lundi 31 mai 2010

Lesbian Kisses



Day 2

Le banc de presse a vécu hier son premier craquage... Tout de même, je croyais qu'on aurait tenu plus longtemps. Deux jours à peine de travail pour partir en couille, c'est pas sérieux, tout de même, pour les vétérans que nous sommes. Mais faut nous comprendre : deux heures du matin, onze heures dans les pattes, la date de péremption de notre motivation passée depuis un bon moment, un banc de presse à moitié de vide à l'exception de quelques fanatiques, et à quelques mètres devant nous, une épreuve à 50,000 dollars qui n'en finit pas. « Je sais ce qu'il faut faire », dit Pauly en baillant. Direction Youtube. Dans le moteur de recherche, les mots magiques : « lesbian » et « kiss ». A partir de là, c'était foutu.

Le magnétophone tournait, si l'envie vous prend d'écouter ce que à quoi peut ressembler le commentaire en direct d'une vidéo lesbienne – ça change des EPT, c'est sur.

Je me dois de préciser... La réaction – totalement spontanée et imprévue – que vous pouvez entendre sur le MP3 à exactement 4mn14 a été provoquée par ce qu'il se passe sur la vidéo à 1mn46. Je vous aurai prévenu.



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Les WSOP n'ont pas encore véritablement pris leur rythme de croisière... Les journées marathon avec six épreuves à couvrir de midi à 6 heures du matin approchent à grand pas, mais en attendant, nous n'avions que deux tournois à suivre hier... Le Day 2 du Player's Championship à 50,000$ (Amazon Room), et la première fournée de la gargantuesque loterie No-Limit à 1,000 dollars (Pavillion Room) Deux épreuves radicalement opposées, que ce soit pas leur ampleur, le calibre des joueurs en lice et l'intérêt que les médias leur ont accordé. C'est simple, je n'ai pas mis les pieds une seule fois dans la Pavillion Room, laissant Harper s'occuper du sale boulot de couvrir la boucherie. Je lui avais conseillé de mettre des bottes, histoire de ne pas se salir les godasses en pataugeant dans la mare de sang de pigeon : sur les 2,601 joueurs au départ, plus de 2,300 ont été éliminés en dix heures de jeu.

Dans le Player's Championship, les éliminations sont elles aussi allées bon train. Lors du Day 1, le rythme avec été très lent (excellent structure oblige) avec seulement 6 éliminations. Mais hier, la machine à broyer les espoirs a tourné à plein régime, faisant rétrécir le field de 110 à 54 joueurs. Parmi les sortants, hélas, David Benyamine. La journée fut une nouvelle fois très longue mais plutôt intéressante à suivre, avec beaucoup de gros coups à suivre, des discussions badines sur tout et n'importe quoi, et quelques disputes réglées à l'amiable. Le genre de partie à la fois extrêmement concentré (vu l'enjeu) mais aussi très relax (tout le monde se connaît). J'imagine que la tension va commencer à poindre aujourd'hui, avec l'approche des places payées.

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Nous avons eu notre premier barbecue à la maison hier matin, juste avant de partir au Rio. Chips, hot-dogs, sauce barbecue et ailes de poulet en compagnie de Harper et Stéphane Matheu, le nouveau Team Manager de Winamax. Globalement, je suis très satisfait de notre villa. J'ai eu du mal à trouver quelque chose de bien et à un prix convenable, et mon ami Dan m'a été d'une grande aide. Nous sommes situés dans un quartier calme, à proximité des supermarchés et du Red Rock, et à une quinzaine de minutes du Rio. Le seul bémol, c'est les avions : nous sommes juste sous la trajectoire d'une des pistes de décollage de McCarran, et cela devient parfois pénible quand le vent se lève et que le trafic est important (en début de semaine, principalement) : à ces moments là, les réacteurs grondent toutes les cinq minutes. J'ai eu les boules à ce sujet le lendemain de notre première nuit, mais en fait, cela reste relativement supportable la plupart du temps, avec un avion tous les quart d'heure.

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Si le reportage de Winamax ne vous suffit pas, voici quelques unes de mes adresses préférées pour suivre les WSOP...

- PokerNews : le site incontournable, le seul disposant les droits de couverture exclusive des championnats du monde. En conséquence, c'est là qu'on trouveen temps réel le contenu factuel le plus complet : mains, éliminations, chip-counts, classements, etc, etc. Ils sont plus de cinquante reporters sur place pour couvrir en long et en large les épreuves, dont pas mal de mes meilleurs amis des médias : Eric Ramsey, Change100, Dana, Shamus, Snoopy...

- Tao of Poker : C'est la sixième année consécutive de Pauly avec WSOP. Il vous propose comme d'habitude son écriture incomparable et sa perspective décalée sur Las Vegas. Un fauteur de troubles de première, qui décrit les choses comme il les voit, sans prendre de gants.

- Wicked Chops Poker : l'adresse à ne pas manquer pour tout ce qui à rapport aux dizaines de demoiselles fort peu vêtues qui se baladent dans les allées de l'Amazon Room, ce qui constitue, vous en conviendrez, 50% de l'attrait des WSOP.

- Michael Craig : le bloggeur officiel de Full Tilt Poker, et par ailleurs brillant auteur de l'un des mes bouquins préférés sur le poker, The Professor, The Banker & The Suicide King. De par sa position de « vrai » écrivain (comparé à nous autres amateurs), Michael Craig possède une liberté jalousée par bon nombre de confrères. Craig écrit ce qu'il veut, et quand ca lui chante, sans se laisser emprisonner par les contraintes du direct. Cela lui donne plus de temps pour fouiller, dénicher des histoires intéressantes, et publier des articles un poil plus imaginatifs que la moyenne.

- WSOP Photo Blog : BJ Nemeth est de retour pour un photo-reportage incontournable. Chaque jour, une sélection de clichés de grande qualité. L'une des meilleures adresses pour suivre les WSOP – on s'y croirait.

- Pokerati : Un point quotidien sur les épreuves en cours, et beaucoup d'informations sur les à côtés juridiques du poker, un domaine ô combien important mais négligé par la plupart des médias. A lire, par exemple, cet excellent article sur l'installation de PokerStars aux Etats-Unis via le NAPT, qui risque fort d'être tuée dans l'oeuf.

