vendredi 24 décembre 2010

Merry Stressmas

Wattignies, 19 heures. Tout est prêt, ou presque. Les derniers toasts sont en train d'être beurrés dans la cuisine. Il y a du foie gras, bien sur, du saumon, des amuse-gueule divers : saucisson, pruneaux avec un petit bout de lard autour, des Apéricub bien sur, cacahouètes, et que sais-je encore. Le chapon est cuit depuis longtemps, il sera réchauffé et sorti du four en temps et en heure. Il y a tout un tas de plats remplis de légumes divers à toutes les sauces, du rosbif aussi je crois, mais je suis pas sur, c'est pas moi qui fais la cuisine. Dans la salle à manger, le sapin de Noël croulant sous les ornements a fait son apparition il y a quelques jours, et à ses pieds l'espace s'est progressivement rempli de présents, la plupart emballés dans du papier journal, parce que de toute façon, à quoi bon s'embêter avec un papier cadeau classe qui sera déchiré et jeté par terre en l'espace de quelques secondes ? La table du salon a été poussée pour faire de la place. Il a fallu rajouter une table de dîner à celle déjà existante, en fait la table en plastique du jardin, mais recouverte du nappe rouge en papier, on y voit que du feu. Autour des assiettes, des couteaux, des fourchettes, des verres en cristal, il y a des décorations diverses, gris gris mignons comme tout, Père Noëls miniatures, cerfs miniatures, guirlandes miniatures gris métallisé, et puis un petit carton devant chaque couvert avec la photo de la personne qui l'occupera. Je ne vais pas vous mentir en vous disant que j'ai activement participé à tous ces préparatifs. Je me suis borné à créer la play-list de Noël sur l'iPod, qui, raccordé à la mini-chaîne, offrira un bruit de fond paisible aux conversations. Rien de bien compliqué : les Beatles, les Beach Boys, les Pogues, un peu de Phish mais pas trop, Aretha Franklin bien sur, les Stones, les Talking Heads, et si les gens veulent danser, on peut s'arranger.

Ce soir, on fête Noël avec la famille de Papa. Le clan espagnol. Un peu de monde, mais cela reste raisonnable, quatorze personnes, juste les proche, sa sœur, son mari, ses deux filles, leurs maris, leur quatre gosses, et ma mère, et mon frère, bien sur. On pensera à Mémé, absente depuis six Noëls. Au même moment, à Barcelone, Madrid, et dans le sud de la France, des tas de cousins éloignés que je n'ai jamais vus ou presque vont faire de même. Demain, on recommencera avec la famille de Maman, les franco-français, toujours à la maison, à peu près autant de monde. J'ai de la chance : les années passent, mais les journées de Noël sont restées à peu près les mêmes depuis vingt-cinq ans. C'est à dire quelque chose de bien, de résolument bien, que j'attends toujours avec impatience. Un petit moment de répit, une bulle de confort temporaire avant de repartir au front, vers la vraie vie et ses vrais tracas. Quand les enfants de mes cousines ouvrent leurs cadeaux en poussant des cris, ça me ramène il y a quinze, vingt ans, quand j'étais à leur place, les cadeaux ne sont pas tout à fait les mêmes, mais la scène est identique. Le cycle se répète, c'est agréable. Elles me sont importantes, ces traditions. Quand autour de nous, tout a tendance à aller de pire en pire, c'est bien d'avoir un point d'ancrage fixe, quelque chose de doux et chaleureux vers quoi revenir chaque année, quelque chose qui ne pourra nous faire que du bien, quelque chose qui me ramène en arrière, car c'était toujours mieux avant.

