jeudi 22 juillet 2010

Escaping the asylum

Oui, j'ai enfin réussi à m'échapper du Rio... Et ce n'est que quatre jours plus tard que j'ai retrouvé une connexion Internet. Mon traditionnel road-trip post-WSOP est déjà bien entamé. Avec Harper, on a conduit plus de mille bornes à travers l'Arizona et l'Utah, depuis le barrage Hoover jusqu'à Monument Valley, en passant par le Grand Canyon. Là, il est deux heures du matin, je vous écris depuis la petite ville de Moab, au nord de l'Utah. Demain, on va visiter le parc national d'Arches, avant de faire la longue route jusque le canyon Bryce et le parc de Zion, puis revenir à Las Vegas pour une toute dernière nuit. C'est comme ça que je me repose après sept semaines à regarder des types jouer aux cartes... En prenant la route à toute vitesse à travers le désert américain, fonçant à travers de longues étendues de vide infini, m'arrêtant juste le temps d'observer quelques unes des merveilles naturelles du monde.

Une fuite en avant, un changement radical de décor, une bouffée d'air frais qui m'a permis de purger d'un claquement de doigts les World Series of Poker, le Rio, l'Amazon Room, la Pavillion Room, les tables de Pai-Gow, le Devil, les Double Double avec supplément d'oignons, l'air conditionné dedans, la chaleur à quarante-cinq degrés dehors, le Spearmint Rhino, l'autouroute 215, le Wal Mart, les boîtes de nuit remplies de débiles de LA, les caméras d'ESPN, les paris de Tom Dwan, les sachets de Beef Jerky, le perpétuel défilé des putes, les chip-counts du soir au matin, les vuvuzuelas, le sports book du Red Rock Casino, la déroute de l'équipe de France, les flacons « Five Hour Energy », le pétrole dans le Golfe du Mexique, le Hooker Bar, les croupiers qui crient « all-in and a call » toutes les quinze secondes, les joueurs pros qui pleurent sur leur malchance, les huit bracelets de Phil Ivey, mon ex, les tables de cash-game à 1$/2$ No Limit, les masseuses qui font du porno, PokerNews, Phil Hellmuth débarquant déguisé en catcheur au Main Event, les agents tournant autour des tables comme des vampires, vlouuuuuuf, tout ça c'est envolé, déjà bien loin.

Après onze séjours à Las Vegas en six ans, je suis désormais immunisé contre sa noirceur intrinsèque. Cette villea cessé de me déprimer. A la place, un sentiment de résignation s'est installé : j'essaie d'en apprécier les rares bons côtés, et ne me laisse plus affecter par les mauvais. Cette année, j'ai eu plein de raisons de péter un câble tous les jours, mais cela avait surtout avoir avec moi, et mes limitations en tant que journaliste devant la tâche à accomplir aux WSOP. Rien qui ne sorte de l'ordinaire : de Monte Carlo à Prague, de Dublin à San Remo, le doute m'habite. Par contre, le démon qui habite Vegas pourra toujours essayer, il n'aura pas raison de moi.

Le dernier jour des WSOP, le Main Event s'est terminé tard, beaucoup trop tard. Il a fallu six heures pour éliminer le dernier joueur, laps de temps durant lequel je fus l'un des derniers médias à quitter l'Amazon Room. Vers huit d'heures du matin, des ouvriers ont débarqué pour terminer le travail de nettoyage entamé depuis déjà quelques jours. Ils se sont directement attaqués au banc de presse sur lequel j'étais encore assis, démontant à toute vitesse la structure métallique avec leurs perceuses électriques sans prêter le moins du monde attention à moi. J'étais en train de me demander si le tas de planches n'allait pas s'écrouler d'un moment à un autre sous mes pieds tout en tapant frénétiquement les dernières lignes de mon dernier article quand deux d'entre eux se sont postés de part et d'autre de ma chaise et ont carrément soulevé la table sur laquelle mon ordinateur était posé sans crier gare ni s'excuser. Je sais pas, je devais être invisible. Il m'a fallu un immense effort de retenue pour ne pas décrocher une patate à ces mal-appris après 18 heures de taf' consécutives qui m'avaient laissé sur le carreau (ça, et aussi le fait qu'ils étaient plutôt baraqués). J'ai appris plus tard qu'après les WSOP, une nouvelle convention débutait immédiatement le jour suivant dans l'Amazon Room, et les hommes du Rio n'avaient plus que quelques heures pour tout mettre en place. Le thème de la convention ? Les accessoires pour... toilettes. Parfait, en somme : après sept semaines la tête dans la cuvette, on pouvait enfin tirer la chasse. Vlouuuuuuuf.



Vous avez surement déjà pris connaissance des neuf joueurs qui reviendront à Vegas en novembre pour disputer la table finale des championnats du monde... Un casting un peu décevant, forcément : point de stars, mis à part Michael Mizrachi, qui s'est maintenu avec un tapis relativement modeste. A la place, des inconnus ou semi-inconnus, mais de bons joueurs tout de même. Personne ne me semble être là par hasard, pas même l'italien fou Filippo Candio, auteur de l'un des deux bad-beats les plus mémorables des phases finales, sur lequel je me suis interdit d'avoir la dent trop dure, d'abord parce qu'il est notre dernier européen en course, et parce qu'il serait un peu gonflé de le juger sur un seul coup. Attendons la retransmission du Main Event sur ESPN, qui s'étalera sur les prochains mois. Le chip-leader est québécois, il s'appelle Jonathan Duhamel, il a une tonne de jetons, et pourrait bien devenir le premier champion du monde francophone. Il y a aussi quatre pros américains (dont l'excellent John Racener), un amateur (Soi Nguyen) et Matthew Jarvis, un mystérieux canadien sur lequel je ne sais rien encore.

A ce stade, j'ignore encore si je serai à Vegas en novembre pour assister à la table finale. Aucun risque qu'elle soit aussi excitante que celle de l'édition 2009, mais cela me chagrinerait tout de même de la manquer. Mais pour l'instant, on s'en fout. Je reste encore trois semaines en Amérique, j'ai quelques parcs nationaux supplémentaires qui m'attendent, un bouquin à traduire, trois concerts de Phish à San Francisco, et, déjà, la reprise de la saison européenne.

dimanche 18 juillet 2010

Season Finale

Day 49, 50 et 51

Amazon Room, 21 heures 04. Plus que 15 joueurs dans le Main Event. Seulement deux table encore actives, sur les centaines qui étaient en place il y a deux semaines. La finale semble proche, et donc la conclusion de mon été à Las Vegas. L'action est assez folle. Avant le dîner, un joueur nommé Filipo Candio a joué un pot de 200 blindes, payant l'intégralité de son tapis avec un 7 et un 5 sur un flop 6-6-5. Son adversaire a retourné une paire d'As largement favorite. Le tournant : un 8. La rivière : un 4. Quinte pour l'italien cinglé, qui s'empare du chip-lead après ce coup de chance extraordinaire. Chaque année, le Main Event nous offre des moments de ce genre, des pétages de plomb, des coups dignes d'un freeroll en ligne, et c'est aussi pour cela que j'aime tant ce tournoi. On voit des pros aguerris craquer sous la pression, des amateurs vivre un contes de fées. On voit des short-stacks revenir de nulle part pour se propulser en tête du classement. On voit des chip-leaders se faire démolir en deux temps trois mouvements. Rien n'est joué à l'avance, nous rappelant que le poker, c'est un peu de talent, et beaucoup de hasard. C'est un jeu cruel, ingrat, dépourvu de justice, où parfois la chance nous sourit. Un peu comme la vie.

