la Route 191. J'ai chopé des coups de soleil qui ont peu à peu fait ressembler mes bras à une carte des îles du Pacifique. On a surtout croisé des touristes, rien que des touristes. Après trois jours, on est enfin tombés sur une ville méritant ce nom, pas seulement composée de stations-essence : Moab. On a pris des pichets de bière à la brasserie du coin en regardant le résumé du Tour de France à la télé. Quand on est arrivés au parc national des Arches, on était sur les rotules, et à ce stade, c'est à peine si l'on faisait l'effort de sortir de la voiture pour s'approcher de ces merveilles de la nature – là encore, merci l'érosion (ou les aliens, les experts s'interrogent encore). On a poursuivi notre chemin vers l'ouest, et passé au travers de charmantes communautés agricoles n'ayant semble t-il pas bougé depuis 1900 : une grande rue principale appelée « Main Street », une église en bois, une banque toute carrée avec écrit « BANK », comme dans Lucky Luke, et des petites maisons devant lesquelles les familles jouent au frisbee avec le chien. A Bryce Canyon, on a observé le lever d'une soleil sur les hoodos en compagnie d'un autocar de nonnes, mais on s'est abstenu de les rejoindre pour la prière. On a vu des écureuils, des cerfs, des corbeaux, et encore un orage.


Et puis... Je me suis fait arrêter pour excès de vitesse au beau milieu de l'Arizona. Cela faisait une bonne demi-heure que je me tirais la bourre avec une famille immatriculée au Texas, et ces enfoirés ont du bien rigoler quand c'est finalement moi qui suis tombé dans les mailles du filet de la « Highway Patrol ». Le flic m'a expliqué cordialement mais fermement que 150 kilomètres à l'heures sur une route limitée à 120 faisait de moi un criminel passible de prison. La taule, cela aurait pu être amusant, et par « amusant », j'entends bien sur « absolument pas amusant du tout ». Je m'en suis tiré avec un banal PV et la mise en garde inconditionnelle de régler la note avant mon départ des USA, « sinon vous seriez immédiatement placé en détention par les officiers d'immigration de l'aéroport ». Un bluff éhonté, bien sur, la lenteur administrative de la procédure – ces choses-là se règlent par courrier – faisant que mon dossier ne serait pas traité avant plusieurs mois. Mais, sait-on jamais, je pourrais un jour retourner en Arizona. Alors j'ai payé sans broncher les 265 dollars qui m'étaient demandés (les gains au Pai Gow de la veille tombant à point nommé) remplissant le formulaire avec mon numéro de carte de crédit, cochant la case « je plaide coupable et renonce à mon droit de garder le silence, engager un avocat, etc, etc ». Oui, j'aurais pu aussi contester l'infraction, mais à quoi bon ? Coupable j'étais. Criminel aussi, si l'on en croit la Loi et l'Ordre Américains. C'était le premier PV que je me prenais de toute ma vie. Même une amende pour stationnement, je n'y avais jamais eu droit. « C'est moi qui conduit, c'est moi qui paie », ais-je dit à Harper tandis que nous reprenions la route, le limiteur de vitesse fermement bloqué sur 75. « C'était marrant », dit-il. « Se faire arrêter par un flic ricain typique... Le genre de truc qu'il faut faire au moins une fois dans sa vie. » Mouais, mais une seule fois, alors.

