jeudi 11 novembre 2010

Exile on Main Street

Après l'overdose de tournois en septembre et début octobre (22 journées à regarder des types jouer aux cartes en cinq semaines, dans quatre casinos/hôtels différents, qui dit mieux ?), je n'étais pas mécontent de retourner bosser dans les bureaux de Winamax. Deux semaines de suite dans les locaux de la boîte : c'est rare que j'y reste aussi longtemps sans bouger. Je ne me rapelle plus la dernière fois que c'est arrivé. Ces deux semaines, je les esperais tranquilles, comme une sorte de calme après la tempête... Que dalle : on était au point culminant du mouvement social anti Sarkozy/réforme des retraites, et il y avait des tas de choses à faire au bureau bureau.

Cela fait maintenant neuf mois que j'ai quitté Londres, et jusqu'ici, j'ai résisté à m'installer à Paris (ce qui serait pourtant le plus logique), préférant retourner chez mes parents, à Lille. Manque de temps pour chercher un appartement, et manque d'envie, aussi, n'étant pas un grand fan de la capitale. Cette décision, j'ai eu tout loisir de la regretter durant le mouvement de grève. Certains jours, je passais presque plus de temps dans les transports, en route vers le bureau, qu'à être présent au bureau. Soirée typique, vécue plusieurs fois de suite : un RER en retard, et je manque le train vers Lille. J'arrive à la gare du Nord à la bourre, et en fait le train est retardé d'une heure et demie. J'arrive à Lille, et il n'y a ni bus ni métro. Etc, etc. Vous voyez le genre.

Mais j'ai souffert en silence, car, en fait, ce mouvement social, je n'étais pas contre, bien au contraire. Je pourrais écrire une dizaine de pages énervées à caractère politico-économique sur le sujet (en évoquant le contexte mondial et l'emergence des marchés indiens et asiatiques, les enjeux de long terme, le manque de courage politique de nos dirigeants), mais je suis pas sur que cela a sa place ici. Lisez plutôt Emmanuel Todd ("Après la démocratie"), si vous êtes intéressé par le sujet, et si vous ne l'êtes pas, vous devriez, parce que pour résumer, on est plutôt mal barrés.

Aussi, la question qu'on me pose le plus souvent, c'est "Mais qu'est-ce que tu fais, dans les bureaux de Winamax ?", comme si mon travail ne se limitait qu'aux reportages lors des tournois de poker. Réponse courte : des tas de trucs. C'est l'effervesence, en ce moment, chez les W. Des tas de projets de partout, et comme je suis plutôt du genre lent, je suis vite débordé.

Ainsi, je n'étais pas mécontent de fuir à New York le temps d'une dizaine de jours... Mon exil sur "Main Street" à moi. Mon voyage était préparé depuis longtemps, mais tombait à pic en cette période tumultueuse. Raconter New York est une tâche quasiment impossible. C'est plutôt un truc à vivre. J'étais assez chanceux de m'y rendre une deuxième fois, après une première visite fin 2008. Je me contenterai de dire que, comme à chaque fois que l'on visite une grande ville mythique, tout est exactement comme on l'avait imaginé. New York bouillonne, on peut sentir son coeur battre en marchant dans les rues, à toute heure du jour et de la nuit. Manhattan est dressée toute verticalement : on passe son temps à marcher en levant la tête comme un idiot, emerveillé par la hauteur des gratte-ciels. Comme c'est bon, d'être un idiot.

Une photo vaut mieux qu'un long discours, et c'est bien connu, 99% des gens ne regardent que les images sans faire attention aux textes (vous pouvez cliquer pour agrandir) :



C'est à peu près la vue offerte par n'importe quelle avenue de Manhattan






Comme des centaines d'autres touristes, j'ai pris le ferry (gratuit) en direction de Staten Island, histoire de pouvoir observer la ligne d'horizon mythique avec un peu de recul. Et comme des centaines d'autres touristes, j'ai quitté le ferry pour y réembarquer aussitôt, car il n'y a vraiment rien d'intéressant à voir sur Staten Island, une circonscription majoritairement résidentielle.



Le deuxième (et dernier) truc intéressant à voir depuis le ferry : un cadeau des Français aux Américains

Central Park



Central Park est le poumon de Manhattan - avec 3,1 kilomètres carrés, il occupe plus de la moitié de l'île sur sa largeur. Très joli à visiter. Cela n'a aparemment n'a pas toujours été le cas. Le parc a servi de bidonville durant la Dépression des années 30, et de repaire aux gangs jusqu'au milieu des années 80.






Un panneau indiquant un abri anti-atomique, à l'entrée d'une école près de Central Park. J'en ai croisé plusieurs, de ces écriteaux d'une autre époque. Probablement qu'aucun d'entre eux n'est encore fonctionnel, s'il l'ont jamais été.

