vendredi 2 juillet 2010

Midnight rambler

Day 34 et Day 35

J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à surfer sur des sites pornographiques... Quel dur métier. Mais tout ceci dans un seul but journalistique, bien sur, vous me connaissez. C'est un confrère qui m'a mis sur la piste de la carrière parallèle d'une des masseuses travaillant au Rio... Disons que j'aurai du mal à la regarder du même œil, désormais, tant les clichés qui ont défilé sur l'écran de mon ordinateur poussaient l'explicite jusqu'à l'insoutenable. Ne comptez pas sur moi pour vous balancer des liens ou un nom. Pas mon style, c'est une fille gentille. Je me suis toujours dit que les masseuses qui travaillent jour et nuit aux WSOP ne sont finalement pas bien éloignées dans l'esprit des prostituées assises sur les tabourets du Hooker Bar, à quelques encablures de l'Amazon Room. Qu'est-ce qu'elles recherchent, au fond, si ce n'est de trouver le client parfait, celui qu'elles pourront faire cracher un maximum sur une longue période en échange d'un minimum d'effort ? C'est pour cela que certaines se spécialisent dans les tournois high-stakes, ceux à 10,000 dollars et plus, généralement organisés le soir à 17 heures. C'est là qu'on peut trouver les clients réguliers, les grosses baleines potentielles, ceux pour qui les pourboires se comptent en centaines de dollars. Et je ne serais pas surpris que quelques transactions un peu plus sordides soient conclues le soir, dans les chambres d'hôtel, après que les parties soient terminées. Guère étonnant, au fond, que ce soient les masseuses les plus jolies qui soient les plus demandées. Le massage à la table, c'est une « lapdance » tout public, un petit frisson érotique d'une demi-heure payé le prix fort pour tromper l'ennui durant le tournoi. Peu importe la qualité du massage : ce qui compte pour la plupart des joueurs, j'en ai bien peur, c'est qu'il soit administré par quelqu'un possédant de gros nichons. Vous préféreriez un excellent massage venant d'un mec ayant tous les diplômes, ou un massage pas terrible venant d'une star du porno ? A cette question, la plupart des joueurs répondront sans hésitation... Le beau cul, y'a pas photo. Là, tandis que j'écris ces lignes depuis le banc de presse, il y a deux mecs à quelques mètres devant moi en train de se faire masser pas cinq nanas en même temps. Une pour le cou, deux sur les mains, les deux dernières sur les pieds. On croirait une scène sortie d'un fantasme de lycéen. Le sultan dans son harem, affalé sur un fauteuil, entouré de ses dizaines d'esclaves. Avec leur air rigolard et leurs cocktails à la main, ils ont l'air d'apprécier la situation. L'apothéose du massage, le nirvana du pis-aller sexuel. Une soirée qui va probablement se terminer dans un strip-club, histoire de pousser la logique jusqu'au bout.

Ah, mais assez avec ces graveleuses considérations... Il est grand temps que les WSOP se terminent, avant ce que genre d'idées ne finissent de me ronger le cerveau. Las Vegas, le pognon, le vice, les dégénérés, l'alcool, les putes, les tables de craps et les buffets à service illimité, j'ai hâte de mettre tout ça derrière. Ceci dit, je vais rester à Las Vegas pour une bonne partie de l'été, tout du moins dans l'esprit, avec le bouquin de Pauly qui va m'occuper encore quelques semaines.

