dimanche 25 avril 2010

L'EPT, un éternel recommencement

Le Méridien, Monte Carlo, 9 heures 21. Après une semaine entière passée à couvrir un tournoi de poker du matin au soir, je m'apprête à recommencer exactement la même chose trois jours plus tard. Pas trop le temps de faire un long exposé, donc. Exceptée la cadence infernale qui nous a été imposée, l'EPT de San Remo fut un réel plaisir à suivre. Il nous a été strictement impossible de trouver un mauvais restaurant, le tournoi a dépassé les espérances avec, pour une fois, le sacre d'un joueur autre que le traditionnel Jon Randomson de 19 ans : l'anglaise Liv Boeree, visage connu et ô combien apprécié du circuit. Une victoire qui a enchanté tout le monde. J'ai même réussi à régler le pépin technique qui m'avait rendu fou l'année dernière, rapport à la loi italienne qui bloque les sites de jeux non autorisés là-bas, et nous pose donc de grandes difficultés pour publier les articles sur Winamax. C'est un gentil lecteur croisé à la table d'un tournoi annexe qui m'a offert une solution simple et efficace pour attribuer à mon ordinateur une adresse IP non domiciliée en Italie, me permettant de contourner le blocage. Qu'il en soit remercié.

Monte Carlo, maintenant. Il est déjà venu le temps de la dernière étape EPT de la saison 6. Avant, la fin de saison signifiait quelque chose : on disait au revoir aux collègues qu'on allait pas voir avant longtemps. Aujourd'hui, difficile de discerner un réel temps de pause dans le calendrier : dès la Grande Finale monégasque terminée, j'irai à Paris pour couvrir le WPT de l'Aviation Club de France. Après, ce sera l'exil à Vegas pour deux mois de WSOP, puis, tout de suite après, il sera déjà temps de reprendre la route sur le circuit européen, avec la saison 7 de l'EPT qui débutera dès le début du mois d'aout.

Oui, c'est un peu le seul interêt de cet article écrit à la va-vite : PokerStars a surpris son monde en annonçant en catimini les dates de la saison 7, au détour d'une brochure promotionnelle distribuée au casino. J'en ai récupéré un exemplaire hier. Voici donc le programme, qu'on analysera plus tard, parce que là, j'ai pas le temps :

Tallin, Estonie (11-16 aout)
Vilamoura, Portugal (28 aout – 2 septembre)
Londres, Grande Bretagne (29 septembre – 4 octobre)
Ville à confirmer (probablement Budapest ou Marrakech) (26-31 octobre)
Barcelone, Espagne (22-27novembre)
Prague, République Tchèque (13-18 décembre)
PCA, Bahamas (7-16 janvier)
Deauville, France (25-31 janvier)
Copenhague, Danemark (17-22 février)
Snowfest, Autriche (20-25 mars)
Berlin, Allemagne (5-10 avril)
San Remo, Italie (date à confirmer)
Finale : date et lieu à confirmer (Monte-Carlo, c'est aparemment terminé - j'ai entendu Malte)

Pour suivre la Grande Finale EPT de Monte Carlo, rendez-vous sur Winamax à partir de dimanche midi. Six jours de poker de haute volée en perspective, dont les deux dernières seront commentées en direct par votre serviteur sur www.pokerstars.tv.

mardi 13 avril 2010

Clock is tickling

Jeudi dernier marquait une étape importante dans la traduction de Lost Vegas. Après le boulot, j'ai rencontré Jérôme Schmidt pour une première vraie session de brainstorming en duo sur le bouquin. Après plus de deux mois de travail en solitaire, j'avais enfin l'occasion de confronter mon travail à l'œil critique et avisé de Jérôme – lui même un traducteur de premier ordre, ayant entre autres adapté la biographie de Stu Ungar - qui publiera la version française du livre chez Inculte, sa maison d'édition. Je l'ai retrouvé dans la librairie parisienne faisant aussi office de QG d'Inculte (n'hésitez pas à y faire un tour si vous avez faim de lecture : 9 rue Jacques Cœur à Paris, à deux pas de la place de la Bastille).

Pour vous situer sur mon avancement... En deux mois, j'ai creusé à travers 18 chapitres, soit une centaine de pages sur Word (en police 12 standard). Cela représente grosso modo la moitié de l'ouvrage. Sur 16 de ces 18 chapitres, je n'ai passé qu'une seule « couche » d'écriture, essayant d'avancer le plus vite possible et laissant de côté nombre de passages difficiles, expressions bizarres et tournures de phrases alambiquées. Ce n'est qu'après avoir terminé la première partie de l'ouvrage (totalisant 80 pages) que j'ai décidé de revenir au tout début, et reprendre ma copie avec un œil nouveau. J'ai passé les deux premiers chapitre au crible, essayant de leur donner le format le plus présentable.

