lundi 27 décembre 2010

Gone Phishin'

Si tout se passe bien, quelque part au cours de la journée de mardi, j'atterrirai aux États-Unis. Histoire de terminer l'année sur une note festive, avec quatre concerts de Phish enchaînés en cinq soirs. Oui, je sais, c'est beaucoup, mais pour tout vous dire j'avais initialement prévu d'assister à cinq shows au total. La tempête qui a frappé la côte nord-est des States et les centaines de vol annulés qui en ont résulté m'ont forcé à décaler mon départ d'une journée. Et en fait, à l'heure où je rédige cet article, je ne suis toujours pas assuré que mes plans vont se dérouler comme prévu. Dans une heure, je vais me mettre en route vers l'aéroport de Bruxelles, et prier pour un miracle, ou plutôt une succession de miracles. Il faut d'abord que mon vol vers New York soit maintenu par American Airlines, ce qui n'a rien de certain. (EDIT à 11h42 : Bingo ! Quelle merde. Voir plus bas) Même si le blizzard semble s'être dissipé, dans ces situations le trafic aérien met toujours quelques jours à revenir à la normale, et des vols peuvent être annulés par précaution, manque d'équipage, équipement, etc. Ensuite, il faut que ce vol soit à l'heure, autre gageure, ceci pour les mêmes raisons. Après, une fois l'Atlantique traversé, il faut que la file d'attente au comptoir d'immigration ne soit pas trop longue, qu'il y ait des taxis de disponibles, que la neige sur les routes soit déblayée, et qu'il n'y ait pas trop d'embouteillages pour arriver jusque Manhattan. La réalisation simultanée de tous ces évènements semble aussi compliquée que la réaction en chaîne qui a permis l'apparition de la première molécule vivante sur la planète Terre, mais admettons qu'aujourd'hui soit mon jour de chance : si tout se passe bien, j'arriverai en début d'après-midi au croisement de Columbus et de la 82ème rue. J'y retrouverai Pauly au comptoir d'une agence de location de voiture. Nous attendra alors un après-midi de conduite vers le nord-est, et, si la route est dégagée et le trafic clément, nous arriverons en début de soirée à Worcester, petit patelin merdique situé à quarante bornes de Boston, en temps et en heure pour le concert, le deuxième du « Holliday Run » annuel de Phish. Nous avons dors et déjà loupé le premier show, qui se déroule en ce moment même, je suis en train de l'écouter en sanglotant via un streaming live de qualité pourrie mis en place par un fan à l'aide de son iPhone. Après, le lendemain, retour à New York, et direction le mythique Madison Square Garden pour trois soirs de suite, et entrer dans 2011 avec le sourire.



J'ai vu Phish treize fois en quatorze mois. A ce stade, même mes lecteurs les plus indulgents doivent se demander ce qui me pousse à retourner voir ce groupe encore et encore à l'autre bout du monde, dépensant une portion non négligeable de mon revenu disponible et de mes congés payés. Plutôt que de pondre un nouveau pavé pour tenter de vous expliquer tout ce qu'il y a de magique, d'envoutant, de généreux dans la musique et les prestations scéniques de Phish, on va procéder autrement, avec une compilation réalisée par mes soins que je vous invite à télécharger en cliquant sur le lien ci-dessous :

Phish pour les nuls

Pas facile de présenter un groupe aussi riche en seulement 90 minutes. Phish n'est pas un groupe « à tubes » qu'on peut résumer en une douzaine de chansons. En 25 ans de carrière, ils ont joué sur scène plus de 800 chansons différentes, originales ou non. Rien que durant les 13 concerts auxquels j'ai pu assister, j'ai pu entendre 178 compositions uniques ! (Je vous rassure, je ne suis pas encore assez fou pour m'amuser à calculer cette statistique moi-même, il existe un site qui s'en charge à votre place, une sorte de Hendon Mob des concerts de Phish). Et pour les chansons que j'ai entendues plusieurs fois, c'était à chaque fois une expérience différente.

