vendredi 4 juin 2010

I Fought the Law

Day 6

La journée marathon du tournoi à 50,000 dollars a définitivement niqué mon rythme de sommeil pour le reste des WSOP. Bah, j'aurai tenu cinq jours, avec un programme régulier. Levé tôt en pleine forme, journée de boulot sans histoires, huit heures de sommeil, tout ça on peut oublier. La fatigue est là, dans les jambes et dans la tête, et elle va rester jusqu'à la fin de l'été. Pas que ce soit un problème : c'est comme ça tous les ans.

Quand je me suis couché après la victoire de Michael Mizrachi, le soleil était déjà levé depuis longtemps, les stores de ma chambre peinant à en masquer les rayons. J'aurai aimé être débout pour assister au premier tournoi de midi, mais une fois que l'on commence à dormir après une telle journée, difficile de s'arrêter après trois heures. Quand je me suis réveillé, il était quatorze heures passées. J'avais manqué les grands débuts d'Annette Obrestad aux Rio, trois ans après son sacre londonien, et quelques mois après son 21ème anniversaire. Contrairement à ce que je m'étais imaginé (dans ma tête, l'arrivée de la norvégienne à Las Vegas représentait le débarquement étranger le plus attendu aux États-Unis depuis l'atterrissage des Beatles à JFK en février 1964), Annette n'est pas arrivée dans la Pavillion Room à bord d'un vaisseau spatial, ou costumée en Reine du Royaume de Norvège. A la place, elle s'est assise à table comme des milliers d'autres, à joué aux cartes comme des milliers d'autres, pour ensuite se faire éliminer comme des milliers d'autres après quelques heures. Une entrée en matière des plus classiques, après plus de trois ans d'attente impatiente : au moins, Annette sait maintenant ce que ressentent la plupart des joueurs participant aux WSOP : ils sautent, jour après jour, jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus d'argent en poche.

Encore sous le choc de la journée précédente, j'ai eu beaucoup de mal à m'intéresser aux épreuves du Day 6, et produire le moindre contenu intéressant sur Winamax. C'est là que les avantages de la présence à mes côtés d'Harper se font sentir de manière probante : tandis que je peinais à écrire une poignée d'articles réchauffés sur les donkaments en cours, mon collègue est resté sur le pont toute la journée pour couvrir en long et en large les progrès de Nicolas Levi dans le Shootout à 5,000$, remportant le premier tour, puis le second pour arriver jusqu'en table finale. Les années précédentes, j'aurais été forcé de m'y coller bon gré mal gré, quelques heures à peine après avoir terminé de suivre le tournoi 50,000$. Cette fois, j'ai quelqu'un pour prendre le relais quand je ne suis plus en état.

Avant le début des WSOP, j'éprouve toujours une petit appréhension concernant les résultats du Team Winamax : et si l'été allait se révéler être un désastre ? Et si aucun d'entre eux n'allait récolter de résultat probant ? Après tout, les mauvaises périodes, cela arrive même aux meilleurs. Cinq jours après le début du festival, mes craintes sont déjà envolées : même si, au moment où j'écris ces lignes (jeudi à 16h35), Nicolas a déjà été éliminé de la finale en cinquième place, la performance est de taille, et laisse présager un bel été pour le Team, dont seulement trois membres sont pour le moment arrivés à Vegas. Quoi qu'il arrive, cette finale donne un joli départ au Team alors qu'il reste encore une bonne cinquantaine de tournois au programme, et assure que la feuille de score ne restera pas vierge.



J'entends souvent certains dire que les tournois Shootout sont plus faciles à remporter que les tournois classiques, car il y a beaucoup moins de joueurs à battre pour arriver jusqu'au bracelet. Dans le cas présent, le Shootout à 5,000$ rassemblait environ 360 joueurs, mais, en raison du format pratiqué, le vainqueur du bracelet n'aura battu que 19 joueurs (sur trois tables successives) pour s'emparer du titre. Certes cela semble peu comparé au chemin à parcourir pour arriver jusqu'au bout d'un MTT classique avec une fréquentation similaire, mais ce genre de critiques est hors de propos. La réussite dans un tournoi Shootout implique pour les joueurs de posséder un ensemble de compétences très différentes et plus étendues que pour un MTT de base. Alors qu'un joueur serré peut souvent arriver à se glisser en table finale à force de patience, il faut lors d'un Shootout passer deux fois par la case « tête à tête » afin de pouvoir prétendre à une place en finale. Il faut savoir maitriser toutes les phases d'un tournoi dans un laps de temps très court : début, milieu et fin, depuis la table pleine à dix joueurs jusqu'au dernier duel, en passant par la phase short-handed. Et puis, il faut aussi considérer la structure des prix : dans le Shootout à 5,000$, sortir septième (aux portes de la finale) payait autant que sortir 36ème (au début du second tour), puisque les deux places signifient exactement la même chose. C'est donc un format qui récompense véritablement ceux qui jouent pour la gagne : jamais un joueur serré ne pourra remporter un tournoi Shootout. Dans le cas de Nico, je suis d'autant plus impressioné car il a du passer au travers d'une table extraordinairement difficile au second tour, composée de James Akenhead, Dario Minieri, Chris Bell, Tom « durrrr » Dwan et enfin Blair Hinkle, qui ne s'est incliné qu'après un tête à tête de trois heures. Croyez-moi, battre tous ces mecs là n'a rien d'une promenade de santé.

