mercredi 24 février 2010

Of all the gin joints, in all the towns, in all the world

Par je ne sais quel concours de circonstances, je me trouve actuellement à Las Vegas. Je pourrais être n'importe où dans le monde pour traduire ce putain de bouquin à propos de Las Vegas, et c'est à la source que j'ai atterri. Dans l'antre de la bête. Au cœur des ténèbres.

Tout s'est passé très simplement, en fait, et de manière assez précipitée. Comme vous le savez surement déjà, PokerStars a officiellement lancé son premier circuit sur le sol Nord-Américain, intelligemment appelé le North American Poker Tour. Cinq ans après la création de l'European Poker Tour, il était plus que temps que PS dédie enfin un circuit à son marché principal. Le coup d'envoi se déroulait au Venetian, hôtel cinq étoiles, imitation en modèle réduit de la Cité des Doges à la sauce végassienne. Madeleine devait s'y rendre pour assurer ses fonctions de coordinatrice des médias. « Viens avec moi ! », qu'elle m'a dit la semaine dernière. « On partagera une suite ! Ça va être rigolo ! » Cinq minutes après, je proposai un article à mon ami Jerôme Schmidt, rédacteur en chef du magazine 52. Une heure plus tard, j'avais un billet d'avion, un dossier et une interview dans les tuyaux. Trois jours après, j'étais à Vegas, complètement à l'improviste, avec pour seul bagage un sac contenant mon ordinateur et deux jours de fringues propres. De l'inattendu, de l'imprévu, avec dix heures d'avion au milieu : tout ce que j'aime.

Si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, vous savez quelle fut ma première destination après avoir signé le formulaire d'immigration et récupéré la voiture de location à l'aéroport. Oui, une heure à peine après l'atterrissage de mon avion en provenance de Londres, je croquais avec bonheur dans mon premier Double Double de l'année 2010. Ah, In-N-Out Burger, tu m'avais manqué. C'est seulement après que je me suis rendu à l'hôtel pour investir la suite. Le Venetian arrive en deuxième place dans mon classement personnel des meilleurs hôtels de Vegas, malgré l'odeur bizarre qui règne dans le casino. Qui a bien pu penser que c'était une bonne idée de vaporiser du désodorisant pour WC dans l'ensemble de la propriété ?

Je me suis rapidement assis à une table de black-jack, histoire de vérifier si la semaine allait être bonne ou non. Bingo : j'ai pris soixante dollars avant de me lasser. Un bon présage. Je suis remonté dans la chambre pour écrire un peu, puis suis tombé dans le coma vers sept heures du soir, victime du décalage horaire. Je me suis réveillé deux heures plus tard pour retrouver deux confrères de Vegas au rez de chaussée, complètement explosé, arrivant à peine à garder les yeux ouverts. On a mangé dans un resto pas terrible et bu des coups devant les machines à vidéo poker. En théorie, la bibine est gratos quand on met un billet dans la machine, mais en pratique, on s'entête et on se retrouve souvent à payer vingt dollars la Corona, sauf coup de pot monstrueux, ce qui n'a pas été le cas.

Le lendemain, je me suis réveillé atrocement tôt, jet-lag oblige, et observé ma routine habituelle d'arrivée à Las Vegas. Un tour au Fry's pour consulter les derniers DVDs, l'Urban Outfitter pour les T-shirts et bouquins branchés (je vous conseille chaudement l'anthologie de Vice Magazine, je connaissais pas, c'est génial), puis direction l'ouest pour le Red Rock Canyon. Autoroute 215, sortie Charleston, et tout droit jusqu'aux montagnes. Vingt minutes de route à tout casser depuis le Strip. Les cieux étaient enneigés, je n'avais jamais vu le Canyon de cette manière.

Après, j'avais une furieuse envie de jouer au poker, alors je suis rentré à l'hôtel. Pas de liste d'attente en 1$/2$ No Limit : je m'assois immédiatement avec 200 dollars. Littéralement deux minutes plus tard, je trouve As-Dame de trèfle en début de parole. Un joueur limpe, je mets dix dollars. C'est payé par mon voisin et deux limpers. Le flop amène deux trèfles, plus un tirage ventral avec un Roi et un 10. Je mise 15. Payé deux fois. Le turn est un 4 de trèfle. J'ai le jeu max. Je check. Mon voisin mise 40 dollars. Je suis le seul payeur. Rivière : un 6 de pique. J'ai toujours la meilleure main possible, et j'adore Vegas. Je checke comme le margoulin que je suis. Le mec réfléchit, et dit « tapis ». Je manque de tomber de ma chaise tellement je pousse les jetons vite. Le mec est dégouté, il a une couleur avec Valet-6 de trèfle. Ah ben oui, mais fallait pas t'embarquer dans le coup en début de parole avec une semi-poubelle, coco.

Je viens à peine d'arriver que j'ai déjà 420 dollars sur la table. Hélas, ce profit s'évapore rapidement : je fais un brelan de Rois sur la rivière (avec Roi-Dame) contre un mec qui a trouvé sa ventrale sur le tournant, puis je trouve une paire de Rois et part à tapis avant le flop contre le mec qui m'a doublé d'entrée. Il a une paire d'As, bien entendu. Je quitterai néanmoins la table gagnant, grâce à une couleur trouvée au turn contre un vieux complètement à l'Ouest. Profit : 160 dollars. La table était magique, je serais bien resté plus longtemps, mais hélas je ne suis pas en vacances. Tout de même, quel bonheur de gagner un peu à Vegas. Cela semble être une chose tellement difficile pour moi.

Je suis remonté pour bosser un peu et Madeleine est arrivée tard dans la soirée. On a mangé dans un autre resto pas terrible, et je me suis à nouveau couché tôt. Le lendemain, les choses sérieuses commençaient avec la traditionnelle sauterie d'avant-tournoi organisée par PokerStars au Tao, la boîte du Venetian. Je n'avais absolument rien à me mettre, et me suis donc rendu au Premium Outlets (autoroute I15 vers le nord, sortie Charleston Est), où l'on trouve à peu près toutes les grandes marques de fringues possibles et imaginables pour un prix imbattable. Pour 300 dollars seulement, je suis reparti avec trois paires de chaussures (25 dollars les Stan Smith, à ce prix c'est presque un crime), des sous-vêtements pour la semaine, deux pantalons, trois T-shirts, et deux chemises assez classe. Je me suis offert la coupe de cheveux la plus chère de l'histoire au salon du Venetian, mais ça va, le coiffeur ne m'a pas trop raté.

Dans la salle de poker, un tournoi de charité/célébrités battait son plein. « Tiens, pour une fois, il y a des gens vraiment connus », glissa un confrère, faisant référence à l'utilisation parfois exagérée du terme « célébrités » pour qualifier ce genre d'épreuves. Je vous laisse juges : j'ai pu notamment croiser l'acteur Christian Slater, le légendaire guitariste Slash, mon héros de jeunesse Tony Hawk, Jason Alexander de la série Seinfeld (ça serait bien qu'il arrive à convaincre Larry David de venir jouer ce genre de trucs), Marlon Wayans, Brad Garret, des gros bras de l'UFC, quelques mannequins, et le lot des joueurs PokerStars habituels, plus Phil Hellmuth, jamais le dernier pour lécher le cul des célébrités et semi-célébrités du show-biz.

Phil Hellmuth s'est d'ailleurs ensuite fait refouler sans ménagement de la séance photo style « tapis rouge » par l'attachée de presse de PokerStars, qui n'avait guère envie de voir un logo concurrent se balader au milieu des joueurs et stars siglées PS. « Tu t'es fait jeter, Phil ? », je lui ai lancé. « Ouais », qu'il me répondit, ajoutant : « Pour être honnête, j'aime ça ! » Les agents de sécurité étaient un peu nerveux, et je me suis fait bousculer à plusieurs reprises. Il est vrai que les touristes éméchés ne manquaient pas en ce vendredi soir.