- Twitter : Si vous n'avez pas encore succombé à la vague Twitter, vous passez à côté de quelque chose. Twitter, en gros, c'est les qualités de Facebook (le partage d'infos, le suivi d'amis) sans les inconvénients de Facebook (les gros lourds, l'invasion de la vie privée, les applications à la con). La plupart des médias et joueurs en vue s'y sont installés depuis belle lurette, et les WSOP génèrent un flux d'informations, rumeurs, opinions et anecdotes 24 heures sur 24. Un bon point de départ est de se rendre sur mon propre fil, et de regarder les fils auxquels je suis inscrit.

- Snoopy : la plus belle plume du poker anglais ! Je connais Snoopy (Adam dans le civil) depuis mes débuts dans le métier, et nous avons partagé de longues heures ensemble dans les salles de presse d'Europe et de Las Vegas. Une vision unique, et des compte-rendus à mourir de rire.

Le Day 2 sur Winamax

dimanche 30 mai 2010

Vivons heureux en attendant la mort

Day 1

Pour toucher du doigt la version moderne du Rêve Américain aujourd'hui, le mieux reste encore de se perdre dans un Walmart à sept heures du matin. C'est ce que je me disais hier en déambulant dans les allées désertées de cette monstruosité de méga-super-hypermarché grande comme quatre terrains de football, essayant de me faire mon choix entre vingt-cinq marques de beurre différentes. Je m'étais levé à l'aube, encore sous le coup du jet-lag. A cette heure là, quelques rares clients poussant leur caddie, des croupiers, des agents de sécurité, des strip-teaseuses, rentrant à la maison après leur service de nuit. Sur les étalages, tout est king-size. Bouteilles de Coca de cinq litres, côtes de boeuf de trois kilos, rouleaux de PQ vendus par paquets de cent, futs de jus d'orange de trente litres. Les sauces barbecues se déclinent en dizaines de saveurs différentes, les céréales occupent une allée entière, il faut une échelle pour atteindre la rangée du haut, et bon Dieu, je n'ai aucune idée de quelle marque de beurre je vais bien pouvoir acheter. Beurre pour gros, beurre pour maigres, beurre sans sel, beurre avec du sel, beurre avec un peu de sel mais pas trop, beurre en plaquette, beurre en pot, beurre pasteurisé, semi-pasteurisé, pas du tout pasteurisé, beurre pour la cuisson, beurre pour se tartiner le cul, bordel, je voudrais juste du beurre, je suis pas venu pour passer une heure à choisir la bonne plaquette.

Il y a phrase que fait dire Michel Houellebecq à l'un de ses personnages, je crois que c'est dans Plateforme, le héros désabusé qui remarque « J'ai de plus en plus de doutes sur l'intérêt du monde que nous sommes en train de construire ». Cette phrase ne cesse de trotter dans ma tête, encore plus lorsque je me retrouve dans un endroit de ce genre, roulant à travers le parking désert d'un centre commercial étalant sa laideur dégueulasse à perte de vue, blocs de béton posés les uns à côté des autres sur un kilomètre de long, odeur de goudron et de gasoil magnifiées par les premiers rayons de soleil.

J'ai mes doutes sur l'intérêt de tout cela. Un parking désert, quelques voitures échouées ça et là, avec personne pour les conduire, ou tout du moins pas de fuel pour les faire démarrer. C'est sans doute à cela que va rassembler le monde après l'Apocalypse, qu'elle soit réelle ou figurative. Les bourses s'effondrent, les plate-formes pétrolières explosent : notre modèle de vie consumériste est en train d'arriver à son terme, sans que le signal d'alarme n'ait vraiment atteint la conscience collective, abrutie qu'elle est par les marchands de lessive de la télévision. Après, il y a quoi ? Qu'est-ce qu'on va faire, une fois que l'on aura sucé la dernière goutte d'énergie fossile des entrailles de la planète, une fois que les glaciers auront fondu pour de bon, une fois que les océans seront irrémédiablement invivables aux espèces sous-marines ?

Des pensées amplifiées par le miroir grossissant qu'est Las Vegas, ville porte-drapeau de tout ce que l'homme à pu commettre comme excès auto-destructeurs en tout genre ces soixante dernières années. Un de mes collègues m'a confié hier qu'il allait se procurer un fusil à pompe. « Un Mossberg 590, l'un des plus rapides, hut cartouches dans le chargeur, plus une neuvième dans la chambre, prête à tirer. » Je m'en étonne, cet ami de moi n'est pas réputé pour être un taré de la gâchette, penchant plutôt du côté libéral que conservateur. « Quand le grand tremblement de terre va secouer Los Angeles, il faudra bien que je me défende en m'échappant », m'a t-il dit. Je lui ai conseillé de ne pas trop ébruiter ses projets, on risquerait de le prendre pour un fou. Mais quand on voit ce qu'il s'est passé en Louisiane lors de l'ouragan Katrina, pillages de masse et viols en série tandis qu'une population paniquée essayait de s'extirper de la folie, difficile de lui donner tout à fait tort.

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Quel rapport avec les World Series of Poker, me direz-vous ? Les championnats du monde 2010 ont démarré avec le tournoi le plus cher du festival. L'apothéose du consumérisme pokérien. 50,000 dollars le ticket d'entrée, alignés sans cligner des yeux par une poignée de joueurs riches, ou surs de leurs talents, ou les deux à la fois. Il faut bien s'amuser en attendant la fin du monde.

Huit variantes différentes étaient jouées tour à tour, reprenant et augmentant le format HORSE. En plus du Stud, Stud High-Low, Razz, Omaha high-low et Hold'em avaient été ajoutés du Hold'em en No-Limit, du Omaha en Pot-Limit, et du Deuce to Seven en Limit. La table finale, elle, sera jouée exclusivement en No-Limit, comme cela avait été le cas lors du premier HORSE à 50,000$ organisé en 2006, et remporté par le regretté Chip Reese, dont le trophée remis au vainqueur porte désormais son nom.

Introduction du No-Limit, table télévisée sur ESPN : je pensais que tous ses changements allaient permettre de redresser la barre après les chiffres d'affluences désastreux de 2009 (95 joueurs contre 148 les deux années précédentes). Résultat peu concluant : ils étaient 116 au total cette année, formant le casting habituel des meilleurs joueurs du monde, ou tout du moins les plus connus : pros médiatiques vu et revus à la télé, vieilles légendes de la belle époque, et représentants de la jeune garde Internet. Une réunion de famille avec des joueurs se connaissant presque tous, plaisantant et papotant tout en se relançant à coups de Stud High-Low et Deuce to Seven.



