jeudi 28 octobre 2010

Procrastination et fonds de tiroir (2)

Tiens, c'est marrant, vous avez aimé l'article précédent. Je le trouvais nul, et j'ai coutume de penser que les histoires de bad-beat n'intéressent que ceux qui les racontent. Il faut croire que non. Poursuivons le rattrapage, donc.

Après le Partouche Poker Tour, nous avons eu une petite semaine de « repos » au bureau... Pour enchaîner directement sur 19 jours de tournois consécutifs, rien que ça, dans trois établissements différents. Début du périple... en Irlande.



Winamax Poker Open

Voilà un tournoi où je n'ai que des bons souvenirs. Le premier tournoi live de Winamax, nom d'un chien. Évènement historique ! Bon, OK, pas tout à fait. Non, ce n'était pas la première fois que Winamax s'associait à une épreuve en « dur » : il y a bien sur le France Poker Tour depuis deux ans, (la sixième saison est en train de se mettre en route) et des initiatives ponctuelles comme le Winamax Club Trophy (réservé aux clubs amateurs, donc).

Mais au niveau de l'énergie déployée, du travail accompli et de l'ambition affichée, le WPO avait tout l'air d'une grande première. Le buy-in était conséquent sans être non plus complètement hors de portée de notre clientèle (500 euros). Des satellites ont été organisés par dizaines plusieurs mois durant, permettant à des dizaines d'amateurs et membres des clubs partenaires de Winamax de se qualifier pour un investissement modique, voir nul. Un travail de promo important a été fait. De nombreux membres du staff de Winamax ont mis la main à la pâte, en aval comme en amont : un travail d'équipe qui a rendu la chose encore plus intéressante pour moi qui ai l'habitude de travailler seul, ou en comité très réduit.

Bref, pour la première fois, nous avions notre tournoi à nous. Au niveau de mon job, c'était une sensation complètement différente de d'habitude : sur des épreuves comme l'EPT ou les WSOP, je ne suis qu'un simple visiteur, et je dois me plier aux règles et emmerdements propres à chaque circuit : difficulté d'obtenir des accréditations et sièges en salle de presse (EPT), interdiction d'écrire plus d'un article par heure (WSOP)... Là, à Dublin, nous étions chez nous, avec « nos » joueurs, sans personne pour venir nous dire comment il fallait bosser, et l'impression de participer à la construction d'un truc tangible. Vous l'avez compris, je ne me suis jamais senti aussi « corporate » que durant ce week-end.

Pour ce qui est de l'organisation sur place, il nous fallait un coup de main, et le choix a été plutôt facile : Mike Lacey et son équipe, les irlandais de D4 Events. Nous bossons depuis février 2008 en envoyant des qualifiés, Local Heroes et pros du Team par avions entiers à chacun des tournois qu'ils organisent (les fameux « European Deepstack Championship », notamment, auxquels je participe chaque année). Cette collaboration informelle (et profitable aux deux parties, puisque cela gonfle leur épreuves, et nous permet de faire de la promo en terrain « neutre », je veux dire par là non occupé par PS ou un autre concurrent) ne demandait qu'à être officialisée : voilà qui est chose faite, et je ne peux que m'en réjouir, car Mike est un ami de longue date dans le milieu, et son équipe était simplement parfaite tout au long des quatre jours de l'épreuve, avec des croupiers et superviseurs d'un professionnalisme irréprochable.

Côté boulot, nous avions donc les mains libres, et j'avais décidé de mettre le paquet côté reportage. Pas question de lambiner : pour ce premier tournoi Winamax, il fallait produire le plus possible de contenu, du matin au soir, avec un maximum de mains racontées, des photos à foison, des profils de joueurs en veux-tu en voilà, petites vidéos réalisés à l'arrache avec mon appareil photo, et un résumé détaillé des évènements tous les soirs après la conclusion de la partie. Pendant ce temps, Paco et Junior ont produit de belles vidéos bien léchées, avec des interviews, « micro trottoirs » et autres joyeusetés. Comme il s'agissait d'un tournoi majoritairement amateur, je savais que nous allions avoir un maximum de requêtes sur Wam-Poker, en provenance de gens voulant des nouvelles de leur beau-frère, meilleur ami, époux, etc, jouant le tournoi. Un maximum d'efforts à été fait pour répondre à leurs demandes.



Une finale très regardée

Pour ceux qui se sont demandés : « pourquoi Dublin pour un tournoi français ? », il faut savoir que l'organisation du WPO fut un travail de longue haleine, qui avait commencé bien avant l'ouverture du marché. Il n'est bien entendu pas exclu d'organiser quelque chose en France à l'avenir, mais cela sera quoi qu'il arrive compliqué. La législation actuelle impose nous interdit d'organiser un tournoi de poker payant autre part que dans un casino ou cercle de jeu existant. Ces établissements sont pour la plupart positionnés en concurrence vis à vis de Winamax, ayant presque tous ouvert leurs propres salles de jeu en ligne. Vous pouvez donc imaginer le bordel en coulisses pour négocier quoi que ce soit. Je ne dis pas que c'est impossible, mais cela reste plutôt casse-tête.

