mercredi 30 juin 2010

Le blues du couvreur

Day 32 et 33

Amazon Room, mardi, 21 heures 52. Soirée calme : aucune finale n'est au programme. Le banc de presse est à moitié vidé de ses occupants habituels. Mais de toute façon, passé vingt heures, il n'y a quasiment plus personne pour regarder les épreuves. Les organisateurs des WSOP distribuent chaque année des centaines d'accréditations, mais presque personne n'en fait véritablement usage.

Et je ne leur donne pas tort, à ceux qui sont déjà partis ce soir : on se fait rudement chier, ici. La manière la plus improductive et ennuyeuse de couvrir un tournoi de poker, c'est tout simplement de le regarder de près. Passer des heures à déambuler entre les tables à la recherche d'un coup intéressant, patienter de longues minutes devant deux joueurs en attendant que l'un d'entre eux se décide, mais il finit toujours par passer, alors on ne voit pas les cartes et il n'y a rien d'intéressant à écrire, et on passe à la table suivante, en espérant que quelque chose se produise. Mais quand quelque chose finit par se produire, on se demande tout de même si cela vaut la peine d'être raconté. Qui est-ce que ça intéresse, ces coups de poker, ces décomptes de tapis en plein milieu de la première où la deuxième journée, quand il reste encore plusieurs centaines de joueurs en course ? Cela fait trente jours que Pauly pond un article par jour sans avoir jamais une seule fois mentionné un coup de cartes, et son blog est tellement bon que c'est le seul site que je me bornerais à lire si je n'étais pas sur place.

Si ça ne tenait qu'à moi, je ne couvrirais que les tables finales... La fin, c'est la période la plus importante d'un tournoi, non ? Je me posterais sur les gradins avec mon carnet de notes, j'étudierais les profils de chacun des joueurs avec attention, j'essaierais de décrypter un semblant de scénario, décrire l'ambiance, les cris autour de la table finale, les rebondissements de dernière minute et les bad-beats improbables, et je parlerais quelques minutes avec le vainqueur, en essayant de comprendre d'où il vient, pourquoi il est là, ce qu'il compte faire désormais, ce genre de trucs.

Là, nos reportages suivent une formule bien établie, rodée, mais que j'ai de plus en plus de mal à apprécier. Au démarrage de chaque épreuve, on se pointe, on repère qui est là parmi les français, on prend quelques photos, on discute un peu, mais ce n'est pas facile car ils sont en train de jouer, et la dernière chose que j'ai envie, c'est d'aller faire chier un mec qui vient de payer 5,000 dollars pour disputer un tournoi de cartes. Une fois les présentations faites, on essaie de suivre la trace nos poulains tout au long de la journée, en essayant de dresser un tableau exhaustif de la situation, ce qui relève de l'impossible car nous ne sommes que deux pour couvrir quatre, cinq ou six épreuves en simultané, et même si nous étions cinquante, les contraintes du règlement nous tomberaient dessus (un seul article par heure et par tournoi, c'est la règle). A la fin de la journée, on compte les survivants, et on dit au revoir, à demain, puis l'on revient douze heures plus tard pour reprendre l'épreuve là où elle s'était arrêtée. Et ainsi de suite jusqu'à la table finale.

Ce genre de formule marche à merveille quand un français va loin, comme lors du Short-Handed à 5,000$ ou du Pot Limit à 10,000$. Des premiers coups jusqu'au dernier, on retrace son parcours, on suit son évolution, on l'écoute raconter ses humeurs, ses plans, ses stratégies. Mais dans des jours comme ceux que l'on vient de voir, ce plan montre clairement ses limites. Cas d'école : le Pot Limit Omaha à 5,000 dollars. Il y avait plein de français en course, et des bons, mais au final, j'ai passé la soirée à compter les morts sans vraiment avoir rien d'intéressant à raconter. D'une quinzaine au départ de l'épreuve ils n'étaient plus que trois au terme du premier jour, et tous se sont fait liquider en deux heures. Dans le Day 2 du No Limit Hold'em à 1,500 dollars, c'est la même chose : j'ai patiemment retrouvé les huit français au départ, chroniqué leur entrée dans l'argent, et... passé le reste de l'après-midi à rayer des noms sur mon carnet, incapable d'être là au bon moment pour attraper au vol les coups importants. Quand je dis que regarder un tournoi de poker est improductif et ennuyeux (je parle des journées avant la finale, là), je suis sérieux : on perd notre temps. Toutes ces mains, ces éliminations, ces news publiées en cours de partie, elles ne servent à rien, elles sont aussitôt oubliées une fois publiées. Dans l'idéal, il faudrait se concentrer sur les succès, et oublier les échecs. Le problème, c'est que ces derniers constituent 99% de la vie d'un joueur de tournoi. Et j'ai l'impression d'avoir passé l'été à chroniquer les ratages français.

A l'heure où j'écris, 47 des 57 épreuves des WSOP sont derrière nous, et il n'y a pas de quoi être fier du bilan tricolore, comparé aux années précédentes. Certes, nous pouvons nous targuer d'une victoire dans le Ladies Event, mais c'est l'arbre centenaire qui cache une forêt de plantes vertes : des min-cash par dizaines, résultats insignifiants vite oubliés, cinq finales seulement, et beaucoup, beaucoup d'occasions manquées, de demi-histoires, de « et si ? » : Bruno Launais et Tallix dans le 6-max, Nicolas Levi dans le Shootout, Marc Inizan et Clément Thumy dans le 10,000 PLO, Cuts dans le heads-up... A chaque fois, l'histoire s'est arrêtée trop tôt pour être véritablement mémorable. On est restés sur notre faim.

Globalement, ces WSOP ne resteront pas dans les mémoires non plus. Peut-être que c'est la lassitude qui parle ? J'ai déjà oublié de quoi parlent la plupart des articles que j'ai écrits. Seuls trois noms restent en mémoire : Tom Dwan, Phil Ivey, et Michael Mizrachi. C'est déjà pas mal. Les autres, les Frank Kassella, Gavin Smith, Allen Kessler, Men the Master ? Tous rapidement balayés par les épreuves qui se succèdent jour après jour.

Ceci dit, nous n'en avons pas tout à fait terminé. Je place de gros espoirs sur les trois dernières semaines pour conclure les WSOP en beauté. Je peux déjà voir la fin comme si c'était demain : quatre jours intensifs là, tout de suite avec en point de focale le Short-Handed à 25,000 dollars, un tournoi qui me fait saliver à mort, puis une journée de pause avant le grand plongeon... Le Main Event. Douze journées en apnée (avec un entracte au milieu), et voilà. Si les français peuvent perfer sur au moins une de ces deux épreuves, alors ces deux mois à Vegas auront valu le coup.

Deux blogs de plus à lire : ChipBitch.net, de mon pote Alex, reporter pour PokerNews originaire du Costa Rica, de bonnes histoires bien salaces, et Under the Belt, de Maanu (Poker770), un mec avec qui j'ai partagé de nombreux bons moments dans les parties privées de Lille il y a cinq/six ans de cela, et que j'ai vu ensuite se transformer petit à petit en vrai reporter poker, avec son regard et sa sensibilité à lui.

Pour terminer, des nouvelles de Lost Vegas... Pauly a poussé cette semaine un immense soupir de soulagement en mettant un terme à cinq années d'effort : son ouvrage est maintenant disponible à la vente. Je l'ai félicité comme on congratule une maman qui vient d'accoucher. Le labeur a été long et douloureux. Pour la mise en circulation, le bon docteur a eu recours à ce tout nouveau procédé d'impression à la demande qui lui permet de ne pas se préoccuper de stocks et d'invendus : les livres ne sont imprimés qu'après la commande, et l'auteur est auto-publié (aucun éditeur ne vient s'interposer pour récupérer son pourcentage). De mon côté, j'ai obtenu un nouveau délai de la part de l'éditeur français, et suis désormais tenu d'avoir terminé la traduction française pour le mois de septembre. Dieu merci, je n'aurais jamais été prêt pour le 15 aout. Si vous n'avez pas l'envie ou le courage d'attendre, vous pouvez commander la VO en cliquant ici.

Le Day 31 sur Winamax
Le Day 32 sur Winamax

mardi 29 juin 2010

One month down

Day 31

Les WSOP ont conclu un mois de poker non-stop par une journée assez décousue, plutôt plate, à en juger par la désertion qui a affecté le banc de presse. J'étais au Rio une bonne partie de la journée, mais ce serait mentir de dire que j'ai été très productif.

Tout le monde espérait une nouvelle table finale française avec Thomas Bichon dans la boucherie à 1,500$ numéro 45, mais le Corse s'est arrêté net en onzième place, effleurant la dernière table du bout des doigts après un coin-flip ultra classique (As-Roi contre deux Dames... what else ?). Après, la partie a continué sur l'un des podiums, et des brésiliens surexcités étaient rassemblés derrière leur poulain, déployant drapeaux et vuvuzelas. Tiens, m'étonne qu'il ait fallu attendre un mois pour les voir débarquer au Rio, ces foutues trompettes. Dans le tournoi « Mixed » (huit variantes) à 2,500 dollars, Alex Luneau fut rapidement éliminé, fermant le ban des joueurs français, et l'autre boucherie à 1,000 dollars ne m'a intéressé que le temps de repérer les deux ou trois tricolores encore en course après six heures de jeu.

La grosse affaire du jour était le Tournoi des Champions, ce tournoi freeroll hors-série sponsorisé par Harrah's à hauteur de un million de dollars, avec un casting trié sur le volet en partie constitué par les votes Internet du public. Ces derniers ont sans surprise plébiscité les vingt joueurs les plus vus à la télé depuis l'explosion médiatique du poker en 2003 : Negreanu, Hellmuth, Brunson, Ivey, Harman, Lederer, etc... Ils étaient tous là, donnant aux trois tables de l'épreuve l'air d'une retransmission WPT d'il y a six ans. Comme l'a fait remarquer Mike Matusow (invité d'office en sa qualité d'ancien champion du TdC), « tous les dinosaures sont là. Tant mieux, ils sont plus faciles à battre que les jeunes venus d'Internet ! » Les jeunes gamins du Net, justement, il y en avait tout de même deux : un amateur qualifié sur la plateforme online des WSOP (pas accessible sur le sol américain, loi oblige), et ElkY, qui avait remporté le SNG qualificatif organisé il y a deux semaines en compagnie d'une table de joueurs connus et reconnus mais non éligibles par vote, n'ayant pas gagné de bracelet (oui, c'était le critère pour pouvoir faire partie de l'épreuve). Je ne suis pas trop sur de l'intérêt d'un tel tournoi. C'est vrai que c'est sympa de la part d'Harrah's de reverser à la communauté un petit morceau des tonnes de dollars qu'ils se font chaque été durant les WSOP, mais vu le casting, l'argent finira dans les poches des joueurs les plus riches de la dite communauté. Dans l'ensemble, les joueurs présents n'apportent rien de véritablement nouveau, et ne représentent pas les tendances modernes du poker. Mais il est vrai que le poker à la télé ne fait plus recette depuis longtemps, et ESPN exigeait des valeurs sures, éprouvées pour s'assurer une audience pas trop catastrophique et rentabiliser son investissement.

La finale du Omaha High-Low à 5,000 dollars a rassemblé des profils intéressants... Rob Hollink, la légende hollandaise, vainqueur du premier EPT à Monte Carlo. Erik Seidel, le joueur de poker le plus drôle de Twitter, en quête d'un neuvième bracelet. Ce vieux vicelard de DevilFish, qui persiste à vouloir s'habiller comme son fils de vingt ans, sweat-shirts Ed Hardy et bagouzes aux doigts. Dan Shak, le requin de la finance et poisson du poker. Leif Force, le hippie découvert lors du Main Event 2009, et Perry Green... Vous n'avez jamais entendu parler de Perry Green ? Non, et moi non plus. C'est normal, personne ne se souvient jamais du mec qui termine second, c'est bien connu. Il y a 29 ans exactement, Perry Green était en tête à tête pour le titre de champion du monde de poker contre un certain Stu Ungar. Ce dernier, champion en titre, n'a fait qu'une bouchée de Green, qui avait pourtant remporté trois bracelets lors des éditions précédentes des WSOP. Un coup d'oeil au palmarès de Green révèle de nombreuses tables finales durant les années 80 et 90, avant un ralentissement compréhensible au 21e siècle – l'âge, surement. C'est en tout cas rafraichissant de voir que Doyle Brunson n'est pas le seul des anciens à encore faire vibrer la flamme du poker old-school. Il y a des tas de vieux anonymes comme Green qui continuent de se rendre chaque année aux WSOP, passant inaperçus la plupart du temps.