J'ai croisé David Benyamine pour la première fois de l'été, et ai pu avoir à cette occasion ma seule et unique conversation annuelle avec mon idole.

« Ca va ? »
« Oui, et toi ? »
« Ca va. »
« Bonne chance ! »
« Merci »

Phil Ivey m'a regardé d'un oeil noir, comme d'habitude, et j'ai fait de mon mieux pour l'éviter toute la journée. Pas facile puisqu'il était à la table de Benyamine. La partie était des plus agréables à suivre, mais pas facile à couvrir avec ses multiples variantes jouées à toute vitesse. Les coups de Stud, en particulier, sont un vrai casse-tête, que ce soit pour les suivre (la position change à chaque tour d'enchères), à recopier sur son carnet, et à raconter sur son ordi. Bref, une entrée en matière ardue pour Harper, qui couvrait là le tout premier tournoi WSOP de sa carrière. J'aurais préféré que l'on démarre par une bonne vieille boucherie Hold'em à 1,000$, mais le gamin s'en est sorti à merveille. Pour se remotiver après la pause-dîner, on a lancé un petit pari sur le premier qui arriverait à raconter huit mains jouées par huit joueurs différents dans les huit variantes de l'épreuve. L'enfoiré m'a grillé sur la ligne d'arrivée.

Au final, cette première journée des WSOP a surtout servi d'amuse-gueule en attendant les vraies manoeuvre : seuls six joueurs ont été éliminés, et les tapis n'ont finalement que très peu fluctué. Longue journée tout de même : il était trois heures du matin passées quand nous sommes finalement rentrés à la villa. Il faudra s'y habituer.

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J'aime la première journée des WSOP car elle me transporte vingt ans en arrière, le jour de la rentrée des classes à l'école primaire. On passe les trois premières heures à serrer la main à tous les collègues pas vus depuis trois, quatre, six mois ou un an. On se pince les lèvres en croisant les mêmes têtes de cons dont on avait secrètement espéré qu'elles ne disparaitraient durant les vacances. On hoche la tête respectueusement au passage du proviseur et des conseillers d'orientation : le directeur du tournoi, le responsable des médias, et autres costards. On pointe du doigt les moutons noirs en se donnant des coups de coude, ces élèves dont tout le monde se moque, les broke mendiant pour un buy-in à l'entrée de la classe. On refait connaissance avec ce qui sera notre environnement, lieu de travail et de détente durant deux mois, avec cette gigantesque court de récré qu'est l'Amazon Room.




Et pour le coup, l'école a bien changé. Les organisateurs ont vu les choses en grand, s'attendant à une augmentation massive de la participation avec la multiplication des tournois à petit buy-in (1,000 et 1,500$) : une nouvelle salle a été ouverte, trois fois plus grande que l'Amazon Room, elle qui était déjà plus longue qu'un terrain que football. A l'intérieur de la Pavillion Room, c'est son nom, on trouve 257 tables de poker, plus qu'il n'y a en avait l'année dernière dans les trois salles combinées. Un frisson nous a parcouru en entrant dans la salle : des tables à perte de vue, littéralement. Ca m'a rappelé ma première visite dans l'Amazon Room en 2006. Cette dernière paraît bien petite désormais, mais reste plus que jamais la salle principale : c'est là que s'y joueront tous les Day 2 et les finales, et c'est là que les bancs de presse sont installés. Cette année, les finales se joueront d'ailleurs devant les dits bancs. Je ne suis guère excité à l'idée de voir débarquer autour du banc de presse tous les fêtards alcoolisés qui peuplent habituellement les gradins des tables finales, mais cela permettra au moins de suivre de près les conclusions des épreuves.

Et c'est tout pour cette journée bien remplie, je suis en retard pour couvrir le Day 2 du 50,000$, Harper est en train de se taper tout le boulot en solo, le remords m'envahit.

Le Day 1 sur Winamax

vendredi 28 mai 2010

Vegas 101

Day 0

La journée d'avant le départ des WSOP : le calme avant la tempête, dit-on. Vraiment ? La notre fut dense et exaltante, surement l'une des meilleures journées que j'ai vécues à Vegas en six ans et douze voyages. J'ai fait faire à Harper un tour de la ville classique et classieux, digne de figurer au chapitre 1 des guides touristiques de Vegas. Au programme, les quatre mamelles de la ville du vice : shooping, dining, gambling, entertainment. Si jamais je perds mon job, je saurai vers quoi me reconvertir. N'oubliez pas le guide.

9 heures : A fond de cale sur l'autouroute 215 vers le nord. En dix minutes, nous sommes au Red Rock Casino (sortie Charleston). Petit déjeuner au buffet de cet établissement à l'ambiance attachante, calme et dépourvu de touristes excités, car se trouvant à des kilomètres du Strip. Dix dollars vous donnent droit à un accès illimité aux plateaux de saucisses, oeufs brouillés, omelettes, tranches de bacon, jambon, galettes de pomme de terre, donuts à la crème, croissants, et j'en passe. On a quand même pris un plateau de fruits pour se donner bonne conscience.



10 heures
: Charleston vers l'ouest, et sortie de la ville en passant à travers Summerlin, désertée par la crise immobilière. En quittant Vegas, on change de dimension. En entrant dans le Red Rock Canyon, le bruit et l'agitation font place à la nature, aux montagnes, et surtout au silence, un silence qui n'existe plus dans notre monde moderne. Cette année, j'ai directement acheté un abonnement à l'année. Trente dollars pour un accès illimité d'un an à cette merveille sauvage, c'est donné. On a fait un peu de randonnée à travers les roches rouges, manquant de se casser la gueule à plusieurs reprises. On a vu des gros lézards. On a touché les pierres pour se ressourcer en énergie mystique. On a tranquillement navigué à travers la boucle de vingt kilomètres en écoutant Radiohead et Gram Parsons. J'y retournerai aussi souvent que possible.

11 heures : Retour sur la 215 vers le sud. On sort sur Las Vegas Boulevard. Juste à gauche, deux de mes magasins préférés de Vegas : Fry's, supermarché géant de l'électronique, une FNAC grande comme trois supermarchés, et Border's, l'une des seules librairies de la ville. Au Fry's, on a essayé toutes les consoles en gueulant comme des gamins, on a trouvé quelques DVD sympas (Reanimator et la première saison de Breaking Bad en Blu-Ray), et acheté un téléphone pour Harper, qui est désormais muni d'un numéro de téléphone local.

