vendredi 29 octobre 2010

Procrastination et fonds de tiroir (fin)

World Series of Poker Europe

C'est la première fois en quatre ans que je manquais le départ de la version européenne des championnats du monde. Nous avions été retenus par le Winamax Poker Open, et quand nous sommes finalement arrivés à Londres, deux épreuves étaient déjà terminées : le short-handed à 2,500£, et le Pot-Limit Omaha à 5,000£. Dans le second, Jeff Lisandro décroche son cinquième bracelet, et dans le premier, c'est Phil Laak qui remporte une victoire attendue de longue date par ses nombreux fans. L'ancien employé de Winamax Vincent Dalet manque de peu la table finale avec une huitième place. « Oryn » avait généreusement financé une partie de mon EPT à Tallinn, et j'avais promis de lui renvoyer l'ascenseur à la prochaine occasion. Hélas pour moi, je n'avais aucun pourcentage ici, ses parts s'étant vendues comme des petits pains avant même que j'aie eu le temps de m'y intéresser.

Se loger à Londres est un casse-tête pour qui ne dispose pas d'un budget illimité. J'avais prévu de dormir chez un ami, mais celui-ci m'a lâché en toute dernière minute, la veille du départ. Panique à bord : j'ai galéré pour trouver une solution de rechange, me rabattant finalement sur l'Umi, un petit hôtel près de Notting Hill, pour moins de 200 livres la nuit. Le second soir, je suis rentré vers quatre heures du matin, et ai été accueilli par un nuage de vapeur emplissant la pièce entière, et une température à quarante degrés : la douche tournait à fond, avec le potentiomètre réglé du côté « eau chaude ». Bon sang, que s'était-il passé ? Comme j'étais certain de ne pas oublié de couper l'eau en partant, un mystère à la Raymond Chandler me tendait les bras. J'ai cogité toute la nuit, avant d'apprendre la (décevante) vérité le lendemain : une équipe de maintenance était passée dans l'après-midi pour régler un problème d'eau chaude.

Côté boulot, Harper et moi étions au bord de la rupture après quatre journées intenses à Dublin. On en était même pas à la moitié de notre marathon de reportages : un changement de rythme s'imposait. Plutôt que d'être présents tous les deux du matin au soir, nous avons décidé partager nos heures au casino Empire, et ainsi travailler en rotation. J'ai fait exception pour les trois premières journées du Main Event, où la charge de travail était trop importante pour se permettre de procéder de cette manière, mais à part ça, nos neuf jours aux WSOP-E sont passés comme une lettre à la poste. Y'a pas à dire, passer de 15 à 9 heures de travail par jour, ça change tout. J'ai pu rattraper les heures de sommeil en retard, prendre le temps de rendre visite à mes disquaires préférés de Notting Hill et Soho, flâner dans les rues de Londres...

Je suis un grand fan des WSOP-E. Les épreuves sont belles, variés, pas trop grosses, et se déroulent au beau milieu d'une ville que j'aime. J'ai développé une excellente relation avec les organisateurs, qui nous accueillent désormais comme si on faisait partie de la famille. Bizarrement (ou pas), très peu de médias se sont déplacés, ce qui a rendu les tournois encore plus faciles à couvrir, car nous n'étions pas cinquante à piétiner dans l'espace réservé aux tables. Et, miracle, nous disposions même d'une salle de presse en bonne et due forme, dans un bureau désaffecté situé non loin des tables. Ça a toujours été le problème, au casino Empire : il n'y a pas de place, et les journalistes ont toujours été le cadet des soucis des organisateurs. Pour vous en convaincre, petite rétrospective des salles de presse depuis la création des WSOP-E :

2007 : une salle en sous-sol dans l'hôtel Radisson de Leicester Square... à 300 mètres à pied du casino Empire ! J'ai du parcourir quarante kilomètres durant cette semaine là.
2008 : un bar situé à l'étage du casino, à 100 mètres des tables. Assis sur des canapés, l'ordinateur sur les genoux pendant deux semaines. Mal de dos garanti.
2009 : un bar près des tables, il y a du mieux, sauf que le bar en question ouvrait tous les soirs à 18 heures, et se retrouvait rapidement rempli de fêtards éméchés menaçant à tout moment de renverser leur pinte de bière sur notre matériel. Il y avait de quoi péter un câble.

