lundi 14 juin 2010

Pai Gow soccer

Day 16

Rien de tel que de se bourrer la gueule à onze heures du matin dans un casino de Las Vegas, regardant en compagnie d'une bande d'américains surexcités un sport qu'ils ne comprendront jamais vraiment...

Depuis le tirage au sort des groupes de la Coupe du Monde 2010, je m'impatientais à l'idée d'assister aux matchs des Etats-Unis en direct de Las Vegas. L'entrée en matière des américains dans la compétition allait les opposer au vieil ennemi anglais, faisant ressurgir des rivalités anciennes et éveillant la curiosité de nombreux yankees d'ordinaire guère passionnés par le soccer.

En arrivant au Sports Book du Rio samedi matin, j'étais sur le point d'obtenir la réponse à deux de mes nombreuses interrogations concernant cette Coupe du Monde : les anglais avaient-ils raison de se prédire une victoire facile ? Le public américain allait-il vraiment s'intéresser au match ?

Il eut été impensable de regarder la rencontre depuis la villa... Non, les matchs disputés par le sol sur lequel on se trouve se doivent d'être regardés en public, au milieu des autochtones, des fans locaux. Histoire de se prendre une bonne bouffée de patriotisme... et de mener une petite étude anthropologique. Des endroits où regarder des rencontres sportives, Vegas en regorge, la plupart des casinos disposant d'une salle de paris sportifs avec écrans géants, bars et machines à video poker.

Au comptoir, j'ai retrouvé Al, F-Train et quelques amis américains de passage à Vegas. J'ai pris un siège, commandé une Corona, une assiette d'onion rings et glissé un billet dans la machine à poker. J'étais prêt pour ma première expérience de soccer à l'américaine.

J'avais déjà eu l'occasion d'assister à un match de foot US à Miami en début d'année, mais là, c'était la première fois que j'assistais à un match d'un sport « étranger » impliquant les américains. Au niveau mondial, la Coupe du Monde est de loin la manifestation sportive déchainant le plus de passions. Mais aux États-Unis ? Le soccer est loin, très loin derrière le base-ball, le football américain et le basket. C'est la grande dichotomie séparant les américains du reste du monde : leurs sports préférés ont pour caractéristique commune d'être lents, longs avec des règles incroyablement compliquées (basket mis à part), et des pauses publicitaires toutes les quinze minutes. Les américains n'ont jamais vraiment réussi à aimer le football. Le fait que le foot féminin domine celui des hommes aux USA en dit long sur l'opinion du public à propos du ballon rond (« sport de tapettes ! »). L'une des choses qu'ils supportent le moins à propos du football, c'est que parfois (souvent), le match se termine sur un score nul. « Quel ennui ! », s'est exclamé un ami américain après la rencontre. « Pourquoi ils ne jouent pas jusqu'à ce qu'un vainqueur soit désigné ? » La Coupe du Monde ne se terminera pas par un match nul, le rassurais-je (en espérant qu'il aie oublié le score de la finale 2006)

« Je suis nerveux », me dit Michael Martin quelques minutes avant le coup d'envoi. Grand fan de football devant l'éternel, ayant parcouru l'Europe pour assister aux plus grandes rencontres, le vainqueur EPT s'est pointé au bar avec son pote Ryan Daut. Au loin, j'aperçois Joe Cada en train de placer un dernier pari. Le Sports Book est décemment rempli, mais je m'attendais à plus de monde. Le début du match se passe comme les supporters anglais l'ont prévu : but à la troisième minute. Quelques anglais exultent. Les américains baisse la tête vers leur bouteille de bière. L'ambiance n'était déjà pas bien joyeuse, mais là...

Je déchire le ticket de mon pari sur zéro buts marqués, mais mes espoirs augmentent concernant mon second pari : quatre buts marqués.

Les spectateurs américains sont différents du reste du monde... Quand je regarde la France, je reste actif. J'applaudis les passes, les beaux gestes, je siffle les cartons, je tape dans les mains pour encourager. Devant les écrans de télévision, mes amis américains et le reste des observateurs sont restés majoritairement silencieux après ce premier but. A tel point que j'avais fini par me convaincre qu'ils n'en avaient vraiment rien à foutre de la Coupe du Monde. Jusqu'à ce que BOUM, à la trentième minute, le public explose, me faisant lever la tête de l'écran de video poker.

« Yeah ! USA ! USA ! USA ! »

La clameur se fait entendre à travers tout le casino. Les spectateurs que je croyais endormis ne perdaient en fait pas une miette de la rencontre. Ils s'économisaient en attendant le but. Une égalisation assez humiliante pour les anglais, avec une frappe mollassonne que leur gardien faillit à stopper.

C'est un but de raccroc, mais comme le dit un pote à côté de moi, « les buts, c'est comme les enfants – quand ce sont les tiens, ils sont toujours beaux ! ») A l'écran, le coach américain n'en croit pas ses yeux, c'est comme si il avait tout prévu, sauf un retour au score de son équipe.

Revigorés par l'égalisation, les américains vont ensuite livrer une bataille courageuse, donnant du fil à retordre à une équipe auto-proclamée largement favorite. Les américains en donnent pour leur argent à leurs vieux frères ennemis. La seconde mi-temps verra l'excitation du public monter crescendo à chaque action dangereuse menée par leur équipe. Lentement mais surement, le Sports Book s'est rempli, débordant sur le reste du casinos, avec plusieurs dizaines de curieux massés entre les machines à sous, ne perdant pas les écrans de l'œil.

C'est un match nul qui sonne comme une défaite pour les anglais, et une victoire pour les américains, qui ont maintenant de belles chances de passer le premier tour.

Pour répondre aux nombreux commentaires et e-mails que j'ai reçus, oui, j'avoue les avoir sous-estimés, mais malgré tout, j'aime cette équipe américaine (du patriotisme par procuration, j'imagine), et l'on ne m'ôtera pas de l'idée que 8/1 pour la victoire finale, c'est du vol pur et simple.

C'est Al qui résumera le mieux la rencontre, en bon accro au jeu : « Pai Gow Soccer ! Push is a win ! »

*****

Dans l'Amazon Room, vite fait et en vrac : Il aurait été ironique qu'une femme (l'amatrice Christine Pietsch) remporte un tournoi majoritairement masculin le lendemain de la controverse entourant le Ladies Event, mais au final, c'est Richard Ashby qui prend la victoire du tournoi de Stud à 1,500 dollars, apportant un troisième bracelet à l'Angleterre en 21 épreuves. Moi qui croyait le poker rosbif éteint depuis des lustres, j'en suis pour mes frais. La France, de son côté, est passée à une marche du bracelet, avec la seconde place de Thibaut Klinghammer dans le Pot Limit Omaha à 1,500 dollars, un joueur professionnel de l'ombre spécialisé dans les cash-games. Thibaut a joué le sous-marin tout au long de la finale, et n'avait pas assez de jetons pour vraiment se défendre au moment du dernier duel contre le revenant Tex Barch (finaliste du Main Event 2005). La machine à finales française est-elle lancée ? Toujours est-il que Vanessa Hellebuyck sera aujourd'hui au départ de l'ultime table dans le tournois Ladies. C'est la toute première fois de l'histoire du poker français qu'une tricolore se place en finale du tournoi féminin des WSOP.

Le Day 16 aux WSOP

2 commentaires:

Steve Zissou a dit…

Vanessa Hellebuyck = Ton 1er gros Coverage Bad Beat ;-)

misterhyde22 a dit…

And the "Winneuse" is : VANESSA !!

Faites peter la Marseillaise dans l'Amazon Room !! :D