La partie avait repris depuis dix minutes après le dîner quand soudain, des dizaines de personnes ont fait irruption dans l'Amazon Room, courant en direction des gradins disposés autour des tables. Un spectacle saisissant. L'espace d'une seconde, j'ai eu un flashback de l'EPT de Berlin, avant de me rendre compte qu'il s'agissait juste du public que l'on venait de laisser entrer dans la salle. Des touristes, des fans, des curieux, ceux qui ne font pas partie de la famille et des amis des joueurs, qui eux peuvent rentrer dans la salle dès la reprise du tournoi. Les autres sont obligés d'attendre patiemment dehors en attendant qu'on leur ouvre la porte, avant de se précipiter pour tenter de décrocher l'une des dernières places encore libres sur les gradins.

C'est un peu le bordel autour des tables, d'ailleurs. Certains spectateurs sont hors de contrôle. Tout à l'heure, j'ai vu un des producteurs d'ESPN engueuler le responsable de la sécurité : « Fais ton boulot, bordel ! » On a failli avoir de la casse lors du passage aux deux dernières tables : les podiums étaient envahis par les spectateurs venus féliciter les joueurs. Avec plusieurs millions de dollars d'équipement télévisuel disposé autour de chaque table, on peut comprendre que les producteurs deviennent nerveux. Forcément, regarder du poker en direct, à trois mètres de la table, c'est un poil emmerdant. Alors on commence à boire, à chanter, à gueuler pour passer le temps. Le clan Mizrachi est particulièrement doué à ce jeu. Pas qu'ils abusent de la bouteille, non : chez eux, l'hystérie est naturelle. Ils sont une bonne douzaine à s'époumoner dès que leur héros Michael remporte un pot. J'aime bien les Mizrachi, leur côté « esprit de clan, on est soudés », mais j'ai une réaction épidermique devant les sections de supporters trop dévouées : je me mets instantanément à tenir contre le joueur qu'ils soutiennent.

*****

Le Main Event est en train de se terminer, du moins pour l'été, avant la table finale en novembre, et j'ai un mal fou à m'intéresser aux demi-finales. Mais en y repensant, les demi-finales ne me passionnent jamais vraiment. Je ne les ai jamais vraiment couvertes ces cinq dernières années, l'exception étant 2009, avec la présence autour des trois dernières tables de Ludovic Lacay, Antoine Saout, François Balmigère et Phil Ivey. J'avais couru dans tous les sens pendant une douzaine d'heures, et conclu cinquante journées de travail presque consécutives avec le sentiment du devoir accompli, content d'avoir assisté à une journée mémorable. Ce soir, je me sens un peu plus détaché de tout ce bordel. Les déceptions ont été nombreuses ces deux derniers jours. La plupart des joueurs que j'avais sélectionnés pour ma table finale de rêve sont partis. Les français ? Il n'y en a plus aucun. Mon idole David Benyamine ? Envolé. Les scandinaves, Johnny Lodden, William Thorson, Theo Jorgensen ? Évaporés. Alexander Kostritsyn, Phil Galfon, Gualter Salles, le miraculé remonté avec un seul jeton ? Disparus.



C'est mon cinquième Main Event et chaque nouvelle expérience fut différente de la précédente. En 2006, j'avais les yeux brillants d'un gamin le soir de Noël devant le spectacle offert par la table finale dominée de bout en bout par Jamie Gold. Je n'avais vraiment fait attention à la partie que pendant la première et la dernière heures (les moments les plus importants d'une finale, quand on y pense), mais cela avait suffi à mon bonheur. L'année suivante, c'est émus que nous avions écouté Jerry Yang raconter l'histoire de sa vie au micro de Norman Chad, le commentateur d'ESPN : l'enfance meurtrie par le régime communiste du Laos, la fuite, les arrestations, les camps de prisonniers, puis l'échappée miraculeuse vers les Etats-Unis. Pour Yang, le rêve américain fut une réalité qui a déterminé sa vie entière, et qu'est-ce que sont les championnats du monde, sinon une version moderne du rêve américain ? En 2008, Harrah's a pris la décision controversée de décaler la table finale de trois mois, et je ne suis pas retourné à Vegas en novembre pour assister à la victoire de Peter Eastgate. En fait, j'avais décroché bien avant : les performances françaises avaient été désastreuses, avec zéro tricolores dans le Top 100. Puis il y a eu 2009. L'année magique, où le suspense est resté haletant jusqu'à la dernière minute : mon pote Ludovic Lacay en demi-finales, extraterrestre Phil Ivey, un Antoine Saout transcendé victime d'une malchance extraordinaire sur la dernière marche... Je n'oublierai jamais ces moments.

Et 2010, alors ? Pas un si mauvais cru. Les choses auraient pu mieux tourner, mais au final, j'ai pris grand plaisir à suivre l'épreuve dans son ensemble. Le Main Event dégage une atmosphère magique qu'on ne retrouve dans aucun autre tournoi, surtout lors de la deuxième semaine, quand les introductions sont terminées. J'adore ces gros pots joués devant les caméras, ces joueurs qui exultent, ces bad-beats improbables, les retournements de situation. J'aime observer d'un oeil pervers le bal sordide des agents tournant autour des dernières tables à la recherche d'un joueur n'ayant pas encore signé de contrat avec une salle de poker, ces vampires obsédés par leur commission. J'aime l'enthousiasme du public, de plus en plus nombreux à mesure que le nombre de joueurs décroit.

Avec Harper, j'estime qu'on ne s'en est pas trop mal tirés, côté boulot. Ce n'est que cette semaine que je me suis réellement rendu compte de ce qu'il peut apporter au reportage. Bon, je le savais déjà, mais sur un tournoi tel que le Main Event, sa présence est cruciale. Je ne me vois pas un jour recommencer à couvrir cette épreuve en solo. L'année dernière, j'avais galéré pour faire tenir le reportage debout durant les derniers jours : il y avait trop de choses à raconter, et pas assez de temps pour mener à bien la tâche. Là, à deux, on a pu développer les grosses histoires (les français, les têtes de série), tout en ayant encore le temps de rédiger des brèves sur toutes les petites choses qu'il se passait autour, et qui sont importantes aussi pour saisir le tournoi dans son ensemble.

Je pense que nous terminons ces 51 jours de reportages (presque) consécutifs sur une bonne note, et c'est important. Au final, c'est ce que les gens retiennent d'une histoire, je crois : l'introduction, et la conclusion. On a pas toujours été parfaits concernant tout ce qu'il s'est passé au milieu, mais on s'est donnés du mal. Je ne pense pas pouvoir trouver plus de cinq personnes ayant passé plus de temps que nous au Rio parmi les centaines de journalistes accrédités pour couvrir les WSOP. Ceci dit, il faudra que j'analyse tout le travail accompli à tête reposée durant les semaines qui arrivent. Je ne suis pas sur d'avoir envie de recommencer la même chose une sixième fois l'année prochaine : les longues nuits dans l'Amazon Room, le manque de sommeil, l'inspiration qui se tarit peu à peu, les nerfs qui lâchent, l'ennui qui s'installe. Humainement, c'est une expérience que je ne recommande à personne, mais que je recommence chaque fois de manière bornée et monomaniaque. Il est sans doute templs que cela change. Qui sait, peut-être qu'en 2010 je me contenterai de seulement couvrir es deux semaines du Main Event en 2010, pas l'intégralité des sept semaines du festival. Je ne sais pas.