48 heures avant le décollage de l'avion d'Harper, nous bouclions une boucle de 1,500 miles en entrant dans le Nevada par la porte est. La nuit commençait à tomber, et nous n'étions qu'à une heure et demie de Las Vegas. Mais avions-nous vraiment envie d'y retourner pour deux soirs supplémentaires ? Non, il y avait bien mieux à faire... Comme s'arrêter pour la nuit à l'un de ces petits casinos de seconde zone disséminés juste après la frontière. Pour sur que cela allait être une expérience décalée. C'est ainsi qu'on a coupé le moteur à Mesquite. Cinq casinos pour 15,000 habitants, un ratio disproportionné expliqué par la présence voisine de l'Utah et de l'Arizona : c'est là que se rendent tous les accros des machines à sous à la recherche d'un fix rapide. Ça ressemble à Vegas, ça à le goût de Vegas, ça à l'odeur de Vegas, mais ce n'est définitivement pas Vegas. Dès notre entrée, le tableau était fixé : une famille de vieux est descendue de sa voiture, le patriarche tirant son container à oxygène derrière lui. Il a confié ses bagages au voiturier, et s'est directement dirigé vers les machines à sous sans même prendre la temps de récupérer les clés de sa chambre. On était bien au royaume des accros, des purs et durs. Pas de show extravagant au programme, pas de fontaines, de pyramides, de canaux vénitiens. Pas de grands chefs venus du monde entier pour épater les papilles gustatives. Pas de discothèque ouverte jusqu'à pas d'heure. Juste des machines à sous, une dizaines de tables, et une cantine ouverte 24 heures sur 24. On a pris une chambre pour la nuit à un tarif ridicule, enfilé notre plus belle chemise, et avons entamé une longue soirée de jeu. Après une semaine sans toucher une carte ni un jeton, l'estomac nous démangeait. Pas de salle de poker dans les murs de « Casablanca », notre établissement d'un soir... Mais cela ne posait aucun problème. On était là pour jouer, et vite : pas question de jeter des 7-3 et des Dame-2 pendant trois heures pour pauvre un profit de douze dollars. Non, il nous fallait terminer ce séjour en beauté, ou au fond du trou. Pas d'alternative possible entre les deux. On s'est installé à la table de roulette. J'ai posé deux billets de cent sur la table, et immédiatement commencé à consteller le tapis de mes mises, avec en ligne de mire le 16, 26, 29 et 31, respectivement la date de naissance de Papa, Maman, le frangin, et moi. Derrière nous, un groupe s'est mis à massacrer du classic-rock sur la scène du bar central, offrant des reproductions bancales de Lynyrd Skynyrd, Pink Floyd et les Eagles. J'ai commandé des cocktails en flux tendu, offrant à la serveuse un jeton rouge tout en lui demandant de revenir aussi vite que possible. Chose qui fut faite, elle n'avait probablement pas vu un jeton de cinq dollars depuis la dernière récession. J'ai gagné, gagné.... et encore gagné. Le 29 et le 31 sont tombés deux fois chacun, et mes piles n'ont cessé de grossir. Je n'en revenais pas : la chance me souriait à nouveau, après deux mois pourris à Las Vegas. On a bouffé aux frais du casino, et l'on s'est rassis, en black-jack cette fois. Là encore, même topo, impossible de perdre, malgré ce camionneur en marcel qui ressemblait à un Eskimo Clark bronzé et n'arrêtait pas de nous corriger à chaque décision. Un expert à n'en point douter, mais son tas de jetons de 25 dollars en restait en même point, tandis qu'Harper et moi n'arrivions pas à perdre une seule mise. Un 17 contre une buche ? Pas de problème, le croupier retournait promptement un 6 et un 7 pour sauter. Un 16 contre un 8 ? Pas de problème, un 5 vient régler l'affaire. Et ainsi de suite... En une soirée, toutes mes pertes de l'été étaient effacées.

J'ai du donner cinquante dollars de pourboire à la serveuse en trois heures. C'est probablement une bonne chose que ce trou pourri de Mesquite n'offre aucun divertissement « adulte » (ni aucun divertissement d'aucune sorte après 22 heures, en fait), car vu notre état d'ébriété, on aurait probablement eu du mal à résister. A place, on est allés se coucher. A l'aube, on reprenait la route. Atteindre Vegas ne fut qu'une formalité. Après une dernière tentative de shopping, une visite à l'hôpital pour prendre des nouvelles de Dan (oui, il est tombé malade entre temps), un passage en cambrioleur chez le même Dan pour récupérer les bagages (il m'avait expliqué comment rentrer par effraction par la porte de derrière), un plein d'essence, et une dernier détour par l'agence de location pour rendre la voiture, on débarquait au Venetian pour terminer Vegas en beauté. Il y avait 500 personnes devant nous dans la file d'attente, ça nous a couté une tonne, et ça ne valait pas le coup, ils nous ont filé une chambre pourrie dans la « Venezia Tower », située à quelques milliers de kilomètres du casino. J'ai laissé Harper vaquer à ses occupations, et me suis rendu au Caesar's Palace où j'ai retrouvé ma confrère Jess de Bluff Magazine. Pas question de rater le show de Jerry Seinfeld, qui ne fait plus que de rares apparitions sur scène. On s'est tordu de rire pendant une heure et demie, on a bu des coups ensuite, puis j'ai rejoint le Venetian où un Harper éméché m'a raconté sa soirée. On s'est posé dans le bar central, histoire d'observer les cohortes de fétardes sortant en titubant du Tao, la boite de nuit du casino. Il y avait aussi pas mal de prostituées, et TJ, un activiste politique de San Diego en ville pour une convention. Il était sérieusement bourré et ses multiples tentatives de brancher les filles du samedi soir ont lamentablement échoué.