J'ai de la chance, car ce n'est pas le cas pour tout le monde. Il m'est facile de l'oublier, mais pour des tas et des tas de gens, Noël est une douleur, une vieille blessure qui se rouvre chaque année. Il y a ceux pour qui Noël, c'est surtout grandir avec des parents séparés, des repas moroses où le tableau n'est jamais complet, et ne pourra jamais plus l'être. Il y a ceux pour qui chaque Noël est un deuil, ou l'on ne peut que penser à ceux qui sont partis et qui ne reviendront jamais. Il y a tous ceux, des centaines de milliers, des millions même, qui passeront le réveillon seuls, tellement seuls, irrémédiablement seuls, des gens âgés pour la plupart, pour qui le sourire du présentateur télé lançant le bêtisier ne réchauffera pas le cœur. Ils ne recevront aucun email, aucun SMS sur leur téléphone portable, qui restera désespérément muet. Et je ne parle même pas de ceux pour qui la préoccupation principale ce soir sera de ne pas avoir froid. C'est à Noël que la solitude est la plus dure à supporter, c'est à Noël que l'idée de bonheur et son absence sont les plus cruels envers ceux qui ne l'ont pas.

J'ai de la chance. Mes parents n'ont pas toujours été heureux, je ne suis pas sur qu'ils le sont aujourd'hui, car le bonheur est une chose tellement difficile, tellement fragile de nos jours, semble t-il, et plus on vieillit, plus c'est compliqué, mais j'ai la chance d'avoir été élevé dans un foyer dénué de violence, physique comme mentale. Mes parents n'avaient que peu de moyens, mais ils m'ont gâté, matériellement autant qu'ils le pouvaient, et leur affection ne s'est jamais tarie, et ne se tarira jamais. Il y a tant d'argent dans le monde, de gens dans le monde, et finalement si peu d'amour. Souvent j'ai l'occasion de me sentir seul, immensément seul au gré de mes voyages, j'accumule les déceptions, les regrets et les désillusions, mais au fond je sais qu'à la maison, il y en a un peu, beaucoup même, de cet amour, il est là pour moi quand j'en ai besoin, je peux y revenir aussi souvent que possible. J'ai de la chance.

Qu'est-ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ? La réponse à cette question est simple, tellement simple, mais cela n'en fait pas une question facile pour autant. La plupart de nos problèmes ne sont pas compliqués, ils sont juste insolubles, ce qui est tout à fait différent. Si vous avez avec vous quelque chose qui vous fait sentir heureux d'être en vie, soyez bénis. Peut-être que vous vous en rendez compte, peut-être que non, au fond ce n'est pas très grave. Et puis si vous êtes toujours en quête, ne perdez pas espoir. Je penserai à vous ce soir.

11 commentaires:

FDX a dit…

Merci à toi pour tout!
A bientôt j'espère et bonnes fêtes de fin d'année!

Rincevent a dit…

Nice post again ;)

acid a dit…

1 post business
1 post bon sentiments
fortiche le mec ;)
joyeux noel.

biniou14 a dit…

Simplement bravo.
Tu résumés tout a fait ma soirée !!
La famille reste le socle le plus fiable en ce monde, quoi qu'il arrive...

Xewod a dit…

J'adore ! Bonnes fêtes Benjo ;-)

Anonyme a dit…

Une grosse boule de neige envoyée par delà la frontière franco-belge pour te souhaiter un joyeux noël à toi ainsi qu'à tous tes proches. Je ne sais pas ce que deviendra le monde du poker mais tant que des personnes comme toi, y travailleront, on y retrouvera toujours un part d'humanité. Merci.

Thibaut

Lilou a dit…

j aime quand tu es heureux, j aime t entendre dire que tu peux compter sur certaine personne quoi qu il arrive...
continues à aimer cette période de l année c'est la meilleure !

Anonyme a dit…

joyeux noel benjo
merci de tout simplement et si réellement résumer ce que nous sommes.
very nice post dude.

Pedro Pok a dit…

Joyeux Noël !

Carlit a dit…

As de coeur… C'est bien…

shadao a dit…

Magnifique ce post !
Comme d'hab en fait(fête)!

Tu verras Benjo, un jour tu créeras ta famille toi aussi.
Et là, tu sauras encore plus pour quoi, pour qui tu vis.

Bon bout d'an.