Midi : Direction le Strip. On s'arrête au passage devant l'un des spots emblématiques de Vegas, classé officiellement monument historique : le panneau « Welcome To Fabulous Las Vegas, Nevada » planté devant le Mandalay Bay au milieu de la route. Une attraction qui attire tellement de visiteurs que l'office de tourisme y a finalement fait construire un parking l'année dernière. On fait la queue en compagnie des touristes, avant d'immortaliser notre présence sur la carte mémoire de l'appareil photo. Ça, c'est fait.



Midi et demie : Au Mandalay Bay. Tout au fond, la galerie marchande, et son Urban Outfitters, l'enseigne branchée à ne pas manquer. J'achète quelques t-shirts de bon goût, et le nouvel album de MGMT, que j'aime dès la première écoute dans la voiture, sans savoir expliquer pourquoi.

13 heures 30 : Au MGM. Je ne fréquente guère ce casino, mais je sais que c'est là qu'on y trouve les meilleurs taux pour échanger euros contre dollars. Moi, j'avais déjà mon cash en poche en atterrissant à Vegas, mais pas Harper, qui échange 1,800 euros à un taux meilleur que celui de ma banque. Dégouté, je le saurai pour la prochaine fois.

14 heures : On trouve immédiatement deux sièges libres en 1$/2$ No-Limit dans la salle de poker du MGM. Première fois que je joue ici. Première fois qu'Harper joue à Vegas. Il commande immédiatement un cocktail, et personne ne lui demande sa carte d'identité. Je bénéficie d'un rare coup de chance : deux Valets à tapis préflop contre deux As, le mec n'avait que cinquante blindes et je trouve un tableau 7-8-9-10. Plus tard, je trouve un flop 7-7-7 avec mon Roi-7 dépareillé limpé de petite blinde. Difficile de rentabiliser ce coup vu que personne n'a rien. Je check/call flop et turn contre un joueur plutôt finaud. Je checke un dernière fois la rivière, mais il checke aussi. Après, je manque tous mes flops pendant qu'Harper se prend des livraisons énormissimes, mais aussi un bad-beat contre un vieux qui ne comprenait strictement rien.

17 heures : On quitte la table en ayant gagné cent dollars chacun. On sort sur le Strip, passant au travers des touristes éberlués (nouvelle collection été 2010 : tongs/chaussettes, sac banane bleu fluo, polo rouge à rayures rentré dans le short beige, fine moustache et verre de cocktail géant à la main, je regrette de ne pas avoir pris de photo. On travers la rue pour aller au New-York New-York et ses faux gratte ciels, sa fausse Statue de la Liberté, et son faux pont de Brooklyn. On fait un tour de montagnes russes à quatorze dollars, et, en bons touristes gogos, on achète chacun une photo souvenir de notre tronches d'imbéciles heureux, la bouche grande ouverte et les yeux fermés.

17 heures 30 : Long détour par la salle de jeux d'arcades. On parie tour à tour sur le panier de basket, Guitar Hero, les zombies à dégommer au pistolet, et on donne une pièce à la diseuse de bonne aventure électronique, qui nous promet à tous deux un futur des plus brillants. Merci.

18 heures 30 : Retour à la villa. Pauly débarque, je ne l'ai pas vu depuis Phish à Miami, et l'on se raconte nos vies en fumant le calumet de la paix. Je lui raconte les cauchemars qui hantent chacune de mes nuits depuis un mois, et il m'offre une interprétation intéressante qui me donne à réfléchir.

21 heures 20 : Mandalay Bay encore. Pendant qu'Harper complète son tour d'horizon de la ville par la visite d'établissements de réputation douteuse, j'ai rendez-vous avec Diana, ma collègue préférée des WSOP 2009, qui a entre-temps quitté l'industrie du poker pour retourner en Oregon et prendre un vrai job de journaliste dans le quotidien local de son patelin d'enfance. Elle est en ville pour le week-end, PokerNews l'a rappelée pour une mission freelance. On a des tas de trucs à se raconter.

Une heure du mat : Au lit. Les WSOP nous attendent, et je suis prêt.

jeudi 27 mai 2010

Touchdown

Las Vegas, 7 heures 16. Cela fait déjà deux heures que j'ai les yeux grands ouverts. Les joies des premières nuits : peu importe le nombre d'heures de sommeil, le décalage horaire nous fait sauter du lit aux aurores, prêt à profiter de la journée entière. Ça tombe bien, il s'agit d'une journée détente, première et dernière avant le début du marathon jeudi au Rio.

Je prends le clavier en attendant qu'Harper se réveille. Pas grand chose à raconter, cependant : nous sommes arrivés très tard hier soir. Habitué de Virgin Airlines, dont le vol en provenance de Londres atterrit en début d'après-midi, j'avais du me rabattre cette fois-ci sur British Airways, dont les tarifs pour les dates de notre voyage étaient bien moins onéreux. Le problème, c'est que leur vol décolle à 16 heures à Londres, pour atterrir à 19 heures à Vegas, résultant en un voyage interminable : difficile de s'endormir en plein après-midi, quand le corps est parfaitement réveillé. Dans l'idéal, il vaut mieux vaut décoller le plus tôt possible le matin, après s'être couché tard.

Dans l'avion, le connard assis derrière moi a commencé a donner des coups de genou répétés dans mon siège après trois ou quatre heures de vol. Je l'ai laissé faire une demi-heure, avant de me retourner, prêt à exploser : c'est là que je me suis rendu compte que le connard en question n'était autre que Rod, mon sympathique collègue rosbif de PokerListings, que j'avais réussi à ne pas remarquer jusque là. Parmi les passagers, je n'ai repéré aucune autre connaissance à part John Eames, le pro qui m'avait éliminé à Dublin en 2008. Le reste du vol était composé de touristes britons dont le niveau d'excitation monta crescendo jusqu'à l'atterrissage. J'ai passé le temps devant des films. Shutter Island est un produit bien fait, parfaitement maitrisé, mais ne m'a absolument rien fait ressentir, comme la plupart des films de Scorcese depuis Casino. Je me suis fait royalement chier devant A Single Man, mais pas devant Primary Colors (oui, il y avait aussi une large sélection de vieux films au programme), avec un Travolta impeccable en Bill Clinton.