Ce sont donc ces deux chapitres « 2.0 » que j'ai travaillés avec Jérôme jeudi soir. J'étais assez nerveux, n'ayant véritablement aucune idée de la qualité réelle de mon travail de traduction. Verdict ? Il y a du boulot ! Énormément de boulot. Comme me l'a dit Jérôme, ce que j'ai produit est somme toute présentable, et pourrait même à la limite être publiable, mais on est très, très loin d'une traduction de qualité – et c'est ce vers quoi nous avons envie de nous diriger, bien entendu. Nous avons passé chaque phrase au peigne fin, et trouvé nombre de phrases bancales, de maladresses, d'approximations, de passages ressemblant plus à de l'anglais traduit à la va vite qu'à du vrai français. Néanmoins, je suis sorti de ces trois heures avec Jérôme rassuré dans l'idée que j'allais dans la bonne direction.

C'est juste qu'il reste encore des centaines d'heures de travail au bas mot, et que l'horloge tourne. J'ai marqué le 15 août à l'encre rouge sur le calendrier. C'est la date à laquelle je devrai rendre à Jérôme un manuscrit définitif, prêt à être publié, ou presque. Il faudra encore six semaines environ pour la vérification, la mise en page, l'impression et ce genre de choses, avant que le livre ne soit mis en rayon. En octobre, donc.

Entre aujourd'hui et cette date, je serai presque entièrement occupé à couvrir des tournois de poker. San Remo, d'abord, que je rejoindrai mercredi pour la troisième année consécutive, puis Monte Carlo, pour la dernière étape EPT de la saison. Après, il y a le Grand Prix de Paris, qui retrouve son label WPT perdu en 2007, et puis bien sur les World Series, qui s'étaleront depuis la fin du moi de mai jusqu'à mi-juillet et que j'attends déjà avec impatience.

Bref, si il me reste sur le papier quatre mois pour terminer le bouquin, je dispose de beaucoup moins de temps en réalité. L'idéal serait bien sur de terminer la première couche du manuscrit en entier avant de partir à Vegas, histoire de n'avoir à se focaliser que sur la correction une fois pris dans le maelstrom des WSOP. Mais avec les horaires qui m'attendent en Méditerranée ces deux prochaines semaines, je ne vois pas comment cela sera possible, à part si je décide d'arrêter de dormir, ce qui sera surement tôt ou tard la dernière option viable. Plus prosaïquement, une semaine de congé en mai sera surement nécessaire, histoire de torcher 60 ou 70 pages d'une seule traite sans sortir de ma chambre.

Je n'ai pas encore la boule à l'estomac mais on s'en approche. Vous savez, cette douce (?) sensation de panique qui vous envahit à la réalisation que vous n'aurez absolument aucune chance de terminer un truc dans le délai imparti.

samedi 3 avril 2010

Revue de presse et copinages

Les informations bidon que publient les médias le premier avril ne me dérangent pas trop... Ce qui me préoccupe, c'est plutôt les conneries qu'ils nous racontent le reste de l'année. Niveau poissons rigolos, mes amis de LivePoker se sont lâchés avant-hier avec une tonne de brèves foutrement drôles. Notamment ce bijou d'auto-dérision :

"Les sites d’actualités poker viennent de frapper un grand coup en ce mois d’avril 2010. En effet, LivePoker, Poker-Actu, MadeInPoker, Poker.fr, Wam-Poker, Club Poker, Tribu Poker, NeoPoker, Webdo Poker, pour ne citer qu’eux, ont tous publié une news dont la source a été vérifiée."

Pour être encore plus ironique, la news aurait du se terminer par "dont la source a été vérifiée, et citée."

Par ailleurs, quelques évenements semble t-il sérieux font l'actualité poker cette semaine. Par exemple, cette annonce faite par le profesionnel Mike McDonald, l'un des meilleurs joueurs de tournoi du monde - que ce soit en ligne et en live - au cours d'un long article sur son blog : "le chapitre "poker" de ma vie est en train de se terminer." Une déclaration étonnante venant de la part de quelqu'un qui n'a pas encore fêté ses 21 ans. Ou pas ! On se souvient que la promesse de Shaun Deeb n'avait pas tenu deux mois. Et alors ? On s'en fout. Peu importe si l'intention va être ou non respectée. Peu importe que les joueurs ne poker n'arrivent pas à s'arrêter de jouer au poker : le simple fait qu'ils en aient envie est ce qui importe ici.