Quelques minutes plus tard, j'aperçois Teddy Monroe sortant de la salle de poker, bling-bling de la tête au pieds, portant sur la tête son traditionnel casque audio tapissé de diamants, observant le ballet des célébrités sur le tapis rouge avec un air intrigué. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Monroe est un gros joueur de cash-game au style et à la réputation assez extravagants, répondant au surnom de « Iceman ». Pas du genre à faire dans la modestie, Monroe avait lors des WSOP 2007 acheté un espace publicitaire dans l'Amazon Room disant : « Viens défier le meilleur joueur de Limit Hold'em du monde, quand tu veux, où tu veux, pour autant que tu veux ». Je hoche la tête en le voyant passer. Il vient immédiatement à ma rencontre, la main tendue : « Hé ! Mec ! Ça fait un bail, quoi de neuf ? » Je précise que c'est la première fois de toute ma vie qu'il m'adresse la parole. J'adore ce mec. « Hé ! Iceman ! », que je réponds, avant d'ajouter en plaisantant : « Vas sur le tapis rouge, les photographes t'attendent ! » Sans se démonter, Monroe répond « Ouais, ouais, pourquoi pas. J'ai l'habitude de ce genre de conneries. » Puis de marcher d'un pas confiant vers le tapis rouge. L'attachée de presse l'arrête, n'ayant aucune idée de l'identité du bonhomme. Pas trop sure d'elle, elle lui colle un patch « PokerStars » sur la poitrine, et voilà Monroe paradant devant les photographes et les caméras. J'adore.

Après, il était temps de rejoindre la fête. Continuant dans la tradition RNB et hip-hop instaurée lors de leurs dernières grosses fêtes d'avant-tournoi, PokerStars avait cette fois fait venir le rappeur T-Pain, dont vous avez déjà surement entendu l'excellente parodie « I'm on a Boat » enregistrée avec deux comédiens du Saturday Night Live. Là où Nelly (WSOP 2009) et Kelly Rowland (PCA 2010) s'étaient avérés tout à fait politiquement corrects et inoffensifs, T-Pain allait être une autre paire de manches. Bon, je ne suis absolument pas un fan de son hip-hop abusant un peu trop de AutoTunes (le programme informatique qui vous remet la voix en place si vous chantez faux), mais le gaillard m'a conquis dès sa montée sur scène : « OK, euh... J'ai trente minutes pour expédier cette connerie, et j'ai un peu bu. » Suivi de, sans prévenir : « J'ai un pénis de taille normale. Il n'est ni gros, ni petit. »

Ainsi aller commencer un numéro de stand-up tout à fait hilarant devant une foule à 99,9% blanche. La musique importe peu, le public est conquis d'avance : T-Pain ne prend même pas la peine de finir les couplets, le play-back fait le reste, et arrête généralement ses morceaux après le refrains, passant immédiatement à la suite. Entre cette parodie de musique, les blagues fusent, et T-Pain en met plein la gueule à un public ravi :

« Comment ça va, les filles ? Hein ? Hé, fermez vos gueules, les putes ! »

« Ceux qui ont plus de 1,000 dollars sur leur compte en banque, levez la main ! » (bien entendu, tout le monde obéit)

(en direction du coin VIP) « Hé, les enfoirés de bourgeois, comment ça va au fond ? »

(après un « I'm on a Boat » d'une minute chrono) « Hé, qui a un bateau ? Pas moi, c'est un truc pour riches blancs ! »

Bref, une bonne partie de rigolade, pas le moins du monde tempérée par l'open-bar et la présence de nombreux confrères et amis joueurs. A minuit, les portes de la boîte ouvrent, les pétasses blondes à gros nichons envahissent le dance-floor au bras des trouducs de Los Angeles, et il faut désormais payer les boissons : je m'enfuis avec Matt de PokerListings, déjà bien bourré avec ma douzième Corona à la main gauche, et la treizième à la main droite.

On titube jusqu'au Casino Royale pour un peu de Pai-Gow, mais ce casino de troisième zone n'en propose pas. On poursuit jusqu'au Harrah's, et je maintiens assez de lucidité pour correctement arranger les mains que me distribue la croupière. Le Pai-Gow n'est pas si facile à jouer quand on est en état d'ébriété.

On reste à jeu au bout d'une demi-heure. Blasé, je propose de poursuivre au casino suivant. On fait l'impasse sur l'Imperial Palace et le Flamingo pour atterrir au Bill's Gambling Hall. J'ai déjà un plan en tête. A cette heure tardive du week-end, l'endroit grouille des fêtards fauchés et alcoolisés qui caractérisent un établissement de cette classe. Je pose cent dollars sur une table de roulette, et laisse Matt prendre le contrôle des mises. Un bon choix : il n'arrive pas à perdre, et l'on accumule rapidement assez de jetons pour passer à la seconde partie du plan, qui est de graisser la patte du videur à l'entrée du Draïs, l'after la plus chaude de Vegas, et terminer la soirée sur le dancefloor aux frais du casino. A ce stade, j'étais déjà en pilotage automatique depuis longtemps.

Je ne me souviens plus à quelle heure je suis rentré... Je n'étais surement pas beau à voir. Par contre, je me souviens bien à quelle heure j'ai fini par me trainer hors du lit, malade et encore ivre : quatorze heures, soit bien après le départ du tournoi que j'étais censé couvrir. Une faute professionnelle seulement partiellement excusable par le fait que je n'avais pas à faire de reportage en direct. Comble de l'atrocité, il me fallait rendre la voiture de location à l'agence au plus vite, sous peine de casquer un jour de plus. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé conduisant sur le Strip à la vitesse d'un escargot, le cerveau embrumé et les mains tremblantes sur le volant. J'ai bien entendu réussi à me paumer en route, manquant la sortie vers l'aéroport.

Ça, c'était samedi matin. Présentement, il est mardi après-midi et je ne suis pas sorti une seule fois à l'air libre depuis. Cette toute première étape du NAPT à Vegas s'est révélée être un franc succès, avec 872 joueurs au départ. Pas une mince performance quand on pense que le tournoi a été annoncé au public il y a seulement six semaines. J'ai passé les journées qui viennent de s'écouler entre les tables du tournoi et la salle de presse, prenant des notes sur l'action, rendant compte des progrès des français sur Twitter (je m'étais juré de ne pas faire de « coverage », mais on ne se refait pas), tout en avançant sur le bouquin de Pauly. Je n'ai pas trouvé le temps de m'installer à nouveau à la table, si ce n'est pour le tournoi médias qui s'est conclu assez rapidement. Je me couche tous les soirs à minuit, et suis debout chaque matin à huit heures, donnant à mes journées un semblant de normalité assez rafraichissant dans une ville telle que Las Vegas. Le contrepoint, c'est que je n'ai pas grand chose à raconter. Je prévois de me lâcher pour ma dernière soirée à Vegas, mercredi soir.

Il reste 16 joueurs dans le tournoi principal à l'heure où j'écris ces lignes, majoritairement des américains. Quatre français ont fait l'argent sur la petite vingtaine qui avaient pris le départ, dont Fabrice Soulier avec qui j'ai dîné hier soir en compagnie de quelques autres compatriotes (merci Fabrice pour l'invitation). Demain se tiendra la finale, pendant laquelle j'aurai un entretien avec le joueur de poker le plus célèbre du monde (en tout cas l'un des cinq plus connus, aisément). Je l'ai déjà croisé des centaines de fois mais je suis tout de même nerveux comme jamais.

mercredi 17 février 2010

Lost in Translation

L'étape European Poker Tour de Copenhagen a commencé mardi. Je suis actuellement assez loin de Copenhague, et demain, j'aurai carrément changé de continent. Mine de rien, cela me fait quelque chose. En trois ans, c'est la première fois que je manque un EPT. En 2007, j'avais raté Dublin juste avant de me faire embaucher par Winamax, mais j'avais été présent à toutes les autres étapes de la saison.

Ce n'est même pas que j'ai envoyé mon collègue Harper à ma place. Non, c'est tout le reportage Winamax qui est passé à la trappe. Pas de couverture de l'événement en direct, pas de vidéo, pas d'interview, rien. Là aussi, c'est la première fois que ça se produit en trois ans sur le circuit EPT.