La file d'attente au comptoir de l'immigration n'en finit pas, mais le processus en lui-même est un formalité. « Ils nous ont laissé rentrer : le plus dur est fait », dis-je à Harper en rigolant. « Les cinquante prochaines journées vont passer comme une lettre à la poste. » La température est étrangement clémente en cette fin de mois de mai. L'été n'a pas encore vraiment commencé. On prend la navette jusqu'à l'agence de location de voitures, et après une bonne demi-heure de paperasse, nous prenons possessions de nos véhicules respectifs. Harper n'a jamais conduit une automatique, et je lui en explique rapidement les subtilités. Peu avant 22 heures, nous arrivons à la villa. Elle est située à quinze minutes du Strip, à l'ouest, un peu au milieu de nulle part. On rencontre l'agent immobilier qui nous remet les clés, et nous fait le tour du propriétaire. Quatre chambres, deux salles de bain, une piscine, une cuisine, tout le tralala. Villa de vacanciers typique. Une télé HD et un énorme canapé en demi-lune dans le salon : vivement la Coupe du Monde. Gabriel Nassif nous rejoindra dans une semaine, et il reste une chambre pour Paco, qui arrivera aux alentours du Main Event. Pour ceux qui se posent la question, les joueurs du Team ont décidé d'aller à l'hôtel cette année – la plupart au Encore. N'ayant guère envie de vivre deux mois dans un hôtel, fut-ce t-il luxueux, j'ai préféré louer une maison à nouveau.

Il est tard, mais il serait bête d'aller se coucher immédiatement sans avoir fait un petit tour. C'est la première viste d'Harper à Vegas (à 21 ans et quelques mois), et je compte bien lui faire découvrir toutes les facette de la ville, pièce par pièce. Notre première destination s'impose d'elle-même : le In N Out burger sur Tropicana Avenue. Je retrouve avec bonheur le Double-Double, sa viande délicatement mélangée au fondant du fromage, le craquant de la laitue, la fraîcheur de la tomate, l'arôme des oignons, le tout enrobé dans la sauce orange au goût indescriptible. « Solide », sera le verdict d'Harper. Ensuite, direction le Bellagio. La salle de poker tourne à plein régime. Dans la Bobby's Room, je reconnais Eli Elezra, Ralph Perry et David Benyamine. Dans l'autre section high-stakes, Jeff Lisandro, le Devilfish et quelques autres sont engagés dans une grosse partie de Limit. On commande une bière au bar et le serveur ne demande même pas à Harper sa carte d'identité. Si mon jeune collègue a aimé le Double Double, son verdict concernant le Pai Gow sera moins enthousiaste : « On se fait chier. » Il faut dire qu'il n'a pas osé s'assoir, et s'est contenté de me regarder jouer. Je me suis contenté de quelques mains, pour la démonstration. J'ai pris huit dollars. En route vers la caisse, deux prostituées nous interpellent. Il n'aura donc fallu que deux heures à Las Vegas pour voir se produire notre première interaction avec les travailleuses du sexe de Sin City. « Looking for some fun ? », me demande la jeune blonde. C'est un peu tôt, on vient d'arriver, dis-je. « Mais justement, il ne faut pas attendre », répond sa copine asiatique. Je décline l'invitation. Harper n'en revient pas. Je lui répond qu'il va falloir s'y habituer. On prend l'escalator vers le Strip, et l'on termine nos bières devant le lac du Bellagio. « Viva Las Vegas », chante gaiement Elvis Presley tandis que les fontaines pétaradent. « J'ai des frissons », dit Harper, l'air d'un gamin devant un sapin de Noël. Je souris d'un air entendu. Rien de tel que de revenir à Vegas en compagnie d'un petit nouveau pour retrouver l'excitation d'antan.

mercredi 26 mai 2010

V

Wattignies, 9 heures 03. Je suis prêt, je crois. La valise est bouclée. Dans deux heures, je m'en vais. Un train vers Londres, d'abord. Un suivant vers l'aéroport d'Heathrow. Puis un vol direct à destination de Las Vegas. Si tout se passe comme prévu, on se posera à McCarran quelque part aux alentours de dix-neuf heures, heure locale. C'est le grand départ. L'exode annuel. Deux mois au milieu du désert et des World Series of Poker. Deux mois installé au même endroit, posé, sans valises à faire toutes les deux semaines, sans trains et avions à attraper en catastrophe pour aller aux quatre coins de l'Europe : Vegas est bel et bien ma seule vraie maison, fut-ce pour seulement deux mois par an.

J'ai été chercher un passeport tout neuf à la mairie ce matin. L'ancien était bien trop usagé, avec sa photo et ses pages en lambeaux, et après des dizaines de récriminations par les guichetiers de toutes les compagnies aériennes d'Europe, j'ai fini par céder, pas certain qu'on me laisserait passer cette fois-ci. Mieux vaut ne pas tenter sa chance une fois de trop. C'est avec un peu de regret que j'ai fait l'échange, disant adieu à ma jolie collection de tampons accumulés ces six dernières années, la plupart aux États-Unis. Il va falloir que j'en commence une nouvelle.

Je n'ai pas beaucoup dormi. J'ai passé une bonne partie de la nuit à travailler sur un article, un traditionnel récapitulatif de la dernière édition des WSOP, histoire de se mettre en jambes pour celle qui commence dans deux jours. Vous pouvez trouver le résultat sur le blog du Team Winamax.

J'allais écrire un truc du genre « j'ai l'impression que c'était hier... », mais je me suis ravisé. Non, je n'ai pas l'impression que c'était hier que j'écrivais un blog du même style, il y a un an presque jour pour jour, assis dans le canapé du salon à Londres aux petites heures du matin à côté d'un Cuts endormi, quelques heures avant de partir vers l'aéroport. J'ai plutôt l'impression que c'était il y a une éternité. Il y a tant de choses qui se sont produites entre temps. Ma tête est remplie de visages, d'endroits, d'anecdotes sans importance et d'événements majeurs, de moments de joie et de peine mélangés, formant une masse compacte de souvenirs qui me font dire que j'ai vieilli un peu plus vite que d'ordinaire durant ces douze derniers mois.

