jeudi 8 juillet 2010

When the circus comes to town

Day 38, 39, 40 et 41

Amazon Room, Midi 20. La troisième journée de départ du Main Event (Day 1C) vient de commencer. Le champion en titre Joe Cada a pris le micro pour lancer la phrase consacrée : « Shuffle up and deal ! » La salle principale des WSOP est pleine à craquer, et plus de 120 tables ont été ouvertes dans la salle secondaire, la Pavillion. On a donc 2,400 joueurs au minimum, rien que pour aujourd'hui. Impressionnant ! Le poker ne connaîtrait donc pas la crise ? C'est maintenant certain, le plus gros tournoi de l'année va dépasser les 7,000 joueurs pour la première fois depuis 2006, et la seconde fois seulement de l'histoire des championnats du monde. Ils étaient 1,125 au départ du Day 1A, et 1,489 hier pour le Day 1B, soit une augmentation de 30%. Et il reste encore une journée de départ demain, le Day 1D, qui est traditionnellement le plus peuplé. Les organisateurs ont de la place pour 3,800 joueurs (ou 2,800 ? Je ne sais plus), indiquant avoir déjà vendu la moitié des sièges. Fichtre. Avec la mise en application de l'UEIGA bloquant théoriquement les bankrolls online des joueurs américains, l'industrie se serait déjà amplement contentée d'une stagnation de la participation entre 6,000 et 7,000, similaire à ce qui a été observé les trois dernières années. Mais non : la croissance est de retour, d'autant que Harrah's a corrigé ses erreurs en modifiant le système d'inscription, ce qui évitera que des joueurs se fassent refouler par manque de place, comme cela avait le cas en 2009. Avec un peu de chance, il se pourrait même que le record de 2006 – 8,773 participants – soit battu.

Mon compte rendu des deux premières journées de départ ? Plein de types ont joué au poker durant neuf heures. Plein de types ont été éliminés, et plein de types n'ont pas été éliminés. Et voilà. Oui, vous l'avez compris, je ne suis pas un grand fan des Day 1, qui ne sont qu'une introduction mollassonne à une épreuve qui va durer huit jours (en réalité douze, puis que les deux premières journées sont étalées sur six, oui je sais, c'est compliqué). Difficile de se passionner pour un Day 1 où seulement 30% des joueurs sont éliminés quand on a passé les six semaines précédentes à observer tous les jours des bulles, des finales, des bracelets, des triomphes éclatants et échecs cuisants. J'adore le Main Event, c'est le tournoi que je ne pourrais manquer sous aucun prétexte, plus que tout autre, mais il ne va vraiment commencer à m'intéresser qu'une fois les places payées atteintes... C'est à dire la semaine prochaine.

Pour le moment, notre méthodologie est simple : au coup d'envoi, tour de salle pour repérer les français présents. Ensuite, un tour par heure pour collecter les nouvelles, et les rédiger. Si l'on observe une main intéressante impliquant une « tête de série internationale » (expression consacrée), on la racontera aussi. On répète le processus jusqu'à la dernière heure de la journée, où je dresse une liste de tous les français mentionnés dans le reportage. Deux colonnes : ceux qui sont encore dedans, ceux qui ont sauté. La journée se termine avec la collecte des hauteur de tapis de tous ceux qui ont passé ce premier jour. Le lendemain, je consulte la liste officielle pour retrouver tous les joueurs dont on a pas parlé : anonymes, amateurs, qualifiés Internet, joueurs occasionnels que nous n'avons jamais rencontré auparavant. Et on recommence jusqu'au Day 1D.

Bon, ces Day 1, c'est pas la mort non plus. On s'y amuse quand même beaucoup. L'atmosphère de zoo qui caractérise le Rio atteint son apogée durant le Main Event. Les couloirs sont pleins à craquer de fans, supporters enthousiastes, chasseurs d'autographes, épouses et amis des joueurs. Les équipes d'ESPN arrivent en force, parcourant les allées de l'Amazon Room à la recherche de coups fumants et anecdotes rigolotes. Cela n'échappe pas à certains joueurs en recherche du quart d'heure de gloire promis par Andy Wahrol. Comment se faire remarquer au milieu de plusieurs milliers de joueurs quand on a qu'une chance infinitésimale d'atteindre la table finale ? La solution est simple : sortir du lot dès le début de l'épreuve. Se faire remarquer, non pas par l'aptitude au jeu, mais par l'apparence, le comportement, l'accoutrement. Il y a le mec déguisé en magicien, baquette et chapeau inclus. Il y a le faux Indien d'Amérique, complet avec les plumes qui lui descendent jusqu'au bad du dos. Il y a le mec déguisé en hippopotame, le mec déguisé en poulet, notre vieil ami The Devil qui fait claquer ses cymbales bruyamment dès le coup d'envoi. Ces gars-là n'ont absolument aucune chance d'atteindre la table finale : compréhensible, donc, qu'ils recherchent à attirer l'oeil des caméras le plus vite possible, tant qu'ils sont encore dans le tournoi.