L'Amazon Room s'est progressivement vidée au cours des derniers jours, nous offrant un témoignage visuel de la fin des World Series of Poker. Les hommes d'entretien du Rio ont petit à petit nettoyée la salle de ses centaines de tables. Les confrères s'en vont eux aussi les uns après les autres. On fait nos adieux. Il y en a beaucoup que je ne reverrai pas avant l'année prochaine. Il reste encore une ou deux soirées pour profiter une dernière fois de leur compagnie. C'est le paradoxe qui se pose à la fin de chacun de mes étés à Las Vegas : je suis soulagé de partir, mais aussi un peu triste.

Un grand vide me contemple depuis le banc de presse. Le même vide qui remplit mon cerveau à l'heure actuelle. Il est vraiment temps que tout cela s'arrête, avant que je ne perde complètement la boule. J'ai vraiment cru devenir fou au cours des deux dernières semaines. Trop de poker, trop de travail, une vie personnelle qui sort des rails... J'ai failli lâcher prise. Ce n'est qu'à la toute dernière minute que j'ai retrouvé un semblant de raison. Je n'irais pas jusqu'à dire que j'ai trouvé la lumière, et je ne saurais vraiment expliquer pourquoi, mais je suis prêt à quitter Vegas avec le sourire, en paix avec moi-même. Comprenne qui pourra.

Tao of Pokerati : le podcast que j'ai animé tout l'été avec Dan Michalski et Pauly. Découvrez le best-of en cliquant ici.

Le Day 6 du Main Event sur Winamax
Le Day 7 du Main Event sur Winamax
Le Day 8 du Main Event sur Winamax

vendredi 16 juillet 2010

Main Event : ma table finale idéale

Day 45, 46, 47, et 48

Amazon Room, 12 heures 53. Le sixième jour du Main Event (le dixième au total) vient de commencer. Ils ne sont plus que 205 (sur 7,319 au départ) à pouvoir prétendre à la table finale. Les dernières journées ont été très intense. 26 français sont rentrés dans l'argent, et 8 sont encore en course au sixième jour. Pareil qu'en 2009 !

J'aurais aimé avoir plus de temps pour partager mes analyses sur le Main Event, mais le fait est qu'à ce stade, à trois jours de la fin du marathon, je suis complètement cramé, incapable de formuler une pensée cohérente après douze heures au Rio. J'ai préféré la jouer calme après le boulot, et profiter un peu des derniers jours qu'il nous reste avec les collègues. Il y a eu la fête PokerListings, la fête PokerStars et le concert de Snoop Doggy Dog. Ce soir, je vais au Cirque du Soleil au MGM. On a joué un peu au poker (j'ai perdu, bien entendu), et on a bien mangé dans de bons restaurants.

J'essaierai de revenir sur les évenements des derniers jours un peu plus tard. En attendant, voici un texte que je viens d'écrire pour Winamax : j'ai constitué de toutes pièces mon casting idéal pour la table finale. A ce stade, nous sommes encore tôt dans le tournoi, et il est fort possible qu'aucun de ces joueurs ne revienne en novembre, mais on a le droit de rêver, non ?



David Benyamine (178e avec 353,000)
A tout seigneur, tout honneur : le meilleur joueur français du monde réalise son deuxième « deep-run » consécutif dans le Main Event. DB possède un des plus petits tapis : à ce stade, la table finale semble loin, très loin, et il lui faudra déjà beaucoup de réussite pour faire mieux qu'en 2009 (102e place). Mais de quoi j'aurais l'air si je ne mettais pas le meilleur français du monde au casting de la table finale idéale ?

Un second français
Ils sont sept tricolores autour de Benyamine, et je ne serai pas difficile : n'importe lequel me conviendra. Certes, il y a des joueurs de qui je me sens un peu plus proche, comme Pierre Canali, avec qui j'ai commenté quelques étapes de l'EPT, ou Gabriel Nassif, avec qui je partage une villa à Vegas depuis le début des WSOP. Il y a aussi Jean-Paul Pasqualini, vainqueur du Partouche Poker Tour et vrai bon joueur, Nicolas Babel, le meilleur pote de Manuel Bevand, et un joueur Winamax (tout de même !), Olivier Daeninckx, de la talentueuse équipe B du site, les Local Heroes. Je ne connais pas Michael Maître et Damien Luis, mais cela ne poserait aucun problème en cas d'accession en finale : on ignorait tout d'Antoine Saout il y a un an, et cela n'a pas empêché la communauté française de vibrer à l'unisson. C'est l'un des gros avantages de décaler la table finale du Main Event en novembre : cela nous laisse trois mois pour faire connaissance avec les joueurs, les observer jouer les tournois européens durant l'interlude, etc. Je ne serais pas non plus mécontent d'une finale de Joël Benzinou, joueur belge très apprécié par les joueurs français.

Johnny Chan (9e avec 2,564,000)
Le dernier champion du monde en course. Double champion du monde, en fait (1987 et 1988, deux titres à la suite !). Beaucoup le disent fini depuis quelques années : Chan est discret en tournoi, et mystérieux en cash-game. Même ses adversaires réguliers ont du mal à déterminer si c'est le meilleur joueur du monde, ou un pigeon complet. Cela dépend de son humeur, j'imagine. Chan s'est construit un gros tapis d'entrée de jeu lors du Day 1, et n'a quasiment jamais quitté les premières places du classement. Sa présence en finale assurerait un intérêt considérable de la part du grand public – n'oublions pas que son apparition dans le film Les Joueurs l'a rendu populaire auprès de toute une catégorie de gens ne connaissant rien au poker, ou presque. Bref, Chan est « good for poker », comme on dit.

Un scandinave
Theo Jorgensen, Johnny Lodden, William Thorson, Jesper Hougaard, plus quelques inconnus : nous n'avons que l'embarras du choix devant le nombre de talentueux joueurs nordiques encore en course. J'ai un faible particulier pour William Thorson, avec qui j'ai réellement pu faire connaissance lors de deux nuits mémorables à Dortmund. J'aime aussi beaucoup Theo Jorgensen, qui se bonifie avec l'âge. C'est un joueur d'expérience qui commence petit à petit à faire figure de doyen. Ce n'est qu'il y a quelques mois qu'il a vécu le point culminant de sa carrière – jusqu'à présent – avec sa victoire au WPT de Paris.

Gualter Salles (105e avec 939,000)
L'ancien pilote de course brésilien est l'histoire la plus barge du Main Event jusqu'à présent. Tout au début du Day 5 (hier), Salles s'est retrouvé impliqué dans un gros pot. Sur la rivière, son adversaire lui demande combien il lui reste. Salles compte et arrive à un total de 136,000. « OK, je mise 136,000 », lui dit son adversaire. Salles paie, mais ne peut montrer la meilleure main. Le croupier recompte son tapis, et l'on découvre que Salles avait en fait 137,000 ! Il lui reste donc un ridicule jeton de 1,000. Même pas le dixième d'une grosse blinde ! Avance rapide jusqu'à la fin de la journée : Salles est toujours en course, avec un tapis de 900,000, juste en dessous de la moyenne ! L'histoire vous rappelle quelque chose ? La même mésaventure était arrivée à Jack Strauss en 1982. Croyant être sorti après un coup tapis, Strauss a découvert un jeton solitaire oublié sous une serviette en papier. Le tournoi s'était terminé par sa victoire.