Dans l'année qui s'est écoulée depuis les WSOP 2009, j'ai quitté pour de bon Londres, une ville que j'avais finalement appris à aimer après un démarrage difficile et confus. Le gouvernement de mon pays a voté une loi qui va radicalement transformer l'essence de l'industrie pour laquelle je travaille. J'ai rencontré quelqu'un aussi, sans l'avoir anticipé le moins du monde, et malgré mes efforts, cela n'a pas marché comme je l'aurais voulu. Je savais que c'était plus ou moins perdu d'avance, comme le sont la plupart des relations établies à longue distance, mais j'ai essayé, payant ensuite l'inévitable prix fort des larmes et des regrets. Je me suis aussi lancé dans un projet littéraire qui s'est révélé beaucoup plus difficile à apprivoiser que je ne l'aurais pensé. Et puis j'ai continué de voyager et faire ce que ce sais à peu près faire, ce métier appris sur le tas décroché à force de chance et d'efforts, tirant sur la corde aussi loin qu'elle pourrait m'emmener. Et maintenant qu'il est temps de repartir à nouveau deux mois à l'autre bout du monde, je crois que je suis plus tout à fait la même personne que j'étais il y a an. Quelques détails, tout au plus, mais l'important réside dans les détails, non ?

Je vais couvrir les championnats du monde pour la cinquième année consécutive, et chacune de mes expériences aux World Series a été très différente de la précédente. En 2006, je débarquais à Las Vegas pour mon premier vrai travail rémunéré dans le monde du poker, après dix-huit mois de bénévolat passionné entre deux cours à la fac. Je n'étais arrivé qu'à la fin du festival, pour les deux semaines du Main Event. Tout était encore nouveau, frais, excitant. L'amateurisme dominait encore, je ne savais pas si ce machin allait devenir un métier ou non, il s'agissait plus de vacances payées qu'autre chose. C'était mon deuxième voyage à Las Vegas seulement, et dès la deuxième semaine, mon travail était plus ou moins terminé, laissant place à une joyeuse succession de fêtes éméchées et de sessions interminables de cash-game. L'année suivante, j'y retournais pour six semaines, cette fois, en tant que freelance en sur-capacité, mandaté par pas moins de trois sites différents, plus un magazine, auquel il fallait désormais ajouter ce blog, lancé pour l'occasion. Je me suis jeté dans la bataille tête de baissée, sans plan précis en tête, partant dans toutes les directions avec l'enthousiasme du débutant voulant bien faire, et expérimentais pour la première fois les longues journées de travail à l'intérieur de l'Amazon Room, la camaraderie nocturne de la salle de presse, les repas pris sur le pouce à toute heure de la journée, les articles à boucler au petit matin, boosté à la caféine, la folie intrinsèque de Vegas, et les nuis de sommeil trop courtes, dans trois hôtels différents enchaînés à raison d'un déménagement toutes les deux semaines. J'ai failli devenir fou, mais bon Dieu que j'ai aimé ça. Et c'est pour ça qu'en 2008, je recommençais, et un semblant de cohésion s'installait. J'étais mieux préparé. Cette fois, je ne travaillais plus que pour un seul site à temps plein, et quittais enfin la claustrophobie morbide des hôtel-casinos, ses prostituées et ses machines à sous pour loger dans une vraie maison à l'écart du Strip en compagnie d'une dizaine de joueurs, conférant à ma mission un semblant de normalité salvatrice. Les horaires étaient plus que jamais délirants, mais une routine s'installait. Quand 2009 est arrivé, j'étais désormais un vétéran. Je connaissais tout le monde au Rio, je savais exactement à quoi m'attendre. Je pouvais regarder de haut les petits nouveaux qui débarquaient avec l'arrogance infantile de celui qui pense avoir déjà tout vu, tout vécu à 25 ans. La popularité croissante de Twitter a permis d'insuffler un nouveau rythme au reportage, avec des centaines de joueurs racontant leur progrès en direct sur leur téléphone. Quelque peu libéré des contraintes du direct, j'ai tenté – certains diront que j'ai à moitié échoué, et je ne leur donnerai pas forcément tort – de prendre du recul, m'éloignant de la banalité quotidiennes des coups de poker pour me concentrer sur des tranches de vie, les personnages, les ambiances, les petits et grands moments qui donnent leur piment aux championnats du monde. J'ai essayé d'être un journaliste, quoi, même si le mot est bien trop grand pour décrire quelqu'un dont le boulot est de regarder des mecs jouer aux cartes.

Chaque édition des WSOP apporte une expérience différente, et cette année, j'imagine que la grande nouveauté est que je ne serai pas seul pour affronter les cinquante et quelques journées de reportage. Yuestud m'avait certes été d'une aide précieuse l'année dernière, m'épaulant lors des moments clés, et me remplaçant quand je ne pouvais être présent, mais ce n'est rien en comparaison de ce qu'Harper va pouvoir apporter cet été. On va pouvoir mettre en place une vraie dynamique de duo, planifier les journées à l'avance, partir dans plusieurs directions différentes, se relayer, être présent de manière plus complète. Le soutien psychologique sera important, aussi. Faire cavalier seul pendant deux mois contribue autant à la fatigue que les journées de travail de seize heures. Enfin, je sais pas. On verra bien sur place. Ce qui m'inquiète le plus, c'est ce putain de bouquin que je dois terminer pour le quinze aout. Je me suis donné pour objectif d'y consacrer une heure par jour durant les WSOP. S'y j'arrive à tenir ce rythme, je devrais m'en sortir sans trop de problèmes. Au pire, je connais un ou deux dealers de speed dans les bas fonds du Nord de Las Vegas. Au cas où.

La semaine précédent le départ à Las Vegas est toujours hautement stressante. Je suis un incorrigible fainéant doublé d'un éternel insatisfait. Une combinaison imparable pour se donner des migraines. Je remets toujours tout au lendemain, mais sans jamais cesser d'y penser. Résultat, je n'avance pas, et m'y mets à la dernière minute, en ayant l'impression de d'avoir fait que ça 24 heures sur 24. Et il y a cette angoisse du départ si familière, cette sensation de désastre imminent qui ne me quitte pas depuis plusieurs jours. Paradoxalement, c'est seulement une fois que nous serons installés, prêts à travailler, que je vais pouvoir commencer à souffler. Une fois que la machine est lancée, les automatismes reprennent le dessus.