Que s'est-il passé ? Rien de grave, rassurez-vous. C'est juste que, au moment de préparer le voyage il y a deux ou trois semaines, je me suis rendu compte qu'un seul joueur du Team (Tristan Clémençon) était intéressé par cet EPT nordique. Pas assez pour me motiver à lever un budget pour couvrir l'épreuve, budget comprenant deux ou trois billets d'avions aller et retour, deux chambres d'hôtel hors de prix pour sept nuits, les déplacements en taxi, les repas, etc. Cumulé, cela représente une jolie petite somme, à multiplier par le nombre de tournois que nous couvrons chaque année. Nous avions déjà fait le déplacement à Copenhague les deux années précédentes, pour des résultats décevants : seulement deux ou trois membres du Team présents, peu de français en général, pas vraiment d'enthousiasme de la part des lecteurs... Et je ne parle même pas du service à l'hôtel, déplorable vu le prix exorbitant de la nuit, de la banalité de la ville, du temps glacial, de la bouffe infâme, etc, etc. De multiples inconvenances qui en ont fait fuir plus d'un, leur première participation à l'épreuve étant souvent la dernière. Comme le dit très justement l'excellent Jesse May dans sa dernière colonne pour le magazine Poker Player, les joueurs recherchent désormais des voyages de qualité. Pourquoi aller se peler le cul dans la triste Copenhague alors que dès la semaine suivante une toute nouvelle étape se tiendra dans l'excitante Berlin ?

Bref, s'il était besoin de commencer à se passer de certaines étapes jugées superflues, Copenhague était première sur la liste (et la place de Varsovie à notre programme ne tient qu'à un fil). Un tournoi se doit de respecter au moins un parmi plusieurs critères pour mériter d'être couvert par notre équipe : présence du Team Winamax, présence massive des français (Deauville, San Remo), prestige dans la communauté du poker (comme le Main Event des WSOP ou la finale à Monte Carlo), location exotique et nouvelle (Portugal, Venise), prize-pool important, etc, etc. Là, je ne vois aucune condition de véritablement remplie. La décision fut donc rapide : à la poubelle, le Danemark. On économise quelques milliers d'euros sur le budget, ce qui nous permettra d'avoir plus de moyens pour les EPT qui restent à venir cette saison, et d'aller couvrir quelques tournois qui n'ont juste que là pas été abordés sur Winamax, je pense notamment à l'Irish Open de Dublin.

Je m'étais bien amusé à suivre les progrès des centaines de scandinaves en course à Copenhague les deux années précédentes, avec leur déguisement uniforme composé de Ray-Ban et d'une crinière crinière blonde enfouie sous une capuche. Je les avais tous affublés du même surnom, « Jon Randomson », pour éviter de devoir taper à chaque fois leurs noms imprononçables remplis de lettres non disponibles sur un clavier standard européen. Tous mes confrères sur place vont me manquer cette semaine, mais force est de constater que ce tournoi manque sérieusement de caractère. Pas que je veuille couvrir des tournois style Deauville toute l'année, mais tout de même, les « Allez Papa » enjoués des livetard français sont infiniment plus divertissants qu'une salle entière remplie de joueurs de poker de 18 ans robotisés et muets comme des carpes, ayant passé l'ensemble de leur jeunesse enfermés devant leur ordinateur à jouer douze tables à la fois plutôt que de courir après les filles.

Copenhague était la seule étape un tant soi peut importante inscrite au calendrier européen en ce mois de février. J'ai donc sauté sur l'occasion, profitant de cette trêve temporaire du circuit pour demander à Winamax un congé sans solde d'une durée d'un mois. Et comme ce sont des gens bien, ils ont accepté. Après avoir enchaîné les Bahamas, Deauville et le France Poker Tour sans interruption, j'étais excité à l'idée d'échapper quelques semaines à la torture sans fin que peut parfois représenter la couverture en direct d'un tournoi de poker. Mais je n'avais pas l'intention de prendre des vacances. Non, j'attendais avec impatience de pouvoir prendre une pause de longue durée pour pouvoir enfin me mettre à un projet qui me tient à cœur, et que j'avais annoncé il y a déjà presque un an : la traduction de Lost Vegas, le bouquin de mon ami Pauly. Le premier avril 2009, Pauly révélait avoir presque terminé l'ouvrage, et je reprenais l'info le jour même en blaguant que j'avais acquis les droits de traduction en français. Le lendemain, j'étais contacté par un éditeur, un vrai, et la blague devenait une réalité.

Début 2010, Pauly s'est terré dans son appartement aux confins de Beverly Hills pour mettre la touche finale à son manuscrit dédié à une ville qu'il a fréquenté avec assiduité pendant des années, jusqu'à parfois s'y perdre corps et âme. Le bon docteur m'avait déjà transmis une première version de Lost Vegas l'été dernier, durant les WSOP. Pas satisfait de cette mouture originale de 240 pages qu'il trouvait bien trop longue et ampoulée, il s'est remis au travail sept mois supplémentaires, apportant corrections et retouches par centaines, supprimant parfois des passages entiers suite aux conseils avisés de deux experts recrutés pour l'occasion. Un travail presque terminé à l'heure où j'écris ces lignes. Pauly m'a déjà fourni la première des trois parties du livre, entièrement corrigée et prête pour la traduction, signifiant que je pouvais commencer à m'y mettre.

Le lendemain de mon élimination du tournoi DeepStack de Dublin, j'étais dans un avion vers l'Espagne, non sans avoir auparavant passé une soirée fantastique dans une boîte de la capitale irlandaise et m'être réveillé dans un endroit inconnu, la cervelle baignant dans le Jagermeister et les ongles entièrement peints en rouge. Mad m'a accueilli dans son appartement de Sitges, au sud de Barcelone, et m'a fourni un espace pour travailler au calme.

Le lendemain matin, j'étais devant mon ordinateur. Huit jours plus tard, j'avais traduit 65 pages représentant 24,000 mots (le manuscrit final en comportera environ 100,000). Première déception : c'est moins que l'objectif de dix pages par jour que je m'étais fixé. Peut-être était-ce un objectif irréaliste, ou peut-être que j'aurais pu en faire beaucoup plus, je ne sais pas trop, en fait. Il s'agit de ma première tentative sérieuse de traduction, d'un roman qui plus est. Je n'ai pas de repères. J'avance à l'aveugle, avec témérité et sans la moindre idée de ce que le résultat final va donner.

J'avoue, je me suis laissé un peu distraire tout au long de la semaine par d'interminables restos avec les amis de Mad, et par le carnaval qui n'a pas désempli tout le week-end dans les rues de Sitges. Au final, je m'en rends compte maintenant, je n'arriverai jamais au but que je m'étais fixé au début de mon congé : terminer le bouquin avant la fin du mois. J'ai à peine atteint la fin du premier tiers, et il me faudra revenir sur de nombreux passages. La dernière chose que j'avais envie de faire avec ce bouquin, c'était de le traduire le soir tard dans une chambre d'hôtel après avoir déjà bossé douze heures sur un tournoi, d'où l'idée de prendre un long congé. Mais il semble bien que c'est exactement ce que je vais être obligé de faire jusqu'au départ des WSOP.

La traduction telle que je l'ai abordée, moi le novice, elle ressemble au boulot d'un peintre. Présentement, je suis en train de passer la première couche. Je construis des phrases, j'essaie d'avancer, paragraphe après paragraphe. Quand je bute sur un mot, je consulte un ou deux dictionnaires. J'essaie de fabriquer un truc qui tienne à peu près la route, de ne pas répéter trop souvent les mêmes mots, d'utiliser des verbes intéressants.. Mais quand une expression ou un passage me semblent trop compliqués à exprimer, je ne m'arrête pas, je traduis vite fait et passe directement à la suite. Parfois, ce que j'écris ressemble à une mauvaise traduction sortie de BabelFish, et j'ai peur de me relire. Je veux balayer l'ensemble du bouquin le plus vite possible, pour m'imprégner du style et du ton à adopter. Pour l'instant, j'ai l'impression de pas trop mal me débrouiller sur les dialogues et les descriptions. Un peu moins sur les passages narratifs. Après, plus tard, il faudra passer la seconde couche, et véritablement transformer un tas de phrases et de paragraphes en un vrai roman en français. Et aussi prendre une bonne décision sur les temps à adopter (présent, passé composé, imparfait, etc) Cette seconde partie me prendra surement autant de temps que la première.

