mercredi 20 janvier 2010

There's no off the record

Ce que je retiendrai du début des années 2000 ? Principalement que la vie privée est décidément un concept démodé. On a commencé avec le 11 septembre et toutes les politiques qui ont suivi, et on a terminé avec Facebook. Si, si, il y a lien entre les deux. Pensez-y : dans l'un comme dans l'autre, on ne peut plus rien cacher. Tous nos secrets sont révélés au grand jour, tout le monde sait tout sur tout le monde. Que ce soit contre notre volonté, ou avec notre assentiment le plus total, tout le monde est désormais une personne publique.

On ne peut plus prendre un avion sans se foutre à poil et exposer le contenu de nos bagages à un agent de police. On ne peut plus prendre une cuite sans que les photos de notre flaque de vomi encore fraiche soit mise en ligne par un « ami » sur un réseau social. On détaille chacun de nos repas sur Twitter, on est fichés numériquement par nos gouvernements, empreintes, couleur des cheveux et des yeux compris, on poste l'intégralité du contenu de nos appareils photos numériques sur Flickr, et l'on expose sa vie sur Blogger, dans les moindres détails, même, et surtout, ceux dont tout le monde se fout. Les évolutions de notre vie sentimentale sont dument annotées minute par minute sur Facebook. « Machin is single ». « Truchmuche is in a relationship with Bidule. » Ah, comme c'est pratique.

C'est la décennie du « je ». Tout le monde a quelque chose à raconter, tout le monde veut devenir une star, ou au moins une micro-célébrité, inconnue du monde entier, mais adulée par sa communauté. Les « vraies » star d'antan, les vedettes du cinéma et de la chanson sont moquées, vilipendées, ridiculisées, puisque maintenant, tout le monde est capable de faire pareil, sans talent particulier nécessaire au préalable. Paris Hilton a montré la voie avec le concept du « famous for being famous ». Les quinze minutes de gloire promises à chacun par Warhol n'ont jamais été aussi faciles à obtenir. Il suffit de s'inscrire à un casting de télé réalité pour devenir célèbre en un instant sur Youtube, avant d'être immédiatement remplacé par le prochain.

Tout çà pour dire que... Dorénavant, il faut être sur ses gardes. Internet est un formidable outil de mémoire qui conserve tout, pour le meilleur ou pour le pire. Prenez un pseudo. Ne laissez pas traîner votre nom de famille un peu partout. Un entretien d'embauche ? Un dossier pour rentrer dans une grande école ? Une petite amie potentielle ? Tous vont taper votre nom dans Google avant de se faire une opinion réelle de vous. Et, tôt ou tard, apprendront des choses que vous n'avez pas forcément envie de voir dévoilées. C'est injuste, mais c'est comme ça. Big Brother est maintenant fermement installé. Faites attention. Tournez sept fois votre langue dans la bouche avant de taper n'importe quoi sur votre clavier.

Bon, après, c'est pas la seule chose que je retiendrai de ce début de siècle, hein. Plus généralement, il y a eu la démocratisation de l'Internet super rapide, qui a encore plus accentué nos comportements ultra-capitalistes : on veut tout, et tout de suite, et gratuit, sans effort : films, musique, bouquins, tout cela n'a plus grande valeur marchande. Et aussi l'atomisation de plus en plus grande des individus : plutôt que de sortir de chez soi, on reste à la maison pour communiquer (pardon, « chatter ») par Skype, MSN , Facebook, etc, parfois même alors que votre interlocuteur est dans la même pièce (si, si, j'ai vu faire, et pas qu'une fois). Bon, tout cela ne concerne que nos riches sociétés modernes, je ne vous fait pas le tableau pour le reste du monde. « Vous allez tous mourir durant ce siècle », a dit quelqu'un à la télé hier. Un truisme, certes, mais qui fait froid dans le dos vu le contexte actuel.

