dimanche 11 juillet 2010

Light

Day 42, 43 et 44

Amazon Room, 20 heures 20. J'ai du annuler ma 482e visite de l'été au In-N-Out Burger : trop de monde. La file de voitures pour le drive trough faisait le tour du bâtiment, et l'attente à l'intérieur dépassait la demi-heure à vue de nez. Je n'étais pas le seul à avoir envie d'un Double Double pour la pause-dîner du Day 2B du Main Event. Je suis donc retourné au Rio, et ai du me contenter d'un infâme sandwich au poulet grillé que j'aurai tout loisir de regretter durant les deux heures qu'il nous reste à tirer ce soir.

On y est presque. Le bout du tunnel. Il est presque impossible de se lever le matin, désormais. Les heures de sommeil à rattrapper totalisent un montant astronomique, qu'il me faudra plusieurs semaines pour rattrapper. Chaque main, j'attends la dernière seconde, je repousse la sentence du réveil le plus tard possible avant de tituber hors du lit, vers la douche, puis vers la voiture, les yeux à demi-clos sur l'autoroute 215. Il faut tenir, garder les apparences en place pour quelques jours encore. Rester pro, foncer sur la dernière ligne droite alors que l'on voit le ciel s'éclaircir à l'horizon, terminer le reportage du mieux possible, conclure sept semaines en apnée de manière pas trop bancale, et s'en aller en laissant si possible une bonne impression.

Il y a un peu de mélancolie dans les derniers jours des World Series of Poker. Pour beaucoup, tout est déjà terminé. Les quatre premières journées ont nettoyé un tiers des 7,319 participants au Main Event, et la moitié de ceux qui avaient réussi à y survivre se sont fait liquider lors de la seconde journée. Le guichet des inscriptions est définitivement fermé jusqu'à l'année prochaine : il n'y a plus de prochain tournoi, plus d'espoir de se refaire, plus aucune chance de décrocher le prochain bracelet jusqu'à l'année prochaine. Pour la plupart, l'été a été désastreux, suivant la dure loi darwinienne propre aux tournois de poker. 10% de gagnants par tournoi, et 1% seulement réalisant un réel écart financier. Pour les autres, c'est la bonne vieille cagoule, pour des montants variables.

Pour des milliers de joueurs, c'est l'heure de faire les bagages, éventuellement changer la date du billet d'avion, profiter des dernières soirées pour se finir en beauté, dire au revoir aux copains. Et puis, après, il y aura un blanc, une pause de quelques semaines dans les tournois, avant que le calendrier ne se rappelle à notre bon souvenir. European Poker Tour, World Series of Poker Europe, World Poker Tour Londres, Partouche Poker Tour... La machine à rêves ne s'arrête jamais de tourner. Il y aura toujours un prochain tournoi. C'est la carotte après laquelle on court, si proche mais si inaccessible à la fois.

Les quatre Day 1 du Main Event sont passés à toute vitesse, suivis par les deux Day 2, qui ne furent au final que des redites des Day 1, avec un rythme d'éliminations encore plus élevé. Là, tandis que j'écris ces lignes, nous en avons presque terminé avec le Day 2B. Enfin, les choses sérieuses vont commencer : l'entrée dans les places payées, puis la longue marche vers la table finale. Il n'y a pas grand chose à dire sur les six premières journées, pas de réel scénario à discerner. Il y a des pros qui montent des tapis, il y a des pros qui sautent, il y a des pros qui stagnent, rien qu'on aie pas déjà vu cent fois. Avec Harper, nous nous sommes contentés de suivre un maximum de joueurs français tout au long de cette longue introduction, raconter le plus de mains et anecdotes que possible. Heureusement, notre assiette a été pleine : ils ont été 118 tricolores à survivre au Day 1, contre 87 en 2009, et de nombreux compatriotes ont réussi à se constituer des gros tapis. Ils seront probablement une quarantaine à rentrer dans les places payées, et après... Il n'y a qu'à espérer qu'un maximum d'entre eux sera au rendez-vous des dernières journées, les plus importantes. Le Team Winamax n'a malheureusement pas été très performant au cours des Day 1, avec seulement trois qualifiés pour le second tour : Alexia, Antony et Ludovic. Nos Local Heroes se sont en revanche très bien débrouillés... Je compte beaucoup sur eux pour aller loin dans le tournoi, ce sont de vrais bons joueurs, peut-être de futurs grands.