Là, il est 22 heures 43. Le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars bat son plein, mais j'ai décidé de ne rien écrire dessus avant très tard ce soir, parce qu'il est sept heures du matin en France et je n'ai pas envie de perdre mon temps à rédiger des paragraphes que personne ne va lire. J'ai laissé Harper s'occuper de la grosse affaire du Day 35 : la sixième finale française des WSOP 2010, probablement la dernière de l'été, sauf en cas de nouveau miracle dans le Main Event. Le héros tricolore du jour ? Guillaume Darcourt... Un joueur au style largement décrié par la plupart de ses compatriotes de collègues, malgré sa récente victoire au WPT de Bucarest. C'est sur qu'avec son profil de businessman qui a réussi dans la vie, Darcourt est loin de la nouvelle génération des gamins élevés au biberon du poker en ligne. Un style flamboyant, agressif à la table, bon vivant en dehors, avec une stratégie qui ne tient pas toujours la route, parfois hasardeuse et hors de contrôle, mais qui fonctionne à merveille les bons soirs, ceux où l'on touche de bonnes cartes. Quoi qu'on en dise, cela reste un bonhomme difficile à jouer... Et un fier représentant d'une certaine famille du poker français, forte en gueule, harangue à portée de bouche, à l'ancienne, quoi. Le bagage technique est moins lourd que chez les hardcore gamers du net, mais le cœur est gros comme ça. Guillaume Darcourt s'est finalement incliné en troisième place en début de soirée, empochant plus de 220,000 dollars, la meilleure performance financière française des WSOP 2010. A l'heure où j'écris ces lignes, Jon Eaton vient de reprendre le chip-lead, à tapis avant le flop avec As-Valet de coeur contre Roi-Dame de coeur. J'ai connu Eaton il y a quatre ans, lorsque je couvrais mes premiers tournois aux Etats-Unis. A l'époque, il faisait le même métier que moi, pour un site américain. Puis un jour, il a gagné 100,000 dollars lors d'un tournoi organisé à Los Angeles, et a posté un laconique compte-rendu sur mon blog : « Le journalisme, c'est fini. Dorénavant, je vais me consacrer exclusivement aux cartes. » J'avais rigolé de cette décision, mais trois ans plus tard, c'est Eaton qui rigole, à deux doigts de la récompense suprême pour tout joueur de poker. Derrière chaque joueur se cache un rêve de gamin : la gloire, la fortune, ou les deux mélangés. Cela fait longtemps que j'ai perdu mes illusions concernant ce milieu – l'implacable loi des grands noms fait que, pour chaque rêve qui se réalise, il y a cent, mille, dix mille espoirs déçus. Mais je peux encore apprécier les rares occasions où le compte de fées se transforme en réalité.

Une petite histoire de triche, ça vous dit ? Hier était organisé le premier tour du Shootout Limit à 1,500 dollars... Tard dans la nuit, un joueur américain d'origine chinoise du nom de Yueqi Zhu s'est retrouvé en tête à tête à l'une des cinquante tables (rappel : les tournois Shootout sont organisés sous forme de tournoi Sit-N-Go indépendants) Zhu disposait d'une large avance (35,000 contre 6,000, un truc dans le genre), mais se sentait fatigué, et malade : il a donc proposé à son adversaire une contrepartie financière en échange de son abandon. De la collusion pure et simple, contraire aux règles élémentaires du poker et à l'esprit des WSOP, où les arrangements financiers restent prohibés, tout du moins en public. L'autre joueur (je ne sais pas de qui il s'agit) a accepté, et le match s'est rapidement terminé. Les reporters de PokerNews ont eu vent de l'affaire, puis les organisateurs de l'épreuve. Sur le coup, les premiers restent silencieux sur l'incident, et les seconds laissent couler. Mais aujourd'hui, quand Zhu s'est pointé au Rio pour disputer le deuxième tour, les hommes en costard noir lui ont fait savoir qu'il était disqualifié, et ne pourrait prétendre au prix minimum de 4,135 dollars garanti à chaque vainqueur du premier tour. Ont suivi des excuses publiques de Zhu sur PokerNews, qui est un « Red Pro » sur Full Tilt Poker et a donc des statuts à protéger. C'est un peu dommage de se faire prendre la main dans le sac comme ça : quitte à vouloir s'engager dans des comportements déviants, autant le faire discrètement.