Je suis assez terrifié, à vrai dire. C'est une lourde responsabilité, d'écrire le livre de quelqu'un d'autre, d'autant que c'est un ami proche et qui m'est cher. « Écrire le livre de quelqu'un d'autre ». C'est assez prétentieux de définir la chose comme cela, mais je ne vois pas comment définir autrement le boulot de traducteur, en particulier d'un roman où le style semble aussi important que les idées véhiculées. Et le style, voilà quelque chose de difficile à transposer. Je dois transformer un bon roman écrit en anglais en un bon roman écrit en français. Si les lecteurs français du livre le trouvent à chier, ce sera en grande partie de ma faute. Je n'ai pas droit de me louper. Il y a des tonnes et des tonnes d'expressions anglaises, de tournures, de formules de style qui ne marchent pas en français. Je suis obligé d'adapter, de transformer, et forcément, à un moment ou un autre, prendre le risque d'imprimer mon propre style sur le livre. J'ai la liberté de travailler de n'importe quel endroit pour mener à bien ce projet, mais là tout de suite, j'aimerais bien être chez mes parents pour pouvoir comparer mes deux éditions de Las Vegas Parano en français et en anglais, histoire de voire comment le traducteur s'est tiré d'affaire lors de certains passages difficiles.

Je ne vous détaillerai pas le contenu du bouquin, pas maintenant. Pour cela, il faudra lire la version finale. Mais je peux déjà vous dire que c'est tour à tour drôle et glauque, sombre et hilarant. Parfois tout en même temps. J'ai déjà traduit quelques passages d'anthologie au cours des soixante-dix premières pages, et il y en aura surement plein d'autres. Les fans de poker y trouveront leur compte, avec des multiples scènes étonnantes impliquant les grands et les petits noms du circuit pro. Et les autres découvriront avec délectation l'univers de Las Vegas, sous toutes ses facettes, y compris les moins ragoutantes.

dimanche 7 février 2010

My annual contribution to the poker economy

As per last year, my recap of the European DeepStack Championship, the only tournament I take part as a player, not an observer, will be written in English, so that all of my friends abroad can read it. Not sure they will actually do, but whatever.

As I'm writing this, I'm done. I busted out midway trough Day 2. I often joke that my job consists mostly of watching people going all-in before the flop with Ace-King and pocket Queens, then trying to find a new, exciting and funny way to write about it. I must have witnessed a thousand of those classic toss-ups since I started working as a tournament reporter. This time, I was actually playing. I was the one with Big Slick, and lost to the Hilton Sisters.

This was the third time I played the EDC. The event is always a good indicator of my evolution as a poker player. This year I feel like I played the best out of the three editions. I tried a few things that I never did before, made money when there was money to be made, and stayed out of trouble when I was beat. On the other hand, the experience was slightly less fun than last year. I don't think that I played as many hands as during the 2009 edition. There were only a few truly big, exciting pots. I got dealt was less playable hands, or at least didn't find an opportunity to make money with them. It was kinda boring at times. This is what's interesting with a deep-stack tournament like that : you can play tons of hands and still be insanely bored for most of the day. During Day 1, I was the second most active player at the table (with the second biggest stack as well during the second half of the day) and still felt like all I was doing was folding. I was a bit more aggressive on some occasions, but mostly stayed true to my style : patient, tight, with a tendency to trap, avoiding wasting chips (most of the time) and generally knowing what kind of hands my opponents were holding. The biggest change for me wasn't really in the way I was playing, rather than in the way I was thinking about the situations, regarding table flow, hand range, reads, tells, metagame and all this stuff. I felt like I was seeing things under a totally different light in some places. I guess I will have to process, digest and put in practice all the stuff I learn this week-end for the 2011 edition of the EDC and start to really kick ass. Cause let's face it : my record in this tournament is starting to look embarrassing, even if I'm not ashamed one bit of the way I went out the past three years.

Anyway, here is my recap. Warning : it's a long read. Don't go any further if you don't like poker strategy talk. To sum it up : I played poker for sixteen hours. It ended on a coin-flip. I didn't make any money.

Day 1


Blinds : 50/100. My stack : 50,000.

For the first time in its three (four ?) years of existence, the European Deepstack Championship has sold out. It's probably due to the fact the buy-in has been divided by three this year. With a €500 prize-tag, there isn't a seat available in the spacious tournament room. We're playing ten-handed, and during the first three hours, the eliminated players will be replaced by alternates. All in all, 465 players participated, while previous editions struggled to reach 150 registrations.

Also, for the first time in the entire history of tournament poker, the event didn't actually start on time, but rather a few minutes before the scheduled 4pm start. I had never seen that before. The structure has been slightly revised to accommodate the enormous attendance. Having to cram the entire event in a three-day schedule, Mike Lacey and his crew decided to cut a few levels short. For instance, we will start playing at 50 and 100 blinds, not 25 and 50.

Anyway, I get off to a slow start. I'm seated at Table 18, Seat 05. I don't recognize anyone at the table. Nothing happens for a dozen minutes till I get dealt 94 offsuit on the big blind. I see a free flop with two other players, and take my very first pot with a bet of 225 on the A-K-5-T turn, since nobody wanted it on the flop. An orbit later, I discover two Kings. I make it 300 to go from middle position, and get called by the button, a young Irish player who, I will soon find out, will be my toughest opponent today at a table full of soft French players (who comprise half of the field, with half of that half being Winamax qualifiers). The flop brings K-Q-8 with two clubs. I flopped a set. I bet 425 and he calls. The turn is the 7 of clubs. Check/check. River is a 4 of spades. I value bet 700, and get called by this good player (let's call him “GP”) who moans, showing a King (“With an Ace”, he adds, tho I don't believe him).

The first elimination of the tournament occurs after 45 minutes or so. I'm impressed. Last year, it only took ten minutes before some fool shipped his whole stack on the flop with a beaten pair of Aces. 45 minutes, it's about the time it took me to witness a preflop 3-bet at my table. Those people are playing cautiously and not much is happening. I play a few hands like J8 or T9 suited, but not much happens. I either win or lose a small pot. I also attempt those small early-stages-bluffs or semi-bluffs that can help set up an active image for a moderate price. Like betting 65 of hears on a K-7-3-9 board. Or continuation-betting pocket Deuces on a 9-6-3 offsuit flop.

Blinds : 75/150. My stack : 52,375.

I raise T-7 offsuit on the button and take the blinds. Then I call a raise on the cut-off with 53 of hearts, and find a dream flop : Q-6-4, with two hearts. Flush and straight draw The original raiser bets 625. I raise him right away to build a big pot, but he folds, and the other player involved in the hand does the same.

The first elimination of the day at our table is a crazy one. But the guy with 66 on this 2-A-6-2-3 board could still have avoided 4-betting all his chips on the river – there was not much he could beat, especially not quad Deuces. Maybe a flat call would have worked the same, saving more than half his stack.

The award for my “most creative hand of the day” goes to this one... Good Player raises to 425 in early position, and I call from the small blind with Q-T of clubs. The flops is A-8-6 with one club. I check/call 550. Why not ? There might be a way to steal this pot later. The turn is a King, giving me a gutshot dra. We both check. The river is another Ace. My reasoning at this stage is : if I bet, he's gonna call me with TONS of hand. Let's do something different. GP is probably gonna bet if I check, bluffing most of the time. I check, and GP bets 1,000. I study the board for a few seconds, then check/raise to 2,900. He quickly folds, saying his Queen high didn't get there. I show him one Queen, and he says he had a Ten ticker. Me too, I say. He doesn't believe me. I think this hand helped create some respect between me and this good player – like I successfully gave the impression I'm also a good player capable of coming up with weird shit, which led to a limited number of confrontations between us during the rest of the day. I dunno.

There's a few others hand that happen before the first break, but nothing to write home about. I see a flop with Ace-Jack and find an Ace, I raise with Ace-3 of clubs but give on on a K-J-9 flop, and I play pocket threes to no avail.