Au final, c'est Chris Bell qui remporte le bracelet dans cette épreuve. Une récompense méritée pour ce joueur solide et appliqué, qui été passé très proche en 2008 contre Davidi Kitai, échouant sur la dernière marche après un tête à tête de quatre heures. A l'époque, Bell était soutenu financièrement par Erik Lindgren... Je me demande si c'est encore le cas. Si oui, cela ferait deux victoires en deux jours pour les poulains de Lindgren, après le triomphe de Gavin Smith samedi soir.

Le Day 31 sur Winamax

lundi 28 juin 2010

Redemption, Day Off, & Stockholm Syndrome

Day 29 et 30

J'ai de plus en plus de mal à me lever le matin... Les heures de sommeil en retard accumulées quatre semaines durant commencent à réclamer leur dû. J'ai réussi à tenir tout le mois de juin avec un bon rythme, debout à neuf heures tous les matins, petit-dej, douche, consultation des classements des tournois devant la Coupe du Monde, mise à jour du palmarès, blog, et arrivée au Rio à 14 heures, prêt à affronter les épreuves de la journée. Maintenant, c'est une chance si j'arrive à ouvrir l'œil avant midi, et c'est à moitié endormi que je fonce à travers l'autoroute 215 vers Flamingo Road pour rejoindre l'Amazon Room et les WSOP.

L'Amazon Room, je n'y ai pas mis les pieds hier... pour la première fois depuis mon arrivée à Vegas. C'était ma seconde vraie journée de pause, mais j'avais passé quatre bonnes heures au Rio lors de la première. Je suis toujours un peu paumé, effrayé quand je m'arrête de travailler, un peu comme un lapin pris dans les phares d'une voiture fonçant à toute vitesse vers lui. Il y a une espèce de syndrome de Stockholm qui se développe quand on couvre les WSOP de manière intensive... On est dessus quinze heures par jour, on ne pense qu'à ça 24h/24, et quand on s'arrête, on est pris de remords, on se demande si on est pas en train de manquer quelque chose, et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire maintenant qu'on a rien à faire ? Quand on est en plein dedans, on à qu'une envie : que ça se termine. Mais quand c'est enfin fini, un immense vide se crée. C'est la même chose tous les ans, aux alentours de la mi-juillet : il me faut en général une bonne semaine pour que le cliquetis des jetons disparaisse de mon esprit, et pour que la première pensée qui m'assaille le matin au réveil ne soit plus « merde, je suis en retard pour le Rio ».

C'était un samedi plein de promesses qui s'annonçait... J'étais invité à deux soirées privées dans les faubourgs de Vegas. Au final, j'ai décidé de la jouer tranquille. Pas envie de faire la fête. Pas encore. On a le temps. La vraie saison des fêtes aux WSOP approche à grands pas, avec les grands acteurs et personnalités de l'industrie rivalisant en budgets et ingéniosité pour organiser LA soirée dont tout le monde parlera le lendemain. A ce petit jeu, PokerStars va encore faire très fort, ayant réussi à débaucher Snoop Doggy Dog pour assurer l'intermède musical. Snoop Dog, la vache ! Je me rappelle d'un soir aux Bahamas en janvier dernier, j'étais au bar avec les employés de PokerStars dont le job est de planifier ce genre de fêtes... Après avoir eu Nelly pour les WSOP 2009 et l'une des gonzesses de Destiny's Child pour la PCA 2010, ils se demandaient quel serait le prochain invité. Il leur fallait mettre la barre encore plus haut. Bon, moi, Nelly et Destiny's Child, j'en ai rien à secouer, mais pour certains c'est une grosse affaire. Bref, quelques noms avaient été lancés à la ronde (Wycleef Jean, par exemple), et Otis (le bloggeur en chef de PS) s'était fait rire au nez avec sa suggestion de Snoop Dog. Six mois plus tard, la blague s'est transformée en réalité, et je parie que l'on va se bousculer au portillon pour entrer dans la boîte du Palm's où sera organisée la soirée... L'accès se fera uniquement sur invitation, avec des centaines de qualifiés PokerStars et personnalités de l'industrie. Je pense pouvoir obtenir un ticket assez facilement. Je me demande s'il y aura un marché noir pour tous ceux qui n'auront pas réussi à décrocher une invitation...

Bref, pour ma journée de pause, point de débauche ni d'agapes mémorables... Un petit tennis en milieu d'après-midi avec le Team Winamax. Je me suis fait déchirer par Tallix, mais je me suis bien défendu dans la série de tie-breaks contre les autres (Furax, Chawips, Clément Thumy...). Après, direction Pasta Mia pour l'anniversaire de Change100, la copine de Pauly. Si Pauly est comme un frère pour moi, alors Change est une sœur. Je suis rentré à la maison vers 22 heures sans plan précis. Pas envie d'aller me coucher tout de suite : direction le casino Red Rock, l'établissement de jeu le plus proche de la villa. J'ai collecté mes gains sur les paris du premier tour de la Coupe du Monde (pas grand chose, malheureusement, juste le score nul sur le match d'ouverture), et tout réinvesti sur Allemagne-Angleterre. Je prévoyais un autre nul, mais je me suis salement planté. J'ai déchiré mon ticket sur la victoire de l'Angleterre : ne me reste plus que le Portugal et l'Espagne comme vainqueurs potentiellement lucratifs... Et le Brésil, qui fait partie de mon club des 8 dans la feuille de paris à quatre établie avec Harper, Gab et Yuestud. Je me suis assis en cash-game avec les serrures locales. Tout se passait bien jusqu'à que je tente un bluff assez vaseux contre un vieux sur un board As-8-3-7-As. Enfin, il a quand même réfléchi cinq bonnes minutes avec sa paire de 9, je suis resté de marbre avec mon 10-8 tourné en bluff, mais il n'aurait jamais passé de toute façon, je n'aurais pas du m'enteter. Je termine à moins 120 dollars. Jusqu'à présent, le bilan poker de ce séjour est assez moche (comme chaque année). J'ai gagné cent lors de ma première session au MGM. J'ai joué trois sessions au Rio pendant les pauses-dîner (moins 300, moins 150, plus 8), et un tournoi à cent dollars où j'ai fait absolument n'importe quoi. Total provisoire : moins 562 dollars... Bon, à 300 dollars la cave, ce n'est pas la fin du monde non plus. J'ai du jouer une dizaine d'heures au total, soit 250 mains grand max.


Le thème des deux dernières journées des WSOP ? La rédemption... Avec deux victoires qui sonnent comme des revanches, celles de Dean Hamrick et Gavin Smith. Hamrick, c'est ce jeune pas gâté par la vie (il est né avec un pied-bot et traîne ses béquilles partout avec lui) qui avait terminé en dixième place du Main Event en 2008, l'une des places les plus cruelles qui soient pour un joueur de poker, car on manque la table finale, le statut de « November Nine » et les contrats de sponsoring juteux qui vont avec. L'année suivante, Hemrick vivait à nouveau la frustration avec une finale dans un tournoi de No Limit à 1,500 dollars. Cette fois, il a enfin réussi à aller jusqu'au bout dans une autre épreuve à 1,500 dollars, remportant 604,000 dollars sous l'oeil de son pote Joe Cada, le champion du mond en titre. Arnaud Mattern était à sa table durant la seconde journée, et m'a confié qu'Hamrick était tombé à 3,000 aux blindes 3,000/6,000. Il a doublé son tapis cinq fois de suite, a triplé ensuite, et assommé la concurrence jusqu'au duel final. Belle revanche sur l'adversité. Même sentiment concernant Gavin Smith, un mec régulièrement mentionné dans des articles aux titre du genre « Les meilleurs joueurs à n'avoir jamais remporté de bracelet ». Je ne suis pas sur de partager cette opinion, considérant plutôt que Smith est un bon joueur qui a eu un bon rush en 2005/2006 avec une victoire WPT et d'autres très bons résultats, mais était passé ensuite dans le clan des « has been », n'ayant jamais su d'adapter à l'évolution ultra-rapide du style de jeu en tournoi, un sérieux problème avec la boisson n'ayant rien fait pour arranger cela. Félicitations tout de même : d'après ce que j'ai pu lire ça et là, sa prestation dans l'épreuve de Hold'em Mixed (Limit / No Limit) fut en tous points excellente, digne du grand joueur qu'il fut un temps.

Le Day 29 sur Winamax
Le Day 30 sur Winamax

vendredi 25 juin 2010

Fountain of Youth

Day 27 et 28

Vous le savez, quand j'ai besoin de faire le plein d'énergie spirituelle, c'est vers le Red Rock Canyon que je me tourne. Je me lève un peu plus tôt le matin, je prends l'autoroute 215 vers le nord, et vingt minutes plus tard, me voilà au milieu de nulle part, loin de l'agitation de Las Vegas et des bad beats de l'Amazon Room. J'y reste une petite demi-heure, le temps de parcourir les vingt kilomètres de boucle à l'intérieur du canyon, puis je me mets en route vers le Rio, plein de bonnes vibrations, les batteries rechargées par la contemplation du calme et de l'infini des roches rouges.

Aujourd'hui, j'avais la possibilité de prendre part à une expédition un tantinet plus ambitieuse... Une journée de bateau sur le lac Mead, à trente bornes au sud-est de Vegas. Antony Lellouche et Ludovic Lacay m'avaient déjà invité à plusieurs reprises lors des étés précédents, et j'avais du refuser à chaque fois, pour cause d'actualité trop chargée au WSOP. Là, avec seulement quatre tournois au programme lors du Day 28, le timing était parfait. D'autant que l'on serait rentré en ville largement à temps pour ne rien rater d'un gros évènement potentiel au Rio (en l'occurrence le douzième bracelet de Phil Hellmuth, qui possédait le quatrième plus gros tapis au départ des demi-finales du Pot Limit Omaha High-Low).



Le lac Mead a ceci d'intéressant qu'il est artificiel, et immense, avec 38 kilomètres cubes d'eau gardés par le fameux barrage Hoover. Ainsi, c'est là que Las Vegas puise l'intégralité de son eau potable... et les experts prédisent au lac un assèchement complet dans les dix prochaines années, la combinaison du réchauffement climatique et du gaspillage croissant des ressources naturelles nécessaire pour faire tourner une ville en plein milieu du désert. Difficile de passer à côté du symbole... Avec ses fontaines, ses piscines, ses jardins tropicaux, ses palmiers et ses dizaines de milliers de chambre d'hôtels à alimenter par quarante-cinq degrés à l'ombre, Las Vegas pompe jusqu'à plus soif la ressource la plus indispensable à l'homme avec un objectif simple : lui siphonner le compte en banque.

Si Las Vegas disparaît avant 2020, je me demande où iront s'installer les World Series of Poker. Il faudra trouver un endroit aussi laid que Vegas, pour ne pas dépayser les joueurs. Dubai ? Ca manque un peu de strip-clubs. Macau ? Personne n'irait, trop loin. Surtout, je me demande si d'ici là, Phil Ivey aura dépassé Phil Hellmuth au classement des bracelets. Sinon (attention je m'apprête à digresser mais pas tant que ça) cela fait déjà deux mois que le pétrole de Deepwater Horizon se répand dans le Golfe du Mexique à raison de 60,000 barils par jour, BP ne pense pas pouvoir boucher le trou avant le mois d'août, grand minimum, c'est juste la plus grosse catastrophe écologique que l'homme aie connue, personne ne l'ignore mais tout le monde s'en fout. Pour le coup, la Coupe du Monde est arrivée à point nommé. Chaque fois que je regarde un match, les Vuvuzelas me rappellent le désastre... Pétrole qui fait glou glou dans l'océan, trompette qui fait tsoin-tsoin, c'est la même chose : vous avez beau couper le son de la télé, changer de chaîne, regarder dans une autre direction, fermer les yeux, cela ne les fera pas s'arrêter. Pendant que tu regardes la télé, pendant que tu bosses, pendant que tu dors, pendant que tu bouffes, pendant que tu chies, pendant que tu te branles devant Youporn, glou glou glou, tsoin tsoin tsoin, ces putains de Vuvuzelas vont nous gâcher la Coupe du Monde, mais non, les ingénieurs des équipes télé ont trouvé le moyen de leur couper le sifflet, tout va bien, on peut continuer à se divertir comme si de rien n'était. Ouf.