Hier, j'ai suivi de bout en bout la première journée du tournoi Short-Handed à 25,000 dollars. L'épreuve la plus bandante des WSOP, sans aucun doute : un field petit, mais costaud (191 joueurs parmi les meilleurs du monde), et des sensations fortes non-stop. Avec Harper, on est restés au taquet dix heures durant, chroniquant les progrès de la dizaine de français en course. Au final, encore un bilan catastrophique : aucun n'a passé le Day 1, à l'exception d'Anthony Roux, dont le petit tapis allait être rapidement liquidé le lendemain. Certains ont joué de malchance, comme Thomas Bichon, tandis que d'autres ont simplement poursuivi un été désastreux (David Benyamine, ElkY...) Enfin, on peut relativiser en remarquant que presque deux tiers des partants ont sauté le premier jour. J'ai en tout cas pris un réel plaisir à courir entre les tables, une fois n'est pas coutume. C'est en regardant jouer des mecs comme Isaac Haxton ou Phil Galfond que l'on prend conscience que le No Limit Hold'em est une affaire d'artistes, quand il est bien pratiqué. Rarement auparavant je n'avais été témoin d'une telle agression contrôlée, des attaques qui ne s'arrêtent jamais, en permanence sur la corde raide, de la pure beauté pokérienne... Avec six joueurs par table seulement, la part belle est donnée aux joueurs actifs, pas aux attentistes. Le field de ce tournoi était sans doute le plus jeune des WSOP, trente ans de moyenne d'âge à vue de nez : tous les cadors du Net étaient de sortie, tandis que certains représentants de la vieille école avaient jeté l'éponge, comme Doyle Brunson et Phil Hellmuth. Phil Galfond est sorti de sa réserve habituelle, à l'inverse de Gus Hansen et Patrick Antonius, qui, comme chaque année, n'auront joué qu'une poignée de tournois à eux deux. J'imagine qu'ils se concentrent sur les cash-games. Autre chose à noter sur ce Short-Handed : il s'agissait probablement de l'épreuve la plus « sponsorisée » des WSOP. Difficile d'imaginer que plus de 20% des inscrits jouaient pour 100% de leurs gains : outre les joueurs sponsorisés par les sites, une vaste majorité des entrants avaient fait appel à du sponsoring privé (venant d'autres joueurs, donc), en plus d'échanger des pourcentages à droite à gauche. C'est pour cela que je prédis une ambiance explosive en table finale, avec les poulains de chaque joueur rassemblés sur les gradins, vociférant de plus en plus en fort à mesure de l'augmentation de leurs gains. Là, la bulle va bientôt éclater (il y a 18 places payées), et bizarrement, c'est l'ancienne école qui mène la danse : Daniel Negreanu (qui a toujours le cul entre deux chaises, les nouvelles tendances et le style old-school), Carlos Mortensen (l'un des mes joueurs préférés) et Frank Kassella (déjà deux bracelets cet été).

Bon, faut que je retourne bosser. Encore deux grosses journées pour terminer les tournois préliminaires... Plein de fêtes en vue pour le 4 juillet, fête nationale américaine... Et douze jours de Main Event à toute vitesse. C'est bon, on a presque fini.

Le Day 34 sur Winamax
Le Day 35 sur Winamax



Je me demande ce qui énerve le plus Phil Ivey : que Chau Giang soit en train de lui administrer un massage, où que je sois là pour immortaliser l'instant ? Et est-ce que l'ami Philou est au courant des choses rigolotes que l'on fait avec son image sur les forums Internet ?



Carlos Mortensen, le François Pignon du poker, véritable artiste dès lors qu'il se retrouve en possession de beaucoup de jetons

2 commentaires:

Eric Dethier a dit…

Ma préférée pour le photo montage de Phil occupé à se faire masser c'est celle avec Durrr, Super LOL.

Chez Karlos c'est le signe de quelqu'un qui non seulement ne voudra pas investir trop de chips dans un coup pour pas casser sa construction mais aussi quelqu'un qui est prêt de ses chips et qui ne payera pas facilement. Maintenant vous savez comme moi que la théorie inverse au poker est toujours applicable également donc pourquoi je suis en train d'écrire ces lignes par 34° à l'ombre (en Belgique et oui c'est le Noooord mais avec parfois du soleil).

Eric Dethier a dit…

Si tu parles de S.R., on pourra dire que pour certaines joueuses, on se demande aussi car elles sont souvent plus déshabillée que notre masseuse enfin pas que dans ses film of course.