Blinds : 100/200. My stack : 55,975.

Two hours of play to increase my stack by a mere 10% : I've been used to better starts in previous editions of the European DSC. Anyway, I give up a small one with pocket threes again (I try to steal on the turn, get called in two places, and loose the showdown on the river), then raise UTG with Aces (everybody folds, fuck me), then I get a walk with King-Queen offsuit.

Then another hand I quite enjoyed. A really nitty player, kind of guy who was making tons of mistakes like betting so much money on the flop with Aces that nobody will call him unless they have him beat (a classic nit mistake, they never play a hand but once they do, they screw up and loose tons of value), anyway, this old nit raises to 750 and I just call on the cut-off with... pocket Queens. The big blind calls, too. The flop is good : 642 with one spade. The old nit bets 2,100. I call and we're heads-up. Turn is an 8 of spades. Old nit bets 6,000. I call rather quickly. River is a 5 of spades. Old nits checks : he doesn't have Aces or Kings, for sure. I have the best hand and bet 6,000. He snap-calls, then mucks upon seeing my Queens. “Jacks ?”, I ask. “Tens”, he says.

I loose a small one against GP when I get outkicked with T8 of hearts, then flop two pairs with K-7 of hearts. I raise straight away and my opponent folds.

Blinds : 150/300. My stack : 70,225.

Now my stack is starting to look nice. Too bad I will spend most of the level losing pot after pot. Like this monster draw with Q-T of clubs on a T-6-3 board with two clubs, against King-Ten offsuit. Or the 9-6 offsuit that I play a bit too aggressive, and the 7-5 of diamonds that I stubbornly go to the river with, despite a lousy Q-J-7 flop. Showing some kind of tilt after being unable to win a showdown for a while, I even raise with 7-2, and sheepishly fold to a check/raise on an A-J-6 flop. “Tilt ?”, Good player asks. I don't answer. I tighten up and fold King-Queen off suit after a limp then a raise from the nit. Now I'm playing too tight ! It's still early in the tournament, but I need to cool off.

Plus, exhaustion is settling in. It's 6 pm and I've been up since 5 am, having traveled from Paris on the same day instead of arriving the night before tournament time to get some rest. Genius move that now pays off : I'm dozing off at the table. At least it makes me play tight and thus avoid unnecessary spewing. Which doesn't prevents me from making a stupid raise to 1,000 from the big blind (!) with Q-8 of spades (!!). GP calls in position (having limped) and wins the pot after I fail to c-bet the Queen high board. The turn is an Ace, completing his Ace-4 of clubs. Grrrr.

Blinds : 150/300, ante 25. My stack : 59,075.

I'm pissed off, but the antes are here. Soon enough I'll find an opportunity to make a big score, I say to myself. Or I'll just try to pick up uncontested pots before the flop.

I keep playing small pots against Good Player. We never go too crazy. Like this one when I limp from early position with King-Jack offsuit. He raises in position to 800. I call. We check the K-Q-T flop (two spades). I check call 1,100 on the 8 of spades turn. We check the 2 on the river, and I win against As-Queen. Later, GP limps from EP, and a French player raises to 1,000. I find Ace-King offsuit on the button, and raise to 3,600. Everybody folds, including the small blind, claiming it's “an easy fold with pocket Tens”. I find Aces again, and get two callers. Unfortunately, the final board comes A-4-4-6-6. It's a tough ticket to sell, and I don't make any money after betting on the river – nobody believes it could be a split pot.

With that, plus a few boring hands, the level is over. We go on dinner break.

Blinds : 200/400, ante 50. My stack : 64,150.

With the best player at the table seated four to my left and one active player located to my immediate right, it's quite difficult to steal the blinds. The Good Player always defends his blind whenever I raise, and when he folds UTG or UTG+1, it's my neighbor who raises before I get the chance myself. Too bad cause the three players on my right played insanely tight all day – easy pickups.

Anyway, I raise with King-Queen of hearts, and of course GP defends his blinds. Flop is A-T-x with two diamonds. We check. Turn is a King. We check. River is a Jack. I bet, he calls with a Jack, and I win. Maybe I'm playing a bit too passive. I'm definitely playing tight, not even calling a 3-bet with King-Queen of diamonds a few hands later. To my defense, I was out of position and facing the old nitty player. Later I'll fold Ace-Jack of diamonds on the button after a raise, a bunch of calls and a 3-bet. My own nittyness makes for a short level. Next.

Blinds : 300/600, ante 50. My stack : 60,800.

The 250/500 level has been skipped. For the first time in the tournament, I'm only 100-big blinds deep. I feel very short stack. I know, ridiculous, but after playing so deep for hours, I will need to adjust. Now I can reasonably expect to bust out on a coin-flip or with a good flopped draw. I wait till the GP is on the small blind to raise with Jack-4 offsuit. It works and I take the blinds and antes.

Then the craziest hand of the tournament... I find 65 of clubs UTG and raise to 1,600, merely hoping to pick up the blinds. I get called in four places, including the button. Then the small blind (a tight French player) decides to raise to 6,500. It's a small 3-bet given the amount in the pot already. I have a very decent hand that will often find a good flop. I call, hoping my opponents will call as well, so I can have the necessary leverage to ship my stack on the flop with a donk-bet or a check/raise. GP calls in position. Then, suddenly, the hand doesn't make sense anymore : the button goes-all in for 50,000 ! What is he representing ? Certainly not Aces or Kings or Queens. He would have 3-bet 100% of the time, unless he's the most stupid player in the universe, flat calling on the button after 4 players already entered the pot. He has Ace-King at best, or most likely Ace-Queen or Jacks. The small blind folds – he will later claim he had Queens, provoking lots of berating on my part. What the fuck ? I fold as well, of course, after hesitating a bit. I almost have proper odds against the button's range, but no way I can risk my entire tournament with 6-high. GP folds as well.

After six hours, only 45 players busted out. There are 420 players left but I don't have anything to smoke in order celebrate the moment. That's the moment I choose to play my biggest pot of the day. I truly enjoyed that one, which made me remember why I loved poker in the first place. Old nit raises to 1,600 UTG+1. I call in position with 7-5 of spades. GP calls from the big blind. I find a dream flop : Q-6-3 with two spades. Old nit bets 6,000. I wonder about what to do, then decide I won't raise before I get there. On two separate occasions, I saw Old nit min-3-betting his strong hands on the flop (Aces, Top-pair top-kicker, etc). If I raise, I will have to be ready to play for all my chips on the flop. I don't wanna go all-in on a draw, not now. I just call. GP folds. The turn is the 4 of diamonds. The best card in the deck : I made my straight and I'm invisible. Old nit bets 15,000. Now it's clear he has Aces, Kings or Ace Queen. I flat call, leaving myself with 31,000. The river is an Ace putting a third diamond on the flop. Old nit checks. I go all-in. Old nit tanks for one minute while I try to look worried about my hand. In the end, he calls and I promptly turn my straight over. Disgusted, he mucks a pair of Kings. Very bad call, as there's no way I'm bluffing on the river here.

Just like that, I'm feeling great ! For the first time in the tournament, I have more than 100,000. Last time I won a big pot, I lost several few pots in a row afterwards. Same here. I try to bluff the Old nit and he calls me with Ace high, nice one. I raise with 7-2 on the button, make two pairs on the river, and lose to a straight.

Blinds : 400/800, ante 75. My stack : 101,600.

It's late and some people aren't thinking clearly anymore. More mistakes are being made. People start playing their hands even more stupidly than usual, betting too much and committing themselves without knowing why. My brother Aurélien comes at my table to say hi – he busted out after seven hours of play. Bummer.

My biggest laydown of the day is interesting. I limp in with Ace-8 of clubs, and see the flop with a few players : A-7-2, all diamonds. We all check. Turn is another Ace, giving me trips. My three opponents checks. I bet 2,500. Only the small blind calls. He's a VERY nitty player. So when he comes out firing 12,000, a big bet, on the 5 of hearts river, I snap-fold my trips, even showing them. There's no way he's betting here with less than a flush or a full house. Period.