Ces crises existentielles ne sont pas des cas isolés : pour un Deeb ou un McDonald qui annonce publiquement ses intentions, il y a en dix se posant les mêmes questions. La quête de sens est à la mode, et pour en trouver dans le poker professionnel, il faut se lever de bonne heure. Dans le grand schéma de l'univers, à quoi ça sert, un type qui ne fait que jouer aux cartes ? A rien, soyons honnêtes... et je ne vous parle même pas de ceux dont le métier est d'écrire à propos de ces mecs là. L'article de McDonald est à lire comme une forme d'avertissement pour tous ceux qui envisagent de faire du poker leur métier alors qu'ils n'ont même pas terminé leurs études. Si un jeune homme comme lui, ayant connu en quelques années à peine la gloire et la fortune aux sphères les plus élevées du poker, voit le doute s'immiscer en lui en si peu de temps, en vient à dire que le poker ne lui apporte plus de satisfaction... Tous les autres ont du souci à se faire. Le poker professionnel, c'est comme tous les boulots de rêve : beaucoup de travail, beaucoup d'appelés, et très peu d'élus. Et voilà que même ces quelques veinards trouvent à rechigner. A 20 ans. Trop vite, trop tôt, j'imagine.

Mike McDonald veut s'arrêter en pleine gloire, d'accord, mais quid de tous ceux qui, chaque jour, s'éclipsent dans l'ombre ? Depuis le premier boom du poker (disons, 2003), on en voit défiler des dizaines de ces stars Internet d'un jour. Ils dominent leur sujet quelques mois, quelques années, puis disparaissent, victimes du processus darwinien qu'est le poker, probablement au bout du rouleau et/ou ruinés, dépassés par l'augmentation croissante du niveau de jeu ou tout simplement lassés. Ceux-là, on en parle pas trop, mis à part sur les forums de passionnés, au travers de topics au titre du genre "Qu'est devenu machin ? Ca fait un bail qu'on l'a pas vu en ligne..." Qui va prendre en charge les frais d'anti-depresseurs de toutes ces âmes perdues ? A quand un Fonds de Sauvetage des Jeunes Retraités du Poker ?

Je regrette un peu ce temps que je n'ai pas connu, celui où le poker à gros sous était reservé à une élite fortunée et âgée, claquant chaque année quelques centaines de milliers de dollars avec le sourire durant les World Series of Poker version années 70. Ambiance bonne enfant, personne (ou presque) ne risquait grand chose, et l'affaire restait relativement confidentielle, plantée au milieu du désert à Las Vegas. Maintenant, c'est une autre histoire. Bien que j'en ai largement profité à titre professionnel, je reste inconfortable avec l'idée du poker comme phénomène de société, idée que l'on nous matraque en France depuis trois ou quatre ans. Un matraquage qui s'apprête à s'intensifier, si c'est encore possible, avec l'ouverture prochaine du marché des jeux en ligne. Des fois je me demande - en fait, non, j'en suis convaincu - si le poker n'est pas devenu le dernier avatar de notre civilisation moderne ou les loisirs prennent peu à peu le pas sur le travail : à l'instar de la Star Academy et d'autres émissions de télé promettant gloire et fortune en deux coups de cuillère à pot, le poker est vu comme un moyen pour une nouvelle génération de jeunes feignasses de rêver à une vie facile sans passer par la case "études" ou "effort". Concept bidon, bien entendu. McDonald fait partie des rares ayant vraiment réussi au poker parce qu'il a combiné talent naturel et travail acharné. Ce qui ne l'empêche pas de vouloir retourner maintenant à ses proverbiales chères études, s'étant rendu compte qu'au delà d'un style de vie ultra-matérialiste (voyages, fric, bagnoles, et filles faciles, avec Las Vegas comme capitale intellectuelle), le poker n'offrait que peu de possibilités de développement personnel sur le long terme.

Parlons de quelqu'un qui pour l'instant ne se préoccupe pas avec toutes ces questions, avec une autre nouvelle qui a fait sensation en ce début de printemps : le fameux Isildur1 va faire sa première apparition lors d'une partie de poker télévisée, le Party Poker Big Game IV. C'est TonyG qui l'annonce sur son blog. Pour les trois pékins qui ont passé l'hiver dans une grotte, Isildur1 est ce qui était arrivé de plus intéressant au poker en ligne après que le "durrrr challenge" soit rentré en hibernation prolongée. Un joueur venu de nulle part, ayant débarqué un beau jour pour enchaîner des sessions marathons sur Full Tilt Poker contre les meilleurs joueurs de cash-game du monde. Une légende des forums ayant mis le monde du poker high-stakes en ébullition, tant par son incroyable capacité à pouvoir gagner, puis perdre des millions de dollars lors de la même nuit, que par son identité, qui reste toujours un mystère. La rumeur la plus crédible : il s'agirait d'un jeune suédois répondant au nom de Viktor Blom, ayant sévi auparavant sur d'autres sites sous le pseudonyme de "Blom90". C'est ce qu'affirment des mecs comme Shaun Deeb (lors de notre interview en décembre dernier), Luke "fullflush" Schwartz ou encore Tony G. Ce dernier s'est cependant rétracté il y a peu, et pour cause : il a rencontré Isildur1 en personne, va le financer pour jouer devant les caméras, et a juré de garder le secret sur son identité... lui proposant même de disputer la partie la tête cachée derrière un masque. Autant dire que l'émission qui s'annonce est la plus attendue de l'histoire du poker télévisé.