Disposant d'un capital d'hypocrisie suffisant pour mettre tout cela de côté le temps d'une journée de farniente, je me suis pointé au Wynn au petit matin avec un sourire joyeux, tout content à l'idée de m'échapper du Rio, fut-ce pour une brève période. Je n'avais que trois heures de sommeil au compteur, la soirée d'anniversaire de ma confrère Dana m'ayant emmené très tard la veille. Anto et Cuts avaient fait les choses bien en réservant deux gros 4X4 (très polluants j'imagine) pour emmener notre troupe à bon port. Sur place, on a dévalisé le magasin de la marina en provisions et accessoires divers, et signé un contrat de location à la journée pour deux bateaux. Des « speed boats », le genre de petit machin qui fonce à toute vitesse à travers l'eau. Oh, pas si vite que cela, en réalité, à peine du soixante à l'heure, mais équivalent à la conduite sur une route jalonnée de dos d'ânes à raison d'un tous les six mètres. On s'en est douloureusement rendu compte avec Harper quand Cuts a enclenché les plein gaz sans prévenir, faisant s'envoler serviettes, canettes, gilets de sauvetage , t-shirts, et nous avec, on s'est retenus de justesse, mes fesses s'en souviennent encore.


Le lac Mead n'est ni beau, ni moche, entouré de montagnes rocheuses grisâtres informes et dépourvues de végétation, mais l'eau est douce et bleue, et il n'y a pas un chien aux alentours. Je me prends le vent en pleine poire, la bière gicle sur mon torse entièrement enduit de crème solaire protection 70, les WSOP n'existent plus, et Antony sort les skis nautiques du coffre. Je découvre éberlué qu'il est un expert en la matière, quant à moi, je vais boire la tasse trois fois avant d'abandonner. Qu'à cela ne tienne, on a aussi ramené des cannes à pêche. Cuts a une touche, il ramone sec ses cent mètres de fil pendant un quart d'heure (le lac est très profond), mais à force de tourner autour du pot, il casse, comme dirait Bigard. On coupe les moteurs et on se laisse porter par la brise, je plonge la tête la première dans l'eau, je nage jusqu'à un îlot, il n'y a personne à part nous à des kilomètres à la ronde, mais je peux quand même consulter Twitter sur mon portable.

Quand je reviens au Rio sur le coup de huit heures du soir, je suis épuisé comme après un footing d'une heure, mais en même temps revigoré, gonflé à bloc, le reste des WSOP va passer comme une lettre à la poste. L'Amazon Room est presque entièrement vide, Phil Hellmuth n'a pas gagné son douzième bracelet, Arnaud Mattern saute de la boucherie à 1,500 dollars aux places d'honneur (traduction : bon classement mais peu d'argent), le HORSE avance à pas de tortue, le tête à tête dans le Omaha High-Low se termine avec la victoire de Steve Jelinek, cinquième britannique couronné cet été, et il n'y a plus qu'un joueur français en course dans le Hold'em Limit/No Limit à 2,500 dollars.

La veille, Frank Kassella remportait l'épreuve de Razz et devenait le premier double vainqueur des WSOP 2010, alors que l'année dernière on en découvrait un nouveau tous les trois jours. Une panne de courant frappait le Strip peu avant deux heures du matin, forçant les épreuves à continuer mais à ce moment, j'avais déjà quitté le Rio depuis longtemps. Annette Obrestad réalisait sa meilleure performance des WSOP, mais en réalité, il s'agissait de tout sauf d'une performance : onzième dans le Shootout à 1,500 dollars, aux portes de la table finale, c'est frustrant pour une joueuse qui était arrivée à Vegas avec tant d'attentes, tant de pression sur les épaules. Elle y arrivera un jour, mais il lui faudra peut-être s'armer de patience.

Et là, il est 3 heures 22, je vais rédiger un truc vite fait pour boucler la journée sur Winamax, et prendre l'autoroute. On va bientôt sortir du creux des WSOP. Le bout du tunnel est proche. Dans une semaine, une toute nouvelle épreuve que j'attends avec impatience : le Short Handed à 25,000 dollars. Après, le Main Event, et derrière, je ne sais pas encore. Je ne suis guère pressé de rentrer en Europe. Peut-être bien que je vais rester un mois de plus sur le sol américain. J'ai des tas de trucs chouettes en préparation. On verra bien.

Le Day 27 sur Winamax
Le Day 28 sur Winamax

jeudi 24 juin 2010

Dans le creux de la vague

Day 26

Une nouvelle journée placée sous le signe des déceptions... Et sur laquelle il n'y aura donc pas grand chose à raconter. C'est un peu – beaucoup – ça, le quotidien d'un « couvreur » de tournois... On se pointe, on installe son ordi, on part entre les tables à la recherche des joueurs, et on les regarde sauter. De temps en temps, ils gagnent, ou au moins ils vont jusqu'en finale. Mais la plupart du temps, ils repartent les mains vides, et l'on se retrouve avec une histoire sans intérêt. Les histoires de poker finissent mal... en général.

Certaines éliminations sont plus douloureuses que d'autres, et ce fut un crève-cœur que de voir Marc Inizan et Clément Thumy sortir aux portes de la table finale du Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars. Inizan et Thumy font partie des joueurs français les plus intéressants a avoir émergé sur la scène live ces derniers mois, après avoir fait des ravages sur Internet. Les deux m'ont fait une excellente impression sur ce tournoi, avec des styles bien différents cependant. J'avais déjà eu l'occasion de voir de mes yeux les talents d'Inizan à l'EPT de Berlin, où il avait terminé en troisième place. Thumy, je connaissais surtout de réputation – Harper ne tarit pas d'éloges à son sujet, et avait prévu à l'avance qu'il réaliserait de belles performances aux WSOP. Le cheptel des bons joueurs français s'agrandit de jour en jour, avec de nouvelles générations de jeunes joueurs progressant à toute vitesse. Du coup, je me demande si l'ouverture du marché – et la fermeture des frontières qui l'accompagne – ne va pas freiner la montée en puissance du poker français sur les tournois professionnels. Je veux dire,à l'avenir, il va être difficile de voir émerger de nouveaux ElkY, Ludovic Lacay, Tristan Clémençon, Clément Thumy, etc, dans un nouveau marché régulé où le nombre de joueurs, de tournois, de tables va drastiquement chuter.

Les autres épreuves du jour ne nous ont guère passionné. Il y avait pas mal de français au départ du Pot Limit Omaha en high-low, mais un seul – Stéphane Gérin - a réussi à passer le premier tour. Même topo pour le Shootout à 1,500$, où Belleuvre, Allain, Benzimra et Lebreton ont échoué à passer le second tour. Il n'y avait personne à suivre dans le Razz et la boucherie à 1,000 dollars, bref, ce n'était pas une journée à mettre à la poubelle, mais presque.

De mon point de vue, les World Series of Poker se découpent en trois chapitres d'une durée à peu près égale... deux semaines chacun. Tous les ans, le premier chapitre est excitant, plein de rebondissements, en grande partie parce qu'on est frais et motivé pour couvrir les épreuves. Le second chapitre est toujours un poil creux par rapport au premier. La monotonie s'installe, les tournois s'enchainent, la motivation décroît à mesure que les vainqueurs inconnus défilent. On s'économise, on fait attention à ralentir un peu, avant de revenir en force avec le troisième chapitre : le Main Event, qui nécessite une énergie et une concentration maximales.

Là, nous sommes au beau milieu du deuxième chapitre. La première moitié des WSOP est officiellement derrière nous. On peut déjà voir venir le Main Event arriver à toute vitesse, dans une douzaine de jours à peine. Et qui dit Main Event, dit fin des WSOP. Pour peu, on en viendrait presque à dire que tout cela passe bien trop vite.

J'ai déjà mentionné le problème des finales qui commencent trop tard... enfin je crois. Le ponpon a été atteint avec celle du Pot Limit Hold'em à 10,000$, dont le coup d'envoi a été donné à minuit mardi soir. Forcément, on avait commencé à 15 heures avec 25 joueurs et une structure plutôt lente. J'ai passé mon tour pour aller jouer en cash-game, pensant que la partie ne serait pas terminée avant l'aube. Surprise, tout fut plié en moins de quatre heures, avec la victoire de Valdemar Kwaysser, qui offrait ainsi son deuxième bracelet de l'été à la nation hongroise.

Oh, j'avais oublié de vous dire un truc qui me fait halluciner.. Las Vegas, off the record est désormais exporté dans les territoires hispanophones ! C'est mon pote franco-espagnol Alberto Calle qui m'a offert de traduire ce blog dans sa seconde langue, et de publier le tout sur le sien, quotidiennement. C'est un grand honneur que de pouvoir être lu pour la première fois dans un autre langage que le français ! Cela ferait surement la fierté de feu mes grands parents, qui ont débarqué en France depuis l'Espagne lors du siècle dernier, quittant une guerre pour en trouver une autre...

Le Day 26 sur Winamax

mercredi 23 juin 2010

Another day at the office

Day 24 et 25

Tiens, j'ai sauté un jour sur ce blog... Pas envie d'écrire hier, et surtout pas le temps. J'ai considéré un moment raconter ma soirée de samedi, rédiger un truc glauque à la Brett Easton Ellis sur la vie nocturne de Vegas, fausseté, hypocrisie, peur et dégout, y'a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fête, mais non, ça me saoulait en fait, et de toute façon on a pas eu une minute de répit dans l'Amazon Room.

La journée - déjà bien chargée avec les énormes performances de Clément Thumy et Marc Inizan dans l'épreuve de Pot Limit à 10,000$ - a culminé à quatre heures vingt-neuf du matin, à la seconde où Phil Ivey a pris les derniers jetons de Bill Chen pour décrocher son huitième bracelet dans l'épreuve de HORSE à 3,000 dollars. Le public était encore nombreux malgré l'heure tardive, et la foule a acclamé comme il se doit le énième accomplissement d'un joueur qui a déjà tout prouvé.



Qu'est-ce que l'on pourrait écrire à propos d'Ivey qui n'ait déjà pas été écrit ? Le Tiger Woods du poker, comme disent les journalistes paresseux, une comparaison facile et un poil raciste. Albert Einstein, Pablo Picasso, les Beatles et Mozart dans le corps d'un joueur professionnel, dit mon ami Pauly, ce qui est déjà un peu plus poétique.

Au cours des cinq dernières années, j'ai souvent eu l'occasion d'être aux premières loges pour observer le génie Ivey en action. Ma première vraie claque fut à l'EPT de Barcelone en 2006. Je crois que c'est le premier EPT que Phil Ivey disputait, et je l'ai vu naviguer avec une facilité déconcertante à travers le field, manquant finalement la victoire de très peu face à l'obscsur Bjorn Erik Glenne, en état de grâce ce soir là. Puis il y a eu les WSOP 2009, où Ivey a fait parler de lui tous les jours ou presque. Je l'ai vu remporter deux bracelets l'un après l'autre, puis jouer deux semaines de poker parfait dans le Main Event, et finalement sortir en finale trois mois plus tard contre Darvin Moon avec la meilleure main de départ.

Ce que je retiendrai de ce dernier triomphe en date ? Personne ne l'a vu venir... mais après coup, il semblait inévitable, programmé. Ivey avait commencé le dernier jour du tournoi avec le neuvième tapis parmi 25 joueurs restants. Dès la première heure, il a perdu la majorité de son capital. Il faisait face à quelques uns des meilleurs joueurs de Mixed Games du monde : Jeff Lisandro (trois bracelets dans les variantes de Stud en 2009), John Juanda (quatre places payées en 2010, quatre finales), Bill Chen, Dan Heimiller, David Baker (pas « Bakes », l'autre).

« J'essaie de prendre chaque main l'une après l'autre », dira t-il après sa victoire à propos des nombreux coups durs qu'il a subi durant la finale. « Des mains, on en perd tout le temps. Ça ne sert à rien de s'éterniser dessus. Il faut s'accorder une minute pour y penser, pas plus. Après, on passe à la suite. »

Ivey tombera aussi bas que 65,000 aux moment où les enchères atteignirent un astronomique montant de 10,000/20,000. La plupart d'entre nous avaient déja fait une croix sur leurs rêves de Grand Soir, et se tournaient vers les autres épreuves en cours dans l'Amazon Room. Erreur. Une heure plus tard, Ivey avait multiplié son tapis par six, sans jamais avoir à montrer ses cartes, ou presque. A vingt-deux heures, l'une des tables finales les plus difficiles de l'histoire des WSOP commençait. Sur le podium, les neuf joueurs totalisaient 20 bracelets et 35 millions de dollars de gains de carrière. Incroyablement – ou pas - Ivey était chip-leader. Mais là encore, le chemin n'était pas pavé d'or. Ivey allait passer les heures suivantes en retrait, ne jouant que peu de coups, et perdant la plupart d'entre eux. Mais jamais, jamais il n'allait lâcher prise, regardant patiemment ses adversaires s'éliminer les uns après les autres, portant le coup fatal lui-même à plusieurs reprises.