I stay quiet and keep folding, then find 75 of diamonds in early position. I can't resist : I raise, and GP calls me in position, of course. Flop is K-9-6 with one diamond. I check/call. Not very good. We check the turn (5) and the river (Jack). I loose to King-Queen. I raise 98 suited UTG but fold to a reraise, then I find Jacks on the big blind. The small blind limps, I raise, he calls and I win the pot on the flop. A guy with almost no chips limps, I raise with Jacks again, and he folds. Weird. Then I raise with pocket sixes, and fold to an all-in shove from the Old nit (30,000 total). Last year I called in a similar situation with 55 and won a coin-flip.

Blinds : 500/1,000, ante 100. My stack : 90,500.

It's well past midnight and there is still three full levels to play, but I don't feel too tired anymore. I limp with Deuces, me and a few players check all the way, and amazingly, I win the showdown. Then I get those three hands back to back : Ace-Ten of spades, I raise and win, pocket deuces, I raise and win, pocket fours, I open fold – I don't want to overdo it, and I'm in early position. I play a few minor pots and stay afloat. Not much happens until the last hand of the level : UTG limps, then the cutoff goes all-in for 10,000. I call from the big blind with KQ of spades. I'm up against A-8 offsuit, and turn a flush. I bust my first player of the day. This is only the second elimination we witnessed at the table so far.

Blinds : 700/1,400, ante 100. My stack : 102,700.

Finally I get a hand, Aces actually, and 3-bet my neighbor. He calls (he has 70,000) and check/folds the K-3-2 flop (with two spades). Too bad, I was ready to play for all my chips. I steal the blinds with K4 of diamonds, then see a poor guy busting out with Kings against King-Ten offsuit, all-in before the flop. He didn't have much chips but it still hurts. A guy who only played two hands today wakes up with Kings and find someone to double him up with Ace-King of Diamonds. Then I bust the Old nit with 44 against K9, all-in preflop. GP is in the hand as well, with 55, and we check all the way on a K-Q-x-J-4 flop. Yeah, I sucked out on the river. Apart from that, I just wait, since I'm not getting much playable hands.



Blinds : 1,000/2,000, ante 100. My stack : 123,300.

Yeah, it's the last level of Day 1 ! It was about time. There are 320 players left with an average stack of 72,650. I raise 5,500 with 54 of diamonds on the cutoff, but have to fold to an all-in raise. I keep playing tight, and can't find any profitable situations where I could squeeze or see a flop cheaply in position. I'm beginning to realize something that I always knew but never fully understood : poker is not a game of cards. It's a game of position, and chips. Chips are the ammo. The cards come second. During those late stage levels, a good player could certainly win lots of money without even looking at his cards. Chips could be won just by taking advantage of weaker players, scary flops, and position. Unfortunately, I'm not that kind of player. I fold for 40 minutes straight apart from a couple of blinds steals with small pocket pairs. Then Day 1 ends, after eleven exhausting hours of play. I bag 102,600 in chips and sign the form. I try to write the recap you're reading, but am too tired, and go to bed.



Me wearing my poker player costume

Day 2

Blinds : 1,200/2,400, ante 200. My stack : 112,600.


Unbagging my chips, I realize I miscounted them the night before. I got 10,000 more than I thought. Nice. There has been a redraw, and my table is a mix of big and short stacks, no one that I recognize. Mostly French people. I have 40 big blinds. Some room to maneuver, but I better win the first hands I play, otherwise the situation is gonna get tricky fast.

I keep playing tight, steal the blinds once with Q-T of spades. Then a guy who doesn't look like a genius raises UTG to 7,000, and I find Aces in the big blind. I 3-bet to 19,000. He calls, then unfortunately doesn't give me any action on a 6-6-3 flop with two hearts. Later, someone limps from early position, and a guy from Belgium raises. I'm next to act with Ace-Queen offsuit, and 3-bet to 19,000. Action goes back to him and he quickly announces all-in. I'm fold and I'm not happy, especially when one hour later he terribly overplays Ace-Jack of hearts on a 8-5-4 flop with two spades, committing his entire 70-big blind stack on a complete bluff only to get snap-called with 6-7. What a fucking donkey, I should have called him. Then I raise to 6,500 with 99, and a French dude goes all-in for 35,000. I call, and loose against pocket Tens. On a funny note, the flops goes, in that order : 9-T-T. Quaaaaaads.

Blinds : 1,500/3,000, ante 300. My stack : 73,000.

I'm below 25 big blinds, the most difficult stack size to maneuver with. I cannot 3-bet all-in before the flop after a single raise, and I cannot really call a reraise unless I have something good. But there are still a few perfect spots, like when UTG raises to 7,500, and another player calls in position. I'm in the small blind with Ace-Queen offsuit, and move all-in. Both players fold. Then someone limps, I have Ace-Queen again but something smells funny. I flat call too, and give up on the flop. The limper had Kings. Phew. I double up the terrible Belgium player when he calls one-third of his micro stack before the flop with 5-4 offsuit, and then I get moved to a new table with only fifteen big blinds. I'm pissed off. “I'm gonna bust out in two hands, maximum”, I say to a friend who's seated at the table. Maybe my rant explains what happens during the first hand I get dealt at this table : Ace-Ten offsuit on the big blind. The hi-jack raises to 7,500. I go all-in for 52,200. Despite having only 80,000 or so, he snap-calls with Ace-8 offsuit ! Wow, what a gift. I get a welcomed double up. I limp in with Q-J of clubs in late position, and make a straight. I cannot make any money, however, since there are four hearts on the board. Lucky, my sole opponent hasn't any.

Blinds : 2,000/4,000, ante 400. My stack : 122,000

I feel a bit better. I win a small pot during a blind battle, then pick up Jacks in mid-position. Someone who hasn't played any hand so far raises to 12,00 UTG+1. I don't like the spot but I don't see any other option than 3-betting. I raise to 31,000, and he folds, showing an Ace. I bust a player with a micro stack (half a big blind) when my A-8 of clubs beats his A-3 of diamonds. I raise with Q-J offsuit, but fold to a reraise. Then I find pocket sixes UTG. I raise, and get called in three places. I have no choice but to check/fold on a J-8-4 flop with two diamonds.

Blinds : 2,500/5,000, ante 500. My stack : 110,200.

A good player raises UTG to 12,500. I find As-Queen on the button. I 3-bet to 29,000, ready to play for all my chips. I have only 22 big blinds : a coin flip is more than welcome. And if he's setting there with something better, well GG me. Anyway, the unexpected happens : the guy just flat calls. Uh oh. I don't even want to look at the flop. It's J-5-2. Fuck. He checks. I check behind. Turn is a Queen. Relief. He checks again. I check. River : a King. He checks one last time. Is it necessary to bet ? I don't know, but I do bet, and he snap folds, groaning that he should have bet earlier.

I get moved to a new table. On a side not, during both times I got moved, I left the Big blind position only to be seated on the Big blind again. True story. There are 150 players left for 45 paid spots. If I'm lucky enough to reach Bubble time, the game isn't gonna be easy cause most of my opponents have lots of chips, and doesn't seem to afraid to take chances. I'm seated at table 2, so chances that I get moved are remote. The dream scenario - a soft table full of short stacks eager to make the money – won't occur.

I stay patient. I raise Ace-Ten in late position, but have to fold to a reraise. I steal the blinds with K-J of diamonds.

Blinds : 3,000/6,000, ante 600. My stack : 119,700.

Aka “the level where I go out”. I find Ace-King UTG+1 and raise, and am very disappointed when no one wants to play with me. I want to play an all-in pot ! Instead, I fold for half an hour. But somehow the poker Gods must have heard me, cause a few minutes later I get Ace-King again, and raise from the hi-jack seat. 17,000 total. This time I get action. The button (a solid French player) 3-bets to 42,000. The blinds fold, action is back to me. I think about it for just a few seconds, then push all my chips. It's only 70,000 to call in a 169,000 pot, but somehow my opponent is gonna think about it for a full minute to call me with... pocket Queens. One will argue it's a proper slowroll, cause there is simply no way the guy is gonna fold here. He's just pretending to be bothered by the situation, “oh what if he has Kings or Aces”, bla bla bla, but the thing is, from a math standpoint, he actually almost has the proper odds to call even if I have Kings or Aces. Word of advice to everyone : when you have Queens facing an opponent all-in for 20 big blinds, please don't wait. Just fucking call. We know you're not going to fold. No need to Hollywood.