Musicalement, j'ai l'impression d'être complètement passé à côté de la décennie. Les albums que j'ai le plus écoutés ces dix dernières années ont tous été produits il y a plus de trente ans. Je n'échangerais pas un baril d'Exile on Main St, Rumours ou Physical Graffiti contre la discographie complète d'Arcade Fire, Wilco ou Animal Collective. Je regarde la sélection par Pitchfork des meilleurs disques des années 2000, et je constate tristement que je n'ai même pas écouté un dixième. « Kid A » numéro 1 du classement ? Dieu sait que j'ai essayé d'aimer cet album depuis sa sortie. J'y suis revenu plusieurs fois, mais la sauce n'a jamais vraiment pris. Et pourtant, il y a pas mal de musique électronique qui m'a plu en dix ans, comme RJD2, Air France ou Cut Copy. J'ai surtout adoré le génie des 2 Many Dj's pour fusionner des sonorités différentes, et la richesse de leur culture pop. Je suis passé à côté de Jay-Z, malgré les concerts de louanges régulièrement entendus à tort et à travers dans la presse. J'ai aimé les Strokes et les Whites Stripes dès leur irruption sur le devant de la scène, avant de les voir donner des concerts mémorable en tête d'affiche du Reading Festival en 2002. Je suis tombé amoureux des Fleet Foxes, d'Amy Winehouse, de Belle & Sebastian et de Phoenix. Sufjan Steven a écrit les plus belles mélodies de la décennie, et en France, j'ai bougé au rythme du premier album de Java, j'ai apprécié l'inventivité de TTC, le réalisme effrayant du Klub des Loosers, et l'humour des Wriggles et de Didier Super. Mais à part ça, ma culture reste pleine de trous. C'est pas si mal, en fait : ça permet de laisser passer les courants d'air. Et j'ai dix années pour me rattraper. L'autre jour, j'ai passé quelques heures à remplir mon Ipod en vrac avec des dizaines de ces albums considérés comme les « Best of the 2000's ». Au boulot.

En ce qui me concerne, la décennie peut être découpée en deux parties distinctes et de même durée. Je peux résumer la première en quelques mots. Un bouquin ne suffirait pas à raconter la seconde.

2000 – 2004 : Je rentre à la fac. Je fume des pétards et bois des coups le week-end. Je vivote. Je n'ai pas beaucoup d'amis. Je ne sais pas trop ce que je vais faire de ma vie. Je laisse le temps passer les mains dans les poches. Puis, au milieu de tout ça, je découvre le poker. Je me rends à Las Vegas en décembre 2004, et là, tout change.

2004 – aujourd'hui : Il se passe beaucoup de trucs.

***

J'ai publié deux compte-rendus supplémentaires de mon expérience aux Bahamas sur le blog de Pauly, toujours en anglais. Vous pouvez les consulter ici (seconde partie) et là (troisième partie). Un bon séjour, dans l'ensemble. Pas mal de taf', pas mal de tilt, mais j'ai pu me poser sur une île déserte lors de ma seule journée de pause, alors ça valait largement le coup.

Et me voilà maintenant à Deauville. Le plus gros tournoi français de l'année va commencer dans un peu plus de trois heures. Dehors, il pleut, il fait froid, et des centaines de joueurs français sont au départ. Mais qu'importe. J'aime Deauville. C'est reparti pour six jours de reportage sur Winamax, en compagnie d'Harper et Régis.

dimanche 17 janvier 2010

Aider Haïti

Comme vous êtes maintenant probablement au courant, Haiti est depuis cinq jours un immense bordel. Plus de trois millions de personnes, à la base parmi les plus pauvres de la planète, ont été touchées par le tremblement de terre. Le statut insulaire d'Haiti rend la crise encore plus problématique : c'est le pays entier qui est touché, sans soutien immédiatement disponible à l'intérieur des terres.

Dans cette situation, il n'y a qu'un seul réflexe, une seule chose que nous pouvons faire tandis que les images du désastre passent en boucle à la télé : envoyer des sous, et vite. C'est la communauté internationale entière qui s'est mobilisée. Pour les joueurs de poker en ligne, rien de plus facile que de faire un geste pour Haiti. Quelques clics suffisent.

PokerStars a par exemple ouvert des tournois vous permettant de faire un don compris en 1 et 1,000 dollars. Ca se trouve dans l'onglet Tournois > Special sous le nom "Haiti - Earthquake Relief". Vous n'avez qu'à vous enregistrer à ce tournoi fictif pour que votre donation soit enregistrée. Pour apporter une contribution privée, vous pouvez aussi transferer le montant de votre choix (Requests > Transfer Funds) au compte "Haiti Fund". Pour chaque dollar donné par les joueurs, PokerStars rajoutera de sa poche un dollar supplémentaire, et remettra le tout à la Croix Rouge (largement reconnue comme une organisation humanitaire au dessus de tout soupçon, je précise car il y en a toujours pour soulever des doutes quand aux destinataires réels des dons). L'opération courra jusqu'à la fin du mois de janvier. Quelques heures après le lancement de l'opération, plus de 100,000 dollars avaient déjà été envoyés par les joueurs.

