jeudi 12 août 2010

Buy the ticket, take the ride

Jeudi à midi, je prendrai place dans la salle de conférence du Swisshotel de Tallinn pour disputer mon premier tournoi European Poker Tour. Cinglé, ridicule, inconsidéré, hors de propos... J'anticipe une volée de bois vert quant à cette décision. Mais après tout... pourquoi pas ?

Tout cela s'est joué sur un coup de tête, je l'avoue. Je ne suis pas en train de préparer une reconversion en tant que joueur pro, Dieu merci. J'ai déjà abordé la question dans le passé... Le poker est et restera pour moi une distraction où j'ai bien du mal à gagner de l'argent. Pourquoi, alors, se décider du jour au lendemain une épreuve coutant plus de quatre mille euros l'entrée ? Pourquoi ne pas se contenter d'un de ces tournois deep-stack comme celui que je dispute chaque année à Dublin, pour le dixième de ce prix, et un dixième du niveau ? En fait, c'est très con. Je vous explique. C'est de la faute d'Harper. (Hé, pas mal, comme idée, ça, de blâmer le voisin, je vais m'en tirer à l'aise avec une excuse pareille).

Mon collègue de Winamax est un joueur doué et passionné (probablement infiniment plus que moi) qui a rongé son frein durant tous les WSOP, n'ayant pas pu tenter une seule fois sa chance de décrocher un bracelet. Il s'était bien inscrit à l'un des tournois short-handed à 1,500$, mais une table finale prolongée jusque l'aube l'avait forcé à annuler son inscription le lendemain, et aucune autre occasion ne s'était présentée.

On était sur la route, c'était à Moab, je crois, en train de discuter de notre retour imminent en Europe. « Coverage ou pas, je vais à Tallinn », lui ai-je dit. « Il n'y aura probablement pas de joueurs du Team Winamax, mais je n'aime pas rater les nouvelles étapes EPT, à fortiori celles se déroulant dans un endroit attrayante. »

« Pas de reportage ? Tu va être en vacances, alors ? »

« Plus ou moins. »

« Ben joue le ! »

« Vraiment ? »

J'ai consulté le site de l'EPT. 4,250 euros l'entrée pour cette étape inaugurale de la saison 7. Si j'arrive à convaincre quelques joueurs d'investir une majeure partie de cette somme moyennant l'abandon du pourcentage correspondant de mes gains éventuels, l'affaire ne devrait pas (trop) me ruiner.

L'idée avait germé. Durant les jours qui ont suivi, j'ai consulté un ami joueur dont l'avis est toujours respecté et censé. Son conseil ? Foncer... Si l'aspect financier de la chose ne me met pas en danger. « Je suis toujours partisan de tenter de nouvelles expériences », m'a t-il dit. Soit, en 37 visites à l'EPT, je n'avais jamais pris les cartes une seule fois. « Et avec toutes ces années de reportages, ces dizaines de tables finales commentées, tu sais suffisamment de choses à propos du poker pour ne pas être complètement perdu. »

Je me suis ensuite tourné vers Stéphane Matheu, Team Manager de Winamax, qui m'a confirmé que la présence de l'équipe serait minimale à Tallin. « Un joueur, grand max. » Cela confirmait que le champ était libre pour moi. Je veux dire, quitte à jouer un EPT, cela ne sera jamais celui de Deauville, Prague ou San Remo, durant lesquels il y a trois tonnes de travail. C'était mon occasion, probablement la seule de la saison.

Et puis après, une fois que je me suis décidé, j'ai fait la tournée des popotes, un peu embarrassée tout de même. Mais le soutien fut au rendez-vous, avec un coup de main de Guignol en guise de rabatteur. J'ai fait ce que tout joueur pas fortuné et/ou pas sur de lui fait quand un tournoi le démange : j'ai vendu des parts... A taux classique : 1% investi égal 1% de mes gains éventuels. Certains m'ont confié que j'avais sans doute abandonné une part trop importante de mon entrée, mais ainsi soit-il. Je ne deviendrai pas millionnaire cette semaine. Le but sera avant tout de vivre une belle expérience, si possible, et de kiffer. Prendre un risque. Essayer, au moins une fois. Et tant pis pour les conséquences.

J'ai l'impression d'être au bord d'un précipice. Je suis excité, et nerveux. Après un mois déconnecté du poker, c'est comme si j'avais déjà tout oublié. J'ai passé une partie de la journée entre les tables du Day 1A, histoire de me remettre dans le bain. J'ai constaté que le field était rempli d'excellents joueurs dont la présence à ma table demain me terroriserait, mais aussi d'un océan d'inconnus, des joueurs de l'Est, des randoms d'âge moyen dont les français en course aujourd'hui m'ont assuré qu'ils n'étaient absolument pas méchants.

Tandis qu'Arnaud Mattern se construisait un imposant tapis de 103,000 (plus de trois fois le stack de départ), j'ai dîné avec les quelques joueurs français arrivés en ville pour le Day 1B – Manuel Bevand, seul joueur du Team en lice, Antoine Amourette, Paul-Pirès Trigo, Ludovic Riehl, et Damien Rony, qui avait malheureusement sauté lors de la première fournée – et ouvert grand mes oreilles. Tous m'ont rassuré : il ne faut pas se monter la tête en début de tournoi. « Keep it simple » semble être le mot d'ordre. Relax.

OK, j'ai un été à l'encontre de mes propres conseils sur le choix de la journée de départ. Je suis un fervent partisan du Day 1A, pour la bonne raison que la plupart des pros expérimentés et habitués à voyager toute l'année préfèrent la journée suivante, qui leur permet d'économiser une journée de voyage. Au final, je jouerai le Day 1B, en grande partie parce que j'avais besoin d'être reposé au maximum, tout juste rentré en Europe que je suis. Je pense que j'ai combattu le décalage horaire avec succès, avant même qu'il ne se pointe.

Mon tournoi va commencer jeudi à midi, heure locale, soit onze heures en France. Je posterai la hauteur de mon tapis sur Twitter une fois par heure (on va jouer neuf niveaux d'une heure, enfin j'espère que je vais tous les jouer), et j'écrirai un compte-rendu en fin de journée, comme lors de mes précédents tournoi. Pour l'heure, je vais me coucher. Souhaitez-moi bonne chance.

9 commentaires:

BlushingOne a dit…

Gl!!! "One time!" ne pourrait pas être plus approprié.

Matthieu a dit…

pas de dechatte, amuse toi bien

Carlit a dit…

õnne ! (l'estonien, je domine, obv ;-))

Par chance, tu ne commentes pas les Grands Prix, tu serais au volant d'une F1 maintenant…

Stefal a dit…

Bonne chance. Et n'oublie pas le plaisir.

BUSE a dit…

Bonne chance !

FDX a dit…

Que la chatte soit avec toi!
M***E!

ezeki4l a dit…

je te souhaite de prendre un max de plaisir pour cet event et de... ship, why not ?

Tifus a dit…

Meme en cas de bad beat , il y aura toujours les estoniennes ... Dans tout les cas c'est EV+!
Gl!

Pierre Salsac aka Pedro Pok a dit…

Bonne chance, pour cet EPT !!!

J'ai hate de lire tes billets sur cette expérience si particulière.

In the money "Benjo" GO GO GO !!!