Merde, c'est Phil Hellmuth en personne qui a lancé la mode, avec des entrées en scène de plus en plus tapageuses depuis cinq ans. Ce mec est parfaitement conscient qu'il ne décrochera jamais un second titre de champion du monde... En entrant dans le Rio sur un char en tenue militaire, sur une chaise à porteurs avec la robe de Jules César, casqué et ganté au volant d'une voiture de course, où, comme cette année, habillé comme un catcheur de l'UFC et accompagné de onze mannequins (un par bracelet), Hellmuth s'assure d'une publicité maximale, peu importe son résultat dans le Main Event. Il va – probablement – sauter lors du premier ou deuxième jour, comme 80% des joueurs, mais cela n'a pas d'importance : une fois de plus, on aura parlé que de lui le temps de quelques heures. Et l'on me souffle qu'il aurait touché 200,000$ de la part de la ligue UFC (ou serait-ce MMA ?) pour porter leur tenue le temps d'une journée. C'est ce que touchera à peu près les mecs qui termineront aux alentours de la quarantième place... Aux pris de sept jours d'efforts intenses. Pour Hellmuth, cela ne nécessitera qu'un étrange mélange d'égo sur dimensionné et d'absence total de honte.

Une quarantaine de français ont passé les Day 1A et 1B. Aujourd'hui, pour le Day 1C, ils sont probablement plus de cinquante au départ, peut-être même cent (il y a des tas et tas d'inconnus qualifiés dans les casinos Partouche). En 2009, 80 français environ avaient passé le Day 1. Cette année, je pense qu'il y en aura plus de cent. Côté Team Winamax, les deux premiers jours furent fatals à Anthony Roux, Manuel Bevand et Almira Skripchenko. Les frères siamois Ludovic Lacay / Antony Lellouche ont survécu avec un tapis équivalent (deux fois le stack de départ). Paco a filmé une très bonne interview de Ludovic où ce dernier explique qu'après sa grosse déception dans le Pot Limit Omaha à 10,000$ (quatrième place alors qu'il aurait vraiment pu gagner, avec un peu plus de réussite), il ne savait pas comment il allait réagir au « premier bad-beat ». Chaque joueur disputant un tournoi reçoit à un moment ou un autre ce fameux « premier bad beat ». Dans la plupart des tournois, cela signifie tout simplement l'élimination, mais dans le Main Event, avec sa structure exceptionnelle, il reste généralement des jetons pour repartir. Et justement, comment repartir après avoir manqué un coup où l'on avait 90, 95 voire même parfois 99% de chances de gagner ? Pas facile... Et c'est ce qui fait la différence entre les bons et les grands joueurs : arriver à passer immédiatement à la suite, ne pas s'appesantir, faire le vide, et se concentrer sur les coups futurs, pas ceux du passé.

La finale de la Coupe du Monde opposera l'Espagne aux Pays-Bas. Malgré de très bonne équipes au départ, j'ai complètement foiré le pari mutuel établi à la villa avec Brekkie, Gab et Harper. J'ai déjà perdu le pari sur le vainqueur (j'avais tout de même l'Allemagne, l'Uruguay et le Brésil), et je fais chou-blanc dans toutes les catégories : meilleur buteur, plus mauvaise équipe, plus gros écart de buts, but le plus rapide, carton rouge le plus rapide... Brekkie m'a appelé ce matin pendant Espagne-Allemagne pour me prévenir qu'un spectateur avait réussi à s'incruster sur le terrain, mais hélas, il n'était pas à poil, critère obligatoire pour prétendre à des dollars bonus. Je vais donc perdre le montant maximum sur ce pari (100$), une somme que j'épongerais aux trois quarts si l'Espagne sort vainqueur... C'est le dernier ticket de pari du Red Rock que je n'ai pas encore déchiré. Étant d'origine espagnole à 50%, mon intérêt durant cette finale ne sera pas uniquement financier...

Bon, les joueurs reviennent de leur pause-dîner (vous noterez au passage l'ellipse temporelle : j'ai commencé ce post à midi, je le termine à vingt heures), il faut que j'y retourne. Encore trois heures à jouer. Ce soir, je crois que l'on fait la fête. Mais pas trop tard, demain faut qu'on retourne à la boucherie.


Le Day 38 sur Winamax
Le Day 1A du Main Event sur Winamax
Le Day 1B du Main Event sur Winamax
Le Day 1C du Main Event sur Winamax

1 commentaire:

albertomanuelcalle a dit…

"Tron de Diou!" s´ecria la tata..

Spain for the win!!