Il n'y a pas qu'au poker que Salles sait se tirer de situations délicates... Regardez ce qui pouvait parfois se produire dans l'excercice de son ancienne carrière : Salles s'en est tiré sans une égratinure :



Alexander Kostritsyn (8e avec 2,564,000)
Le jeune russe est l'un des plus formidables talents a avoir émergé sur le circuit ces dernières années. J'en avais fait l'un de mes favoris lors des WSOP 2009. Ludovic Lacay ne tarit pas d'éloges à son sujet (peut-être plus autant, ceci dit, depuis que Kostritsyn l'a battu en quarts de finale du tournoi de heads-up le mois dernier) Son plus gros succès en tournoi ? L'Aussie Millions de Melbourne, remporté en 2008.

Un random donk américain
Chaque année, la table finale du Main Event comporte un ou plusieurs joueurs non-professionnels et pas forcément très futés dont on ne sait pas trop comment ils sont arrivés là. Rappelez-vous Darvin Moon et Steven Beigleter l'année dernière... Une finale équilibrée se doit de mélanger bons et mauvais joueurs, c'est bon pour le spectacle, et le grand public s'identifie plus facilement à des amateurs affrontant les pros (le schéma « David contre Goliath »)

Phil Galfond (85e avec 1,025 m.) et Michael Mizrachi (30e avec 1,793 m.)
Pour compléter ce casting rêvé, deux pros connus et reconnus. Galfond est l'un des meilleurs joueurs online du monde en cash-game, jouant et battant régulièrement les plus hautes limites... Très rare en tournoi (malgré un bracelet en PLO en 2008). Un professionnel accompli malgré son jeune âge, à la discipline irréprochable : voilà quelqu'un qui ne finira jamais « broke ». Ce qui n'est pas le cas de Michael Mizrachi, dont la carrière a subi des hauts et des bas, surtout des bas ces derniers temps, avec une faillite causée par une fréquentation un peu trop assidue des tables de craps de Vegas, et des petits problèmes avec le Fisc. Au début des WSOP 2001, Mizrachi a saisi la seconde chance qui lui était offerte par les Dieux du Poker en remportant le Player's Championship. Lui et ses trois frères Robert, Donny et Eric ont tous terminé dans les places payées du Main Event.

Le Day 3 sur Winamax
Le Day 4 sur Winamax
Le Day 5 sur Winamax

dimanche 11 juillet 2010

Light

Day 42, 43 et 44

Amazon Room, 20 heures 20. J'ai du annuler ma 482e visite de l'été au In-N-Out Burger : trop de monde. La file de voitures pour le drive trough faisait le tour du bâtiment, et l'attente à l'intérieur dépassait la demi-heure à vue de nez. Je n'étais pas le seul à avoir envie d'un Double Double pour la pause-dîner du Day 2B du Main Event. Je suis donc retourné au Rio, et ai du me contenter d'un infâme sandwich au poulet grillé que j'aurai tout loisir de regretter durant les deux heures qu'il nous reste à tirer ce soir.

On y est presque. Le bout du tunnel. Il est presque impossible de se lever le matin, désormais. Les heures de sommeil à rattrapper totalisent un montant astronomique, qu'il me faudra plusieurs semaines pour rattrapper. Chaque main, j'attends la dernière seconde, je repousse la sentence du réveil le plus tard possible avant de tituber hors du lit, vers la douche, puis vers la voiture, les yeux à demi-clos sur l'autoroute 215. Il faut tenir, garder les apparences en place pour quelques jours encore. Rester pro, foncer sur la dernière ligne droite alors que l'on voit le ciel s'éclaircir à l'horizon, terminer le reportage du mieux possible, conclure sept semaines en apnée de manière pas trop bancale, et s'en aller en laissant si possible une bonne impression.

Il y a un peu de mélancolie dans les derniers jours des World Series of Poker. Pour beaucoup, tout est déjà terminé. Les quatre premières journées ont nettoyé un tiers des 7,319 participants au Main Event, et la moitié de ceux qui avaient réussi à y survivre se sont fait liquider lors de la seconde journée. Le guichet des inscriptions est définitivement fermé jusqu'à l'année prochaine : il n'y a plus de prochain tournoi, plus d'espoir de se refaire, plus aucune chance de décrocher le prochain bracelet jusqu'à l'année prochaine. Pour la plupart, l'été a été désastreux, suivant la dure loi darwinienne propre aux tournois de poker. 10% de gagnants par tournoi, et 1% seulement réalisant un réel écart financier. Pour les autres, c'est la bonne vieille cagoule, pour des montants variables.

Pour des milliers de joueurs, c'est l'heure de faire les bagages, éventuellement changer la date du billet d'avion, profiter des dernières soirées pour se finir en beauté, dire au revoir aux copains. Et puis, après, il y aura un blanc, une pause de quelques semaines dans les tournois, avant que le calendrier ne se rappelle à notre bon souvenir. European Poker Tour, World Series of Poker Europe, World Poker Tour Londres, Partouche Poker Tour... La machine à rêves ne s'arrête jamais de tourner. Il y aura toujours un prochain tournoi. C'est la carotte après laquelle on court, si proche mais si inaccessible à la fois.

Les quatre Day 1 du Main Event sont passés à toute vitesse, suivis par les deux Day 2, qui ne furent au final que des redites des Day 1, avec un rythme d'éliminations encore plus élevé. Là, tandis que j'écris ces lignes, nous en avons presque terminé avec le Day 2B. Enfin, les choses sérieuses vont commencer : l'entrée dans les places payées, puis la longue marche vers la table finale. Il n'y a pas grand chose à dire sur les six premières journées, pas de réel scénario à discerner. Il y a des pros qui montent des tapis, il y a des pros qui sautent, il y a des pros qui stagnent, rien qu'on aie pas déjà vu cent fois. Avec Harper, nous nous sommes contentés de suivre un maximum de joueurs français tout au long de cette longue introduction, raconter le plus de mains et anecdotes que possible. Heureusement, notre assiette a été pleine : ils ont été 118 tricolores à survivre au Day 1, contre 87 en 2009, et de nombreux compatriotes ont réussi à se constituer des gros tapis. Ils seront probablement une quarantaine à rentrer dans les places payées, et après... Il n'y a qu'à espérer qu'un maximum d'entre eux sera au rendez-vous des dernières journées, les plus importantes. Le Team Winamax n'a malheureusement pas été très performant au cours des Day 1, avec seulement trois qualifiés pour le second tour : Alexia, Antony et Ludovic. Nos Local Heroes se sont en revanche très bien débrouillés... Je compte beaucoup sur eux pour aller loin dans le tournoi, ce sont de vrais bons joueurs, peut-être de futurs grands.

Antony et Ludovic, justement... Au soir du Day 1C, les deux compères nous avaient convié à fêter la performance de Cuts dans le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars. J'ai accepté sans cligner des yeux, pour deux raisons : 1/ en six semaines, je n'avais eu l'occasion de sortir qu'une seule fois, et 2/ une invitation d'Antony et Ludovic, cela ne se refuse pas, tant les deux savent concocter des sauteries mémorables. Avec Harper, on a bouclé la journée à minuit, et l'on a foncé vers le Luxor et sa fameuse boîte, le LAX. Une table VIP avait été réservée.