De son côté, Winamax a ajouté à son programme de tournois des épreuves fictives du même genre, appelées "Solidarité Haïti", avec des buy-ins compris entre 1 et 500 dollars.

Sur Full Tilt Poker, en plus du compte "Aid for Haiti" et des tournois fictifs, des tournois classiques sont organisés, avec un rake elevé (5$+5$, 14+12$, 40$+35$, etc) qui sera intégralement reversé à plusieurs organisations humanitaires.

Comme PS, Winamax et Full Tilt doubleront les donations faites par les joueurs. Je n'ai mentionné que les sites installés sur mon ordi, mais je suis sur que les autres plate-formes majeures de poker en ligne ont mis en place quelque chose.

Je citerai aussi MediShare et SaveHaitiSaturday, deux organisations où est impliquée Jennifer Browning, une ancienne collègue de l'industrie du poker impliquée depuis plusieurs années dans des projets humanitaires à Haïti.

Pour résumer... Haïti a besoin de votre aide financière, quel qu'en soit le montant. D'ici quelques semaines, l'effet de mode sera passé, et les images choc de destruction disparaîtront lentement mais surement des écrans. Ne vous y trompez pas : à ce moment là, les Haitiens seront encore dans la merde, et pour bien des années encore. La reconstruction sera longue, très longue.

vendredi 8 janvier 2010

Dispatches from the Coral Bar



A la demande de mon ami Pauly, j'ai écrit un compte-rendu de la première journée de la PCA pour le Tao of Poker. Cela fait bien longtemps que j'ai perdu l'habitude de publier ici des résumés quotidiens des tournois auxquels j'assiste. Trop d'efforts, pas assez de temps, et durée de vie trop courte. Et puis, les journées sont déjà assez longues comme ça. J'ai fait une exception pour le bon docteur. Comment aurais-je pu lui refuser ça ?

Ca se trouve ici, c'est en anglais, et ça ne sera jamais traduit en français, désolé. Comme il s'agit du Tao, on y parle principalement de putes et de drogue.

mardi 5 janvier 2010

Americana

Mon arrivée aux Bahamas cet après-midi marque la reprise du travail, et la conclusion d'une énième visite aux États-Unis (la dixième ? Douzième ? Aucune idée). Une expérience comme toujours enrichissante. A chaque séjour, j'approfondis ma connaissance de ce beau pays, et en découvre de nouvelles facettes, de nouvelles cultures et sous-cultures. Hippies, freaks, jocks, douchebags, hipsters, yuppies : petit à petit, j'ajoute un nouveau portrait à ma galerie étasunienne.

J'ai envie d'écrire une nouvelle fois à propos de Phish, de leur richesse musicale, leur générosité, leur communicative énergie qui ont fait de la soirée du Nouvel An, la plus belle depuis... toujours. J'ai envie d'écrire à propos des fans de Phish, indissociables du groupe. Une communauté marrante, diverse, ouverte d'esprit où je me sens comme chez moi, mais une communauté parfois sombre et inquiétante par endroits, car ces satanés hippies ne tournent pas qu'à la bouffe végétarienne et au lait de soja, loin de là. J'ai envie d'écrire à propos de ma première expérience réelle de ce que sont les événements sportifs à l'américaine, avec ce match des Dolphins, l'équipe de football de Miami, vécue dans un stade remplie en compagnie de collègues et joueurs du coin. Une grosse machine corporatiste bien huilée, parfois lente et ennuyeuse, et assez calme en comparaison de ce que l'on voit dans les stades européens. J'ai aussi envie d'écrire à propos de la solitude et du dégout que m'a inspiré Miami à certains endroits. L'étalage de richesse, la vacuité intellectuelle des beautiful people hantant les boîte de nuit remplies à craquer de prostituées, les condos extravagants et restaurants de luxe côtoyant la misère et la pauvreté sur fond de décor de carte postale.

