jeudi 22 juillet 2010

Escaping the asylum

Oui, j'ai enfin réussi à m'échapper du Rio... Et ce n'est que quatre jours plus tard que j'ai retrouvé une connexion Internet. Mon traditionnel road-trip post-WSOP est déjà bien entamé. Avec Harper, on a conduit plus de mille bornes à travers l'Arizona et l'Utah, depuis le barrage Hoover jusqu'à Monument Valley, en passant par le Grand Canyon. Là, il est deux heures du matin, je vous écris depuis la petite ville de Moab, au nord de l'Utah. Demain, on va visiter le parc national d'Arches, avant de faire la longue route jusque le canyon Bryce et le parc de Zion, puis revenir à Las Vegas pour une toute dernière nuit. C'est comme ça que je me repose après sept semaines à regarder des types jouer aux cartes... En prenant la route à toute vitesse à travers le désert américain, fonçant à travers de longues étendues de vide infini, m'arrêtant juste le temps d'observer quelques unes des merveilles naturelles du monde.

Une fuite en avant, un changement radical de décor, une bouffée d'air frais qui m'a permis de purger d'un claquement de doigts les World Series of Poker, le Rio, l'Amazon Room, la Pavillion Room, les tables de Pai-Gow, le Devil, les Double Double avec supplément d'oignons, l'air conditionné dedans, la chaleur à quarante-cinq degrés dehors, le Spearmint Rhino, l'autouroute 215, le Wal Mart, les boîtes de nuit remplies de débiles de LA, les caméras d'ESPN, les paris de Tom Dwan, les sachets de Beef Jerky, le perpétuel défilé des putes, les chip-counts du soir au matin, les vuvuzuelas, le sports book du Red Rock Casino, la déroute de l'équipe de France, les flacons « Five Hour Energy », le pétrole dans le Golfe du Mexique, le Hooker Bar, les croupiers qui crient « all-in and a call » toutes les quinze secondes, les joueurs pros qui pleurent sur leur malchance, les huit bracelets de Phil Ivey, mon ex, les tables de cash-game à 1$/2$ No Limit, les masseuses qui font du porno, PokerNews, Phil Hellmuth débarquant déguisé en catcheur au Main Event, les agents tournant autour des tables comme des vampires, vlouuuuuuf, tout ça c'est envolé, déjà bien loin.

Après onze séjours à Las Vegas en six ans, je suis désormais immunisé contre sa noirceur intrinsèque. Cette villea cessé de me déprimer. A la place, un sentiment de résignation s'est installé : j'essaie d'en apprécier les rares bons côtés, et ne me laisse plus affecter par les mauvais. Cette année, j'ai eu plein de raisons de péter un câble tous les jours, mais cela avait surtout avoir avec moi, et mes limitations en tant que journaliste devant la tâche à accomplir aux WSOP. Rien qui ne sorte de l'ordinaire : de Monte Carlo à Prague, de Dublin à San Remo, le doute m'habite. Par contre, le démon qui habite Vegas pourra toujours essayer, il n'aura pas raison de moi.

Le dernier jour des WSOP, le Main Event s'est terminé tard, beaucoup trop tard. Il a fallu six heures pour éliminer le dernier joueur, laps de temps durant lequel je fus l'un des derniers médias à quitter l'Amazon Room. Vers huit d'heures du matin, des ouvriers ont débarqué pour terminer le travail de nettoyage entamé depuis déjà quelques jours. Ils se sont directement attaqués au banc de presse sur lequel j'étais encore assis, démontant à toute vitesse la structure métallique avec leurs perceuses électriques sans prêter le moins du monde attention à moi. J'étais en train de me demander si le tas de planches n'allait pas s'écrouler d'un moment à un autre sous mes pieds tout en tapant frénétiquement les dernières lignes de mon dernier article quand deux d'entre eux se sont postés de part et d'autre de ma chaise et ont carrément soulevé la table sur laquelle mon ordinateur était posé sans crier gare ni s'excuser. Je sais pas, je devais être invisible. Il m'a fallu un immense effort de retenue pour ne pas décrocher une patate à ces mal-appris après 18 heures de taf' consécutives qui m'avaient laissé sur le carreau (ça, et aussi le fait qu'ils étaient plutôt baraqués). J'ai appris plus tard qu'après les WSOP, une nouvelle convention débutait immédiatement le jour suivant dans l'Amazon Room, et les hommes du Rio n'avaient plus que quelques heures pour tout mettre en place. Le thème de la convention ? Les accessoires pour... toilettes. Parfait, en somme : après sept semaines la tête dans la cuvette, on pouvait enfin tirer la chasse. Vlouuuuuuuf.



Vous avez surement déjà pris connaissance des neuf joueurs qui reviendront à Vegas en novembre pour disputer la table finale des championnats du monde... Un casting un peu décevant, forcément : point de stars, mis à part Michael Mizrachi, qui s'est maintenu avec un tapis relativement modeste. A la place, des inconnus ou semi-inconnus, mais de bons joueurs tout de même. Personne ne me semble être là par hasard, pas même l'italien fou Filippo Candio, auteur de l'un des deux bad-beats les plus mémorables des phases finales, sur lequel je me suis interdit d'avoir la dent trop dure, d'abord parce qu'il est notre dernier européen en course, et parce qu'il serait un peu gonflé de le juger sur un seul coup. Attendons la retransmission du Main Event sur ESPN, qui s'étalera sur les prochains mois. Le chip-leader est québécois, il s'appelle Jonathan Duhamel, il a une tonne de jetons, et pourrait bien devenir le premier champion du monde francophone. Il y a aussi quatre pros américains (dont l'excellent John Racener), un amateur (Soi Nguyen) et Matthew Jarvis, un mystérieux canadien sur lequel je ne sais rien encore.

A ce stade, j'ignore encore si je serai à Vegas en novembre pour assister à la table finale. Aucun risque qu'elle soit aussi excitante que celle de l'édition 2009, mais cela me chagrinerait tout de même de la manquer. Mais pour l'instant, on s'en fout. Je reste encore trois semaines en Amérique, j'ai quelques parcs nationaux supplémentaires qui m'attendent, un bouquin à traduire, trois concerts de Phish à San Francisco, et, déjà, la reprise de la saison européenne.

4 commentaires:

Eric Dethier a dit…

Poker off, Road on!

Keep the way, find your way!

Work off, hollydays on!

Keep your mind off, change your mind on!

The life is simple: a game of on off

You must choice the best at the best time.

The choice is yours because you'r the freeman.

Walk on the life's way.

(outch je crois que j'ai aussi besoin de vacances)

Anonyme a dit…

merci pour tout ton travail benjo, tu m'as donné du rêve encore une fois, merci la famille

meuledor a dit…

Merci pour la couverture des wsop & bon road trip !

Steelyan a dit…

merci a toi et a Harper encore un super boulot et bonne route .