Vous voyez le chemin parcouru en quatre ans...

Après Phil Laak, c'est un autre joueur à qui le bracelet avait longtemps échappé qui s'est imposé dans l'épreuve de heads-up : Gus Hansen. Le danois faisait face à Jim Collopy, et la victoire a failli lui échapper à de nombreuses reprises. J'étais fermement du côté de Jim, un ami depuis notre première rencontre il y a un an (c'était sur le pas de la porte de ma maison à Londres, il était à l'intérieur et avait refusé de m'ouvrir). Gus a comme d'habitude pratique son style préféré : « chatte-agressif », comme je l'apelle, et s'est sorti plusieurs fois de situations difficiles grâce à des turns ou des rivières miraculeuses. Je me moque, mais c'était tout de même sympa de le voir gagner. Une victoire médiatique qui a plu à tout le monde, Gus le premier, qui était heureux comme un gamin après avoir reçu le bracelet qu'il attendait depuis un bail.

Ensuite, il y a eu le Main Event... Qui représente pour moi l'apogée du poker professionnel en tournoi. Peu de joueurs (346), mais presque exclusivement des fines lames. La partie a été de qualité exceptionnelle tout du long, surtout à la fin, avec Viktor Blom et Phil Ivey en demi-finales. Une table finale avec ces deux là aurait pu être historique (rappelons que Viktor Blom est très probablement le fameux « Isildur1 » en ligne), mais leur parcours s'est arrêté en 16ème et 19ème place, respectivement. La rumeur qui courrait, c'est que Ivey avait passé la nuit précédente à jouer le Main Event des WCOOP sur PokerStars, ne s'arrêtant qu'à onze heures, juste à temps pour rejoindre le casino Empire, ce qui expliquerait sa prestation plus que médiocre en demi-finales (tapis avec As-10 après une relance, un call et une sur-relance ? Bof !)

Les français étaient plus d'une vingtaine au départ. C'est plus que ce que j'avais imaginé. Et les résultats ont été plutôt satisfaisants, avec cinq places payées, et deux finalistes, comme de juste deux joueurs Winamax : Nicolas Levi et Marc Inizan, qui s'est vu coller un W rouge seulement quelques minutes avant le départ de la finale. J'imagine que l'occasion a fait le larron dans la décision d'intégrer Marc au sein du Team le jour même où il s'apprêtait à disputer une finale télévisée, mais en même temps, il s'agit d'un jour que nous apprécions depuis longtemps, et qui était en contact avec la salle de jeux en ligne depuis déjà un moment. Parmi les joueurs français n'ayant pas de contrat de sponsor, Marc figurait assurément parmi les plus talentueux. Bonne nouvelle, donc. Quant à Nicolas Levi, c'était bien sur un plaisir de le voir atteindre la finale (il termine en cinquième place). Croc est un des joueurs dont les résultats en tournoi ces deux dernières années n'ont pas exactement reflété le niveau.

On a fété le résultat de Nico au Gaucho, une chaîne de « steakhouse » londonienne tout à fait exceptionnelle pour qui aime la barbaque. Incidemment, c'est là qu'une semaine plus tôt nous fêtions l'anniversaire d'Arnaud Mattern. Une bonne partie de rigolade avec toute une armée de pros français installés à Londres. Tiens, si vous écrivez pour un magazine ou un site de poker, je vous offre gratuitement un sujet d'article : le récent exode des pros français vers la capitale britannique. Rares sont les joueurs français gagnants en high-stakes n'ayant pas franchi la Manche. Pourquoi s'installent t-ils en masse là bas ? N'hésitez pas à les cuisiner sur la question des impôts, et à leur parler de la Thailande, la seconde patrie de certains d'entre eux. Je trouve le mouvement actuel fascinant – il y a pas mal à écrire sur le sujet, mais cela sera pour plus tard.