Bref, considérez cette compilation (live, bien entendu) comme un introduction, un appât, une porte d'entrée vers l'univers du groupe, mais pas un portrait fidèle. Au contraire, il s'agit juste d'une sélection de chansons accessibles, faciles à écouter et à aimer. Alors que le cœur de Phish, ce sont bien leurs morceaux de bravoure de vingt ou trente minutes, ces longues compositions compliquées avec solos interminables qui font le bonheur des fans mais inécoutables pour le néophyte. Il s'agit d'un jam band, après tout, pas d'une formation pop. (J'ai tout de même mis les 13 minutes de Slave to the Traffic Light, car c'est le morceau préféré de Pauly, et juste une très, très belle pièce de musique). J'y ai inclus plusieurs reprises, après tout Phish est considéré comme le meilleur cover band d'Amérique, c'est même la seule chose qu'ils savent faire de bien, disent les mauvaises langues. Il y a Roses are Free de Ween, Good Times, Bad Times, parfaite imitation de Led Zep, Ainsi parlait Zarathoustra (un classique qu'on retrouve entre autres dans le 2001 de Kubrick est qui est toujours un grand moment en live), et surtout Cities, des Talking Heads, sans aucun doute le meilleur souvenir de mes treize concerts, inoubliable.

Un autre moyen de découvrir Phish serait de regarder Bittersweet Motel, le documentaire que leur a consacré Todd Phillips (oui, le réalisateur de The Hangover) en 1998, et visionnable en ligne gratuitement sur Google videos (ci-dessous). Plus intéressant que la moyenne des docus rock, ce film présente un panorama plutôt fidèle du groupe, sa musique, et son univers. On les voit sur scène et au dehors, on rencontre leurs fans à la mentalité bien particulière, les images défilent et l'on comprend peu à peu pourquoi les salles affichent complet tous les soirs malgré l'absence de promo sur MTV, très peu de passages télé, et aucun hit single.



Bien entendu, ce n'est qu'en voyant Phish sur scène, de visu, que l'on sera véritablement converti. Mais malgré des rumeurs insistantes, il n'est toujours pas question d'une tournée en Europe, ils ne sont pas venus chez nous depuis douze ans. C'est pour ça que je vais maintenant me rendre à l'aéroport, et prier très fort pour que mon vol apparaisse sur les grands écrans de contrôle du hall.

EDIT mardi, 11h42 : Immédiatement après avoir franchi les portes coulissantes du hall de Zaventem, je savais que c'était foutu. Juste après l'entrée, le comptoir de vente d'American Airlines, avec une file d'attente longue comme le bras, que des visages tristes, graves, déprimés, déjà résignés à des vacances fichues ou un retour à la maison encore repoussé. Cela ne pouvait signifier qu'une chose... Petit coup d'oeil au tableau des départs... Ouaip, vol annulé. J'ai pris mon mal en patience dans la file, c'était interminable car les options de secours proposées aux voyageurs étaient toutes atroces, et chacun tentait de négocier une meilleure solution, "vous avez pas mieux que dans quatre jours, pour mon départ ??" Arrivé à mon tour, j'ai fait la même chose, bien sur. On me propose un vol direct vers NYC... le 1er janvier. Autant dire après la bataille. J'explique que je suis prêt à voler de n'importe quelle capitale européenne vers n'importe quelle ville à moins de cinq heures de bagnole de la Grosse Pomme. Nouvelle proposition : un vol à connexions vers Boston, le 30. Arrivée très tard le soir. Il ne me resterait donc plus que deux concerts. Pas terrible, je préfère encore tout annuler. J'insiste, y'a vraiment rien aujourd'hui, si je fais un grand sourire, là, comme ça, vous allez me trouver quelque chose, hein, dites, allez ? La fille continue de pianoter sur son ordinateur... Et me trouve finalement le vol qui va - peut-être - sauver mes vacances, mais ce sera au prix d'un voyage interminable. Décollage de Bruxelles à 12h45. Arrivée à Londres à 13h05, heure locale. Trois heures trente plus tard, décollage vers... Chicago, où j'arriverai à 19h20, heure locale. Là encore, trois heures d'attente, puis un vol vers Boston, où j'arriverai mercredi à 1h30 du matin, si tout se passe bien. Là, je serai livré à moi-même, à cinq heures de bagnole de New York. Je vais probablement aller à l'hôtel, avant de prendre un train à l'aube. Bref, en admettant que j'en ai terminé avec les bad-beats aériens, j'arriverai à destination dans une trentaine d'heures. C'est mieux que rien. En bonus, il me faudra repasser par le contrôle de sécurité pour chacun de ces trois vols, et j'ai déjà fait sonner le portique lors du premier contrôle. Je crois qu'il s'agit du bouton de mon jean. J'ai donc encore deux palpations au niveau de l'entrejambe qui m'attendent dans les 24 heures qui suivent. Chouette. Ceci dit, j'avais un peu prévu le coup en emportant un flacon de Lexomil bien rempli.

