mercredi 22 décembre 2010

Noël : c'est le moment d'acheter des trucs (enfin encore plus)

Parmi la dizaine d'articles de fin d'année pas encore écrits parce que pas de temps et pas de motivation et vas-y, lâche moi, j'ai envie de faire la fête ce soir, pas de la passer devant un ordi vu que ca fait déja douze heures que je suis en train de taper sur mon clavier, il y en a un qui est quand même assez urgent, en fait il va périmer très vite, c'est le guide d'achat de Noël. Voici donc, avec un peu de retard, les cadeaux que j'offre cette année autour de moi, que je me suis déja offert, où que j'aimerais bien qu'on m'offre, vite fait et sans prétention, il y a même les liens vers Amazon (je touche rien dessus), j'avais entamé cet article il y a deux semaines, maintenant il est trop tard pour se faire livrer à temps sur Amazon, mais on s'en fout en fait, ce n'est pas parce que Noël sera bientôt derrière nous qu'il faut se priver de consommer des trucs chouettes comme ceux que je vous propose ici.

Le Cadeau Poker



Made in Poker - Jules Pochy : Je suis sur qu’il y en a plein parmi vous qui sont dans la même situation que moi : dans votre famille, vous êtes catalogué comme « le mec qui joue au poker ». Il y a toujours un tonton pour vous dire que « c’est que de la chance, ce jeu, non ? ».Il y a la cousine qui vous demande en rigolant si vous connaissez Patrick Bruel – moi, j’ai de la chance, depuis quelques années, je peux répondre « oui, en fait je bosse pour lui », ce qui coupe court aux sarcasmes et laisse place à de grands yeux ronds incrédules. Et à Noël, évidemment, ça ne loupe pas, année après année... On vous offre des cadeaux « poker », parce qu’on se dit que, comme vous aimez bien le poker, vous aimerez forcément le tabouret « poker » avec une quinte flush royale imprimée sur le rembourrage, l’horloge poker avec une quinte flush royale sur le cadran, et le bouquin de poker à deux balles trouvé à Carrefour, si si, je suis passé par là, et ces merdes encombrent ma poubelle tous les matins du 25 décembre. Si vous êtes dans cette situation, vous avez soupiré intérieurement au moment de la remise des cadeaux, lâché un « merci » poli, parce qu’on est quand même bien obligé de dire merci, tout en se disant que bordel, est-ce qu’on offre des cartouches de cigarettes aux cancéreux du poumon ? Bref, cette année, je vais croiser les doigts pour qu’on ne m’offre le seul cadeau « poker » que je veux, celui que je n’ai pas réussi à obtenir gratuitement par service de presse, malgré que ce soit Inculte qui le sort, la boîte qui va publier ma traduction de Lost Vegas (bande d’enfoirés !) Jules Pochy est un excellent vidéaste et photographe (ce qui est bien), et un type tout à fait recommandable en général (ce qui est encore mieux). Je l’ai rencontré il y a trois ans, aux WSOP 2007, quand il venait de démarrer Made In Poker avec Fabrice Soulier, je leur ai donné un coup en rédigeant chaque jour un compte-rendu des championnats du monde pour leur site encore balbutiant (que de chemin parcouru !) Voilà maintenant Jules qui sort un bouquin du même nom, un recueil de ses plus beaux clichés pris sur le circuit professionnel. Même pour quelqu’un qui commence à en avoir plein le cul du poker comme moi, c’est juste génial. Les photos de Jules sont belles, et ne cantonnent pas uniquement à une galerie de portraits de mecs tirant la tronche à une table de poker. Non, dans ces instantanés pris à Vegas, Monte Carlo, Londres, Macao, et j’en passe, il y autre chose. Prenez par exemple les clichés saisis en bordure de Vegas, loin du Strip. Dans ces photos du désert, de la banlieue, du cimetière des néons défraichis, des casinos miteux des bas-fonds de North Vegas , il y a tout le désespoir, le vide caché, la perte de sens propre à la Ville du Vice que seul un œil avisé pouvait saisir avec justesse sur pellicule. Et dans les visages des joueurs saisis à la table et en dehors, il y a de vraies émotions, un courant qui passe, une information qui est transmise sans qu’aucune parole ne soit prononcée, rendant la légende inutile. Un beau livre, à laisser traîner sur la table du salon, et à tendre à qui vous posera une question déjà entendue mille fois : « Mais qu’est-ce qui t’attire, dans le poker ? » Pas forcément quelque chose de très pur, j’en ai peur, mais nous devons tous vivre avec nos contradictions.