Le "Met"



Depuis le toit du Metropolitan Museum, l'expression "Jungle urbaine" prend tout son sens.



Au Metropolitan Museum, on trouve un peu de tout : de l'abstrait, du concret, du vieux, du moderne, des peintures, des sculptures, des reliques, des armes à feu, des meubles... Dans l'aile moderne, j'ai bien aimée cette installation appliquée à même le mur. Ci-dessus : vu de face, à un mètre de distance. Ci-dessous : vu de côté (c'est Pauly qui sert d'échelle)





La bannière étoilée est bien tristounette quand on lui enlève ses couleurs... Au vu du déclin (final et inéluctable ?) que subit le dollar actuellement, c'est plutôt d'actualité



Ca aurait ptète une bonne idée de noter les auteurs des installations, mais bon

Shopping



Le premier disquaire que j'ai trouvé était le bon : "Generation Records", dans le West Village. Des milliers de 33 tours, neuf et occasion, avec plein de raretés hors de prix. Je suis reparti avec l'intégrale du Velvet Underground encore sous blister, pour moins cher que ce qu'aurait demandé un brocanteur en France. Le rayon CD et DVD est pas dégueu non plus.



Près de Wall Street et du site du World Trade Center, un magasin proposant des milliers d'affiches anciennes et contemporaines : réclame, films, agences de voyages, cartes postales... J'ai vu plein de marques françaises de grand-mère, genre Delespaul Havez et Ripollin, ça coute la peau du cul, j'imagine que les nouveaux riches new-yorkais en raffolent

Vu de haut



Depuis le Brooklyn Bridge - au centre, l'Empire State Building, le plus haut bâtiment de New York (depuis 2001 tout au moins)




Nous sommes montés au 102 étage (381m de hauteur), mais c'est au 86ème qu'on peut admirer la vue la plus spectaculaire, avec l'observatoire panoramique extérieur



On a eu du bol en se pointant vers 18 heures : cela nous a permis d'être aux premières loges pour le coucher du soleil



Le Chrysler Building a droite








Times Square : un écran publicitaire géant. Ca se voit pas bien sur la photo, mais il y en a vraiment des centaines, sur cent mètres de long, désormais presque tous électroniques avec des animations vidéo rivalisant d'ingéniosité. Le piège à touristes fonctionne : comme des milliers d'autres pigeons, j'y suis resté une bonne heure le nez en l'air et la bouche ouverte devant la réclame. Regarder des pubs : la dernière étape du tourisme consumérien.

American Museum of Natural History



Je détestais les sciences naturelles au lycée, et il faut vraiment l'insistance d'une jolie demoiselle pour me convaincre de me rendre à un musée de ce genre. Bon, celui de NYC explose sans forcer celui de Londres, avec 32 millions de specimens. Evidemment, ils ne sont pas tous exposés.



Un véritable moai de l'île de Pâques...



On retrouve des dinosaures d'à peu près toutes les tailles

Phish




La raison principale de mon séjour ? Le groupe Phish, une fois de plus. J'avais préparé mon voyage il y a deux mois et demi, dès l'annonce de leur tournée d'automne, avant même de savoir si j'allais réussir à décrocher un ticket pour les concerts. Cela m'a permis d'obtenir le billet aller et retour Londres - New York le moins cher du monde (à peu près le prix d'un A/R Lille - Nice, si si). C'est ainsi que j'ai pu voir le groupe trois soirs de suite à Atlantic City, dans le New Jersey. Cet état est réputé comme le plus craignos des Etats-Unis, et les trois heures d'autoroute depuis New York n'ont pas démenti cette réputation : une infinie succession de déchetteries, usines fumantes et marécages poisseux, tout pareil que dans le générique des Sopranos. Atlantic City est l'une des rares villes de cette partie du pays où le jeu est légalisé. J'imagine qu'on pourrait la considérer comme le Las Vegas du nord-est des USA, on y retrouve d'ailleurs quelques enseignes familières comme le Caesar's Palace, le Tropicana ou encore Harrah's. Un Las Vegas encore plus désolant que l'original, avec, je crois, le plus fort taux de criminalité du pays. Derrière le "Boardwalk", la promenade en bord d'océan avec ses casinos alignés sur plusieurs kilomètres de long, on ne trouve qu'un paysage devasté, maisons à moitié abandonnées, terrains vagues, prostitution et dealers de crack. Enfin, c'est ce qu'on m'a raconté, en me mettant en garde d'aller vérifier moi-même.