L'ambiance autour du podium était aux antipodes de celle observée lors de la table finale de Tom Dwan. Hier soir, pas d'armée de gros pros suspendus au moindre geste d'Ivey, suant sang et eau en pensant aux paris couteux qu'ils avaient engagés. Beaucoup moins de fans rivés aux écrans de leurs ordinateurs, aussi. C'était une soirée calme dans l'Amazon Room, sans tournoi high-stakes programmé à 17 heures. Le public était venu relativement nombreux, mais devait rester debout, dépourvu de gradins pour s'assoir – le podium principal ayant été réquisitionné par ESPN pour le tournage d'une pub le lendemain, c'est un des podiums secondaires placés devant le banc de presse qui avait du être utilisé. Les coups n'étaient pas annoncés au micro par le superviseur, ce qui rendait la partie difficile à suivre, même pour le plus mordu des spectateurs massés derrière la barrière. Il était tard, le monde du poker était à moitié endormi. Mais pas Phil Ivey, à l'affut tout au long de la partie, la garde jamais baissée. Patient, méthodique, déterminé.

Après l'élimination de John Juanda en troisième place, il ne restait plus qu'un seul adversaire se deressant entre Ivey et son huitième bracelet. Pour la troisième fois de la journée, il était loin derrière. Un million de tapis contre 3,3 millions chez Bill Chen. Et Bill Chen, ce n'est pas n'importe qui. Oh, bien sur, de la petite bière par rapport à Ivey, avec « seulement » deux bracelets. Mais probablement l'un des types les plus intelligents du poker. Mathématicien de profession, auteur du livre de poker le plus compliqué de l'histoire des livres de poker (le titre : « Mathématiques du poker », bien sur). Un ordinateur humain, aux connaissances théoriques parfaitement adaptées au poker en Limit sous toutes ses formes. Un savant fou avec un énorme avantage en jetons. Là encore, je ne voyais pas Ivey revenir. Là encore, je me trompais lourdement.

Ivey et Chen jouent tous les coups. Forcément. C'est un duel. C'est du Limit. C'est du « showdown poker » : on va jusqu'à la dernière carte, et le mec avec les meilleures cartes rafle la mise. A ce petit jeu, Ivey va rattraper son retard à une vitesse affolante. En moins d'une heure, les deux joueurs sont à égalité. La partie est à sens unique : Ivey pilonne littéralement Chen. Il est supérieur techniquement, et reçoit les meilleures cartes. Chen ne peut rien faire. Autour de la table, tout le public à maintenant l'oreille dressée, et ne quitte pas des yeux les deux joueurs. Le dénouement est proche. Un nouveau moment historique est en train de se produire. Ceux qui sont restés sont contents d'être là, ceux qui dorment déjà le regretteront le lendemain.

Ivey poursuit ses attaques sans relâche, pour inverser complètement la tendance. C'est maintenant Chen qui est dans les cordes. Je n'en reviens pas. Ivey est passé plusieurs fois par la case « short-stack », mais personne n'a jamais réussi à l'achever. Comment ai-je pu douter une seconde de sa victoire ? Il est bon, ce Bill Chen, mais il ne vaut pas tripette contre Ivey, qui l'a parfaitement cerné. Ivey passe sans cligner des yeux quand Chen a une belle main, il relance quand Chen bluffe, il voit tout, il sait tout, il ne laisse rien passer. Ivey évolue à un autre niveau, bien au delà du champion ordinaire qu'est Chen. « Si je perds contre ce gars-là », a glissé Ivey à ses amis juste avant le début du duel, « Je me jette du haut du toit. » Déclaration un tantinet prétentieuse, mais qu'on pardonnera quand elle est prononcée par le meilleur joueur du monde.

Le travail de sape d'Ivey s'achève sur un coup de Razz. C'est terminé. La foule applaudit à tout rompre. Ivey laisse échapper un infime sourire, fait un signe de la main vers ses supporters. Comme d'habitude, c'est avec réticence qu'il va se prêter au jeu des interviews et photo d'après victoire. Sourire forcé devant les flashes qui crépitent, et cinq minutes d'entretien avec la presse, pas plus. Nolan Dalla (le directeur média des WSOP) ne peut laisser échapper la question des paris engagés avec ses collègues pros - Tom Dwan en premier - mais Ivey reste évasif.

« Disons que j'ai pris l'avantage, maintenant », qu'il répond. « Mais les Series ne sont pas terminées. » Dalla lui demande un indice sur la hauteur des montants engagés. Ivey détourne la tête brusquement. « Non. Non, non, non, non. Question suivante. » Dalla retente, vous pouvez au moins nous confirmer que plus de vingt dollars sont en jeu ? « Oui, plus de vingt dollars sont en jeu. » Beaucoup plus, même. Avant les WSOP 2009, Lederer le mettait au défi de remporter trois bracelets en deux ans. Sur la table : cinq millions de dollars. Mission accomplie.

Il y a quelques années, quand il n'en était encore qu'à cinq bracelets, Ivey avait déclaré qu'il se voyait bien en gagner trente au cours de sa carrière. On lui a ressorti la citation hier soir. « Trente bracelets ? Je continue de croire que c'est faisable. Tant que des gens seront prêts à parier contre ma victoire... »

Car ces paris faramineux sont bel et bien le carburant qui fait tourner la machine Ivey. Ils lui fournissent la motivation pour continuer à rester au sommet. Il a tout gagné, il a tout prouvé autour de toutes les tables de poker du monde, sur Internet, dans les cercles et casinos. Personne ne lui fait peur, personne ne peut le battre. Son investissement dans Full Tilt Poker a multiplié sa fortune déjà colossale. A ce titre, il est admirable qu'Ivey aie réussi à rester compétitif. Là où beaucoup de joueurs dans sa position – celle d'un joueur star enrichi par le boom du poker, en grande partie grâce au marketing – se sont endormis sur leurs lauriers, et ne sont plus professionnels que de nom, Ivey demeure largement au dessus des autres. Mieux, il se bonifie avec le temps. Moins l'argent a d'importance, plus il en gagne. Les parties sont de plus en plus chères, de plus en plus difficiles : à chaque fois, Ivey Une vraie légende qui marquera à jamais l'histoire du jeu, quand tant d'autres tomberont dans l'oubli.

Hier, Ivey s'est pointé au Rio, a réduit en miettes ses adversaires, et a gagné un bracelet. Une scène vue et revue, année après année. Une journée comme les autres au bureau, comme lui comme pour nous, les médias. On s'est couchés au lever du soleil, on a pas beaucoup dormi, mais on recommencerait sans problème tous les soirs.

Le Day 24 sur Winamax
Le Day 25 sur Winamax

lundi 21 juin 2010

Le Clasico français

Day 23

Amazon Room, 17 heures 29. Ludovic Lacay est sorti du tournoi de heads-up en quarts de finale. Il n'aura tenu que 35 minutes face à Alexander Kostritsyn. Le russe a pris l'avantage d'entrée de jeu, gagnants deux gros pots durant le premier quart d'heure. L'un avec deux paires contre top-paire, l'autre avec hauteur As après un superbe call. Vingt minutes plus tard, Ludovic était à tapis sur le turn avec la top-paire à l'As. Avec son petit tirage couleur, Kostritsyn ne jouait que pour les coeurs, ne lui donnant guère plus de 20% de chances de gagner. Il y avait assez d'argent dans le pot pour faire revenir Ludovic à égalité, et relancer le match. Mais le croupier a retourné un cœur sur la rivière, et c'était fini. Ludovic est parti à la caisse collecter ses 92,580 dollars de gains, et s'est aussitôt inscrit pour le tournoi de 17 heures, un Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars où il a retrouvé ses coéquipiers Antony Lellouche, Davidi Kitai, Maniel Bevand et Anthony Roux.

Tant pis. La veille, l'épreuve de heads-up nous aura au moins offert un vrai grand moment, un dont on se souviendra pour les années à venir...

En début de journée, un coup d'œil au tableau nous avait informé que si Bertrand Grospellier et Ludovic Lacay gagnaient leurs deux premiers matchs, ils se retrouveraient face à face. Un fantasme inassouvi de milliers de fans tricolores était potentiellement sur le point de se réaliser. Un duel historique entre deux des joueurs les plus marquants de la nouvelle scène française. ElkY contre Cuts : le choc des jeunes titans hexagonaux. Deux joueurs de poker adulés par toute une armée de fans, deux fortes personnalités transformées en stars du rock à force de marketing et d'exploits à la table et en dehors. Aucun joueur en France ne génère autant de conversations sur les forums que ces deux là... Pour chacun, il y a le camp des « pro » et des « anti », les fans et les haters. Plus que tout autre joueur, on aime les voir gagner, faire les gros titres, apparaître en haut de l'affiche.



L'un a accumulé une collection de titres prestigieux en un temps record, écrasant ses adversaires avec une apparente facilité au cours d'un rush quasi-ininterrompu de 18 mois : EPT, WPT, WCOOP... mais pas WSOP. Un des seuls vrais athlètes du poker, pour qui la salle de gym est un lieu de préparation primordial. Un look inimitable de geek qui a réussi dans la vie, t-shirts flashys et chevelure décolorée. Un ancien pro des jeux vidéos transformé en machine à gagner des millions à force de travail, de chance et de persévérance. Un habitué des couvertures des magazines, des autographes et apparitions télévisées. Un héros pour toute une génération de jeunes joueurs, et l'une des figures de proue du plus gros site de poker en ligne du monde, à la retraite déjà assurée par un contrat de sponsoring à sept chiffres.




L'autre court encore après une victoire majeure, mais s'est forgé en trois ans un palmarès que beaucoup n'égaleront jamais en une vie, fait d'occasions manquées, de triomphes en forme d'échec, d'exploits au goût de regret : deux finales WPT (dont une deuxième place), une finale EPT, des « deep run » a répétition, et un incroyable parcours lors du Main Event des WSOP 2009, interrompu en 16e place aux portes de la plus grosse table finale de l'année. Ses défaites font presque plus parler que ses succès, sa personnalité est aussi importante que ses talents. Un joueur agressif à la table, capable de monter de très gros tapis en un rien temps, mais aussi de les dilapider encore plus vite à force de coups de folie dont il a le secret. Un joueur qui ne mâche pas ses mots, hâbleur et gouailleur, qui ne laisse personne indifférent. Un mec passionné et passionnant, volontiers porté sur l'excès. On l'aime ou on le déteste, mais on a toujours un avis sur lui.

ElkY contre Cuts... La méga star contre l'enfant terrible. La machine à gagner contre le fort en gueule. Les deux jeunes génies du poker français face à face. Il y avait de quoi saliver. Le fantasme est devenu réalité quand les deux gagnèrent leurs deux premiers matches avec une relative facilité. Le grand tête à tête du poker français moderne allait avoir lieu. L'affiche rêvée. Le clasico tricolore.

Peu importe le vainqueur, j'allais forcément être déçu pour l'un ou l'autre... J'aime ElkY. On a eu l'occasion de se fréquenter régulièrement ces quatre dernières années. On a partagé une collocation à Londres. J'ai écrit un article de six pages sur lui pour Bluff Magazine. J'ai partagé l'antenne de l'EPT en sa compagnie à de nombreuses reprises. On a vécu des soirées mémorables aux quatre coins du circuit, des soirées pas racontables, et pas oubliables. Je le considère comme un ami, mais sans pour autant prétendre le connaître vraiment, car le personnage ne se dévoile pas facilement. Je respecte cela. C'est un garçon d'une gentillesse sans bornes, généreux, sans une once de méchanceté en lui. Il pourrait me demander n'importe quoi, je ferais de mon mieux pour lui rendre service.