Un DVD



ENTER THE VOID - Gaspar Noé : Attention, grosse claque dans la gueule, puissante, qui laisse des marques. De temps en temps, pas souvent, un cinéaste nous propose une œuvre intégrale, une vision personnelle, un truc qui sort de l’ordinaire, qui vous prend par les tripes dès le générique d’intro et vous laisse incapable de respirer, en apnée jusqu’aux dernières images. Le dernier film de Gaspard Noé est de cette race là. Une réflexion sur la mort, l’effet qu’elle a sur les gens qui vous entourent, avec la drogue comme véhicule. Pas besoin d’en prendre pour planer devant Enter the Void : le bad trip est inévitable, et délicieusement douloureux. Quand, dès la première scène, le héros – filmé en caméra subjective et que jamais on ne quittera, jamais on ne verra (ou presque) de tout le film – fume des hallucinogènes, on décolle avec lui, les fractales envahissent l’écran, le temps de distord, s'étire, et l’on est déjà prisonnier, impossible d’appuyer sur la touche pause pour aller pisser, la séance d’hypnose a débuté. Quand, une scène plus tard, il se fait tirer dessus par la police de Tokyo, on a mal pour lui, même après avoir vu des dizaines de milliers de types mourir au cinéma, cette balle là est douloureuse, on ressent le trou qui le transperce, et la vie qui s’échappe de lui. Mais le mec refuse de mourir, et alors commence un voyage terrifiant. Presque trois heures de vol, quelque part entre le réel et l’au-delà, la tête secouée dans tous les sens. C’est très cru (il y a plein de scènes hard dont une que vous n’avez jamais, jamais vue ailleurs), cela ne plaira pas à tout le monde, beaucoup se feront même chier, la performance des acteurs est inégale, mais qu’importe, je n’avais rien vu de tel depuis, pfff, Fight Club ?

Un disque



An introduction to Elliot Smith : Perte, manque, douleur, rupture, addiction, éloignement, conflit maternel, solitude, dépression : les chansons d’Elliot Smith ne parlent que de ça. Et si je vous dis que la vie de ce bonhomme hautement tourmenté s’est terminée à l’âge de 34 ans par deux coups de couteaux plantés par ses soins dans la région du cœur, vous en conclurez que cette compilation parcourant dix ans de carrière est loin de constituer la bande-son idéale d’un Noël en famille enjoué et positif. Et pourtant, si. Cela faisait un bail que je n’avais pas entendu de la musique pop aussi simple, légère, et envoutante. Impossible de résister : ce disque plaira à quiconque aimant les Beatles, donc à tout le monde. Particulièrement conseillé à tous ceux qui ne vont pas super bien en ce moment, mais sont convaincus qu’un jour proche, ça va s’arranger, c’était juste une petite baisse de régime passagère, faites moi un petit sourire, là, voilà, c'est mieux. Comment ça, je parle de moi ? Tss.

