mercredi 2 juin 2010

Them Crooked Vultures

Day 4

J'aime bien la table finale qui s'est dessinée dans le Player's Championship, cette énorme épreuve à 50,000 dollars l'entrée mélangeant huit variantes de poker. Comme on s'y attendait, pas d'erreur de casting autour de la dernière table du tournoi le plus difficile des championnats du monde, récompensant les joueurs ayant travaillé avec acharnement leur poker pour maîtriser l'ensemble du spectre : Limit, No Limit, Pot Limit, Hold'em, Omaha, Stud... Les grosses stars médiatiques, les Ivey, Brunson, Hellmuth, Negreanu, Jésus Ferguson ont disparu, laissant les fans et touristes qui ont peuplé le rail quatre jours durant se gratter la tête en signe d'interrogation devant les joueurs ayant survécu : David Oppenheim, qui c'est ? Et ces gamins, Mikael Thuritz et David Baker, qu'est qu'il foutent là ? Daniel Alaei ? Jamais entendu parler. Seuls visages un tant soit peu reconnaissables : John Juanda, l'un des plus gros gagnants de l'histoire du poker, tellement calme qu'il en frôle l'excentricité, et Michael Mizrachi, rendu célèbre par une année magique sur le circuit WPT en 2006 : deux titres et une seconde place. Son frère Robert est aussi de la partie – évoluant dans l'ombre de Michael, mais au moins aussi talentueux – et cela constitue la première vraie belle histoire de ces WSOP 2010. Combien de fois a t-on l'occasion de voir deux frangins autour de la même table finale, qui est plus est l'une des plus importantes tables finales de l'année ? Cela va intéressant de voir quelle stratégie va se développer entre les deux. Difficile d'imaginer un affrontement direct - Robert a déja mentionné qu'ils essayeraient de s'éviter - mais en même temps, il faudra bien que cela arrive à un moment ou un autre, d'autant qu'ils possèdent tous deux un gros tapis leur permettant d'espérer aller loin. Je ne pense pas que la collusion sera un problème, mais ils seront tout de même surveillés de près, surtout une fois que la table se sera resserrée avec trois ou quatre joueurs restants.

La finale du Player's Championship ne rassemblera pas les plus grosses stars du circuit, mais tous sont assurément des joueurs accomplis, bosseurs, la plupart ayant récolté de nombreux succès tout en restant la plupart du temps dans l'ombre. Des joueurs de poker purs et durs, quoi, pas des divas médiatiques. Un seul amateur y figure, le mystérieux Vladimir Schmelev. Un businessman russe très riche jouant les grosses partie de Pot-Limit Stud (!!!) de Moscou : c'est tout ce que l'on sait à son sujet. « En Russie, pour s'enrichir, il n'y a que deux possibilités », m'a dit Pauly en rigolant. « Faire partie de la Mafia, ou graisser la patte de la Mafia. »

Hier soir, durant les demi-finales, il y avait autant de spectacle à la table qu'autour. Une galerie de personnages hétéroclite était massée derrière les barrières, observant la partie avec une attention non désintéressée. Conséquence de leur status un peu « underground », une bonne moitié des joueurs restants ne portait aucun logo à la poitrine. Les agents de joueurs tournaient en rond autour des tables, attrappant la manche des joueurs durant les pauses, les suivants jusqu'aux toilettes avec leur baratin prêt à être déblatéré, prêts à tout pour conclure un deal avec une salle de poker en ligne et récupérer leur pourcentage. Des vampires, des suceurs de sang alléchés par la perspective d'un chèque facile, des parasites, des profiteurs qui, pour la plupart, ne connaissent même pas les règles du poker. Ils seront les premiers à passer par les armes quand viendra l'heure de la révolution pokérienne.

Et puis il y avait aussi de nombreux joueurs connus pour regarder la constitution de la table finale. Quand un mec comme Patrick Antonius se pointe à deux heures du mat dans l'Amazon Room avec un grand sourire dans le visage, on devine aisément qu'il n'est pas venu là pour féliciter ses amis ayant réalisé une grosse performance. Non. Rares sont les joueurs de poker pour éprouver une joie réelle et désinteressée devant les succès de leurs pairs. Le pognon rentre toujours en ligne de compte. Quand vous croisez un pro regardant attentivement une table finale, il n'y a toujours que deux explications possibles : soit il a payé l'entrée à un ou plusieurs joueurs, et va récupérer un gros pourcentage, ou soit un des joueurs lui doit un paquet de fric et il est là pour s'assurer que la dette n'est pas oublie (certains vont jusqu'à suivre le mauvais payeur jusqu'à la caisse pour récuperer immédiatement leur dette). Dans le cas présent, Antonius pouvait être vu en train de faire copain-copain avec les frères Mizrachi. Il a été révélé récemment que l'un d'entre eux était au bord du gouffre après avoir eu quelques ennuis avec les tables de jeu de hasard des casinos, et le Fisc américain. Quand on songe que ce gars là a remporté plus de 7 millions de dollars au cours de sa carrière, fait les couvertures de tous les magazines et remporté deux titres WPT à la télévision, cela laisse rêveur. Une leçon : protégez votre capital. Et n'essayez pas de truander les impôts. Martin de Kniff était là pour soutenir son poulain Michael Thuritz. De Kniff est un excellent joueur ayant remporté la finale du WPT en 2004, mais cela fait bien longtemps qu'il n'a plus besoin de jouer au poker pour gagner sa vie. On murmure en coulisses qu'il a fait fortune en investissant dans des sites de poker, en pariant sur des rencontres sportives, et... en finançant les tournois de nombreux jeunes joueurs prometteurs. Quand un agent est venu à la rencontre de Thuritz pour lui proposer de porter un autocollant, c'est De Kniff qui a mené la négociation, Thuritz restant silencieux sur le côté.

La table finale du Player's Championship sera télévisée sur ESPN, et jouée en No Limit Hold'em (ceci expliquant cela). Je passerai une bonne partie de l'après-midi et de la soirée à la suivre de près depuis les gradins. D'ailleurs, ça commence bientôt, faut que j'y aille.

Le Day 4 sur Winamax

1 commentaire:

psg boy a dit…

merci la famille, et à in n out burger, eux aussi maintenant c'est la famille ^^