Oui, j'aime ElkY, mais si on me plaçait le couteau sous la gorge pour choisir un favori, alors c'est vers Cuts que je me tournerais, contraint et forcé. Avec Ludovic, cela fait quelques années aussi que l'on bourlingue ensemble. Dans le poker, c'est un proche parmi les proches, quelqu'un avec qui l'amitié s'est développée naturellement, sans s'en rendre compte. C'est quelqu'un avec qui je parle beaucoup, de préférence tard le soir, à l'heure des confidences, quand l'alcool délie les langues et ouvre les cœurs. Nos conversations n'ont que peu à voir avec le poker. Je lui ai révélé des choses que je n'aurais jamais osé dire à personne, et lui aussi. Je peux lui dire ce que je veux sans risquer de le froisser, et inversement. C'est un acord tacite entre nous, qu'il n'y a pas de tabous, qu'il n'y a pas besoin de prendre de gaints. C'est quelqu'un que je peux regarder les yeux dans les yeux et lui dire exactement ce que j'ai dans la tête, parce que je sais que je fais face à quelqu'un de lucide, compréhensif, tellement humain dans ses imperfections qu'on ne peut faire autrement que de l'aimer.

Vers 23 heures, le ring était en place au milieu de l'Amazon Room. Je suis revenu du restaurant juste à temps pour prendre place au premier rang derrière le cordon. Des dizaines de joueurs français étaient déjà là, pros, amateurs et curieux mélangés. Antony Lellouche, Bruno Launais, Rui Cao, Cyril Bensoussan, Fabrice Soulier... Personne ne voulait manquer le grand clash. Un spectateur en particulier était plus nerveux que les autres : Stéphane Matheu, ex-manager et coach d'ElkY, désormais passé chez Winamax. Ce soir, il assistait à l'affrontement entre son ancien et l'un de ses nouveaux poulains. Un crève-cœur que de devoir choisir son camp dans ce duel, tant l'affection qu'il éprouve pour les deux joueurs est réelle et égale.



A la table, les regards se croisent mais la bouche reste fermée. Les deux joueurs se connaissent de longue date, bien entendu. Ces dernières années, ils ont joué ensemble, ils ont fêté leurs succès respectifs ensemble. Ils ont discuté stratégie ensemble. Ils respectent le jeu de l'un et l'autre. Il n'y aura pas de cadeaux. Il y a bien plus en jeu dans ce match qu'une place en quarts de finale et l'argent qui va avec. C'est aussi une affaire d'honneur, de fierté. Les fans sont suspendus à leur clavier, attendant les nouvelles. La défaite est hors de question.

Le tête à tête est la forme de poker la plus pure et la plus noble qui existe. Le duel nous ramène au temps du Far West. Deux francs-tireurs s'affrontent, la main à portée de gâchette, prêts à dégainer. On joue sans filet. Face à un seul adversaire, il n'y a pas de stratégie serrée qui tienne. Impossible de rester assis et attendre des heures la main max, la paire d'As ou le brelan. Il faut mouiller le maillot, se mettre en danger, risquer de mourir pour pouvoir survivre. Il faut jouer vite et bien, peu importe les cartes qu'on reçoit. Il faut bluffer et éviter de se faire bluffer. On est comme l'équilibriste qui marche sur un fil, on vacille en permanence. On est comme sur le ring. On prend des coups, on vacille, mais rien n'est terminé tant que l'on est encore debout, avec des jetons devant soi. Les deux joueurs sont des experts de la discipline. Ce soir, la moindre erreur sera séverement punie. Il n'y aura qu'un seul type de poker à jouer : le meilleur. L'écart se fera à la marge, sur de petits détails imperceptibles par le joueur moyen.

Le coup d'envoi et donné, et très vite le match est à sens unique. ElkY reçoit les meilleures cartes, et se fait payer chèrement par Ludovic qui a lui aussi de belles mains, mais une pointure en dessous. En vingt minutes à peine, Ludovic a perdu 80% de son tapis. Il ne lui reste plus que 70,000 en jetons, autant dire rien du tout contre les 890,000 d'ElkY.

Il y a deux ans, dans cette même épreuve, j'ai vu Ludovic se faire bluffer un pot énorme lors du second tour. J'étais debout derrière la table. Je me souviens avoir pensé : « C'est terminé. Il va craquer. Dans cinq minutes, c'est fini. » Et c'est exactement ce qui s'est produit : Ludovic a très vite engagé tous ses jetons sur un bluff énorme, et son adversaire l'a payé à toute vitesse avec une main des plus médiocres – il savait que Ludovic était en tilt et n'avait rien en main. Ce moment m'est revenu en tête alors que je regardais Ludovic contempler avec un air dépité ses jetons, désormais presque tous en la possession d'ElkY.

Le face à face tant attendu allait-il tourner court ? Que nenni. C'est un autre Ludovic auquel nous avons affaire ce soir. Muni de moins de vingt blindes, Cuts adopte une stratégie de survie qu'ElkY peine à contrer efficacement. Il ne peut se permettre de faire doubler son adversaire. Pas moyen de le laisser revenir au score. Durant les dix minutes qui suivent, Ludovic refait surface en enchaînant les petits pots, mais son travail de remontée est réduit en miettes quand sa quinte rencontre la couleur d'ElkY. Tout est à refaire. Ludovic n'a presque plus de jetons mais ne flanche pas. Il se remet patiemment au travail, et très vite, l'écart d'ElkY se réduit. C'est un travail haletant pour Ludovic, qui calcule précisément chacune de ses relances et sur-relances afin d'arriver à ses fins. Il tient bon, et reprend petit à petit des couleurs. L'écart se réduit petit à petit.

Tout va basculer très vite. Le doute s'installe chez ElkY. Il va commettre deux erreurs qui vont précipiter la fin du match. Deux petites erreurs infimes mais qui font toute la différence quand deux joueurs de ce calibre s'affrontent. ElkY sur-relance avec As-8 dépareillés, et décide de payer un 4-bet de Ludovic. Une décision discutable qui va le mener à la catastrophe quand le turn lui apporte deux paires : Ludovic a deux paires supérieures avec As-Roi, et récupère un énorme tas de jetons. Cinq minutes plus tard, Ludovic trouve As-Roi à nouveau, fait une paire sur le flop, et mise les trois tours d'enchères. ElkY paie, paie et paie encore, sans pouvoir montrer une meilleure main. Qu'avait-il ? Mystère.

La situation est complètement inversée. C'est maintenant au tour d'ElkY de ne plus avoir qu'une poignée de jetons, qu'il envoie rapidement avec un Roi et une Dame. Ludovic complète la mise avec un As et un Dix. Le flop apporte un As. C'est terminé. Les deux joueurs se serrent la main. Ludovic est ceinturé par ses amis le félicitant. ElkY s'écarte, sonné et frustré. Il se rend compte qu'il vient de perdre un match qui a semblé imperdable le temps d'un instant.

Le choc des titans aura duré une heure. Une heure de poker nerveux, agressif, sans temps mort, parfaitement représentatif des nouvelles tendances qu'une nouvelle génération de joueurs français a su s'approprier en y insufflant leurs propres idées, leur propre sensibilité. Non, le poker français n'a plus à rougir de son cheptel de joueur.

Depuis la victoire de Vanessa Hellebuyck dans le Ladies Event, la machine à résultats tricolores et lancée : il ne se passe pas un jour sans que nous n'ayons une nouvelle performance à raconter. Hier, tandis que Cuts et ElkY progressaient dans l'épreuve de tête à tête, Bruno Launais et Tallix nous faisaient redoubler d'enthousiasme dans l'épreuve de Short Handed. Malheureusement, Tallix a du s'incliner en dixième place sur un coup du sort, continuant la tendance fâcheuse qu'à le Team Winamax à manquer de réussite dans les moments clés. Bruno, lui, a utilisé ses talents à merveille pour terminer finalement en quatrième place.

Il reste une vingtaine d'épreuves au programme aux WSOP 2010... Quelqu'un pour me donner une bonne côte sur un second bracelet français cette année ? Je prends les paris.

Le Day 23 sur Winamax

dimanche 20 juin 2010

Multitabling

Day 22

Après deux ou trois journées consécutives en demi-teinte, l'excitation est revenue en force dans l'Amazon Room vendredi, avec seize d'action non-stop de midi à quatre heures du matin. Plutôt que de suivre de loin six épreuves en simultané comme nous l'avons fait ces derniers jours – la garantie de réaliser un boulot bâclé et peu intéressant, car il est difficile d'être partout à la fois – nous nous sommes concentrés sur une épreuve chacun : le Short-Handed à 5,000$ pour moi, et le Heads-Up à 10,000 dollars pour Harper. Davidi Kitai et Mathieu Jacqmin ont rapidement sauté de l'épreuve mixte Omaha/Hold'em, et Régis Burlot a une nouvelle fois échoué aux portes d'une finale, dans le HORSE à 1,500$ cette fois (frustrant). Il n'y avait pas grand chose à dire sur le tournoi Seniors, et sur la finale du No Limit à 1,500$. Nous étions donc libres de nous consacrer entièrement à deux épreuves seulement, ce qui facilite grandement le travail et permet une meilleure immersion. Enthousiasmé par les progrès de Tallix, Furax, Bruno Launais, David Jaoui et Sam Phomveha dans le Short-Handed, j'ai retrouvé la pêche des grands jours. Au taquet jusqu'au lever du soleil, des mains en pagaille, plein de joueurs suivis, je me croyais revenu sur un EPT, avec un reportage en direct, enfin autant que possible, puisque je ne peux pas publier de news plus d'une fois par heure en vertu des règlements en vigueur aux WOSP.



Ce n'est pas un hasard qu'une épreuve aussi difficile que celle-ci aie vu percer quelques uns de nos meilleurs joueurs français. Ils ne sont plus que douze au départ des demi-finales, qui vont démarrer dans quelques minutes, avec encore deux français. Bruno Launais est en train de poser à toute vitesses ses jalons dans le poker français, et Tallix est en passe d'accéder à sa troisième finale WSOP en un an. C'est l'un des joueurs du Team dont je me sens le plus proche, et j'étais présent lors de chacune de ses grosses perfs. J'espère que celle d'aujourd'hui sera la plus belle de toutes. Marrant comme celui qui avait été moqué au sein du Team pour son manque de résultats durant la première année d'existence de l'équipe est maintenant en train de s'imposer comme le joueur de tournoi le plus régulier de Winamax. Et dire qu'il est juste dix fois meilleur en cash-games... Même chose pour Xavier Jacquet, l'un de nos Local Hero, une terreur sur Winamax en 6-max, et déjà deux fois ITM en une semaine pour ses premiers WSOP. Je n'arrête pas de le chambrer pendant les pauses en le traitant de joueur weak et scared money, mais je n'en pense pas un mot bien sur.

Dans la Pavillion Room, on a pu assister au départ de l'une des plus belles et plus pures épreuves des WSOP : le Heads-Up à 10,000 dollars. Les yeux dans les yeux, sans filet, en No Limit, avec quelques uns des plus grands experts du monde dans cette disclipine. Guillaume de la Gorce (le meilleur joueur français de HU) affrontait son vieux pote ElkY au premier tour, et peu importe le résultat, il y allait forcément avoir une déception. ElkY a mis une horreur à Johny pour avancer au second tour, et allait ensuite remporter son second match. Même chose pour un Ludovic Lacay très en forme, qui s'est débarassé de ses deux premiers adversaires (dont le légendaire Erik Sagstrom) en un rien de temps. De bonne augure pour les trois prochains tours, qui seront joués aujourd'hui. A noter qu'ElkY et Cuts s'affronteront s'ils parviennent à remporter leurs deux prochains matches. Le face à face Tom Dwan / ElkY n'aura pas lieu, le premier ayant échoué au second tour.

Le joueur le plus travailleur du Day 22 ? Phil Ivey. Il a été partout. En l'espace d'une journée, Ivey a réussi à accomplir les choses suivantes : sauter à la bulle du Short-Handed, gagner ses deux premiers matchs dans le Heads-Up, et atteindre les quinze dernières places dans l'épreuve mixte Omaha / Hold'em. C'est le genre de programme qui n'est concevable que lorsqu'on est impliqué dans des paris à plusieurs millions de dollars sur l'obtention d'un bracelet... Ceci dit, la réussite fut de son côté. Ivey s'est pointé à son premier match dans le Heads-Up alors qu'il était encore en course dans le SH et le Omaha/Hold'em, et a fait tapis à la première excuse valable, avec As-Valet. Mizrachi a payé avec une paire de 9, et le croupier a retourné un As sur la rivière. Ivey a ensuite demandé à ce que son deuxième match (contre Victor Ramdin) soit joué dans l'Amazon Room au lieu de la Pavillion, à côté de sa table de Omaha/Hold'em, car les deux joueurs étaient encore dans le tournoi. Harrah's s'est incliné. Pas sur qu'une demande d'un anonyme aurait été reçue avec la même dilligence...