Un bouquin



La carte et le territoire - Michel Houellebecq : Il m’est un peu difficile de parler des bouquins de Michel Houellebecq, qui vient d’obtenir un prix Goncourt avec dix ans de retard. Trop proche de moi, trop intime. Vous expliquer pourquoi la lecture de son premier roman, à la fin des années lycée, a changé ma vie à tout jamais, ce serait en révéler plus sur moi-même que j’en aie vraiment envie. Pour moi, Houellebecq n’est pas un écrivain, mais un maitre à penser, le mot est fort mais je n’en vois pas d’autre. Et ses bouquins ne sont pas des romans. Ils sont beaucoup plus que cela : grille de décryptage du monde occidental moderne, voix de la raison au milieu de la médiocrité ambiante, et en ce qui me concerne, une sorte de thérapie littéraire qui m'ont rendues les frustrations du passage à l’âge adulte un peu moins douloureuses. Une lecture sombre dont on ressort transformé, mais pas complètement désespéré. Houellebecq est impitoyable dans sa description des rapports humains modernes, mais il lui reste, heureusement, une petite lueur d’espoir quand à notre espèce. Et puis, qu’est-ce que c’est bien écrit. Ca à l’air simple, d’écrire de manière aussi épurée, mais qu’est-ce que ça doit être difficile. On parlera encore de Houellebecq dans cent ans. Enfin, si la littérature voudra encore dire quelque chose dans cent ans, ce qui est loin d’être certain, rapport à l’implosion du système capitaliste, la fonte des glaces et les armes nucléaires qui vont bien finir par péter quelque part un jour.

Une bédé


Notes - Boulet (5 tomes) : Je serais bien en peine de vous expliquer pourquoi j’aime tant les bandes dessinées de Boulet. Ce sont les seules que je lis depuis la fin de Calvin & Hobbes et des Innommables. Ces Notes sont en fait la compilation (ou l’intégrale ?) des planches que Boulet publie régulièrement sur son blog. Du coup, si vous êtes radin, pas besoin d’acheter la version papier, vous pouvez vous contenter de lire le blog à l’œil. Mais être radin, c’est quand même être un peu con, car on se prive d’une partie du plaisir, celui de toucher le papier entre les doigts. Plutôt crever que de me mettre à lire un bouquin sur un iPad, celui qui arrivera à me faire remplacer mes centaines de bouquins poussiéreux, encombrants et puants de vieillesse pour une tablette électronique à la con n’est pas encore né. Mais je digresse. Lisez Boulet, ses chroniques réelles ou fictives, suivez le dans ses pérégrinations à travers le monde, ses déboires de dessinateur professionnel, ses observations sur le monde qui l’entoure, en bas, au coin de la rue, au comptoir du bar, au supermarché, dans la cour de l’immeuble, ses univers peuplés de monstres sympathiques, d’animaux qui parlent et de vrais gens rigolos.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Thanks
Toujours aussi bien écrit, et rempli de bonnes idées!

julespochy a dit…

Toujours un plaisir de te lire (bon là encore plus que d'habitude ;)).
Mais qu'entend-je, tu n'as pas reçu d'exemplaire !? Toi !?? Je vais y remédier tout de suite.
Bonnes fêtes l'ami.

ezeki4l a dit…

"Plutôt crever que de me mettre à lire un bouquin sur un iPad, celui qui arrivera à me faire remplacer mes centaines de bouquins poussiéreux, encombrants et puants de vieillesse pour une tablette électronique à la con n’est pas encore né."

THIS !

Anonyme a dit…

Une remarque concernant les notes de boulet : il s'agit de l'intégrale des notes publiés sur son blog, agrémenté d'inédits.

Anonyme a dit…

merci pour les idées! c toujours aussi bon de te lire...
au fait, quand est prévue la sortie de "Lost vegas" en France stp?
joyeux noël à toi et tes lecteurs!

HHHUGO a dit…

C'est bien que tu parles d'Enter The Void! Je l'ai trouvé très très inaccessible quand même.
L'idée est très bonne mais même si je suis fan du réalisateur, les transitions m'ont fatigué...
Quand je suis allé le voir au cinéma, plusieurs sont partis au milieu de la séance... dont un qui s'est mis à crier(!) après avoir refermer la porte.

Anonyme a dit…

Je confirme, tjs aussi agreable de te lire.
Pour Lost Vegas en francais, je l'avais commande a la Fnac mais ils ont annule ma commande le 23/12 :(
Du coup je viens de le prendre en V.O sur Amazon ;)
JFT