Tiens, pendant que je tape ces lignes, une dépêche sur Pokerati : Everest Poker cesse son partenariat avec les World Series of Poker, et colle au passage un procès à Harrah's pour violation du contrat de sponsoring qui les unissait. La source du problème est en France : en effet, Everest n'a guère apprécié que lors de la diffusion des WSOP sur RTL9, c'est le logo de Full Tilt qui accompagnait les émissions, pas le leur. Résultat, Everest retire ses billes cette année, et Harrah's se retrouve avec un manque à gagner de 8,4 millions de dollars à moins de deux mois du départ des WSOP 2010.

Passons... La semaine dernière, j'étais occupé à couvrir une nouvelle étape de l'European Poker Tour à Hinterglem, une charmante station de ski nichée dans les Alpes autrichiennes. Face à l'embouteillement croissant du calendrier des tournois, les opérateurs se creusent les méninges pour faire preuve d'originalité : ici, le Snowfest combinait poker et montagne, permettant aux joueurs éliminés un peu trop tôt d'aller profiter des derniers jours de neige avant l'installation définitive du printemps. Moi aussi, j'en ai profité, mais pas longtemps : il ne m'a fallu qu'une petite demi-heure de glisse sur la neige dure avant de m'assoir sur le majeur gauche après une chute des plus ridicules. Au début, j'ai voulu faire l'homme, et suis retourné couvrir le tournoi dans l'après-midi, comme si de rien n'était. Trois heures plus tard, la douleur persistait : je me suis rendu à la clinique privée située en face du casino. En échange de 300€, le toubib m'a passé une radio, a confirmé que mon majeur était bien fracturé (une fracture mineure), m'a filé une ordonnance pour des médocs, et posé une attelle.

Pas facile de taper au clavier et prendre des notes avec ça, mais j'ai tout de même réussi à terminer le reportage, duquel ressortent surtout les jolies vidéos de notre caméraman Paco, réalisées en haut des pistes et où l'on voit les joueurs du Team se tirer la bourre tout schuss, et tenter des acrobaties risquées, avec de belles gamelles à la clé. Je vous invite à les regarder en cliquant ici, , encore ici, et encore là. Il fallait le voir dévaler les pistes, caméra en main et sac de dix kilos sur le dos. Même pas peur : la glisse, c'est sa passion et son métier, qui l'occupe le reste de l'année quand il n'est pas avec nous en train de filmer du poker. Justement, Paco sort ces temps-ci son premier vrai film, auquel nous avons eu droit à une projection privée durant le Snowfest. La vidéo officielle de la mythique marque Vans, rien que ça. Trente minutes de skateboard filmées et montées avec un goût certain. Cliquez ici pour voir la bande annonce.

Et puis, tant que j'y suis, puisque j'ai de la chance d'évoluer dans un milieu rempli de gens talentueux, passionnants et passionnés, je continue dans le copinage. Tenez par exemple mon amie Dana, reporter pour PokerNews (son job alimentaire) et chanteuse de country/folk au talent certain, que j'allais régulièrement écouter jouer dans les pubs londoniens. Elle vient d'investir quelques centaines de livres pour financer un vidéo-clip rigolo où vous pourrez écouter sa voix de star. C'est par ici.

Parlons aussi de Junior et Régis, pour completer le trio des caméramen Winamax. Après avoir réalisé la vidéo officielle de la marque française Cliché, Junior s'est embarqué dans le Gypsy Tour, un périple skateboardien à travers l'Europe improvisé de bout en bout, avec une seule règle : pas plus de dix euros de budget par jour. Galères et fous rires garantis. A mater sur le site de FuelTV, la chaîne américaine ayant acheté le programme. Régis, lui, est le vidéaste attitré de Quicksilver. Son dernier trip l'a vu partir en Chine. Les images de la Cité Interdite prise d'assaut par les skateurs valent le détour. A découvrir ici.

Il y a un article que j'avais depuis longtemps dans la tête, à force de parcourir le circuit des tournois "live"... Je n'aurai pas besoin de l'écrire, puisque quelqu'un m'a devancé : il s'agit Severin Rasset (de Chili Poker), qui nous parle de sponsoring sur MadeInPoker. Un sujet finalement assez mal connu du public, avec beaucoup d'idées reçues et de conceptions eronnées. Il était temps de remettre quelques pendules à l'heure, à l'heure de l'ouverture du marché qui va je pense bousculer la donne et mettre fin à une certaine forme d' "âge d'or" du sponsoring des joueurs de poker.