Je suis assez excité, tout de même. On dira ce que qu'on voudra, mais il n'y a aucun endroit autre que Vegas où j'aimerais être durant l'été. Je ne me lasserai jamais des WSOP. C'est là que tout va se passer durant les sept prochaines semaines, et je ne veux manquer aucune histoire.

samedi 22 mai 2010

Le meilleur album de rock'n roll de tous les temps



Cette semaine ressort officiellement un disque que j'écoute tous les jours ou presque depuis plus de six mois : Exile on Main Street, des Rolling Stones. Le double album, initialement paru en 1972, n'était plus disponible sur les circuits officiels depuis des lustres, si ce n'est sur Itunes. Ce qui n'en faisait pas à proprement parler une rareté, plutôt l'inverse même, mais suffisait en revanche à l'avoir fait tomber plus ou moins dans l'oubli - sur cette galette, on ne trouve aucun des tubes indémodables des Stones, les Satisfaction, Paint in Black, Angie et autres Gimme Shelter. A la place, on y trouve 18 morceaux formant un ensemble à la fois compact et débraillé, mélangeant rock, blues, country, soul, gospel, rythm'n blues, et que sais-je encore. Une mixture indigeste ? Loin de là. Exile, c'est la quintessence de la notion d' album, un concept né quelque part au milieu des années 60 avec les Beatles et Dylan et mort au début du siècle avec le MP3. Un ensemble de chansons cohérent, meilleur quand elles sont consommées les unes après les autres, d'un seul coup, encore et encore, sans sauter une plage.

Jusqu'à récemment, je n'avais pourtant jamais été un grand fan des Stones... L'intégrale de leurs albums (téléchargée illégallement, bien entendu) dormait sagement sur un disque dur, plus ou moins jamais visitée. Dans la bataille opposant les Beatles aux Stones, j'avais depuis longtemps choisi mon camp. Je connaissais les premiers par coeur, laissant de côté les seconds, considérés comme un bête groupe de rock' n roll à guitares avec juste quelques morceaux dignes d'intêret, ceux que j'avais entendu cent fois comme tout le monde. Et puis tout a changé en octobre dernier, en Californie, quand j'ai vu Phish interpreter Exile en intégralité. J'ai pris une claque dont je peine encore à m'en remettre, et depuis, je n'échangerais pas un baril d'Exile contre l'Album Blanc, Sergent Pepper, Rubber Soul, Revolver et Abbey Road réunis.

Je ne connais aucun autre album aussi riche, émotionnellement et musicalement. Dans Exile, les Stones mélangent toutes leurs influences américaines du XXème siècle, depuis les champs de coton jusque Elvis, adaptant leurs idoles à leur sauce plutôt que les parodiant. Guitares, basses, batteries, saxophones, pianos, orgues, harmonicas et trombones s'entremêlent, se confondent, se brouillent les uns les autres dans un joyeux bordel, la voix de Mick Jagger peinant à faire surface au dessus du magma. Après cent écoutes, on se surprend à encore découvrir tel riff de guitare, telle accroche de piano enfouie tout au fond des écouteurs. Le son est chaud, cradingue, organique, parfait dans son imperfection, on à l'impression que ça été enregistré dans une cave humide sentant la sueur et la bière rance. Et c'est d'ailleurs exactement le cas : en 1971, les Stones avaient fui l'Angleterre et ses 97% de taxes sur les artistes - d'où le titre de l'album - pour composer dans un manoir du Sud de la France, rapidement devenu un lieu de débauche et d'excés en tous genres, faisant s'étirer le processus créatif sur plusieurs mois. Sieste la journée au soleil de la Méditérranée, drogues et whisky le soir, et improvisations interminables jusqu'au petit matin : l'album entier est empreint de cette ambiance paresseuse, foutraque, toujours au bord de la rupture, rock'n roll, quoi. Mais en même temps, ça tient majestueusement debout : il fallait une sacrée bande de zicos pour arriver à créer un bordel aussi organisé, un chaos si précisément calculé, un ensemble de chansons aussi diverses mais indissociables l'une de l'autre.

Donnez moi Sweet Virginia et j'ai envie de chanter en coeur au coin du feu au rythme des coups de tom de Charlie Watts. Donnez moi Rip this Joint, et je mettrai le feu à la piste de danse d'un bouge crasseux du Tennessee. Donnez-moi Shine à Light, et je serai téléporté dans une église de Harlem, priant pour que le Bon Dieu vous éclaire de sa flamme. Donnez moi Stop Breaking Down, reprise titubante de Robert Johnson, pour me retrouver dans le Mississipi de la Grande Dépression. Donnez moi Happy, l'hymne à la joie version Keith Richards, on se saoulera toute la nuit, et merde aux conséquences. Donnez-moi Tumbling Dice, et je jetterai les dés à travers la table de craps d'un casino de Las Vegas, maudissant les femmes, joueuses de bas étages, tricheuses comme pas deux. Mais donnez-moi Loving Cup, et peut-être bien que j'aimerais boire un verre de ta coupe d'amour, bébé, histoire d'aller et venir toute la nuit. Et donnez moi aussi Sweet Black Angel, Rocks Off, Casino Boogie, Let it Loose, et les autres, il n'y a rien à jeter.

Dans Exile, les Stones font la fête jusqu'au petit matin, jusqu'à s'y perdre, avec tout les regrets, les remords, les gueules de bois et les overdoses que cela implique. Et à la fin, quand ils reviennent pour le dernier rappel avec Soul Survivor, on se rend hagard, heureux, et un peu coupable, comme à la fin d'une soirée qui a duré un poil trop longtemps, quand les premiers rayons du soleil filtrent à travers les volets clos, transperçant les cadavres de bouteilles et les corps avachis sur le canapé.



Définitivement l'album que j'emporterais sur la proverbiale île déserte. Ou tout du moins dans la voiture pour faire le trajet au Rio tous les jours et tous les soirs durant les sept prochaines semaines...

jeudi 20 mai 2010

Club Poker Radio, ça faisait longtemps



J’effectuais mardi soir mon cinquième passage au micro de l’excellente émission de radio du Club Poker, forum de poker français numéro 1, et site où je fis il y a plus de cinq ans mes débuts en tant que journaliste amateur.

Face aux animateurs FPC, Pedro Canali et Gabriel Nassif, j’étais accompagné d’une vieille connaissance : Antoine Amourette, alias solody, dernier français en date a avoir réalisé une performance de taille lors d’un tournoi de poker, à savoir une seconde place au World Poker Tour de l’Aviation Club de France. Antoine s’est incliné face au terrifiant Theo Jorgensen, et le récit de ses aventures constitue la première partie de l’émission.

