jeudi 2 septembre 2010

Glamorama

Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat', des vieux demandant l'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu'il tente d'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T'es sorti, t'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu'un leur fait remarquer que ce n'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d'un lampadaire à l'entrée d'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.

Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.

Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu'une formalité, c'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.

Le taxi glisse sur l'autoroute comme sur un toboggan, et j'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d'EPT, aucun français n'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l'envoi d'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.

On se change et on s'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.

Il n'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, et l'on va bien s'amuser, comme chaque année.

Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n'est pas encore prête, rien n'est installé, ce n'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s'affairent pour être prêts à temps. J'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur Winamax.fr toute la semaine pour notre couverture en direct.

8 commentaires:

Rincevent a dit…

Excellent, comme d'hab.

mr4B a dit…

moi n'aime pas Cannes et moi n'a rate le super sat de NIce (moi n'aime pas Nice) .. donc moi aime et aime pas Cannes.

Bon coverage mec ;)

Rv a dit…

Ce texte a été écrit d'une traite dans un coin de la press room ?
En tout cas ça se lit tout seul...

Dr Spades a dit…

De kel job tu as été vire ?
La traduction ?

ezeki4l a dit…

Une intro magnifique, comme souvent, l'ambiance et l'environnement sont palpables.

D8 a dit…

T'as battu le world record de la phrase la plus longue!

Stefal a dit…

Et dire que j'avais envie d'aller à Cannes!
Dis Benjo, on est vieux à quel âge???

Michael a dit…

LOL. Et en même temps, le chroniqeur pour le magazine des retraités à la peau d'orange est en train d'écrire "...et des visages pâles en lunettes de soleil parlent de Las Vegas et de millions de dollars mais oublient de laisser un pourboire au resto rital du coin..." ;-)

AMHA, le meilleur italien à Cannes est le plus simple: Il Girasole (Chez Franco), Rue Constantine.