L'ambiance a été excellente tout au long de l'épreuve, qui rassemblait une large majorité de francophones. Tout le monde semblait content d'être venu : amateurs, semi-pros, et pros mélangés. Certains ont particulièrement profité de la fièvre festive qui caractérise Dublin. J'ai croisé plein de têtes connues, et rencontré encore plus de joueurs réguliers de Winamax et des forums que je ne connaissais jusque là que sous la forme d'un pseudo. J'ai été plus que touché par la sympathie dont bon nombre ont fait preuve envers notre équipe. Par exemple lorsque j'ai, en plaisantant, mentionné durant le reportage qu'il n'était pas interdit d'apporter des bières sur le banc de presse. Résultat : une heure plus tard, j'en avais déjà descendu trois, et il n'était même pas trois heures de l'après-midi.

Le tournoi en lui-même était passionnant à suivre. Je m'attendais à une épreuve relativement chiante (vu le prix d'entrée), mais pas du tout : il y a avait en fait des tas de bons joueurs, et la structure deep-stack a permis un jeu de très bonne qualité. Durant les phases finales, les moves observés n'avaient rien à envier à ceux que l'on peut voir à l'EPT.

La quatrième et dernière journée fut proprement interminable... La partie avait repris à 14 heures avec 19 joueurs. Ce n'est qu'à 21 heures 30 que la table finale pouvait débuter. Six heures supplémentaires allaient être nécessaires pour arriver au dernier duel entre le jeune Romain Mahot (21 ans mais déjà huit ans de poker derrière lui, ça ne s'invente pas) et Alan Trueick, dernier irlandais en course, je vous avoue que je n'étais particulièrement enthousiaste à l'idée de voir un local remporter notre tournoi à 99% français, mais c'est le jeu (ma pauvre Lucette) et l'ami Alan s'est démené comme un diable, procédant à un très beau come-back alors qu'il ne lui restait plus qu'une poignée de jetons en milieu de finale. Pas étonnant, donc, de le voir remporter le titre après un duel lui aussi interminable. J'ai été agréablement surpris par la motivation du public, qui est resté nombreux jusqu'au bout, malgré l'heure extrêmement tardive. Encore le signe que le tournoi a plu.

Finalement, la seule chose qui m'a quelque peu déçu, concernant ce Winamax Poker Open, c'est l'affluence. 313 inscrits : je pensais qu'on ferait mieux. Lorsque, une semaine avant le départ, j'ai annoncé une participation de 500 ou 600 joueurs, je croyais vraiment que c'était possible. Quelques pistes permettent d'expliquer ce chiffre plus bas que prévu : la présence au programme d'un tournoi au buy-in similaire sur le sol anglais, nous privant de quelques rosbifs se déplaçant habituellement à Dublin à cette période, ou le format du tournoi – le short-handed reste définitivement moins populaire que le « full ring » dans cette gamme de prix.

N'empêche, il a de la gueule, ce Winamax Poker Open, et je ne peux qu'espérer qu'il va grandir et voir de nouvelles étapes se créer (nous sommes en contrat avec D4 pour trois ans quoi qu'il arrive : nous reviendrons donc à Dublin en 2011 et 2012). Quand on songe que l'European Poker Tour a débuté il y a six ans par un tournoi à 1,000 euros et 229 joueurs, je me dis qu'il y a vraiment moyen de construire quelque chose d'intéressant, convivial et fédérateur, oui, j'adore m'exprimer comme un homme politique.



Kinshu (Club Poker), votre serviteur, et Harper

Encore un bad-beat aérien

Le temps de publier le classement du tournoi, écrire un compte-rendu, filmer la dernière vidéo, vérifier que tout est en ordre, et il était 7 heures et demie du matin quand j'ai finalement éteint mon ordinateur. Muscles qui tremblent, incapacité à former une pensée cohérente, déshydratation : tous les symptômes habituels de l'épuisement étaient là. Mais avec un vol vers Londres prévu à 13 heures, je ne voyais pas trop l'intérêt d'aller me coucher. J'ai pris le petit dej' à l'hôtel en compagnie de joueurs en partance eux aussi. Mais vers neuf heures, je me suis retrouvé tout seul, et la tentation a été trop forte : je suis remonté dans la chambre en me disant « allez, on s'allonge une heure ».

Tu parles. Lorsque le réveil de mon portable a sonné, je l'ai éteint sans même sortir de mon coma. Mieux : dans le lit d'à côté, Harper, épuisé lui aussi, a fait exactement la même chose. Lorsque nous avons finalement emergé, c'est assez surpris que l'on a constaté que l'avion avait décollé depuis longtemps. Et pour la seconde fois en deux semaines, je me suis retrouvé à racheter un billet en catastrophe pour une petite fortune. Je commence à devenir bon, à ce jeu.

Reportage sur Winamax : Day 1ADay 1BDay 2 - Finale

5 commentaires:

mr4B a dit…

ouai mais les bad beat d'avions ce n'est pas pareil, ca n'arrive qu'a toi :)

Rv a dit…

Excellent ces histoires d'avions ratés.
Ca fait un peu gimmick et "Maman j'ai raté l'avion" :-)

Roms a dit…

nice post...

le WPO est clairement un tournoi qui va attirer de plus en plus de joueurs !

Matthieu a dit…

partie2>partie1 de tes derniers exploits ;)

le boursicoteur a dit…

Une écriture toujours aussi limpide et agréable à lire ... :-))