The cards are turned over, the camera is rolling, there is 240,000 in the middle. If I can win this, I'll be at my highest – 40BB - since the day started. Three diamonds on the flop give me nine extra outs to make a flush, but the turn and the river are desperately black. I'm out around the 115th position or so. I don't say “nice hand”, I don't shake hands and sheepishly exit the tournament area faster than a Vegas prostitute doing the walk of shame in the Bally's corridors at 4am. My only tournament of the year is over. I'm pissed off to burst out during Day 2 for the third year in a row, having done not much wrong most of the time, but I'm glad I won't have to suffer trough this for another year. Tournament poker is for sadomasochists.

vendredi 5 février 2010

Carnaval

C'est l'heure d'enfiler mon costume de joueur de poker. Il gratte un peu, je ne rentre pas bien dedans, il n'est pas super confortable, et j'ai l'air un peu con dedans. C'est normal. Je ne le porte pas souvent. Une fois par an, tout au plus.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire en réponse à de nombreuses questions me demandant quand est-ce que je vais sauter le pas : non, je ne suis pas un joueur de poker, et ne compte pas le devenir. C'est vrai que nombre de mes confrères n'ont que ça en tête : devenir, un jour, pros des cartes. Pour eux, l'écriture, la basse-œuvre de « couvreur » de tournois n'est qu'un pis-aller, une période de transition en attendant de pouvoir à leur tour s'assoir à la table et devenir riches et célèbres. Certains y sont arrivés avec succès, mais il y en a tellement peu qu'aucun ne me vient à l'esprit là, tout de suite.

Jouer aux cartes à plein temps ne pourrait pas être plus éloigné de l'image que je me fais de mon avenir professionnel. Jamais je ne suis distrait par l'envie d'aller jouer tandis que je couvre une épreuve. Jamais je n'ai envie de m'inscrire en cash-game une fois achevée la journée de travail. Bien au contraire, je ne demande qu'à changer de sujet, et chasser les cartes et jetons de ma tête jusqu'au lendemain. Je ne suis pas aveuglé par les projecteurs de la table finale, la célébrité relative qu'engendre le succès dans ce microcosme me fait doucement rigoler, et passé quelques heures, la position assise à la table m'ennuie profondément. Et le nerf de la guerre, le pognon ? Jamais je n'aurai le niveau nécessaire pour ne serait-ce que m'approcher un peu des grosses sommes que n'accaparent chaque année les quelques happy few décrochant un titre majeur, et mon emploi actuel paie très bien, merci. Le poker professionnel est une lutte de tous les jours, un combat rendu de plus en plus difficile par la hausse constante du niveau de jeu au fil des années, et côtoyer quotidiennement le Team Winamax m'a permis de me rendre compte de la difficulté de l'activité. J'ai beau régulièrement les traiter de chômeurs, de branleurs et de tire-au-cul, je ne les envie pas.

Ce qui ne m'empêche d'avoir à plusieurs reprises tenté de m'y mettre sérieusement depuis que j'ai commencé à tâter des cartes il y a huit ans. J'ai eu mes périodes. Les manuels de stratégie, les forums spécialisés, les outils compliqués permettant d'analyser son jeu en ligne : je suis passé par toutes ces étapes. J'ai joué, joué et encore joué, surtout au début, à la fac (ma première année de poker en ligne intensive correspond au premier redoublement de toutes mes études, ce qui n'est pas une coïncidence) J'ai eu ma part de modestes succès au fil des années : une victoire dans une épreuve entre potes par-ci par là (hé, j'ai quand même gagné le mythique 2 euros rebuy du club Marseillo-Savoyard en 2006, bordel !), plein de places payées dans des tournois médias, et quelques résultats intéressants en ligne, en cash game ou en tournoi (ma plus grande fierté : première place d'un tournoi à 7,525 joueurs il y a six ans – absolument pas profitable, puisque c'était un freeroll, mais un souvenir inoubliable). Sur le long terme, je dois être gagnant, mais de peu. Rien qui ne vaille vraiment la peine de s'être acharné pendant si longtemps. Au poker, en tout cas à la table, j'ai perdu mon temps plus que mon argent.

Aujourd'hui, je ne joue presque plus aux cartes... Les rares fois ou je me lance dans une partie, ce n'est pas moi qui en est l'instigateur. C'est une occasion de passer un moment social plus qu'autre chose. Une partie décontractée entre amis à Londres, avec les potes de Gab venus de la City, à Sitges avec Madeleine et ses amis expatriés, où au beau milieu du camping avant que ne débute le concert de Phish. Le plus souvent, je succomberai à la pression collective et disputerai un tournoi médias qui s'organise spontanément à la fin d'une journée qui s'est terminée plus tôt que prévu, comme à Kiev ou à San Remo (« Allez, fais pas ta tête de cochon, et viens jouer, tout le monde est déjà assis »). Des fois, une opportunité se présente d'elle même, comme lorsque nous avions fait escale à Nice au printemps dernier le temps d'un week-end placé entre deux EPT, et disputé un satellite turbo organisé par le casino Partouche du coin. Après, il y a Vegas, bien sur, où les occasions ne manquent pas, sauf que je ne les saisis que rarement, faute de temps, et souvent faute d'envie. Je joue de temps en temps l'été, pendant les WSOP. Des fois, je repars avec une belle histoire. Pour la finale en novembre, j'avais été pris d'une subite envie, et organisé spécialement mon séjour de manière à pouvoir jouer quelques sessions de cash-game intensives au Venetian, pour un résultat désastreux, d'ailleurs. Et puis il y a l'occasionnelle partie sur Internet, quand le virus me prend. Elle ne dure jamais longtemps : il est rare que je ne sois pas déjà lassé au bout de trente minutes à peine. En particulier quand je perds.

Je jouais encore pas mal quand j'étais freelance, en ligne ou en live à l'occasion de mes fréquentes visites dans les cercles parisiens. J'avais du temps libre à foison. Mais maintenant que je suis à plein temps, depuis deux ans, je passe la plupart de mes semaines à regarder des mecs jouer aux cartes pendant quatre-vingt heures (parfois plus) presque consécutives. Ce qui ne me donne guère envie de m'y mettre une fois le boulot terminé. Mais au delà de ce dégoût naturel (et très sain, j'ai envie de dire) pour tout ce qui ressemble à une carte ou à un jeton après en avoir bouffé six jours d'affilée, il y a autre chose qui m'a fait progressivement laissé tomber. Simplement, le poker n'est pas bon pour ma santé mentale. Je ne supporte pas de perdre. La défaite me met dans un état pas possible. Je crise, je rage, je pleure, je m'arrache les cheveux et me tape la tête contre les murs après un échec cuisant, une occasion manquée, un bad beat à la con, ou une main jouée n'importe comment. Quelques moments en particulier restent gravés dans ma mémoire, comme par exemple cette ce satellite online pour les WSOP il y a trois ans. Il n'y avait qu'une seule place à décrocher, et rien pour le second. Et le second, ce fut moi. Je n'oublierai jamais le coup de poing dans l'estomac que j'ai reçu sur le coup de sept heures du matin, quand la dernière main s'est jouée devant mes yeux. Une dernière main d'ailleurs jouée de manière très correcte selon les deux ou trois experts que j'ai interrogés ensuite. Mais depuis ce jour, je n'ai jamais joué aucun autre tournoi satellite. Je n'aime pas perdre, et j'ai peur de perdre, aussi. Je n'avais vraiment gouté au vrai parfum de la victoire pour avoir envie d'y retourner encore et encore. Même si j'en avais envie, je ne pourrais jamais devenir professionnel. Trop émotif. Les reins pas assez solides. C'est surement mieux ainsi. Protégé de l'envie d'être à la place des joueurs, je peux me concentrer sur ce que je sais encore faire de mieux : raconter ce qui se passe.