Mais pour l'heure, place à mon vrai métier, qui est d'observer des types jouer aux cartes puis de raconter ce que j'ai vu par écrit. Comme chaque année, 2010 commence fort avec le plus gros tournoi du circuit derrière le Main Event des WSOP. Mon programme est des plus chargés, avec la couverte du Main Event à 10,000$ pour Winamax, puis le commentaire en direct (EPT Live) de pas moins de quatre épreuves sponsorisées PokerStars : le High-Roller, la World Cup, un tournoi de charité, et bien sur les deux dernières journées du Main Event. Après un mois entier sans tournoi, je vais bosser presque non-stop pendant dix jours, à partir de mardi midi. Je suis prêt.

***

En vrac :

- Elle est belle, et elle a du talent (mais elle est prise, désolé) : ma confrère Claire Renaut vient d'ouvrir son blog perso, Vie de fish, que je vous invite à visiter sans plus attendre. C'est bien écrit, c'est drôle, je devrais m'en inspirer, tiens.

- L'anglais Chris Hall alias Homer est l'un des plus anciens reporters du milieu, et a levé le pied ces derniers temps pour réaliser un vieux rêve : un tour du monde, de l'Australie aux Etats-Unis en passant par la Nouvelle Zélande. Suivez son périple : El Viaje Misterioso de Nuestro Jomer.

- Broseph, l'un des nombreux potes que je me suis faits grâce à Phish a écrit de jolis compte-rendus des quatre concerts de Miami. A lire par ici. A consulter aussi, la gallerie de photos de Pauly.

dimanche 3 janvier 2010

Mandatory boring end of year recap

Dieu comme je déteste ces article récapitulatifs de fin d'année, les best-of, top 10 et compagnie. Correction : j'aime bien les lire, mais je hais les écrire. Mais, maintenant que j'ai commencé l'exercice en 2007, il faut bien que je poursuive la tradition, non ? Le résultat qui suit est un peu redondant après avoir publié une vidéo et une série de photos retraçant mon année, et servira surtout à regrouper des liens vers l'ensemble des articles que j'ai publiées ici ces douze derniers mois. Comme d'habitude, je regrette de ne pas avoir écrit plus sur mon blog perso, même si j'ai produit plus de contenu que lors des deux années précédentes. Je rêve d'une position freelance à la Pauly qui me permettrait d'être un peu plus créatif, mais en même temps, je suis assez fan du concept d'avoir un chèque qui tombe à la fin de chaque mois.

Quelques statistiques... En 2009, j'ai pris 33 fois l'avion, et visité quinze pays. Je préfère ne pas calculer le total de kilomètres parcourus, me sentant déjà assez coupable envers la planète comme cela. En 2009, j'ai assisté à 30 tournois de poker en Europe, auxquels il faut ajouter les 57 épreuves des World Series of Poker à Vegas, et l'European Poker Tour aux Bahamas. J'ai joué deux tournois de poker seulement, et dormi dans 33 hôtels. Et en 2009, tout comme en 2008 et 2007, je n'ai pas passé beaucoup de temps chez moi.

En 2009, j'ai visité au moins deux villes extraordinaires pour la toute première fois. En 2009, j'ai vu au moins un groupe extraordinaire en live pour la première fois, et au moment des douze coups de minuit trois mois plus tard, je l'avais vu six fois de plus. En 2009, mon job m'a procuré au moins une immense satisfaction. Et en 2009, j'ai rencontré au moins une personne extraordinaire. Je l'ai déjà dit, et je le dirai encore : j'ai de la chance.

Janvier

Le premier jour de l'année 2009, je me suis réveillé dans une minuscule chambre d'hôtel à New York. Je venais de passer les meilleures vacances de ma vie (bien que glaciales) en compagnie d'amis tels que Pauly, Kristin, Rayan, le pro australien, et quelques membres de Sunset+Vine, l'équipe télé britannique. Le lendemain, je me suis envolé vers les Bahamas où j'ai couvert la branche américaine de l'European Poker Tour. Ni le tournoi ni le plage ne m'ont laissé une impression mémorable, et après un interminable transit entre l'aéroport de New York, l'aéroport de Bruxelles, la gare de Bruxelles et la gare St-Pancras, j'étais de retour à Londres. Quelques jours plus tard, je me rendais à Deauville pour le grand retour de l'EPT en France. J'ai bossé dur avec Paco, on a regardé la cérémonie d'investiture d'Obama en direct sur son ordi, et après avoir subi quatre heures d'images hautement déprimantes à la télé, je me suis interrogé sur la superficialité de mon activité professionnelle dans le contexte géopolitique mondial actuel.