*****

Autant vous dire que je ne suis pas qu'un peu honteux en vous racontant cette histoire... Il était minuit et demie hier soir quand j'ai décidé de quitter le Rio. Praz Bansi, un joueur que j'aime particulièrement, s'apprêtait à gagner son second bracelet dans une boucherie à 1,500$, mais l'anglais était à égalité en jetons avec son adversaire québécois, et je n'étais pas préparé à une seconde longue nuit consécutive. Avec Pauly et Gabriel Nassif, on s'est tirés juste à temps pour attraper un Double Double avant la fermeture du In-N-Out burger. Je venais de m'engager dans le parking quand des flashs bleus et rouges se mirent à clignoter dans le rétroviseur.

« Ah, merde », a lâché Pauly. « Les flics. »

Ma première arrestation aux Etats-Unis ! Sauf que... je n'avais aucune idée du crime que j'avais commis.

J'avais déjà vu la scène dans deux cents films, et l'avais déjà vécue dans le passé, mais depuis le siège passager seulement. Cette fois, j'étais au volant. Dans le rétroviseur, j'ai vu le flic descendre de sa grosse moto, retirer son casque et ses gants, et se diriger à ma hauteur. Ma vitre était déjà baissée quand il prononça la phrase consacrée : « Papiers du véhicule, et permis de conduire, s'il vous plaît. »

J'ai ouvert la boîte à gants, et sorti mon permis international. J'étais anxieux car mon permis rose et mon passeport étaient enfouis dans le coffre, au fond de mon sac à dos.

« C'est une voiture de location ? »

J'opine du chef.

« Vous vous apprétiez à prendre un petit en-cas nocturne ? »

« Oui msieur l'agent, on ne voulait pas manquer la dernière fournée de hamburgers. »

« Très bien, monsieur. Sachez que vous rouliez à 51 miles [82 km] par heure, et que Dean Martin Drive est une voie limitée à 35 miles [56 km]. »

« Ah, euh... je suis désolé, euh, je n'ai pas vraiment fait attention, je n'ai pas l'habitude des limitations de vitesse dans ce pays ».

« Faites attention, désormais. Et bon appétit ». Puis il s'en alla.

« Putain, mec », s'est exclamé Pauly, hilare. « Tu viens d'échapper à une contravention ! Avec ton accent et ton permis de conduire de touriste, il n'a pas voulu se faire chier à remplir la paperasse pour un PV que tu n'aurais peut-être même pas payé. Tu te rends compte à quel point tu es chanceux ? Si ça avait été un américain moyen comme moi, on était bon pour une amende à 150 dollars. »

Encore un peu tremblotant après cet épisode qui n'avait duré que deux minutes, j'enclenche la marche arrière pour me diriger vers le comptoir « drive », et...

« STOP ! Attendez que je m'en aille, au moins. »

Le flic était encore là, debout devant sa moto, en train de me lancer un regard noir, regrettant sans doute d'avoir laissé s'en tirer si facilement un débile de français dans mon genre. J'ai pilé, m'arrêtant à deux centimètres du guidon. L'espace d'une seconde, l'image des journaux du lendemain m'est apparue en mémoire :

« French Cop Killer Set for Death Penalty ».

Autant vous dire que dix minutes plus tard, je kiffais comme jamais mon premier Double Double en tant qu'homme libre.

Le Day 6 des WSOP sur Winamax

6 commentaires:

shnougi a dit…

Pendant que tes ptits potes Davidi et Nico se battent pr gagner un bracelet, toi tu ES le meilleur journaliste poker francophone actuel au monde. C'est bien mieux qu'un bracelet top kitch!

Anonyme a dit…

YOU ARE UNDER ARREST
GG BENJO

brduke a dit…

Super billet !
Désormais je vais suivre tes aventures.
Pas seulement au volant...
GGGGL !

kipik a dit…

eh eh
je devrais haïr juin pour ne pas être (une fois de plus) aux wsop. Mais je sais aussi que c'est le mois où la lecture de ton blog m'enchantera ;)

(enfin, au moins les 10-15 premiers jours, eh!)

Michele a dit…

what about the part when they took you downtown?

mr4B a dit…

Benjo tu es mon héro. j'avais pas mal de tes articles en retard, et là, je me marre tout seul devant mon écran... juste énorme xD