Ensuite, à mon tour de parler, avec un sujet tout trouvé : Las Vegas et ses championnats du monde qui commencent là, tout de suite (enfin, dans une semaine, mais ça revient au même) En tant qu’expert ès Ville du Vice – une dizaine de voyages depuis 2004 – j’étais invité pour partager conseils, infos, bons et mauvais plans sur la capitale du poker, et aussi faire de la pub pour le reportage Winamax spécial WSOP qui débutera le samedi 28 mai et s’étalera sur plus de cinquante jours non-stop, ne le manquez pas.

Je crois que j’ai réussi à ne pas dire trop de conneries, mais parfois ça été dur de se retenir. Je vous laisse découvrir l’émission que vous pouvez télécharger ou écouter en streaming à cette adresse.

lundi 17 mai 2010

En juin ce sera bien

Pas mon genre d'écrire des posts du genre « hé, je suis pas mort », mais là, plus de trois semaines sans rien écrire sur mon blog à moi, ça commence à faire beaucoup. Bon, je suis pas mort. Juste un peu débordé.

Oui, parce que j'aurais normalement du publier ici un petit compte-rendu de mon dernier tournoi, en l'occurrence la grande finale de l'EPT à Monte Carlo, c'était y'a deux semaines et ça me paraît déja très loin. J'aurais du écrire le truc habituel. Vous savez, une description à grans renforts du gigantisme de l'opération, de la majestueuse Salle des Étoiles et ses dizaines et dizaines de tables peuplées des meilleurs joueurs de poker du monde. J'aurais écrit deux ou trois réflexions à la va vite sur le vainqueur du tournoi, comme d'habitude un joueur d'une vingtaine d'années dont on avait jamais entendu parler, et que les prostituées s'arrachaient en boîte de nuit le soir même de son sacre, j'étais là, j'ai tout vu. J'aurais inséré quelques anecdotes amusantes glanées en salle de presse, une poignée de ragots sur qui couche avec qui, où qui ne couche plus avec qui parce qu'ils se sont engueulés sévère sous mes yeux le dernier soir, sur le dance-floor, tandis que le DJ passait Tonight It's Gonna Be a Good Night à fond les ballons. J'aurais énoncé d'un ton professoral quelques observations sur l'état de l'industrie, peut-être même une prédiction foireuse sur le futur du poker professionnel (« C'est le déclin qui s'amorce ! » ou « C'est reparti comme en 40 ! », l'un ou l'autre). Un petit coup de gueule sur la ville aussi, ça on y échapperait pas : le prix des consommations au bar, la vacuité des autochtones, la vulgarité sur laquelle est fondée le Rocher tout entier, et un petit couplet genre « Monte Carlo a beau être surpeuplée, on n'y trouvera aucune trace d'humanité ». Je vous raconterais aussi les quelques soirées amusantes passées avec mes amis vers la fin du tournoi, des récits où l'on a beaucoup dansé et un peu bu, ou l'inverse, et peut-être même que je lâcherais le morceau sur les quelques hurluberlus parmi mes confrères qui ont terminé leur séjour à poil dans la Méditerranée, hilares et éméchés à quatre heures du matin, avant de rentrer à l'hôtel dégoulinant de la tête aux pieds et hurlant dans un français fortement imprégné d'accent américain « j'ai nagé en Fwwwwance ». Et puis j'emballerais le tout avec quelques lignes sur le trajet du retour, le taxi fonçant sur l'autoroute à l'aube, l'enregistrement des bagages à l'aéroport, et un vol direct Nice-Lille sans histoires, mis à part quelques turbulences à la fin, car les nuages étaient très bas et quand l'avion eut finit de passer au travers, le sol n'était plus qu'à quelques centaines de mètres en bas, par de là le hublot, et l'on a tangué jusqu'à la dernière seconde, pour finalement se poser avec fracas. Bref, une semaine de plus à vivre poker, bouffer poker, et dormir poker. Ni mieux, ni pire que la précédente.

Mais non, je n'écrirai rien de tout cela, ha ha. J'ai essayé, mais j'ai pas le temps, et peut-être pas trop l'envie non plus, vu que je ne vois pas quoi raconter que je n'ai pas déjà raconté mille fois auparavant. Là, tout de suite, c'est boulot, boulot et encore boulot, plus que jamais, dans toutes les directions. Le Grand Prix de Paris à l'Aviation Club de France, où j'ai passé deux jours frénétiques avant de laisser Harper se débrouiller en solo. Le bouquin de Pauly, pour lequel j'ai à nouveau rongé sur mon temps de vacances, m'enfermant une semaine pour avancer le plus vite possible dans la traduction (ça, c'est en ce moment). Mon article sur le tournoi NAPT de Las Vegas a été publié dans le dernier numéro de 52 (celui avec le Devilfish en couverture), et le rédac-chef Jérôme Schmidt en a profité pour y adjoindre huit pages de ce blog écrites là-bas, ça fait plaisir, et le prochain numéro devrait voir figurer mon interview de Daniel Negreanu. Mon excellent confrère Shamus (auteur de l'indispensable blog Hard Boiled Poker) a demandé à moi ainsi qu'à quelques autres confrères mes opinions et attentes à propos des World Series of Poker : ce qu'on pense des nouveaux tournois au programme cetet année, nos souvenirs préférés des éditions précédentes, les enjeux politiques, etc, etc. Vous pouvez trouver le résultat de ce brainstorming collectif ici, et . Les WSOP, justement, ne quittent pas mon esprit, à une semaine du départ. Accréditations, logement, stratégie globale à planifier pour 55 jours de reportages : il y a foule de trucs à préparer. Et je serai mardi soir en direct sur la radio du Club Poker pour en parler.

Je vais passer ma dernière semaine en Europe à courir comme un dératé pour pouvoir tout boucler à temps. Le départ à Vegas ressemblerait presque à un départ en vacances. J-8 avant mon premier In-N-Out Burger de l'été...

Sinon, vous avez vu ? Annette Obrestad a quitté Betfair pour signer un nouveau contrat avec Full Tilt Poker. Les fidèles lecteurs que vous êtes surement l'avaient appris en septembre dernier, je vous l'avais annoncé en exclu, personne ne m'avait cru. Durant ces huit mois, j'ai eu tout loisir de passer pour un con avec mes infos bidons, et maudir ma source ultra confidentielle... Mais non, hé hé.