Février

Mon dos s'est subitement bloqué tandis que je tapais un post théorisant sur la meilleure manière de couvrir un tournoi de poker, et ai du foncer à l'hôpital de Chelsea, où l'on m'a généreusement offert des médicaments qui font planer. J'ai terminé mon post laissé inachevé la veille. Il a ensuite neigé, chose rare et agréable à Londres. J'ai fêté mes douze mois de résidence dans la capitale anglaise, et me suis rendu compte que je m'y sentais bien. J'ai écrit 25 choses à propos de moi-même, succombant à un exercice hautement narcissique apparu sur Facebook. Je me suis rendu à Dublin pour disputer l'un de mes seuls tournois de l'année en tant que joueur, et écrit un post expliquant pourquoi j'avais presque cessé complètement de jouer au poker depuis que je travaillais à plein temps dans cette industrie. J'ai passé la première journée de l'épreuve avec un tapis confortable, et publié un compte rendu détaillé. J'ai été éliminé lors de la seconde journée sur un bad-beat grotesque, et écrit un autre compte-rendu, assez furieux celui-là. Je me suis rendu à Copenhague, une ville que j'aime pas, pour couvrir un autre EPT. J'ai visité le fameux quartier hippie de Cristiana Free Town, et eu une discussion intéressante avec quelques uns de leurs habitants aux cheveux longs et aux idées courtes. J'ai rendu un petit hommage au grand penseur moderne Bill Hick pour le quinzième anniversaire de son décès.

Mars

Je suis retourné pour la troisième année consécutive dans ce trou à rats qu'est Dortmund, Allemagne, et, comme d'habitude, la semaine s'est révélée être très agréable, avec une énorme fête le dernier soir dont les effets se faisaient encore ressentir 24 heures plus tard. J'ai écrit quelques lignes sur l'actualité chargée du moment : le « durrrrr challenge », le tournoi de Heads-up à Las Vegas, le projet de loi d'ouverture des jeux, etc. J'ai passé un week-end chez Madeleine en Espagne, et c'était bien, car on a écouté du jazz dans un club, joué au poker, fait une ballade en bateau, but plein de coups, et marché à travers la forêt.

Avril

Les deux mois les plus frénétiques que j'ai jamais vécus ont commencé avec l'annonce par Pauly de la publication de son premier livre à l'automne (une date qui sera ensuite reportée). J'écris en rigolant que j'ai déjà sécurisé les droits de la traduction française du bouquin, et le lendemain, un éditeur me contacte pour me proposer de le publier chez lui, transformant ce qui n'était qu'une blague en une réalité. Dans quel pétrin me suis-je encore fourré ? Réponse en 2010. J'ai visité Edinburgh avec Johny et Tallix, et conduit à travers les magnifiques Highlands qui m'ont rappelé certains décors du Seigneur des Anneaux. La délicieuse Kara Scott a failli remporter l'Irish Open, et cela valait bien un post. La salle de jeux suédoise PokerRoom a fermé ses portes, marquant la dernière étape de la fusion avec la boîte autrichienne Bwin entamée en 2006. J'ai pris le temps de rendre hommage à cette société qui fut instrumentale dans mon parcours professionnel. Ensuite, j'ai entamé un grand périple méditerranéen qui m'a emmené à San Remo, Nice, Monte Carlo puis Venise en l'espace de trois semaines. Le tournoi de San Remo fut extrêmement stressant, un tilt perpétuel. Je me suis calmé vers la fin, grâce à une bonne session EPT live avec quelques invités passionnants, une ou deux soirées intéressantes, et une journée de pause bienvenue passée avec les collègues. J'ai fait escale pour deux nuits à Nice, le temps de jouer un tournoi ultra-turbo dans un casino Partouche (échec), et testé mes talents de danseur en boîte (succès).

Mai

Monte Carlo était pareil que San Remo, mais en pire. Je hais cette ville, et ne suis que trop content de m'en échapper dès le lendemain de la conclusion de l'épreuve. Je monte en voiture en compagnie de trois joueurs allemands, et l'on traverse les montages pour arriver à Venise, sans aucun la plus belle ville que j'ai jamais visitée. Un véritable coup de cœur, avec, ce qui ne gâche rien, un tournoi très agréable à suivre. Après avoir couvert le Grand Prix de Paris (qui s'est soldé par la présence en finale de deux joueurs du Team Winamax, rien de moins), j'ai pris le temps de revenir sur mes quatre dernières semaines de travail avec un post best-of. Puis, avant de m'installer deux mois à Las Vegas, j'ai publié quelques photos de mes voyages, et listé mes dix moments préférés des WSOP 2008. La première partie de l'année était terminée, je ne l'avais pas vu passer, mais il n'était pas question de souffler pour autant.