Ce qui ne m'empêche pas d'être assez prétentieux pour me considérer comme un bon joueur de poker. J'ai la chance de pouvoir côtoyer régulièrement de près quelques uns des meilleurs joueurs français, et de bénéficier de leurs conseils aussi souvent que j'en ai besoin, au restaurant, dans l'avion, en ligne, partout, tout le temps. Je me suis lié d'amitié avec d'excellents joueurs étrangers qui m'ont fait profiter de leur précieuse expérience. J'ai passé plusieurs centaines d'heures à observer les tables finales des plus gros tournois du circuit mondial, commentant en direct chaque coup. J'ai même eu la chance de pouvoir m'incruster au Big Game du Bellagio le temps d'une soirée, et m'assoir derrière le meilleur joueur français du monde jusqu'au petit matin, découvrant toutes ses cartes et le regardant lancer et relancer des dizaines de milliers de dollars à chaque main. Tout cela a fait de moi un meilleur observateur quand j'exerce mon métier, me permettant de mieux rentrer dans la tête des joueurs pour décrire les coups, et faire le tri entre les bons et les mauvais joueurs. Et, je crois, cela a aussi fait de moi un meilleur joueur de poker.

Tous ces préambules pour en arriver au sujet qui occupe mon esprit aujourd'hui : l'European Deepstack Championship organisé en Irlande. Le seul tournoi de l'année que je prends vraiment au sérieux. Pratiquement le seul que je joue, en fait. Le plus cher, assurément (bien que le prix d'entrée soit passé de 1,500 à 500 euros cette année). Le seul que je mets à mon agenda chaque année au mois de février. Une tradition. Je suis tombé amoureux de cette épreuve organisée par mon pote Mike Lacey lors de ma première visite en 2007. Avec le soutien d'un généreux sponsor (merci, Anto), j'avais pu jouer avec quelques pointures du circuit européen (Joe Beevers et Arnaud Mattern pour ne citer que les plus connus) pour pas un rond, et avec une structure imbattable : 50,000 de tapis de départ, et des niveaux d'une heure qui démarrent à 25/50. L'expérience s'était soldée de manière douloureuse avec une élimination prématurée en début de Day 2 : une rencontre inévitable entre mon brelan et celui de mon adversaire. J'étais revenu l'année suivante, toujours avec l'aide de sponsors, mais en mettant de ma poche la moitié du buy-in. Là encore, le tournoi s'est mal terminé, avec un bad-beat en fin de seconde journée, mais l'expérience générale avait été encore plus agréable : après un an passé avec le Team Winamax, je ne jouais plus de la même manière.

Et me voilà de retour pour l'édition 2010, prêt à en découdre. Cette fois, je paie l'intégralité du prix d'entrée de ma poche, étant donné que l'épreuve est trois fois moins chère. L'avantage de cette baisse de prix, c'est qu'il y aura quatre fois plus de monde que lors des deux éditions précédentes. 450 joueurs, dont cent portant le logo Winamax : la boîte s'est donnée à fond pour permettre au maximum de jouer, avec moult satellites et promotions destinées à nos clubs partenaires.

Je prends l'avion dans quelques heures avec Guignol et son frangin... Le tournoi commence à 14 heures, et pour une fois, je vais jouer au lieu de regarder – tandis que sur le côté, mes frères d'armes Harper et Junior continueront de faire le boulot pour Winamax, où vous pourrez donc suivre mes progrès. Ça m'embête un peu de jouer les déserteurs, mais cela n'arrive qu'une fois dans l'année, alors...

Pour une fois, je suis excité à l'idée de m'assoir à la table. Comme dit plus haut, c'est LE tournoi de l'année que je prends au sérieux, et où j'ai vraiment envie de bien faire. Souhaitez-moi bonne chance, et rendez-vous à la fin du Day 1 (au milieu de la nuit) pour un compte-rendu complet de ma journée. Chaque minute, chaque main va être tendue. Je vais kiffer... et quand je vais finalement sauter, j'aurai comme d'habitude avoir envie de casser un truc.

Pendant que certains se préparent pour le carnaval de Dunkerque, moi, je me déguise à Dublin. Capuche, lunettes de soleil, Ipod et un gros casque sur les oreilles.

European DeepStack Championship, les archives du blog

2008
A mon tour : avant le départ
Fish de ouf : je passe le Day 1
Busto : comme le titre l'indique

2009
Here comes the dead money : réflexion sur mon parcours de joueur
On est IN pour le Day 2 : compte-rendu très détaillé du premier jour
Motherfucking deuces : la même chose pour le deuxième jour

mercredi 3 février 2010

Back to square one

Je déteste écrire, mais j'y suis accro. Et en ce moment, j'ai du mal à trouver une dose.

Où est passé le mois de janvier ? Mon journal de bord tenu quotidiennement connaît la réponse, précieux aide mémoire qu'il est. Sans lui, j'aurais du mal à suivre. Voyons voir : dix-huit jours à regarder des types jouer aux cartes. Des kilomètres de textes à l'intérêt limité, des heures et des heures à parler au micro. Trois avions (dont un vol transatlantique), six trains, trois hôtels. Six villes dans quatre pays. Une île déserte. Une demi-douzaine de soirées, dont une seule vraiment pas terrible. Au moins deux dont je me souviendrai. Plusieurs situations compliquées, une humeur changeante de minute en minute, une grosse désillusion, et pas mal de regrets, j'y reviendrai plus tard.

Et à la fin, j'ai pris le train vers Londres une dernière fois. Vidé les placards, rempli sacs de sports, valises et cartons. Mon père est arrivé en voiture et l'on s'est attelé à faire tenir toute ma vie dans le coffre. On y est arrivé de justesse. Des fringues, des livres, des disques et des films, quelques outils de travail. Pas grand chose, au final. Aucun meuble : je laisse le lit et le matelas qui seront collectés dans quelques jours par une œuvre de charité. Je garde des tas de souvenirs, la plupart dans ma tête, immatériels. Des visages et des endroits.

On a fermé le coffre, j'ai dit au revoir à Gab, et l'on est parti. On s'est arrêté au pub pour un dernier repas à l'anglaise (dans l'assiette : bangers and mash, bien sur), et l'on s'est mis en route. Il y avait des bouchons pour sortir de Londres, ça nous a pris deux heures pour arriver à Douvres et embarquer la plate-forme de ferroutage. On connaissait le chauffeur du train, alors on a rejoint le wagon de tête, s'incrustant dans la cabine, aux premières loges, l'observant manipuler ses instruments pour nous faire arriver à bon port.

Le ciel était gris à l'entrée du tunnel et l'était encore à la sortie. Une heure et demi plus tard, j'étais chez mes parents, où j'écris ces lignes confuses. Et c'est comme ça que deux ans de ma vie venaient de s'envoler. Le temps a filé si vite, et pourtant j'ai l'impression que c'était il y a une éternité que je débarquais avec ma valise à Clapham Common, emménageant dans une maison vide, dormant par terre les premiers jours, et prenant connaissance avec de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. Une éternité parce qu'il s'est passé tellement de choses durant ces deux années. Si vite parce que, bien entendu, je n'ai l'impression d'en avoir vraiment profité. Trop tard pour les regrets : mon expérience londonienne est maintenant terminée.

Je n'avais pas envie de partir mais en même temps je n'avais pas vraiment le choix. Je suis du genre qui n'aime guère le changement, les habitudes bousculées. Surtout quand ce changement s'apparente à une régression. Difficile de quitter une capitale si diverse et cosmopolite, une ville où j'avais pris mes marques, pour retrouver un pays, le mien, certes, mais où je ne m'y retrouve plus vraiment, étroit et étriqué qu'il est. Pourtant, il avait été convenu dès le départ que mon expatriation serait temporaire, bien définie dans le temps. En fait, mon séjour aurait du être beaucoup plus court, si ce n'avait été à cause de la lenteur de la mise en place des divers processus législatifs permettant à mon activité de se développer en France.

Bref, comme disent mes amis joueurs de poker en Savoie, « pas le droit de se plaindre. » Place à la suite.

Nostalgie, tout de même, avec quelques vieux posts :

There will be light
Londoner
Guignol's Band
A domicile
London Milestone
Christmas Ramblings