Antony et Ludovic, justement... Au soir du Day 1C, les deux compères nous avaient convié à fêter la performance de Cuts dans le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars. J'ai accepté sans cligner des yeux, pour deux raisons : 1/ en six semaines, je n'avais eu l'occasion de sortir qu'une seule fois, et 2/ une invitation d'Antony et Ludovic, cela ne se refuse pas, tant les deux savent concocter des sauteries mémorables. Avec Harper, on a bouclé la journée à minuit, et l'on a foncé vers le Luxor et sa fameuse boîte, le LAX. Une table VIP avait été réservée.

Ah, la ségrégation dans les boîtes de nuit... Pendant que 90% des fêtards étaient compressés sur le dance floor, avec juste l'espace minimum pour respirer et tenir leur verre, moi et mes amis étions étalés comme des pachas sur des canapés à quelques mètres en face de ces pauvres hères, sagement parqués derrière le cordon de sécurité/ségrégation. Nous avions toute la place du monde pour nous servir des verres à l'aide des bouteilles éparpillés sur notre table privée, protégés de la plèbe par une armée de vigiles gardant leurs sourires pour nous, et affichant un air de tueur envers les citoyens de seconde classe de l'autre côté.



La situation s'est intensifiée quand l'invité du soir a fait son apparition : Ja Rule, la fameuse star du hip-hop. Enfin, je n'en sais rien, je crois qu'il était connu dans les années 90, j'ai reconnu quelques chansons. Pour faire son show, Ja Rule s'est posté sur le mini escalier jouxtant notre table. J'étais si près que je pouvais le toucher (mais je me suis abstenu). Derrière les barrières, toutes les gonzesses étaient comme des folles. Bref, on s'est mis minables comme des rock stars, et sur le coup de cinq heures du mat, j'ai fait mon entrée dans un strip-club de Vegas pour la première fois depuis plus d'un an. Quand on en est ressortis, le jour nous piquait les yeux, et le soleil tapait déjà à plus de 35 degrés. Il paraît qu'Harper m'a réveillé à onze heures du mat' pour que l'on soit à l'heure pour aller bosser, mais je lui aurais répondu « casse toi, on dort ». Je n'ai aucun souvenir de cet épisode. Par contre, je me souviens très bien d'avoir ouvert les yeux à 15 heures 30, avec cette réalisation soudaine : le Day 1D avait commencé depuis plus de deux heures. Je crois que j'étais encore bourré à ce moment là. On s'est dépêché de se préparer, et j'ai passé le reste de la journée à galérer pour former une phrase qui tienne la route. Bah, pas grave... Ce n'est qu'un Day 1, après tout. Ce n'est pas le genre de plaisanterie que je m'amuserais à faire durant le Day 6 ou 7.

Après avoir manqué toutes les fêtes d'avant Main Event, je suis plus qu'enclin a me rattrapper ce week-end. Demain se tient l'unique journée de pause officielle des WSOP, avec au passage le tournoi médias, un freeroll à structure turbo où je vais tenter de coller des bad-beats à la tronche de mes confrères dans la joie et la bonne humeur. Ce soir, les coyotes de PokerListings organisent une fête énorme dans leur ranch. 200 personnes sont attendues, des connaissances pour la plupart. Des futs de bière, une piscine, un trampoline, un grand jardin bien vert (une rareté à Vegas) y'a même un groupe qui va jouer. Et demain soir, le gros morceau : la fête de PokerStars, traditionnellement la plus grosse des WSOP, et aussi la plus difficile à incruster, mais ouf, j'ai réussi à décrocher une invite. Au programme, rien de moins qu'un petit concert de Snoop Doggy Dog. Et après, il nous reste six jours de Main Event pour terminer officiellement cet été à Vegas. Six jours, une paille, à peine la durée d'un EPT.



Chris Moneymaker est toujours en course au terme des deux premiers tours du Main Event... Son portrait veille sur lui dans l'Amazon Room.

Le Day 1D du Main Event sur Winamax
Le Day 2A du Main Event sur Winamax
Le Day 2B du Main Event sur Winamax

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