WSOP

Je n'ai pas écrit autant que je le voulais sur mon blog durant mon séjour annuel dans la capitale du vice. Les quelques changements que j'ai apportés dans mon approche des WSOP et les jobs freelance que j'ai acceptés en ont résulté en une charge de travail accrue. Mais si c'était à refaire, je ne changerais rien. Les WSOP, malgré leur difficulté et leur longueur, furent les épreuves les plus passionnantes à suivre cette année. Plutôt que de courir comme un dératé pour relater des coin-flips en direct, j'ai préféré passer plus de temps à observer les joueurs et décrire l'ambiance générale. Le résultat a été autant critiqué qu'apprécié sur les forums. (Voir ce post pour un best-of de mon travail publié sur Winamax)

Les articles que j'ai publiés ici durant les WSOP, dans l'ordre :

« Summer Exile » - Impatience lors de la nuit précédant le départ.
« Réunion » - Arrivée à Vegas : retrouvailles avec la ville, et les collègues.
« Running errands » - Derniers préparatifs avant le début du marathon.
« Back in the office » - Le cirque est lancé. Inclus : les liens vers les meilleurs sites pour suivre les WSOP.
« Writer's block » - Nous n'en sommes qu'au troisième jour, et je souffre déjà de problèmes d'inspiration. Vinny Vihn resurgit de nulle part, et Tim Lavalli m'offre son livre co-écrit avec Mike Matusow.
« Watchamacallit » - Les boucheries à 1,500$ commencent, tandis que je visite mon endroit préféré de Las Vegas.
« Packed Day » - Une journée chargée, avec la remise des premiers bracelets, et le tournoi anniversaire réunissant trente ans d'histoire des WSOP.
« The Settlers » - Le clan Winamax emménage dans une villa grand luxe.
« The Daily Grind » - Première journée de travail de 18 heures, mais pas la dernière. LA routine s'installe.
« Prime-time blogging » - La première de mes deux grandes satisfactions professionnelles de l'été : publier un article en anglais sur le blog de Pauly. Pendant ce temps, mon pote Jason Mercier continue son rush perpétuel en remportant un bracelet en Omaha.
« Le cirque ne s'arrête jamais » - Phil Ivey remporte son sixième bracelet. Une journée historique de plus aux WSOP...
« Et de deux » - Mon blog fête son deuxième anniversaire.
« Jump Around » - Où je dévoile la grande vérité cachée des tournois de poker.
« Journée de la femme » - Le Ladies Event, la victoire d'une vieille connaissance, et le début du rush de Fabrice Soulier,
« Projet B » - Une journée de pause qui n'en est pas vraiment une.
« Two weeks notice » - Après deux semaines d'épreuves, il est temps de faire un bilan partiel, et de constater que les joueurs de cash-game high-stakes ont deserté les WSOP.
« Murphy's Law Strikes again » - C'est toujours quand on a déjà beaucoup de travail à faire que quelqu'un vient nous en rajouter un peu plus.
« The 36-hour shift » - Ma journée la plus épique des WSOP : au cours d'une session de travail marathon de 36 heures, Roland de Wolfe remporte un bracelet et donc la « Triple Crown » WPT-EPT-WSOP, et je termine un article qui sera plus tard publié en couverture de Bluff Magazine.
« En titubant » - Difficile de se remettre dans le rythme après les deux journées précédentes...
« What a beautiful face I have found in this place » - Belle performance collective du Team Winamax dans l'épreuve de No Limit à 2,000 dollars.
« Hitting the Wall » - Après 26 jours presque non-stop, je craque. Je vais aussi au cinéma voir le film le plus drôle de l'année.
« The mark has been made » - Le décès de Michael Jackson vient troubler le calme de l'Amazon Room.
« Incident diplomatique » - Davidi Kitai retrouve les joies d'une table finale, le HORSE à 50,000$ démarre, et poker et patriotisme se rencontrent pour créer un mini-scandale aux WSOP.
« The Hangover » - Une soirée en boîte(s) mémorable.
« Sprint final » - Le rythme ne faiblit pas alors que l'on entrevoit le bout du tunnel.
« Take a sad song and make it better » - Deux journées de pause riches en événements à l'aube du Main Event.
« RTT » - Harrah's raccourcit les journées du Main Event.
« Meet the decline ? » - L'effet de mode « poker » est-il passé ?
« World Series of Clustefuck » - Bordel monstre pour le Day 1D du Main Event : les organisateurs sont obligés de refuser du monde, et le scandale éclate.
« Crunch Time » - Les people tiennent la dragée haute aux pros durant le Day 2.
« Smells like Team Sprit » - La journée de pause du Main Event permet aux médias de s'assoir à leur tour, et de disputer le tournoi qui leur est spécialement reservé.
« Character Driven » - ElkY, Soulier, Benyamine... Les légendes du poker français dominent la seconde partie du Main Event, de même que mes amis Cuts et Yuestud.
« Is this it ? » - La table finale approche, et la fin des WSOP aussi... Est-ce l'heure de gloire de Ludovic Lacay ?
« The endless summer » - Surprise : au milieu de tous ces grands noms français, c'est finalement à l'inconnu Antoine Saout que revient l'honneur de disputer la table finale du plus gros tournoi du monde.