EDIT mercredi, 17H32, heure de New York : J'ai fini par y arriver. C'était pas si difficile. Juste un peu long. Tous mes avions étaient à l'heure. Durant les huit heures du vol Londres-Chicago, je n'ai fait que dormir - mais très mal, me réveillant toutes les vingt minutes et sortant finalement de l'avion avec les cervicales en purée. De même, j'ai roupillé sec dans le troisième et dernier avion, et ai pu m'effondrer dans une chambre d'hôtel du centre de Boston vers trois heures du matin. A l'aube, j'étais à la gare centrale. La SNCF américaine est plus efficace que ce qu'on m'avait laissé entendre, le train a foncé sans encombres durant quatre heures à travers cette gigantesque banlieue qu'est le nord-est des States, et en début d'après-midi, Manhattan aparaissait dans toute sa splendeur. Me voilà installé au onzième étage d'un hôtel vieillot mais très confortable - la chambre est très grande et offre une belle vue sur le bâtiment des Nations Unies. J'ai retrouvé Pauly. Les vacances peuvent commencer. Soirée tranquille pour commencer. C'est demain que les choses sérieuses commençent, avec le premier de trois concerts au Madison Square Garden.

9 commentaires:

Matthieu a dit…

bon périple !
je viens de finir le boquin de Pauly... c'est un livre super mais tu dois bien galérer pour traduire toutes ces expressions intraduisibles du genre Mr Right now !

Anonyme a dit…

ma copine de Montréal a mis 30 heures pour venir faire Noel en France avec sa famille ! (30 h. jusque aeroport de Roissy CDG)
BON VOYAGE ! Eglantine

Anonyme a dit…

Merci pour le Phish Pour les Nuls... je ne connaissais pas du tout, et en fait, ça reflète bien ce qui a été écrit... Ca sonne très seventies, soit dit en passant, plutôt style CSN&Y souvent - en un poil plus banal, mais ça a un sacré feeling : j'imagine que ça doit être un vrai bonheur sur scène. Il y a quelques variations de style assez étonnantes, notamment le morceau "2001" qui lui bascule presque jass-rock !
Merci pour ça - et pour le blog, j'en profite, dont je suis un fidèle et anonyme lecteur depuis un moment.
Je n'ose pas terminer en disant bon voyage. Bonne chance, plutôt.
Sri

Anonyme a dit…

J'espère que ton parcours du combattant s'est bien terminé et que tu as pu rejoindre à temps tes amis pour le concert. Je vais de ce pas m'initier à Phish que je ne savais pas par quel bout prendre. D'ores et déjà une bonne année.

j. a dit…

Hé, bonne chance my friend pour le voyage:) You're gonna do it !

Djouls a dit…

hello mister
check http://djouls.com/phish/ j'ai publié ça y'a au moins 10 ans...
je me suis arreté (pour l'instant) à Big Cypress en 99 qui devait etre mon 18eme show de phish... et le premier aux US! Je crois que j'ai du faire 3 fois le tour de l'europe pour les voir jouer dans tous les petis clubs où ils ont tourné à l'époque (96/98 par là)
cheers

Benjo a dit…

Hey ! Cela fait longtemps que j'ai retourné ton site dans tous les sens, il est bien référencé sur Google. J'avoue être assez jaloux de Big Cypress, et que tu aies pu approcher le groupe en toute détente lors de leur passage en Europe. Et dire qu'ils ont joué à 5mn de chez moi en 1997 !

Je n'ai commencé à m'y intéresser qu'il y a deux ans.

J'ai aussi écrit un article sur mon experience au Festival 8 - mon premier concert de Phish - fouille dans les archives de novembre 2009 si ça te dit.

Une tournée en Europe semble hélas illusoire dans l'état actuel.

Anonyme a dit…

I guess it paid off with the Ghost Jam. :-)

Todd V

Benjo a dit…

It sure did !!