Ah, la ségrégation dans les boîtes de nuit... Pendant que 90% des fêtards étaient compressés sur le dance floor, avec juste l'espace minimum pour respirer et tenir leur verre, moi et mes amis étions étalés comme des pachas sur des canapés à quelques mètres en face de ces pauvres hères, sagement parqués derrière le cordon de sécurité/ségrégation. Nous avions toute la place du monde pour nous servir des verres à l'aide des bouteilles éparpillés sur notre table privée, protégés de la plèbe par une armée de vigiles gardant leurs sourires pour nous, et affichant un air de tueur envers les citoyens de seconde classe de l'autre côté.



La situation s'est intensifiée quand l'invité du soir a fait son apparition : Ja Rule, la fameuse star du hip-hop. Enfin, je n'en sais rien, je crois qu'il était connu dans les années 90, j'ai reconnu quelques chansons. Pour faire son show, Ja Rule s'est posté sur le mini escalier jouxtant notre table. J'étais si près que je pouvais le toucher (mais je me suis abstenu). Derrière les barrières, toutes les gonzesses étaient comme des folles. Bref, on s'est mis minables comme des rock stars, et sur le coup de cinq heures du mat, j'ai fait mon entrée dans un strip-club de Vegas pour la première fois depuis plus d'un an. Quand on en est ressortis, le jour nous piquait les yeux, et le soleil tapait déjà à plus de 35 degrés. Il paraît qu'Harper m'a réveillé à onze heures du mat' pour que l'on soit à l'heure pour aller bosser, mais je lui aurais répondu « casse toi, on dort ». Je n'ai aucun souvenir de cet épisode. Par contre, je me souviens très bien d'avoir ouvert les yeux à 15 heures 30, avec cette réalisation soudaine : le Day 1D avait commencé depuis plus de deux heures. Je crois que j'étais encore bourré à ce moment là. On s'est dépêché de se préparer, et j'ai passé le reste de la journée à galérer pour former une phrase qui tienne la route. Bah, pas grave... Ce n'est qu'un Day 1, après tout. Ce n'est pas le genre de plaisanterie que je m'amuserais à faire durant le Day 6 ou 7.

Après avoir manqué toutes les fêtes d'avant Main Event, je suis plus qu'enclin a me rattrapper ce week-end. Demain se tient l'unique journée de pause officielle des WSOP, avec au passage le tournoi médias, un freeroll à structure turbo où je vais tenter de coller des bad-beats à la tronche de mes confrères dans la joie et la bonne humeur. Ce soir, les coyotes de PokerListings organisent une fête énorme dans leur ranch. 200 personnes sont attendues, des connaissances pour la plupart. Des futs de bière, une piscine, un trampoline, un grand jardin bien vert (une rareté à Vegas) y'a même un groupe qui va jouer. Et demain soir, le gros morceau : la fête de PokerStars, traditionnellement la plus grosse des WSOP, et aussi la plus difficile à incruster, mais ouf, j'ai réussi à décrocher une invite. Au programme, rien de moins qu'un petit concert de Snoop Doggy Dog. Et après, il nous reste six jours de Main Event pour terminer officiellement cet été à Vegas. Six jours, une paille, à peine la durée d'un EPT.



Chris Moneymaker est toujours en course au terme des deux premiers tours du Main Event... Son portrait veille sur lui dans l'Amazon Room.

Le Day 1D du Main Event sur Winamax
Le Day 2A du Main Event sur Winamax
Le Day 2B du Main Event sur Winamax

jeudi 8 juillet 2010

When the circus comes to town

Day 38, 39, 40 et 41

Amazon Room, Midi 20. La troisième journée de départ du Main Event (Day 1C) vient de commencer. Le champion en titre Joe Cada a pris le micro pour lancer la phrase consacrée : « Shuffle up and deal ! » La salle principale des WSOP est pleine à craquer, et plus de 120 tables ont été ouvertes dans la salle secondaire, la Pavillion. On a donc 2,400 joueurs au minimum, rien que pour aujourd'hui. Impressionnant ! Le poker ne connaîtrait donc pas la crise ? C'est maintenant certain, le plus gros tournoi de l'année va dépasser les 7,000 joueurs pour la première fois depuis 2006, et la seconde fois seulement de l'histoire des championnats du monde. Ils étaient 1,125 au départ du Day 1A, et 1,489 hier pour le Day 1B, soit une augmentation de 30%. Et il reste encore une journée de départ demain, le Day 1D, qui est traditionnellement le plus peuplé. Les organisateurs ont de la place pour 3,800 joueurs (ou 2,800 ? Je ne sais plus), indiquant avoir déjà vendu la moitié des sièges. Fichtre. Avec la mise en application de l'UEIGA bloquant théoriquement les bankrolls online des joueurs américains, l'industrie se serait déjà amplement contentée d'une stagnation de la participation entre 6,000 et 7,000, similaire à ce qui a été observé les trois dernières années. Mais non : la croissance est de retour, d'autant que Harrah's a corrigé ses erreurs en modifiant le système d'inscription, ce qui évitera que des joueurs se fassent refouler par manque de place, comme cela avait le cas en 2009. Avec un peu de chance, il se pourrait même que le record de 2006 – 8,773 participants – soit battu.

Mon compte rendu des deux premières journées de départ ? Plein de types ont joué au poker durant neuf heures. Plein de types ont été éliminés, et plein de types n'ont pas été éliminés. Et voilà. Oui, vous l'avez compris, je ne suis pas un grand fan des Day 1, qui ne sont qu'une introduction mollassonne à une épreuve qui va durer huit jours (en réalité douze, puis que les deux premières journées sont étalées sur six, oui je sais, c'est compliqué). Difficile de se passionner pour un Day 1 où seulement 30% des joueurs sont éliminés quand on a passé les six semaines précédentes à observer tous les jours des bulles, des finales, des bracelets, des triomphes éclatants et échecs cuisants. J'adore le Main Event, c'est le tournoi que je ne pourrais manquer sous aucun prétexte, plus que tout autre, mais il ne va vraiment commencer à m'intéresser qu'une fois les places payées atteintes... C'est à dire la semaine prochaine.

Pour le moment, notre méthodologie est simple : au coup d'envoi, tour de salle pour repérer les français présents. Ensuite, un tour par heure pour collecter les nouvelles, et les rédiger. Si l'on observe une main intéressante impliquant une « tête de série internationale » (expression consacrée), on la racontera aussi. On répète le processus jusqu'à la dernière heure de la journée, où je dresse une liste de tous les français mentionnés dans le reportage. Deux colonnes : ceux qui sont encore dedans, ceux qui ont sauté. La journée se termine avec la collecte des hauteur de tapis de tous ceux qui ont passé ce premier jour. Le lendemain, je consulte la liste officielle pour retrouver tous les joueurs dont on a pas parlé : anonymes, amateurs, qualifiés Internet, joueurs occasionnels que nous n'avons jamais rencontré auparavant. Et on recommence jusqu'au Day 1D.