Le reportage sur Winamax :
Heads-Up Championship : Day 1 - Day 2
Main Event : Day 1A - Day 1B - Day 2 - Day 3 - Day 4 - Day 5 - Finale

European Poker Tour – Londres

Atroce, ce tournoi, juste atroce. Je le suspectais l'année dernière, mais je n'ai rien dit histoire de lui donner une nouvelle chance, mais c'est bien Londres qui remporte haut la main le prix de l'étape EPT la plus abominable de la saison. En 2009, PokerStars s'est battu avec succès pour obtenir le droit d'organiser un tournoi hors des murs d'un cercle ou casino, un privilège qui n'avait jusque là jamais été accordé sur le sol anglais. Une initiative louable : le casino Victoria était décidément bien trop petit pour accueillir une épreuve aussi grosse. Le problème, c'est que le lieu trouvé en remplacement, l'hôtel Hilton, est juste un trou à rats infâme. Le Conrad Hilton tel que dépeint dans la série Mad Men se retournerait sans doute dans sa tombe en voyant à quel point ses hôtels ont pu tomber. Sans aucun doute le pire établissement hôtelier du monde, alors que, paradoxalement, le prix des chambres le place aisément dans la catégorie des hôtels les plus chers du monde. Pour 280 livres sterling la nuit (320 euros !), vous avez droit à des chambres minuscules au mobilier inchangé depuis la construction de l'hôtel, un service agressif qui vous regarde de haut, des agents de sécurité bêtes comme leurs pieds, et un matin, j'ai même trouvé une fourmi dans ma salade, j'invente rien. Ce sont des problèmes de riche, je vous l'accorde, mais tout dans mon séjour m'a laissé avec la désagréable impression qu'on se foutait de ma gueule.

Mis à part l'hôtel, l'autre facteur de tilt provenait de la salle de conférence qui accueillait le tournoi au sixième étage, certes plus spacieuse que le Victoria, mais néanmoins encore bien trop petite, avec ses dizaines de tables entassées les unes sur les autres ne laissant que cinq centimètres d'espace entre elles. Je déteste bousculer les joueurs durant la partie, et j'ai donc passé les trois premiers jours sur le côté, sans vraiment prêter attention à ce qu'il passait.

Bref, un tournoi à oublier, et j'ai en fait bien du mal à me rappeler de quoi que ce soit, un mois après les faits. Hmm, il y avait plein de français au départ, et il y en a plein qui ont fait l'argent. Michel Abécassis en faisait partie, mais personne d'autre du Team Winamax. Anais Lerouge (la copine d'Antoine Saout) a gagné le tournoi féminin, et Benjamin Pollak l'épreuve mixte Omaha/Hold'em. Thomas Bichon a terminé en 14ème place du tournoi principal, une semaine après avoir atteint les demi-finales lors du Main Event des WSOP-E. La table finale, euh... je sais pas. Si, le duel final était génial, l'un des plus beaux que j'ai jamais pu voir. Il opposait le légendaire John Juanda a un petit jeune rosbif, David Vamplew, et c'est le petit jeune qui a du le dernier mot, mais c'est Juanda qui méritait de gagner, je pense. Et à part ça, rien. Ah, si, le dernier soir, je me suis retrouvé dans une suite du Hilton en compagnie de vingt jeunes joueurs online, âge moyen 22 ans. Pour la première fois de ma carrière, je me suis senti vieux, ce qui, vu les specimen que j'ai pu observer, n'était pas forcément une sensation désagréable. Quand j'ai démarré en 2004, il n'y avait aucun gamin de ce genre sur le circuit. Lors de cette soirée (où la sécurité a du intervenir, et a été très compréhensive, le blason du Hilton a totalement été redoré à mes yeux à cette occasion, je dois le signaler), plein de scénarios de films me sont venus à l'esprit. On pourrait tout à fait écrire un script à la American Pie version poker. Cela pourrait être rigolo.


Le reportage sur Winamax :
Day 1A - Day 1B - Day 2 - Day 3 - Day 4 - Finale

Boy Scout

Le week-end suivant, je me retrouvais à nouveau en vadrouille... Pour me rendre dans un petit casino d'une petite station balnéaire d'un petit pays d'Europe. Sauf que pour une fois, je n'étais pas là pour raconter des coin-flips et prendre des photos de joueurs de poker. Dans l'optique d'un futur agrandissement du Winamax Poker Open à d'autres destinations, on m'avait envoyé là pour observer, prendre des notes, rentrer en contact avec les locaux, et rédiger un rapport en vue de répondre à la question : « est-ce que cette destination pourrait accueillir une prochaine étape du WPO ? »

J'ai grandement apprécié cette tâche d'un genre nouveau qui m'était confiée. En plus d'inspecter le casino et son organisation sous toutes les coutures, je me devais aussi d'étudier en long et en large le moelleux des matelas des hôtels, l'excellence de la nourriture proposée par les restaurants du bord de mer, et la dansabilité de la piste des boîtes de nuits du coin. On a vu pire comme job... J'espère que j'aurai l'occasion de recommencer à l'avenir.