Pas du genre à se mélanger avec la plèbe durant les pauses, Ivey a fait installer dans un parking privé du Rio un mobile-home tout équipé avec climatisations, couchettes, fauteuils, cuisine, frigo, musique, etc. Negreanu et Hellmuth ont fait pareil. Ça vous donne idée de la motivation et du compte en banque de ces messieurs. Ceci dit, ces dispositifs n'ont pour l'instant pas montré d'effets probants sur leurs résultats : aucun n'a été ne serait-ce que proche d'atteindre une table finale en trente épreuves. Jusqu'à aujourd'hui : Ivey possède le neuvième tapis sur quinze joueurs. Tous les yeux seront tournés vers lui. Combien ça coute, de faire parquer un mobile-home au Rio ? Probablement qu'Harrah's offre la place de parking, mais la location et l'entretien du véhicule ? Je me demande... J'ai vu le camion-citerne faire le plein de ces engins hier... Bonjour la facture après deux mois. Et pour vous montrer qu'Ivey est décidément au dessus du lot : il est le seul joueur à traîner en permanence un garde du corps derrière lui. Un type blanc pas si baraqué que cela d'une quarantaine d'années, qui me fait dire qu'il n'est probablement pas qu'un vigile, mais aussi un homme à tout faire, et un rempart entre Ivey et le reste du monde. Ceux qui ne font pas partie du cercle des intimes sont obligés de passer par lui pour accéder à Ivey. Le mec fait d'ailleurs un peu de zèle, des fois on a l'impression qu'il bosse au Rio. Je l'ai vu courir après mon collègue Roroflush à travers toute l'Amazon Room quand ce dernier a posé une bouteille vide sur un comptoir au lieu de la mettre à la poubelle. « Hé ! T'as pas vu qu'il ya des poubelles partout ? », a dit le garde du corps à Roro avec un air intimidant. Non mais pour qui il se prend ?

Bon, pas le temps d'élaborer plus longtemps, le devoir m'apelle avec Tallix, Cuts, ElkY, Bruno et les autres. Ca manque un peu d'anecdotes et ragots croustillants, ce blog, non ? J'ai la tête dans le guidon 24/24, que voulez vous. Mais je crois que je sors en boîte ce soir... Pour la première fois depuis mon arrivée à Vegas.

Le Day 22 sur Winamax

samedi 19 juin 2010

Another busy day

Day 21

Encore une bonne grosse journée bien remplie aux WSOP... Six épreuves, et des français dans chacune d'entre elles. Sauf le Limit Hold'em à 10,000 dollars qui ne nous a guère passionnés, si ce n'est pour Michael Mizrachi, dont la huitième place a consolidé sa place au classement à points du joueur de l'année aux WSOP, et Brock Parker, double vainqueur en 2009, qui a terminé en cinquième position. Le vainqueur final ? Matt Keikoan. Connais pas... Mais un coup d'oeil à son palmarès indique une précédente victoire aux WSOP en 2008, dans un tournoi de No Limit. Aucun souvenir.

L'épreuve de midi était le fameux Short Handed à 5,000 dollars, une des épreuves préférées des joueurs online. Issu d'Internet, le format « 6-max » est de plus en plus populaire chaque année, si bien que les organisateurs ont prévu pour cet été un tournoi encore plus gros, à 25,000 dollars l'entrée. Ça, se sera pour la semaine prochaine. Beaucoup de jeunes français étaient au rendez-vous du 5,000 hier, dont le gros du Team Winamax. Aurélien Guiglini a vu arriver Phil Ivey à sa table en milieu de journée, et l'a bien entendu titillé sur ses paris en cours dans la finale des play-offs NBA entre Los Angeles et Boston. Grand fan des Lakers devant l'éternel, Ivey avait pourtant misé sur les Celtics. « S'ils perdent de plus de sept points, je saute du haut du building », a confié Ivey à Guignol. Au final, le meilleur joueur du monde n'aura pas eu à prendre l'ascenseur vers le 60ème étage du Rio : Boston s'est incliné par seulement quatre points d'écarts, lui assurant un gain d'au moins plusieurs centaines de milliers de dollars. A l'intérieur de l'Amazon Room, le temps s'est arrêté autour des tables durant le dernier quart-temps. Le poker n'avait plus vraiment d'importance, toutes les têtes étaient tournées vers les écrans de télé diffusant une partie au suspens haletant jusqu'à la dernière seconde.



« Mais vous êtes partout, Winamax ! », a dit Ivey à Guignol un peu plus tard. Hé hé, observateur, le Phil. C'est vrai que les joueurs du Team se retrouvent souvent à la table avec Ivey, et font leur effet sur le joueur le plus titré de l'histoire du poker. Quelques jours plus tôt, c'est Tallix qui le sortait dans l'épreuve de No Limit à 1,500 dollars, comme s'est amusé à le lui rappeler Guignol. « Je me suis sorti tout seul », a soupiré Ivey. L'année dernière, Ivey avait partagé une table avec Alexia dans le Main Event, et s'était retrouvé assis à côté d'Almira dans un tournoi préliminaire. Il n'avait pas manqué de draguer un peu cette dernière, mais rassurez-vous, Almira ne s'était pas laissée embobiner aussi facilement. J'aime à penser que désormais, lorsque Phil voit débarquer un logo W rouge à sa table, sa suspicion initiale est qu'un bon joueur vient de s'assoir.

Une poignée de joueurs français ont passé le cap du premier tour dans l'épreuve de Short-Handed, et des bons : Bruno Launais, Xavier Jacquet, David Jaoui, Samlane Phomveha, et Tallix avec un très gros stack. Voilà qui promet un Day 2 passionnant à suivre dans ce format nerveux et riche en adrénaline.

Une finale française de plus hier... Stéphane Tayar nous a offert une impressionnante démonstration de survie dans le Pot Limit Omaha à 2,500 dollars. Parti avec le plus petit tapis parmi les douze joueurs restants, l'amateur parisien a tenu bon jusqu'à la quatrième place. Déception pour Patrick Hanoteau, qui avait lui entamé la finale avec le plus gros tapis : le belge sera le premier sorti suite à plusieurs mauvais coups typiques en Omaha.

Dans le HORSE à 1,500$, Régis Burlot récidivait après sa 18e place en Stud High-Low, trouvant de belles cartes pour se monter un imposant tas de jetons : il entamera la dernière journée en sixième place parmi les 24 derniers jours.

J'en profite pour remercier son pote Laurent Lefrancq, qui m'a fait un cadeau sympa. « J'ai lu ce que tu as écris sur Steve Ablini, je pense que ça va te plaire », m'a t-il dit en me tendant un CD. C'est « Pink Flag », un album d'un groupe nommé Wire. Du punk anglais des années 70. Une galette de plus à écouter dans la voiture... Merci Lolo, c'est une attention qui me touche particulièrement.

Après, il y avait l'épreuve de 17 heures, du Omaha mélangé avec du Hold'em, à raison d'une variante par tour. C'est le tournoi qu'avait choisi Antony Lellouche pour faire son entrée tardive aux WSOP. Comme il m'avait manqué, le gros ! Il faut dire que son meilleur ami Nicolas Atlan se mariait la semaine dernière. Les championnats du monde, c'est tous les ans, alors que le mariage de son meilleur pote, c'est une seule fois (enfin, on l'espère pour lui). Ludovic Lacay est arrivé aussi – Ludo et Anto sont inséparables, un vrai couple – ce qui me laisse à penser que je vais enfin commencer à faire la fête. Tao ? Excess ? Pure ? Drais ? Faites votre choix, messieurs.

La France est (quasiment) sortie de la Coupe du Monde, mais ne boudons pas notre plaisir : il reste un mois de compétition, les surprises et les grands matchs ne manqueront pas. Regardez ces très belles images prises par les photographes des plus grandes agences de presse du monde.



Superbe cliché saisi par Harper dans le 1,500$ No Limit : Carlos Mortensen avec un gros tapis, surveillé par son portrait de vainqueur aux WSOP 2001, accroché aux murs de l'Amazon Room

Le Day 21 sur Winamax

vendredi 18 juin 2010

On est dans l'avion

Day 20

La France est virtuellement éliminée de la Coupe du Monde, et cela n'a rien de vraiment surprenant ou bouleversant. Un qui se frotte les mains, c'est Aurélien "Guignol" Guiglini, qui ces dernières semaines a pris tous les paris possibles et imaginables contre la France, raisonnant que c'est une situation où il gagnait quoi qu'il arrive : « si on perd, je m'enrichis, si on gagne, je suis plus que content». C'était un match plus intéressant à suivre que celui contre l'Uruguay, équilibré, nerveux, rapide, engagé (parfois trop, même), mais à part Florent Malouda, je n'ai vu aucun français sur le terrain vraiment motivé par la victoire. Le premier but est logique, provoqué par une erreur de jugement sur le hors-jeu, et le penalty qui arrive quinze minutes plus tard est indiscutable. Fermez le ban. Les collègues sur le banc de presse tirent une tronche de quinze mètres de long, mais je ne suis pas trop remué. Personne n'espérait mieux qu'une élimination en huitièmes de finale : on a simplement mis un terme aux souffrances plus tôt que prévu. Au moins, je n'aurai pas à me lever à 7 heures du mat' pour suivre le match contre l'Afrique du Sud. La France ne manquera pas à la compétition, qui restera passionnante jusqu'au bout.

Sur le terrain de foot, c'est la catastrophe, mais à la table de poker, les tricolores se portent plutôt bien. Sept tournois se jouaient en simultané hier dans l'Amazon et la Pavillion Room... Un record absolu aux WSOP. Mais, bien sur, toutes les épreuves n'étaient pas d'un intérêt égal. La finale de la boucherie à 1,000 dollars a couronné un joueur lambda de plus, cela ne méritait qu'un seul article. Pareil pour celle du Short-Handed, où les têtes de série ont disparu en demis. La troisième finale - un Stud High-Low à 1,500$ - promettait un poil plus, avec la présence de mon pote Allen Bari et de Karina Jett, mais le premier a sauté après cinq minutes, et Karina s'est emparée du chip-lead en milieu de partie pour ensuite dégringoler à toute vitesse. David Benyamine a fait le yoyo deux heures durant dans le Limit Hold'em à 10,000 dollars, avant de finalement sauter en milieu d'après-midi. Presques toutes les têtes de série Notre focus principal s'est porté sur l'épreuve de Pot Limit Omaha à 2,500$. Thomas Bichon est rentré dans l'argent aux côtés du revenant TJ Cloutier (j'imagine que ses sponsors ont du récupérer 100% de ses gains), tandis que Stéphane Tayar et Patrick Hanoteau ont avancé jusqu'aux deux dernières tables. Il reste douze joueurs, la partie va reprendre dans quelques minutes, et je viens d'apprendre qu'Hanoteau ne serait pas français, mais belge, fait qui aurait réussi à m'échapper alors que j'ai suivi Patrick tout au long du Main Event l'année dernière (le fait que Patrick indique « France » comme nationalité sur les feuilles de chip-counts et n'ai jamais mentionné mon erreur contribue à la confusion).

Jérôme Schmidt est arrivé à Vegas il y a quelques jours, ce qui m'a fait me rappeler que je suis foutrement à la bourre dans mon travail de traduction du bouquin de Pauly (bouquin qui, je le rappelle, va sortir chez Inculte, la maison d'édition de Jérôme). Il m'a proposé de le finir lui-même, mais j'ai refusé. J'avoue que c'est tentant. Je n'ai pas eu une minute à consacrer au livre depuis le début des WSOP, et nous sommes maintenant à deux mois de l'échéance fatidique. Je n'aurai que trois semaines pour boucler à mon retour de Vegas. De son côté, Pauly est presque prêt à publier la version américaine de Lost Vegas, et les contrats pour la traduction vont être finalisés dans les jours à venir. Il a fait appel à une nouvelle société qui se propose d'imprimer des livres à la demande, éliminant le stock superflu, chose hautement pratique (et moins couteuse) pour les écrivains auto-publiés tels que Pauly. Le jour où il a recu les premiers exemplaires dans sa boîte aux lettres, il était comme un gamin le jour de Noël, ça faisait plaisir à voir.