Bon, ces Day 1, c'est pas la mort non plus. On s'y amuse quand même beaucoup. L'atmosphère de zoo qui caractérise le Rio atteint son apogée durant le Main Event. Les couloirs sont pleins à craquer de fans, supporters enthousiastes, chasseurs d'autographes, épouses et amis des joueurs. Les équipes d'ESPN arrivent en force, parcourant les allées de l'Amazon Room à la recherche de coups fumants et anecdotes rigolotes. Cela n'échappe pas à certains joueurs en recherche du quart d'heure de gloire promis par Andy Wahrol. Comment se faire remarquer au milieu de plusieurs milliers de joueurs quand on a qu'une chance infinitésimale d'atteindre la table finale ? La solution est simple : sortir du lot dès le début de l'épreuve. Se faire remarquer, non pas par l'aptitude au jeu, mais par l'apparence, le comportement, l'accoutrement. Il y a le mec déguisé en magicien, baquette et chapeau inclus. Il y a le faux Indien d'Amérique, complet avec les plumes qui lui descendent jusqu'au bad du dos. Il y a le mec déguisé en hippopotame, le mec déguisé en poulet, notre vieil ami The Devil qui fait claquer ses cymbales bruyamment dès le coup d'envoi. Ces gars-là n'ont absolument aucune chance d'atteindre la table finale : compréhensible, donc, qu'ils recherchent à attirer l'oeil des caméras le plus vite possible, tant qu'ils sont encore dans le tournoi.



Merde, c'est Phil Hellmuth en personne qui a lancé la mode, avec des entrées en scène de plus en plus tapageuses depuis cinq ans. Ce mec est parfaitement conscient qu'il ne décrochera jamais un second titre de champion du monde... En entrant dans le Rio sur un char en tenue militaire, sur une chaise à porteurs avec la robe de Jules César, casqué et ganté au volant d'une voiture de course, où, comme cette année, habillé comme un catcheur de l'UFC et accompagné de onze mannequins (un par bracelet), Hellmuth s'assure d'une publicité maximale, peu importe son résultat dans le Main Event. Il va – probablement – sauter lors du premier ou deuxième jour, comme 80% des joueurs, mais cela n'a pas d'importance : une fois de plus, on aura parlé que de lui le temps de quelques heures. Et l'on me souffle qu'il aurait touché 200,000$ de la part de la ligue UFC (ou serait-ce MMA ?) pour porter leur tenue le temps d'une journée. C'est ce que touchera à peu près les mecs qui termineront aux alentours de la quarantième place... Aux pris de sept jours d'efforts intenses. Pour Hellmuth, cela ne nécessitera qu'un étrange mélange d'égo sur dimensionné et d'absence total de honte.

Une quarantaine de français ont passé les Day 1A et 1B. Aujourd'hui, pour le Day 1C, ils sont probablement plus de cinquante au départ, peut-être même cent (il y a des tas et tas d'inconnus qualifiés dans les casinos Partouche). En 2009, 80 français environ avaient passé le Day 1. Cette année, je pense qu'il y en aura plus de cent. Côté Team Winamax, les deux premiers jours furent fatals à Anthony Roux, Manuel Bevand et Almira Skripchenko. Les frères siamois Ludovic Lacay / Antony Lellouche ont survécu avec un tapis équivalent (deux fois le stack de départ). Paco a filmé une très bonne interview de Ludovic où ce dernier explique qu'après sa grosse déception dans le Pot Limit Omaha à 10,000$ (quatrième place alors qu'il aurait vraiment pu gagner, avec un peu plus de réussite), il ne savait pas comment il allait réagir au « premier bad-beat ». Chaque joueur disputant un tournoi reçoit à un moment ou un autre ce fameux « premier bad beat ». Dans la plupart des tournois, cela signifie tout simplement l'élimination, mais dans le Main Event, avec sa structure exceptionnelle, il reste généralement des jetons pour repartir. Et justement, comment repartir après avoir manqué un coup où l'on avait 90, 95 voire même parfois 99% de chances de gagner ? Pas facile... Et c'est ce qui fait la différence entre les bons et les grands joueurs : arriver à passer immédiatement à la suite, ne pas s'appesantir, faire le vide, et se concentrer sur les coups futurs, pas ceux du passé.

La finale de la Coupe du Monde opposera l'Espagne aux Pays-Bas. Malgré de très bonne équipes au départ, j'ai complètement foiré le pari mutuel établi à la villa avec Brekkie, Gab et Harper. J'ai déjà perdu le pari sur le vainqueur (j'avais tout de même l'Allemagne, l'Uruguay et le Brésil), et je fais chou-blanc dans toutes les catégories : meilleur buteur, plus mauvaise équipe, plus gros écart de buts, but le plus rapide, carton rouge le plus rapide... Brekkie m'a appelé ce matin pendant Espagne-Allemagne pour me prévenir qu'un spectateur avait réussi à s'incruster sur le terrain, mais hélas, il n'était pas à poil, critère obligatoire pour prétendre à des dollars bonus. Je vais donc perdre le montant maximum sur ce pari (100$), une somme que j'épongerais aux trois quarts si l'Espagne sort vainqueur... C'est le dernier ticket de pari du Red Rock que je n'ai pas encore déchiré. Étant d'origine espagnole à 50%, mon intérêt durant cette finale ne sera pas uniquement financier...

Bon, les joueurs reviennent de leur pause-dîner (vous noterez au passage l'ellipse temporelle : j'ai commencé ce post à midi, je le termine à vingt heures), il faut que j'y retourne. Encore trois heures à jouer. Ce soir, je crois que l'on fait la fête. Mais pas trop tard, demain faut qu'on retourne à la boucherie.


Le Day 38 sur Winamax
Le Day 1A du Main Event sur Winamax
Le Day 1B du Main Event sur Winamax
Le Day 1C du Main Event sur Winamax

dimanche 4 juillet 2010

Ludovic Lacay, je te hais (un peu)

Day 36 et 37



Amazon Room, deux heures du matin. Pas grand monde sur le banc de presse et dans les couloirs. La traditionnelle saison des fêtes a commencé aux WSOP à l'approche du Main Event. Barbecue Full Tilt au Golden Nugget, soirée Doyles Room au lounge du Encore... Demain, la fameuse soirée Everest au Pure, et la strip-club party de Bluff au Sapphire. Il n'y a qu'à se baisser dans les couloirs du Rio pour ramasser les invitations. Boissons à volonté, musique à fond, collègues de l'industrie et joueurs mélangés dans la bonne humeur : c'est le moment préféré de bon nombres des participants aux championnats du monde.

Mais cette année, je ne gouterai à rien de cela. La faute à un enfoiré nommé Ludovic Lacay, qui a atteint ce soir la table finale d'un des derniers tournois organisés avant le Main Event. Nous avons passé les deux dernières journées au Rio à suivre ses progrès, et demain, nous commettrons le sacrilège de travailler la veille du Main Event, puisque les neuf finalistes ont unanimement décidé de ne pas terminer le tournoi ce soir, préférant revenir dimanche en milieu d'après-midi.