Poker à la sauce chti

Mes premiers week-ends à la maison depuis une éternité, je les ai passés... dans des casinos, à regarder des mecs jouer au poker. On ne se refait pas. En fait, j'avais une bonne excuse : ma région accueillait coup sur coup deux tournois de poker professionnels. Il y a d'abord eu une étape des France Poker Series (le circuit français de PokerStars) au casino Partouche de St-Amand les Eaux, puis le Barrière Poker Tour à Lille.

Des tournois pros organisés dans le Nord de la France... Pour reprendre une phrase cliché, si on me l'avait annoncé en 2004, quand je me réunissais chaque semaine rue des Postes à Lille avec une poignée d'amateurs pour disputer un Sit-N-Go à 5 euros (avec recaves, attention !), j'aurais doucement. A cette époque, il n'y avait même pas de casinos à Lille, et on était encore à deux ans d'une législation concernant le poker en live.

Avance rapide jusqu'en 2010, et nous voilà avec deux belles épreuves bien organisées où l'on pouvait croiser un joli panel de pros français comme Tristan Clémençon, Adrien Allain, Idris Ambraisse, Nicolas Babel, Fabrice Soulier, Antoine Amourette... Les affluences ont été plus que correctes, avec un avantage de St-Amand sur Lille : 228 joueurs contre 97. Il faut dire que les France Poker Series bénéficiaient d'un double avantage : une expertise à la fois dans les satellites online (PokerStars) et live (Partouche). Le BPT était un poil plus cher (1,650 euros contre 1,100 euros) et n'a vu qu'une poignée de joueurs se qualifier sur la plate-forme de Barrière, qui vient à peine de naître.

Le jeu développé a été de qualité, bien que je ne sois pas convaincu par la structure du BPT, avec vingt blindes à peine de tapis moyen en table finale. Mais difficile de se plaindre des vainqueurs : le sous-estimé David « RayonsX » Jaoui à St-Amand, et nul autre que Bertrand Grospellier à Lille. En cinq ans de carrière, ElkY a gagné tout ce qu'il était possible de gagner, ou presque, ce qui ne l'empêche pas de rester un vrai mordu de poker et de se rendre à de « petites » compétitions comme celle-ci. A noter qu'ElkY a disputé l'intégralité de sa finale avec un ordinateur portable installé derrière lui : le Main Event des FCOOP (le championnat online de PokerStars France) se déroulait en même temps.

C'était sympa de voir mon petit frère à l'œuvre à St-Amand, où il officie comme « tournament director » en compagnie d'une équipe bien rodée. A Lille, mon fief, j'ai réussi non sans mal à traîner une poignée de joueurs hors du casino. J'ai trouvé un petit estaminet sur la Grand Place où Fabrice Soulier et Claire Renaut se sont essayés aux spécialités locales, avant d'atterrir dans un bar près de la gare où j'ai fait la connaissance de jeunes joueurs Internet ayant la tête sur les épaules, c'est rare.

Le soir de la victoire d'ElkY, j'ai été embarqué dans un SNG à 120 euros avec la quasi-totalité de l'équipe de joueurs pros de Barrière (Lucille, Cescut, Pollak, Rémy Biéchel...), et seulement la moitié d'entre eux ont joué n'importe comment. Cet enfoiré de Benjamin Pollak appartenait semble t-il à cette catégorie, payant mon tapis avant le flop avec As-10 de cœur, et trouvant une couleur pour battre mon As-Dame, j'aurais pu payer mes prochains concerts de Phish avec le prize-pool de ce tournoi, snif.

4 commentaires:

Matthieu a dit…

haha nice post

Stefal a dit…

Bon anniversaire

Dageek a dit…

+1 happy anniversaire. next flight you get on board

Christophe a dit…

Tiens un lien pour te donner envie de retourner à Vegas http://thechive.com/2010/11/10/we-ordered-everything-on-in-n-outs-secret-menu-21-photos/