Après avoir travaillé en solo durant les deux premières semaines des WSOP, Harper et moi avons vu débarquer en force une cohorte de reporters français dans l'Amazon Room. Les tricolores occupent désormais une rangée entière sur le banc de presse, monopolisant les prises avec leurs gros adaptateurs européens, au grand dam des américains qui ne savent plus où brancher leurs ordinateurs. Il y a Ronan de Partouche, mon vieux pote Maanu de Poker770, Jooles pour Card Player, Steven pour Made In Poker... Je n'ai pas le temps de lire leurs reportages respectifs, mais je sais qu'ils travaillent tous très dur, et leur présence est une bénédiction pour renouveler un peu l'intérêt des WSOP. Nous formons une joyeuse fraternité. Je ne vous répèterai les blagues les plus scabreuses que nous échangeons parfois sur le coup de deux heures du matin, tout en bouclant frénétiquement un article... Mais cela fait passer les journées beaucoup plus vite. Hier, on a fait découvrir le In-N-Out à Jooles. Il avait déjà pris sa pause-dîner, et voulait nous accompagner sans manger. Je lui ai dit « Je n'emmène pas quelqu'un au In-N-Out pour qu'il nous regarder bouffer. Tu prends un hamburger, point. » Il s'est exécuté, et ne l'a pas regretté, bien sur... De mon côté, j'ai réussi à perdre du poids durant les trois premières semaines des WSOP, malgré deux visites par semaine à la Sainte Chapelle du Burger.

Sinon... Un mea culpa : j'ai appris hier de source sure que David Benyamine n'a pas parié un centime contre Tom Dwan dans le bet qui l'oppose à la communauté high-stakes, contrairement à ce que j'ai avancé dans mon récit de la plus folle journée des WOSP 2010. Cela transforme complétement l'interprétation que j'ai pu avoir du comportement de Benyamine lors de la finale de Tom Dwan. En fait, pour des raisons que les initiés comprendront, le français était ce jour-là l'un des plus fervents supporters de Dwan !



Parmi les photos publiées lors du Day 20 : TJ Cloutier essaie de battre le record du mec qui lève le bras le plus longtemps - Thomas Bichon a déjà abandonné

Le Day 20 sur Winamax

jeudi 17 juin 2010

Trough the motions

Day 19

Les français étaient déployés en force dans l'Amazon Room mardi. Les troupes grossissent de jour en jour, chaque avion atterrissant à McCarran apportant une nouvelle fournée de fantassins tricolores, prêts pour la bataille. Un mois, c'est peut-être la durée maximale pendant laquelle Vegas reste supportable... C'est peut-être pour cela qu'autant de joueurs sont arrivés à Vegas cette semaine, à trente jours de la fin des WSOP.

Aucune finale n'était au programme hier, juste des départs et des Day 2. J'ai essayé d'équilibrer au mieux mon attention entre les cinq épreuves, chacune d'entre elle ayant entre trois et dix français engagés. Au final, la journée allait se résumer à une chronique d'éliminations. Dans la boucherie à 1,000 dollars, trois français (dont Christophe Benzimra) faisaient partie des trente derniers joueurs, mais aucun n'allait se qualifier pour la finale. Le Stud High-Low à 1,500 dollars fut assez marrant à suivre, avec un Manub naviguant jusqu'aux places payées alors qu'il n'avait jamais pratiqué cette variante auparavant. Manu allait tenir bon jusqu'en 45ème place, laissant Régis Burlot seul pour tenter d'atteindre la finale. Le tournoi Short-Handed à 2,500 dollars a vu six français atteindre l'argent, avec un Clément Thumy impressionnant pour son premier tournoi aux WSOP. Là encore, les français allaient devoir se contenter des places d'honneur, Thumy échouant en 18ème place. C'était en tout cas une épreuve très difficile, qui couronnera sans aucun doute un excellent joueur de No Limit.

Aussi, il y avait aussi le départ de l'épreuve de Pot Limit Omaha à 2,500 dollars, avec des joueurs comme ElkY et Thomas Bichon se construisant un gros tapis, et le Limit Hold'em à 10,000 dollars, une nouvelle épreuve high-stakes programmée à 17 heures, en tous points similaire aux précédentes, tellement même que je ne me suis pas trop cassé le cul pour en parler.

Au final, une journée bien remplie, mais pas nécessairement extraordinaire. C'était comme être à bord d'un Boeing en pilotage automatique. Pas de loopings, de turbulences, pas d'atterrissage en catastrophe, rien d'inoubliable, juste la routine des WSOP, normale et bien huilée. Une journée chasse l'autre...

Le Day 19 sur Winamax

mercredi 16 juin 2010

Second souffle

Day 18

J'ai pris ma première vraie journée de pause hier, et Harper va prendre sa seconde aujourd'hui. Cela fait plus de deux semaines que nous sommes tous deux immergés dans les WSOP jusqu'au cou, ne nous laissant que peu d'espace pour penser à autre chose. Physiquement et moralement, les premiers signes d'essoufflement commencent à apparaître. Comment pourrait-il en être autrement ?

Le premier tiers des championnats du monde est derrière nous. Je suis relativement satisfait du travail accompli. Il y a eu des tas d'histoires à couvrir, et nous avons donné le maximum pour essayer d'être partout à la fois et offrir aux lecteurs une perspective des WSOP dans leur ensemble. Tom Dwan, Michael Mizrachi, Nicolas Levi, Thibaut Klinghammer, Men the Master... Tous (et bien d'autres) ont eu leur place dans nos pages. Jusqu'à cette première victoire française, que nous avons manquée... Certains considèreront que nous ne lui avons pas accordé l'espace qu'elle méritait, et je ne leur donnerai pas forcément tort, même si nous avions nos excuses et que l'on a rattrapé notre retard ensuite. Que puis-je dire ? C'est dur de conserver une motivation constante chaque jour, de se pointer quotidiennement au Rio pour regarder des gens jouer aux cartes, et de trouver de nouvelles façons originales et excitantes de raconter leurs exploits. La victoire de Vanessa est arrivée à un moment où nous avions déjà beaucoup donné où nos têtes étaient plutôt tournées vers l'extérieur du Rio, après avoir fonctionné de manière monomaniaque 17 jours consécutifs. Comme le dit si bien Pauly, « les WSOP sont un cirque qui ne s'arrête jamais. Il est crucial de s'en éloigner de temps à autre. Il n'y a pas de pause dans l'action, il est de la responsabilité de chacun de s'aménager les siennes. » Peut-être que nous avons mis trop le paquet dès le début, pour se retrouver pris de court au moment où il fallait le plus être présents ? Tous les jours, il y a de nouvelles histoires à écrire, de nouvelles finales à suivre, et le travail ne pourra jamais être entièrement bien fait. Il y a toujours de la frustration, l'impression d'avoir manqué quelque chose. Ce sont mes sixièmes WSOP, mais je n'arriverai jamais à m'y faire complètement.

Jusqu'à maintenant, nous avons couvert l'équivalent de trois EPT consécutifs sans nous arrêter. Le prochain objectif est désormais de trouver le second souffle pour le deuxième tiers des WSOP, où le nombre de joueurs français au départ des épreuves va grosso modo doubler, et donc le nombre de performances tricolores potentielles. Il va falloir être présent, enchaîner les longues soirées, sans pour autant se cramer complètement, car il faudra être prêt à de longues journées pour le troisième tiers, centré sur la dernière épreuve, la plus longue, la plus demandeuse et la plus importante de toutes : le Main Event.

A titre personnel, cette édition 2010 des WSOP se déroule pour l'instant de manière très différente des précédentes. Cette année, j'ai une routine beaucoup plus calme. Aucune sortie en ville à déplorer, pas de grandes beuveries ou cagoules mémorables en Pai-Gow à regretter au petit matin. Je suis parfaitement satisfait de rentrer directement à la villa le soir après le boulot, passer quelques instants en terrasse avec mes colocataires, et aller me coucher. Pour passer au travers de cinquante jours de taf presque non stop, il n'y a pas de secret : il faut dormir, et je mets un point d'honneur à engranger au moins six heures de sommeil par nuit. De toute manière, des soirées, il y en aura des tas autour du Main Event, et à ce moment là, je serai surement bien content de m'être économisé. Pour le moment, l'heure est à la retenue, au maintien d'un train-train salutaire pour la tête et les jambes. Je me lève tôt, vers neuf heures, je prends un bon petit dej' au Nutella, je me pointe au Rio à l'heure pour suivre le match du jour à l'intérieur de la salle de presse, j'écris ce blog, et à 14 heures 30, je suis prêt pour douze heures de reportage. Mon seul excès, c'est le travail, et les WSOP sont particulièrement cruels en ce sens, parce que peu importe l'energie qu'on y injecte, on aura toujours l'impression de ne pas en avoir fait assez.

Le Day 18 sur Winamax (par Harper en solo)

mardi 15 juin 2010

Cocori-couac

Day 17

Dimanche, la France a remporté un bracelet aux WSOP pour la première fois en deux ans, et la cinquième fois au total depuis la création des championnats du monde en 1970. Je n'étais pas présent au Rio quand ce grand moment s'est produit. Hein ? Ben si. Cela contredit tous mes principes et déclarations d'intention faites dans le passé (« je serai quoi qu'il arrive présent pour toutes les perfs françaises des WSOP », ce genre), mais j'ai deux excuses, votre Honneur. L'une est valable, l'autre non.

Premièrement, Vanessa Hellebuyck faisait partie des plus petits tapis au départ de la table finale de l'épreuve féminine, et venait de faire doubler une de ses adversaires après 90 minutes de partie, moment où Harper et moi nous sommes éclipses du Rio pour retrouver le Team Winamax au Hilton et participer à un tournoi de tennis dont la date avait été fixée il y a dix jours de cela. Ça, c'est l'excuse non valable. J'ai couvert assez d'épreuves pour savoir que l'adage « a chip and a chair » se vérifie régulièrement, et (attention truisme) qu'un joueur n'est pas sorti tant qu'il n'est pas sorti.

Deuxièmement, et là j'estime qu'on a manqué de chance, je n'aurais jamais pu prévoir que la table finale serait aussi expéditive. Après seize jours passés à observer des finales s'étendant jusqu'à deux, trois, quatre heures du matin, celle du Ladies Event était terminée avant 21 heures. Quand nous sommes finalement revenus au Rio, nous avions manqué le dénouement à une demi-heure près. Voilà pour l'excuse valable. Certes, la structure était la plus rapide des épreuves WSOP, mais plusieurs des tournois « loterie » des championnats du monde s'étaient terminées bien après minuit. Franchement, je n'ai rien vu venir, sur ce coup là.

Bon, on avait manqué le moment crucial, mais on s'est rattrapés. Harper est parti faire la fête avec la Vanessa et ses supporters, et est revenu à l'aube après avoir fait le tour des boîtes de nuit de Vegas, non sans avoir entre temps publié une interview de la gagnante. Et là, tout de suite, je reviens de la cérémonie de remise du bracelet, que j'ai filmée avec mon appareil photo. Joli moment d'émotion dans la Pavillion Room : depuis l'introduction aux WSOP des hymnes en 2009, nous n'avions jamais eu l'occasion d'entendre la Marseillaise au Rio. La plupart des joueurs français présents à Vegas se sont pointés pour chanter l'hymne à pleins poumons, chose que je n'avais encore pas eu l'occasion de voir depuis le début des WSOP (à l'exception de la cérémonie en l'honneur de Praz Bansi, où les anglais ont entonné God Save the Queen, sans pour autant rivaliser en décibels avec nous autres français)



Au fait, qui est Vanessa Hellebuyck ? Si nos deux derniers champions David Benyamine (2008) et Patrick Bruel (1998) était déjà des personnalités connues et reconnues dans le monde du poker (et même ailleurs) au moment de leur victoire, on ne peut pas en dire autant de la parisienne, mère de deux enfants, conceptrice de sites Internet et pianiste à ses heures perdues. A l'instar de Gilbert Gross et Patrick Bruel, le cinquième bracelet WSOP de l'histoire du poker français revient à un non-professionnel. Une joueuse prenant le poker pour ce qu'il a toujours été pour la majorité de ses adeptes : un jeu, une récréation, quelque chose d'amusant, et potentiellement lucratif. Vanessa fait partie de l'équipe de joueuses sponsorisée par Poker770 (un site qui a récemment décidé de mettre le paquet sur les épreuves Ladies après le rétrécissement de son équipe de pros), et a démontré une épatante régularité lors des tournois féminins organisés en marge des EPT, avec des finales à Monte Carlo, San Remo et Berlin.

