mardi 29 juin 2010

One month down

Day 31

Les WSOP ont conclu un mois de poker non-stop par une journée assez décousue, plutôt plate, à en juger par la désertion qui a affecté le banc de presse. J'étais au Rio une bonne partie de la journée, mais ce serait mentir de dire que j'ai été très productif.

Tout le monde espérait une nouvelle table finale française avec Thomas Bichon dans la boucherie à 1,500$ numéro 45, mais le Corse s'est arrêté net en onzième place, effleurant la dernière table du bout des doigts après un coin-flip ultra classique (As-Roi contre deux Dames... what else ?). Après, la partie a continué sur l'un des podiums, et des brésiliens surexcités étaient rassemblés derrière leur poulain, déployant drapeaux et vuvuzelas. Tiens, m'étonne qu'il ait fallu attendre un mois pour les voir débarquer au Rio, ces foutues trompettes. Dans le tournoi « Mixed » (huit variantes) à 2,500 dollars, Alex Luneau fut rapidement éliminé, fermant le ban des joueurs français, et l'autre boucherie à 1,000 dollars ne m'a intéressé que le temps de repérer les deux ou trois tricolores encore en course après six heures de jeu.

La grosse affaire du jour était le Tournoi des Champions, ce tournoi freeroll hors-série sponsorisé par Harrah's à hauteur de un million de dollars, avec un casting trié sur le volet en partie constitué par les votes Internet du public. Ces derniers ont sans surprise plébiscité les vingt joueurs les plus vus à la télé depuis l'explosion médiatique du poker en 2003 : Negreanu, Hellmuth, Brunson, Ivey, Harman, Lederer, etc... Ils étaient tous là, donnant aux trois tables de l'épreuve l'air d'une retransmission WPT d'il y a six ans. Comme l'a fait remarquer Mike Matusow (invité d'office en sa qualité d'ancien champion du TdC), « tous les dinosaures sont là. Tant mieux, ils sont plus faciles à battre que les jeunes venus d'Internet ! » Les jeunes gamins du Net, justement, il y en avait tout de même deux : un amateur qualifié sur la plateforme online des WSOP (pas accessible sur le sol américain, loi oblige), et ElkY, qui avait remporté le SNG qualificatif organisé il y a deux semaines en compagnie d'une table de joueurs connus et reconnus mais non éligibles par vote, n'ayant pas gagné de bracelet (oui, c'était le critère pour pouvoir faire partie de l'épreuve). Je ne suis pas trop sur de l'intérêt d'un tel tournoi. C'est vrai que c'est sympa de la part d'Harrah's de reverser à la communauté un petit morceau des tonnes de dollars qu'ils se font chaque été durant les WSOP, mais vu le casting, l'argent finira dans les poches des joueurs les plus riches de la dite communauté. Dans l'ensemble, les joueurs présents n'apportent rien de véritablement nouveau, et ne représentent pas les tendances modernes du poker. Mais il est vrai que le poker à la télé ne fait plus recette depuis longtemps, et ESPN exigeait des valeurs sures, éprouvées pour s'assurer une audience pas trop catastrophique et rentabiliser son investissement.

La finale du Omaha High-Low à 5,000 dollars a rassemblé des profils intéressants... Rob Hollink, la légende hollandaise, vainqueur du premier EPT à Monte Carlo. Erik Seidel, le joueur de poker le plus drôle de Twitter, en quête d'un neuvième bracelet. Ce vieux vicelard de DevilFish, qui persiste à vouloir s'habiller comme son fils de vingt ans, sweat-shirts Ed Hardy et bagouzes aux doigts. Dan Shak, le requin de la finance et poisson du poker. Leif Force, le hippie découvert lors du Main Event 2009, et Perry Green... Vous n'avez jamais entendu parler de Perry Green ? Non, et moi non plus. C'est normal, personne ne se souvient jamais du mec qui termine second, c'est bien connu. Il y a 29 ans exactement, Perry Green était en tête à tête pour le titre de champion du monde de poker contre un certain Stu Ungar. Ce dernier, champion en titre, n'a fait qu'une bouchée de Green, qui avait pourtant remporté trois bracelets lors des éditions précédentes des WSOP. Un coup d'oeil au palmarès de Green révèle de nombreuses tables finales durant les années 80 et 90, avant un ralentissement compréhensible au 21e siècle – l'âge, surement. C'est en tout cas rafraichissant de voir que Doyle Brunson n'est pas le seul des anciens à encore faire vibrer la flamme du poker old-school. Il y a des tas de vieux anonymes comme Green qui continuent de se rendre chaque année aux WSOP, passant inaperçus la plupart du temps.

Au final, c'est Chris Bell qui remporte le bracelet dans cette épreuve. Une récompense méritée pour ce joueur solide et appliqué, qui été passé très proche en 2008 contre Davidi Kitai, échouant sur la dernière marche après un tête à tête de quatre heures. A l'époque, Bell était soutenu financièrement par Erik Lindgren... Je me demande si c'est encore le cas. Si oui, cela ferait deux victoires en deux jours pour les poulains de Lindgren, après le triomphe de Gavin Smith samedi soir.

Le Day 31 sur Winamax

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