Il a de la chance que je le considère comme un ami très cher, ce Ludovic Lacay. Il n'y en a pas beaucoup pour qui j'accepterais sans rechigner de faire trois tonnes d'heures supp' à la veille du tournoi le plus important de l'année. Mais ce fut un vrai bonheur que de le suivre à la trace tout au long de cette épreuve de Pot Limit Omaha à 10,000 dollars... Lui, ainsi que Tom Dwan et Phil Hellmuth. On avait rêvé d'un douzième bracelet potentiel, et d'une nouvelle nuit épique génératrice de sueurs froides pour les pros de Las Vegas, mais les deux se sont inclinés en demi-finales. J'espère que la conclusion sera la plus belle qui soit. Il est comme le vin, Cuts, il se bonifie avec le temps. Après avoir débuté en ligne comme tant d'autres sur les tables de cash-game en 6-max, progressant les échelons à toute vitesse, Ludovic s'est ensuite révélé être un compétiteur exceptionnel en tournois aux couleurs de Winamax. Puis, sous la tutelle d'Antony Lellouche, il est retourné vers le cash-game, mais en live, tenant admirablement son rang lors d'énormes parties à Marrakech et à Chypre contre des hommes d'affaires richissimmes qui n'ont pas froid aux yeux.

Bref, un joueur de plus en plus complet, qui se retrouve avec le deuxième plus gros tapis dans une variante qu'il n'a finalement que peu pratiquée... 80,000 mains jouées en ligne (un chiffre peu élevé pour n'importe quel grinder sérieux), quelques centaines d'heure en live, et seulement deux tournois. Mais, quand on est un bon joueur de cartes (et Ludovic est définitivement un GRAND joueur de cartes), l'adaptation devient une seconde nature. Dans cette épreuve, Ludovic s'est retrouvé dans la peau du joueur serré, lui qui avait foutu en l'air tant de tournoi de Hold'em par son excès d'agressivité.

Le Omaha en tournoi est un animal très, très différent du Hold'em. Point d'ante pour vous inciter à voler les coups lors du premier tour d'enchères. Un format Pot-Limit qui assure que l'on verra beaucoup de flops. Des coups qui sont souvent limpés, même lors du deuxième ou troisième jour. Pas d'intérêt, donc, à vouloir se lancer dans de gros bluffs avant le flop : l'échec est quasiment garanti. En terrain relativement inconnu, Ludovic s'est débrouillé à merveille, faisant progresser son tapis avec régularité et choisissant les bons moments pour prendre des risques. Après deux finales WPT et une finale EPT, c'est la première fois que Ludovic atteint la dernière table d'un tournoi des championnats du monde. Il fera face à de beaux clients dimanche : Miguel Proulx, québécois déjà détenteur d'un titre en PLO (acquis il y a trois semaines), Daniel Alaei (l'un des meilleurs joueurs tout-terrain du monde), Alex Kravchenko... Les écarts entre les gros et les petits tapis sont énormes : on devrait assister à plusieurs éliminations d'entrée de jeu, et sauf accident, Ludovic fera partie du top 6, lui assurant de prendre la première place du classement des gains français aux WSOP 2010, hors Main Event. L'année dernière, sa 16e place au Main Event lui avait permis de prendre la deuxième place de ce même classement, juste derrière Antoine Saout.

D'ordinaire, j'aime bien la jouer cool lors des deux derniers journées menant au Main Event. Il s'agit de ne pas se cramer avant le marathon de douze jours. Mais cette fois, le devoir me contraint à jouer les prolongations. Enfoiré de Ludovic Lacay. Le mieux, ce serait qu'il nous torche la finale en quatre heures chrono, comme Jason Mercier l'année dernière (dans la même variante), et comme ça, on serait tous en boîte à minuit. J'y crois. Fais nous rêver.

Pour revivre le parcours de Ludovic vers la finale :

Le Day 36 sur Winamax
Le Day 37 sur Winamax

vendredi 2 juillet 2010

Midnight rambler

Day 34 et Day 35

J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à surfer sur des sites pornographiques... Quel dur métier. Mais tout ceci dans un seul but journalistique, bien sur, vous me connaissez. C'est un confrère qui m'a mis sur la piste de la carrière parallèle d'une des masseuses travaillant au Rio... Disons que j'aurai du mal à la regarder du même œil, désormais, tant les clichés qui ont défilé sur l'écran de mon ordinateur poussaient l'explicite jusqu'à l'insoutenable. Ne comptez pas sur moi pour vous balancer des liens ou un nom. Pas mon style, c'est une fille gentille. Je me suis toujours dit que les masseuses qui travaillent jour et nuit aux WSOP ne sont finalement pas bien éloignées dans l'esprit des prostituées assises sur les tabourets du Hooker Bar, à quelques encablures de l'Amazon Room. Qu'est-ce qu'elles recherchent, au fond, si ce n'est de trouver le client parfait, celui qu'elles pourront faire cracher un maximum sur une longue période en échange d'un minimum d'effort ? C'est pour cela que certaines se spécialisent dans les tournois high-stakes, ceux à 10,000 dollars et plus, généralement organisés le soir à 17 heures. C'est là qu'on peut trouver les clients réguliers, les grosses baleines potentielles, ceux pour qui les pourboires se comptent en centaines de dollars. Et je ne serais pas surpris que quelques transactions un peu plus sordides soient conclues le soir, dans les chambres d'hôtel, après que les parties soient terminées. Guère étonnant, au fond, que ce soient les masseuses les plus jolies qui soient les plus demandées. Le massage à la table, c'est une « lapdance » tout public, un petit frisson érotique d'une demi-heure payé le prix fort pour tromper l'ennui durant le tournoi. Peu importe la qualité du massage : ce qui compte pour la plupart des joueurs, j'en ai bien peur, c'est qu'il soit administré par quelqu'un possédant de gros nichons. Vous préféreriez un excellent massage venant d'un mec ayant tous les diplômes, ou un massage pas terrible venant d'une star du porno ? A cette question, la plupart des joueurs répondront sans hésitation... Le beau cul, y'a pas photo. Là, tandis que j'écris ces lignes depuis le banc de presse, il y a deux mecs à quelques mètres devant moi en train de se faire masser pas cinq nanas en même temps. Une pour le cou, deux sur les mains, les deux dernières sur les pieds. On croirait une scène sortie d'un fantasme de lycéen. Le sultan dans son harem, affalé sur un fauteuil, entouré de ses dizaines d'esclaves. Avec leur air rigolard et leurs cocktails à la main, ils ont l'air d'apprécier la situation. L'apothéose du massage, le nirvana du pis-aller sexuel. Une soirée qui va probablement se terminer dans un strip-club, histoire de pousser la logique jusqu'au bout.

Ah, mais assez avec ces graveleuses considérations... Il est grand temps que les WSOP se terminent, avant ce que genre d'idées ne finissent de me ronger le cerveau. Las Vegas, le pognon, le vice, les dégénérés, l'alcool, les putes, les tables de craps et les buffets à service illimité, j'ai hâte de mettre tout ça derrière. Ceci dit, je vais rester à Las Vegas pour une bonne partie de l'été, tout du moins dans l'esprit, avec le bouquin de Pauly qui va m'occuper encore quelques semaines.