On s'est couché bien trop tard, et quand on a finalement émergé de notre coma, il était temps de décamper, avec un check-out imposé à midi. Le vol d'Harper ne décollait qu'à vingt heures. Il nous restait une après-midi entière à jouer. On a confié nos bagages au portier, et enchaîné le Harrah's, l'Imperial Palace et le Flamingo en succession. Vegas avait décidément envie de me sourire, car je n'ai pas réussi à perdre un centime au Black Jack et au Pai Gow.

A l'aéroport, j'ai laissé Harper au terminal international. Son premier séjour à Vegas était terminé. Après un détour par Londres pour choper sa connexion, il allait enfin retrouver la maison. Son visage portait les marques habituelles du combattant ayant passé trop de temps dans les tranchées de la Ville du Vice. « J'ai perdu vingt ans d'espérance de vie en deux mois, mais cela valait la peine », commenta t-il. Pour sur qu'il avait brulé la chandelle par les deux bouts, avec une moyenne de quinze heures par jour dans l'Amazon Room, suivi de nuits entières dans les différents clubs du Strip.

Moi, je me suis rendu au terminal des vols intérieurs... Je n'en avais pas terminé avec les USA. Direction Los Angeles : un saut de puce de 45 minutes à travers le désert. J'ai bénéficié d'une upgrade en première place, Rangée 1, Siège A, une position confortable qui, hélas, ne garantit pas l'absence de bébés hurleurs remplissant leur couche à mi-vol.

Les vacances étaient terminées, et j'avais besoin de vacances pour m'en remettre. Je me suis enterré dans l'appartement de Pauly et Change100, aux confins de Beverly Hills, et je n'ai que très peu mis les pieds dehors durant les dix jours qui allaient suivre. Avec une moyenne de douze heures de sommeil par nuit, je rattrapais le retard accumulé durant les WSOP. Je me suis remis doucement au travail sur le bouquin de Pauly. On a visité ses restaurants favoris, on a regardé les nouvelles saisons de Mad Men et Entourage en prime-time. Quelques amis sont venus nous rendre visite. Et c'est à peu près tout. De toute façon, il n'y a pas grand chose à faire à Los Angeles, contrairement à la croyance générale. C'est une ville chiante comme la pluie pour qui ne goute pas la vie nocturne des pseudo-célébrités décérébrées et les attractions touristiques moisies comme Hollywood Boulevard, Disneyland ou le panneau « Hollywood ».

Et après un dernier road-trip de six heures à travers l'autoroute 5, me voilà aujourd'hui à Berkeley, au nord de la Californie. C'est l'une des plus grosses villes étudiantes des États-Unis. Phish va donner trois concerts de suite à l'amphithéâtre Greek, au beau milieu du campus. Les hippies sont partout en ville, mais je ne sais pas si c'est lié à l'arrivée du groupe ou non. Ce sera mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an. Parfait pour conclure trois mois aux États-Unis. Retour en Europe le 9 aout. Je me rendrai immédiatement à Tallinn, Estonie, pour disputer la première étape European Poker Tour de la saison. Disputer ? Ça à l'air d'une blague, je sais, mais non.





Grand Canyon




Les éléments se déchaînent







Monument Valley




Arches National Park








Bryce Canyon