Et voilà pour ces six semaines de folie. Au milieu de mon travail quotidien au Rio, j'ai trouvé le temps de faire quelques fêtes, jouer au poker juste un peu, bien manger à deux ou trois occasions, solidifier plusieurs amitiés, dormir très peu, croiser la route d'une belle salope que j'espère ne jamais revoir, tomber amoureux (d'une autre personne), et, tout à la fin, de rencontrer quelqu'un, même si je ne le savais pas encore à l'époque.

Juillet

Après l'effort, le réconfort : la semaine qui a suivi les WSOP m'a vu parcourir plus de 3,000 kilomètres autour de la Californie avec Tallix. On a traversé la Vallée de la Mort, le parc Yosemite, on s'est arrêté à San Francisco, on a parcouru presque de bout en bout l'autoroute 1 longeant le Pacifique, et on a terminé avec deux jours de décadence à Los Angeles. J'ai réalisé un vieux rêve en dormant une nuit au Château Marmont, l'hôtel des stars où, entre autres, Led Zeppelin cassait tout durant les années 70 et où Jim Belushi a trouvé la mort. En rentrant en Europe, j'ai compilé un petit best-of de mon travail aux WSOP, rendu hommage à mes frères d'armes durant le marathon, et mis en ligne mon article pour Bluff Magazine. J'ai aussi écrit le compte rendu du Main Event pour le magazine français Live Poker.

Août

Déjà, il était temps de reprendre la route. Après seulement quatre petites semaines sédentaires à Londres puis Lille, je suis parti vers Kiev pour couvrir une nouvelle étape de l'EPT, puis j'ai assisté à l'étape parisienne du France Poker Tour qui a rassemblé 1,500 joueurs.

Septembre

Je suis retourné à Cannes pour le Partouche Poker Tour. Winamax a fait l'actualité d'une manière un peu différente que d'habitude, avec le départ d'Arnaud Mattern quittant le Team vers PokerStars, et l'attaque en justice de Partouche envers le France Poker Tour. Une période un peu difficile, chargée en stress au vu de la manière dont les deux événements ont transpiré dans la presse poker et sur les forums : beaucoup de désinformation, de fausses rumeurs, de contre-vérités, de présomptions déplacées, etc. C'était frustrant car, de par ma position, il m'était difficile de relater les événements (et c'est encore le cas maintenant), j'ai du me contenter de souffrir en silence. A la fin, j'étais tellement gonflé par les événements et l'ambiance générale à Cannes (les tournois avec uniquement des joueurs français n'ont jamais été très bons pour mon humeur) que je me suis tout simplement barré avant la fin de l'épreuve, pour rejoindre Lille et sa Braderie, dont je n'ai pas manqué une seule édition depuis 1990. Une cure de nostalgie bienvenue au milieu du tumulte. Puis, tout de suite après, direction Barcelone où je n'ai presque pas dormi, faisant la fête tous les soirs après le boulot, jusque très tard. Dans le même temps, Kevin « Harper » Noblat a rejoint Winamax pour me seconder lors des tournois, enrichir le contenu sur le site, et aussi me permettre de passer un peu plus de temps à la maison (note : on ne peut pas dire que ce dernier point fut réalisé) Les World Series of Poker Europe à Londres ne m'ont guère passionné, ce qui m'a poussé à m'interroger si je n'avais pas enfin fait le tour des tournois de poker. J'ai été invité pour la quatrième fois à participer à l'émission de radio du Club Poker à Paris. J'étais en compagnie de Guignol et cela reste l'un de mes meilleurs souvenirs de l'année, en particulier l'interview de Phil Hellmuth que j'ai du réaliser en direct, sans filet ni préparation.