Là, il est 22 heures 43. Le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars bat son plein, mais j'ai décidé de ne rien écrire dessus avant très tard ce soir, parce qu'il est sept heures du matin en France et je n'ai pas envie de perdre mon temps à rédiger des paragraphes que personne ne va lire. J'ai laissé Harper s'occuper de la grosse affaire du Day 35 : la sixième finale française des WSOP 2010, probablement la dernière de l'été, sauf en cas de nouveau miracle dans le Main Event. Le héros tricolore du jour ? Guillaume Darcourt... Un joueur au style largement décrié par la plupart de ses compatriotes de collègues, malgré sa récente victoire au WPT de Bucarest. C'est sur qu'avec son profil de businessman qui a réussi dans la vie, Darcourt est loin de la nouvelle génération des gamins élevés au biberon du poker en ligne. Un style flamboyant, agressif à la table, bon vivant en dehors, avec une stratégie qui ne tient pas toujours la route, parfois hasardeuse et hors de contrôle, mais qui fonctionne à merveille les bons soirs, ceux où l'on touche de bonnes cartes. Quoi qu'on en dise, cela reste un bonhomme difficile à jouer... Et un fier représentant d'une certaine famille du poker français, forte en gueule, harangue à portée de bouche, à l'ancienne, quoi. Le bagage technique est moins lourd que chez les hardcore gamers du net, mais le cœur est gros comme ça. Guillaume Darcourt s'est finalement incliné en troisième place en début de soirée, empochant plus de 220,000 dollars, la meilleure performance financière française des WSOP 2010. A l'heure où j'écris ces lignes, Jon Eaton vient de reprendre le chip-lead, à tapis avant le flop avec As-Valet de coeur contre Roi-Dame de coeur. J'ai connu Eaton il y a quatre ans, lorsque je couvrais mes premiers tournois aux Etats-Unis. A l'époque, il faisait le même métier que moi, pour un site américain. Puis un jour, il a gagné 100,000 dollars lors d'un tournoi organisé à Los Angeles, et a posté un laconique compte-rendu sur mon blog : « Le journalisme, c'est fini. Dorénavant, je vais me consacrer exclusivement aux cartes. » J'avais rigolé de cette décision, mais trois ans plus tard, c'est Eaton qui rigole, à deux doigts de la récompense suprême pour tout joueur de poker. Derrière chaque joueur se cache un rêve de gamin : la gloire, la fortune, ou les deux mélangés. Cela fait longtemps que j'ai perdu mes illusions concernant ce milieu – l'implacable loi des grands noms fait que, pour chaque rêve qui se réalise, il y a cent, mille, dix mille espoirs déçus. Mais je peux encore apprécier les rares occasions où le compte de fées se transforme en réalité.

Une petite histoire de triche, ça vous dit ? Hier était organisé le premier tour du Shootout Limit à 1,500 dollars... Tard dans la nuit, un joueur américain d'origine chinoise du nom de Yueqi Zhu s'est retrouvé en tête à tête à l'une des cinquante tables (rappel : les tournois Shootout sont organisés sous forme de tournoi Sit-N-Go indépendants) Zhu disposait d'une large avance (35,000 contre 6,000, un truc dans le genre), mais se sentait fatigué, et malade : il a donc proposé à son adversaire une contrepartie financière en échange de son abandon. De la collusion pure et simple, contraire aux règles élémentaires du poker et à l'esprit des WSOP, où les arrangements financiers restent prohibés, tout du moins en public. L'autre joueur (je ne sais pas de qui il s'agit) a accepté, et le match s'est rapidement terminé. Les reporters de PokerNews ont eu vent de l'affaire, puis les organisateurs de l'épreuve. Sur le coup, les premiers restent silencieux sur l'incident, et les seconds laissent couler. Mais aujourd'hui, quand Zhu s'est pointé au Rio pour disputer le deuxième tour, les hommes en costard noir lui ont fait savoir qu'il était disqualifié, et ne pourrait prétendre au prix minimum de 4,135 dollars garanti à chaque vainqueur du premier tour. Ont suivi des excuses publiques de Zhu sur PokerNews, qui est un « Red Pro » sur Full Tilt Poker et a donc des statuts à protéger. C'est un peu dommage de se faire prendre la main dans le sac comme ça : quitte à vouloir s'engager dans des comportements déviants, autant le faire discrètement.

Hier, j'ai suivi de bout en bout la première journée du tournoi Short-Handed à 25,000 dollars. L'épreuve la plus bandante des WSOP, sans aucun doute : un field petit, mais costaud (191 joueurs parmi les meilleurs du monde), et des sensations fortes non-stop. Avec Harper, on est restés au taquet dix heures durant, chroniquant les progrès de la dizaine de français en course. Au final, encore un bilan catastrophique : aucun n'a passé le Day 1, à l'exception d'Anthony Roux, dont le petit tapis allait être rapidement liquidé le lendemain. Certains ont joué de malchance, comme Thomas Bichon, tandis que d'autres ont simplement poursuivi un été désastreux (David Benyamine, ElkY...) Enfin, on peut relativiser en remarquant que presque deux tiers des partants ont sauté le premier jour. J'ai en tout cas pris un réel plaisir à courir entre les tables, une fois n'est pas coutume. C'est en regardant jouer des mecs comme Isaac Haxton ou Phil Galfond que l'on prend conscience que le No Limit Hold'em est une affaire d'artistes, quand il est bien pratiqué. Rarement auparavant je n'avais été témoin d'une telle agression contrôlée, des attaques qui ne s'arrêtent jamais, en permanence sur la corde raide, de la pure beauté pokérienne... Avec six joueurs par table seulement, la part belle est donnée aux joueurs actifs, pas aux attentistes. Le field de ce tournoi était sans doute le plus jeune des WSOP, trente ans de moyenne d'âge à vue de nez : tous les cadors du Net étaient de sortie, tandis que certains représentants de la vieille école avaient jeté l'éponge, comme Doyle Brunson et Phil Hellmuth. Phil Galfond est sorti de sa réserve habituelle, à l'inverse de Gus Hansen et Patrick Antonius, qui, comme chaque année, n'auront joué qu'une poignée de tournois à eux deux. J'imagine qu'ils se concentrent sur les cash-games. Autre chose à noter sur ce Short-Handed : il s'agissait probablement de l'épreuve la plus « sponsorisée » des WSOP. Difficile d'imaginer que plus de 20% des inscrits jouaient pour 100% de leurs gains : outre les joueurs sponsorisés par les sites, une vaste majorité des entrants avaient fait appel à du sponsoring privé (venant d'autres joueurs, donc), en plus d'échanger des pourcentages à droite à gauche. C'est pour cela que je prédis une ambiance explosive en table finale, avec les poulains de chaque joueur rassemblés sur les gradins, vociférant de plus en plus en fort à mesure de l'augmentation de leurs gains. Là, la bulle va bientôt éclater (il y a 18 places payées), et bizarrement, c'est l'ancienne école qui mène la danse : Daniel Negreanu (qui a toujours le cul entre deux chaises, les nouvelles tendances et le style old-school), Carlos Mortensen (l'un des mes joueurs préférés) et Frank Kassella (déjà deux bracelets cet été).

Bon, faut que je retourne bosser. Encore deux grosses journées pour terminer les tournois préliminaires... Plein de fêtes en vue pour le 4 juillet, fête nationale américaine... Et douze jours de Main Event à toute vitesse. C'est bon, on a presque fini.

Le Day 34 sur Winamax
Le Day 35 sur Winamax



Je me demande ce qui énerve le plus Phil Ivey : que Chau Giang soit en train de lui administrer un massage, où que je sois là pour immortaliser l'instant ? Et est-ce que l'ami Philou est au courant des choses rigolotes que l'on fait avec son image sur les forums Internet ?



Carlos Mortensen, le François Pignon du poker, véritable artiste dès lors qu'il se retrouve en possession de beaucoup de jetons