Mais qu'importe : la musique fut une fois de plus exceptionnelle, et je suis bien content d'avoir une fois de plus cramé un large pourcentage de mon revenu disponible pour aller voir Phish sur scène. Le concert du 31, en particulier, fut magique. Comme à chaque fois que le groupe joue le soir d'Halloween, un concert surprise était prévu au milieu des cinq heures de musique, où Phish se "déguise" en couvrant l'intégralité d'un album d'un autre groupe. L'année dernière, j'avais eu le plaisir d'écouter Exile on Main Street des Rolling Stones. Cette fois, nous avons eu à droit à la reprise de Waiting for Columbus de Little Feat. Un choix surprenant car il ne s'agit pas d'un groupe très connu, mais je n'ai pas été déçu car j'ai pu découvrir un album jouissif, dansant, rythmé, funky et plein de "soul". Une section de cuivres complète avait été engagée pour l'occasion, de même qu'un percussioniste : avec dix personnes sur scène, le son était riche, un régal pour les oreilles.

Le truc génial, c'est que personne parmi les spectateurs ne savait quel album allait être joué avant d'entrer dans la salle de concert le soir-même, moment où chacun a reçu un prospectus révélant la surprise. Durant les semaines qui ont mené à Halloween, les forums de fans étaient remplis de spéculations concernant l'album qui allait être joué, et le consensus portait sur Led Zeppelin. Un choix "grand public" qui semblait logique, après que Phish ait couvert dans le passé des légendes telles que les Beatles, les Who, le Velvet Underground, Talking Heads, et les Stones. Le groupe devait surement être courant de ces rumeurs, car la veille d'Halloween, le 30, lors du deuxième concert, nous avons pu les entendre improviser deux bonnes minutes de "Whole Lotta Love" au milieu d'un de leurs morceaux. Je vous laisse imaginer la réaction des 14,000 fans. On se demandait : s'agit-il d'un indice concernant l'album qui va être joué le lendemain ? Réponse dès le morceau suivant, un titre appelé... "Ha ha ha". Le message était clair : on vous a bien eus, on ne jouera pas Zeppelin ! Pour la deuxième partie du concert, ils ont enfoncé le clou en insérant toute une série d'impros Zeppeliniennes au milieu de "Tweezer", l'un de leurs morceaux phares : on a eu droit à "Ramble on", "Thank you", "Heartbreaker" et même l'intégralité du solo de "Stairway to Heaven". Le public devenait de plus en plus fou à mesure que les impros s'enchaînaient, c'était un plaisir à voir et à écouter. C'est, entre autres, ce que j'aime avec Phish, et qui me pousse à y retourner le plus souvent possible : on ne sait jamais ce qu'il va se passer durant leurs concerts. Bien entendu, j'ai déja bouclé les reservations pour le Nouvel An à NYC, au Madison Square Garden...



Grand moment de "geekitude" sur le chemin du retour vers New York : nous nous sommes arrêtés à Broomfield, un patelin paumé dans le New Jersey, pour y visiter le "diner" où fut tournée la toute dernière scène des Sopranos. Le juke-box n'était pas en état de marche, et je n'ai donc pu mettre une pièce pour jouer "Don't Stop Believing", mais on a tout de même commandé des oignons frits.

7 commentaires:

Matthieu a dit…

hehe, great post !
ca donne envie et pourtant je suis pas fan de NY

jomannix a dit…

On dirait que t'as kiffé ta race (on me souffle dans l'oreillette que c'est comme ça qu'on dit). Le NYE à NYC pas mal comme choix vu l'event, enjoy :)

Faudra qd mm faire une tournée des clubs de jazz ca vaut vraiment le coup (et tu peux emmener tes oignons frits et ta gnole, c'est prevu pour ;) )

Nice cr as always !

HHHUGO a dit…

Énorme! La dernière scène des sopranos... D'ailleurs, quelle est ta version de celle-ci?

Benjo a dit…

C'est bien le Hugo auquel je pense ?

J'ai adoré la dernière scène des Sopranos. J'ai beaucoup à redire sur les 2 dernières saisons mais ils ont vraiment réussi la fin, je pense qu'ils ont terminé de manière parfaite. C'est à la fois frustrant (car il ne se passe rien et ça coupe brutalement) et en même temps très satisfaisant d'un point de vue narratif (car quand on réfléchit, tout est dit dans cette dernière scène !)

Anonyme a dit…

bravo benjo, super post, super photos bon courage si tu t'installes à paris (si c pas déjà fait...) continues, j'adore ton blog!

Anonyme a dit…

beau voyage... ça donne envie de s'arrêter un peu de bosser...
eh, quand tu galères à Paris, passe un coup de fil !! Yu et moi on a un super canap..
biz, axe.

HHHUGO a dit…

oui c'est bien moi!

J'avais pas réalisé la première fois que j'ai regardé cette série à quel point les 2 dernières saisons sont "en dessous".

Concernant le final, j'ai été très frustré. Il faut dire que j'avais regardé la série entière en 3semaines... c'était plutôt intense donc le final était encore plus brutal. Et j'ai eu du mal à l'interpréter aussi...