Une joueuse non-professionnelle remportant une épreuve des championnats du monde : assurément une bonne chose pour la promotion du poker en France, en ces temps marqués par l'ouverture du marché des jeux en ligne. D'ici, je n'ai aucune idée si les médias généralistes français ont fait mention de l'évènement, mais j'espère que oui.

*****

Bon, ce tournoi de tennis... Il faut savoir que c'est un peu une seconde passion chez le Team Winamax, le tennis. La plupart des joueurs du Team tapent la balle régulièrement lors de leurs déplacements sur le circuit. En fait, c'est même devenu l'activité principale de Tallix, Manub, Nicolas Levi, Johny et les autres, plus que les fêtes en boîte et les strip-clubs : dès qu'ils ont sauté du tournoi de poker, on peut généralement les retrouver sur le court le lendemain. Et Vegas ne fait pas exception. Tous ont developpé un niveau correct ces deux dernières années. Moi-même, j'ai mon petit niveau, le tennis ayant fait partie de ma vie depuis l'âge de cinq ans jusqu'au collège à raison de deux entraînements par semaine, des tournois et rencontres inter-clubs un peu partout dans le Nord, etc. Mais c'était il y a longtemps, et depuis que 75% de ma vie est consacrée au poker, difficile de trouver le temps de s'adonner à mon ancienne passion.

La dernière fois que j'ai pu jouer, c'était à Vegas il y a an. J'avais perdu un set contre Nicolas Levi de manière assez humiliante, avec un score final de 7-5 alors que j'avais mené 5-2. Cette fois, nous étions tous convié pour un tournoi organisé par Stéphane Matheu (nouveau coach du Team) et Tim, ancien professionnel australien en charge des courts de tennis de l'hôtel Hilton.

Je suis content de vous annoncer que je ne m'en suis pas trop mal tiré. A ma grande surprise, les automatismes sont revenus assez rapidement et j'ai pris du plaisir presque immédiatement. Il s'agissait d'un tournoi par équipes – après trente minute d'entraînement destinées à nous evaluer, Tim et Stéphane ont constitué les paires. Je me suis retrouvé avec Xavier « Furax » Jacquet, un des Local Heroes de Winamax. Tout le monde était jaloux car Furax est apparemment le meilleur joueur de tennis du groupe de français s'affrontant régulièrement sur le circuit.

Et c'est vrai qu'avec Furax, mes défaillances techniques n'ont guère pesé dans la balance. Il sert merveilleusement fort, renvoie la balle avec précision, et sa volée n'est pas dégeu (un atout clé lorsqu'on joue en double). On a d'abord affronté la paire Johny / Manub, dont on s'est débarrassé rapidement sur un score de 6-2. Il faut dire que Manub s'obstinait à vouloir servir à 180 km/h, résultant en un taux de première balle d'environ 10%. Après, on a pris Nicolas Levi / Christophe Benzimra. Ce dernier m'a épaté en nous révélant qu'il était âgé de 48 ans. Je ne lui donnais pas plus de 40, vu son agilité sur le court. Nous avons justement eu un peu plus de difficultés sur ce match, Benzimra servant fort et avec constance. Score final : 6-4. Le troisième match de poule, joué contre deux vieux de Vegas invités au tournoi par Tim fut une formalité : 6-3 sans vraiment avoir à courir.

Avec Furax, on s'est donc retrouvé en finale contre les vainqueurs de l'autre poule. Une victoire nous assurait le titre, et le prize-pool de 300 dollars... Je vous ai pas dit, il y avait de l'argent en jeu, bien entendu. Nous faisions face à deux autres américains, mais des jeunes, cette fois. Tallix et Harper m'ont assuré qu'ils étaient prenables. Cette fois, c'est un vrai set de tennis que nous avons disputé, avec en face de bons serveurs développant une excellente stratégie de double. J'aimerais vous dire que nous avons gagné, mais hélas, quelques fautes impardonnables à la fin d'une rencontre hautement disputé nous ont forcé à abdiquer au tie-break.

J'étais à genoux après ces cinq sets enchaînés sans pause (avec 24 jeux gagnés sur 25 possibles), le manque d'exercice et le demi-paquet de cigarettes par jour faisant clairement sentir leurs effets. Mais je suis chaud bouillant pour remettre ça le plus souvent possible (et pourquoi pas reprendre les tournois en France ?). Je suis sur qu'avec un peu de motivation, je serai de retour sur pied en un rien de temps. Et l'avantage du sport, c'est qu'après avoir sué trois heures, je ne ressens aucune envie de fumer une clope pour le reste de la journée. D'autres parties sont prévues... On réfléchit même à l'organisation d'une coupe Davis France-USA. J'ai pas mal de collègues des médias amateurs de balle jaune.



Le clan des tennismen-pokeristes français, de gauche à droite : Hassan (le coach n°2), moi, Germain Gillard, Christophe Benzimra, Nicolas Levi, Alexia Portal, Manub, Jonhy001, Tallix, Furax, Stéphane Matheu, Harper, Yuestud, et Tim (le coach)

Le Day 17 sur Winamax

lundi 14 juin 2010

Pai Gow soccer

Day 16

Rien de tel que de se bourrer la gueule à onze heures du matin dans un casino de Las Vegas, regardant en compagnie d'une bande d'américains surexcités un sport qu'ils ne comprendront jamais vraiment...

Depuis le tirage au sort des groupes de la Coupe du Monde 2010, je m'impatientais à l'idée d'assister aux matchs des Etats-Unis en direct de Las Vegas. L'entrée en matière des américains dans la compétition allait les opposer au vieil ennemi anglais, faisant ressurgir des rivalités anciennes et éveillant la curiosité de nombreux yankees d'ordinaire guère passionnés par le soccer.

En arrivant au Sports Book du Rio samedi matin, j'étais sur le point d'obtenir la réponse à deux de mes nombreuses interrogations concernant cette Coupe du Monde : les anglais avaient-ils raison de se prédire une victoire facile ? Le public américain allait-il vraiment s'intéresser au match ?

Il eut été impensable de regarder la rencontre depuis la villa... Non, les matchs disputés par le sol sur lequel on se trouve se doivent d'être regardés en public, au milieu des autochtones, des fans locaux. Histoire de se prendre une bonne bouffée de patriotisme... et de mener une petite étude anthropologique. Des endroits où regarder des rencontres sportives, Vegas en regorge, la plupart des casinos disposant d'une salle de paris sportifs avec écrans géants, bars et machines à video poker.

Au comptoir, j'ai retrouvé Al, F-Train et quelques amis américains de passage à Vegas. J'ai pris un siège, commandé une Corona, une assiette d'onion rings et glissé un billet dans la machine à poker. J'étais prêt pour ma première expérience de soccer à l'américaine.

J'avais déjà eu l'occasion d'assister à un match de foot US à Miami en début d'année, mais là, c'était la première fois que j'assistais à un match d'un sport « étranger » impliquant les américains. Au niveau mondial, la Coupe du Monde est de loin la manifestation sportive déchainant le plus de passions. Mais aux États-Unis ? Le soccer est loin, très loin derrière le base-ball, le football américain et le basket. C'est la grande dichotomie séparant les américains du reste du monde : leurs sports préférés ont pour caractéristique commune d'être lents, longs avec des règles incroyablement compliquées (basket mis à part), et des pauses publicitaires toutes les quinze minutes. Les américains n'ont jamais vraiment réussi à aimer le football. Le fait que le foot féminin domine celui des hommes aux USA en dit long sur l'opinion du public à propos du ballon rond (« sport de tapettes ! »). L'une des choses qu'ils supportent le moins à propos du football, c'est que parfois (souvent), le match se termine sur un score nul. « Quel ennui ! », s'est exclamé un ami américain après la rencontre. « Pourquoi ils ne jouent pas jusqu'à ce qu'un vainqueur soit désigné ? » La Coupe du Monde ne se terminera pas par un match nul, le rassurais-je (en espérant qu'il aie oublié le score de la finale 2006)

« Je suis nerveux », me dit Michael Martin quelques minutes avant le coup d'envoi. Grand fan de football devant l'éternel, ayant parcouru l'Europe pour assister aux plus grandes rencontres, le vainqueur EPT s'est pointé au bar avec son pote Ryan Daut. Au loin, j'aperçois Joe Cada en train de placer un dernier pari. Le Sports Book est décemment rempli, mais je m'attendais à plus de monde. Le début du match se passe comme les supporters anglais l'ont prévu : but à la troisième minute. Quelques anglais exultent. Les américains baisse la tête vers leur bouteille de bière. L'ambiance n'était déjà pas bien joyeuse, mais là...

Je déchire le ticket de mon pari sur zéro buts marqués, mais mes espoirs augmentent concernant mon second pari : quatre buts marqués.

Les spectateurs américains sont différents du reste du monde... Quand je regarde la France, je reste actif. J'applaudis les passes, les beaux gestes, je siffle les cartons, je tape dans les mains pour encourager. Devant les écrans de télévision, mes amis américains et le reste des observateurs sont restés majoritairement silencieux après ce premier but. A tel point que j'avais fini par me convaincre qu'ils n'en avaient vraiment rien à foutre de la Coupe du Monde. Jusqu'à ce que BOUM, à la trentième minute, le public explose, me faisant lever la tête de l'écran de video poker.

« Yeah ! USA ! USA ! USA ! »

La clameur se fait entendre à travers tout le casino. Les spectateurs que je croyais endormis ne perdaient en fait pas une miette de la rencontre. Ils s'économisaient en attendant le but. Une égalisation assez humiliante pour les anglais, avec une frappe mollassonne que leur gardien faillit à stopper.

C'est un but de raccroc, mais comme le dit un pote à côté de moi, « les buts, c'est comme les enfants – quand ce sont les tiens, ils sont toujours beaux ! ») A l'écran, le coach américain n'en croit pas ses yeux, c'est comme si il avait tout prévu, sauf un retour au score de son équipe.

Revigorés par l'égalisation, les américains vont ensuite livrer une bataille courageuse, donnant du fil à retordre à une équipe auto-proclamée largement favorite. Les américains en donnent pour leur argent à leurs vieux frères ennemis. La seconde mi-temps verra l'excitation du public monter crescendo à chaque action dangereuse menée par leur équipe. Lentement mais surement, le Sports Book s'est rempli, débordant sur le reste du casinos, avec plusieurs dizaines de curieux massés entre les machines à sous, ne perdant pas les écrans de l'œil.

C'est un match nul qui sonne comme une défaite pour les anglais, et une victoire pour les américains, qui ont maintenant de belles chances de passer le premier tour.

Pour répondre aux nombreux commentaires et e-mails que j'ai reçus, oui, j'avoue les avoir sous-estimés, mais malgré tout, j'aime cette équipe américaine (du patriotisme par procuration, j'imagine), et l'on ne m'ôtera pas de l'idée que 8/1 pour la victoire finale, c'est du vol pur et simple.

C'est Al qui résumera le mieux la rencontre, en bon accro au jeu : « Pai Gow Soccer ! Push is a win ! »

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Dans l'Amazon Room, vite fait et en vrac : Il aurait été ironique qu'une femme (l'amatrice Christine Pietsch) remporte un tournoi majoritairement masculin le lendemain de la controverse entourant le Ladies Event, mais au final, c'est Richard Ashby qui prend la victoire du tournoi de Stud à 1,500 dollars, apportant un troisième bracelet à l'Angleterre en 21 épreuves. Moi qui croyait le poker rosbif éteint depuis des lustres, j'en suis pour mes frais. La France, de son côté, est passée à une marche du bracelet, avec la seconde place de Thibaut Klinghammer dans le Pot Limit Omaha à 1,500 dollars, un joueur professionnel de l'ombre spécialisé dans les cash-games. Thibaut a joué le sous-marin tout au long de la finale, et n'avait pas assez de jetons pour vraiment se défendre au moment du dernier duel contre le revenant Tex Barch (finaliste du Main Event 2005). La machine à finales française est-elle lancée ? Toujours est-il que Vanessa Hellebuyck sera aujourd'hui au départ de l'ultime table dans le tournois Ladies. C'est la toute première fois de l'histoire du poker français qu'une tricolore se place en finale du tournoi féminin des WSOP.

Le Day 16 aux WSOP