Octobre

Après l'EPT de Londres, j'ai fait une overdose de poker et me suis rincé la cervelle en écrivant un long post à propos de mon groupe préféré, que je venais de voir à Londres. J'ai passé un week-end à Bordeaux pour le FPT. Mon article consacré à l'ouverture du marché des jeux en ligne à la concurrence et la législation controversée qui vient avec a beaucoup fait parler de lui sur les forums et sites de news poker. Chose qui va devenir de plus en plus fréquente maintenant que je suis épaulé par Harper, j'ai manqué le succès d'un joueur du Team en tournoi, en l'occurence Cuts à Marrakech. Mon petit frère m'a rendu légèrement jaloux en disputant l'EPT de Varsovie, qui fut finalement remporté par le français Christophe Benzimra. J'ai passé un temps fou à préparer la couverture de la tant attendue table finale des WSOP, avant de m'envoler vers Los Angeles en compagnie de bébés hurleurs. Là bas, j'ai retrouvé Pauly, Change et toute une ribambelle de hippies pour l'une des meilleures expériences musicales de toute ma vie : le Festival 8 de Phish. Trois jours au paradis à faire la fête et écouter un groupe que je ne connaissais pourtant à peine.

Novembre

Après, direction l'enfer : Vegas. En solo les premiers jours, j'ai passé du temps à la table de poker, et perdu des tonnes, avant d'assister à une extraordinaire partie de poker, la plus belle et la plus importante de toute l'année. Au même moment, je suis tombé malade comme jamais auparavant, victime de la grippe. J'ai passé dix jours dans un état d'hébétude, d'abord à Los Angeles puis à Londres, reprenant des forces à temps pour couvrir une nouvelle étape de l'EPT au Portugal. J'ai hébergé deux joueurs de poker américains en transit à Londres, l'un d'entre eux était Shaun Deeb, et j'ai réalisé un joli coup en publiant en exclusivité une longue interview.

Décembre

L'EPT de Prague fut mon dernier tournoi de l'année. L'un de mes colocataires y a remporté 170,000 euros. J'ai fait un crochet de deux jours à Paris pour le boulot, et failli rater Noël en famille. 2009 s'est finalement achevée sur une extraordinaire fête qui a duré quatre jours non-stop, dont je ne suis pas encore vraiment remis.

vendredi 1 janvier 2010

Merci

C'est marrant comme les idées les plus simples sont parfois les plus difficiles à exprimer. La nuit tombe sur Miami, c'est le dernier jour de l'année, et notre QG au quatorzième étage du Marriot s'est vidé de ses occupants. Je suis en retard pour commencer la fête, car cela fait deux heures que je suis devant l'écran à essayer de formuler une pensée toute bête.

2009 a filé à toute vitesse, tout comme 2008 et 2007, en plus intense, en plus chargé, en plus fou. Trois années de voyages et de rencontres à plein temps. Constamment en mouvement. J'ai la chance incroyable de pouvoir exercer un job demandeur mais tellement enrichissant. J'ai une vie privilégiée, jamais ennuyeuse, et des proches qui me sont chers et me rendent heureux. Là, maintenant, tout de suite, je me sens mieux qu'il y a un an, cinq ans, dix ans. Je n'aurais jamais pu prévoir toutes les choses qui me sont arrivées durant la décennie, simplement à cause de mon interêt pour un jeu de cartes.

Ce que je veux dire, c'est que même si je ne m'en rends pas toujours compte, en fait tout va bien. C'est con, mais cela méritait d'être dit, je crois. Alors merci à tous ceux responsables de mon bonheur actuel, et à bientôt en 2010. Pour la même chose, mais en mieux, si c'est encore possible.