vendredi 25 juin 2010

Fountain of Youth

Day 27 et 28

Vous le savez, quand j'ai besoin de faire le plein d'énergie spirituelle, c'est vers le Red Rock Canyon que je me tourne. Je me lève un peu plus tôt le matin, je prends l'autoroute 215 vers le nord, et vingt minutes plus tard, me voilà au milieu de nulle part, loin de l'agitation de Las Vegas et des bad beats de l'Amazon Room. J'y reste une petite demi-heure, le temps de parcourir les vingt kilomètres de boucle à l'intérieur du canyon, puis je me mets en route vers le Rio, plein de bonnes vibrations, les batteries rechargées par la contemplation du calme et de l'infini des roches rouges.

Aujourd'hui, j'avais la possibilité de prendre part à une expédition un tantinet plus ambitieuse... Une journée de bateau sur le lac Mead, à trente bornes au sud-est de Vegas. Antony Lellouche et Ludovic Lacay m'avaient déjà invité à plusieurs reprises lors des étés précédents, et j'avais du refuser à chaque fois, pour cause d'actualité trop chargée au WSOP. Là, avec seulement quatre tournois au programme lors du Day 28, le timing était parfait. D'autant que l'on serait rentré en ville largement à temps pour ne rien rater d'un gros évènement potentiel au Rio (en l'occurrence le douzième bracelet de Phil Hellmuth, qui possédait le quatrième plus gros tapis au départ des demi-finales du Pot Limit Omaha High-Low).



Le lac Mead a ceci d'intéressant qu'il est artificiel, et immense, avec 38 kilomètres cubes d'eau gardés par le fameux barrage Hoover. Ainsi, c'est là que Las Vegas puise l'intégralité de son eau potable... et les experts prédisent au lac un assèchement complet dans les dix prochaines années, la combinaison du réchauffement climatique et du gaspillage croissant des ressources naturelles nécessaire pour faire tourner une ville en plein milieu du désert. Difficile de passer à côté du symbole... Avec ses fontaines, ses piscines, ses jardins tropicaux, ses palmiers et ses dizaines de milliers de chambre d'hôtels à alimenter par quarante-cinq degrés à l'ombre, Las Vegas pompe jusqu'à plus soif la ressource la plus indispensable à l'homme avec un objectif simple : lui siphonner le compte en banque.

Si Las Vegas disparaît avant 2020, je me demande où iront s'installer les World Series of Poker. Il faudra trouver un endroit aussi laid que Vegas, pour ne pas dépayser les joueurs. Dubai ? Ca manque un peu de strip-clubs. Macau ? Personne n'irait, trop loin. Surtout, je me demande si d'ici là, Phil Ivey aura dépassé Phil Hellmuth au classement des bracelets. Sinon (attention je m'apprête à digresser mais pas tant que ça) cela fait déjà deux mois que le pétrole de Deepwater Horizon se répand dans le Golfe du Mexique à raison de 60,000 barils par jour, BP ne pense pas pouvoir boucher le trou avant le mois d'août, grand minimum, c'est juste la plus grosse catastrophe écologique que l'homme aie connue, personne ne l'ignore mais tout le monde s'en fout. Pour le coup, la Coupe du Monde est arrivée à point nommé. Chaque fois que je regarde un match, les Vuvuzelas me rappellent le désastre... Pétrole qui fait glou glou dans l'océan, trompette qui fait tsoin-tsoin, c'est la même chose : vous avez beau couper le son de la télé, changer de chaîne, regarder dans une autre direction, fermer les yeux, cela ne les fera pas s'arrêter. Pendant que tu regardes la télé, pendant que tu bosses, pendant que tu dors, pendant que tu bouffes, pendant que tu chies, pendant que tu te branles devant Youporn, glou glou glou, tsoin tsoin tsoin, ces putains de Vuvuzelas vont nous gâcher la Coupe du Monde, mais non, les ingénieurs des équipes télé ont trouvé le moyen de leur couper le sifflet, tout va bien, on peut continuer à se divertir comme si de rien n'était. Ouf.

Disposant d'un capital d'hypocrisie suffisant pour mettre tout cela de côté le temps d'une journée de farniente, je me suis pointé au Wynn au petit matin avec un sourire joyeux, tout content à l'idée de m'échapper du Rio, fut-ce pour une brève période. Je n'avais que trois heures de sommeil au compteur, la soirée d'anniversaire de ma confrère Dana m'ayant emmené très tard la veille. Anto et Cuts avaient fait les choses bien en réservant deux gros 4X4 (très polluants j'imagine) pour emmener notre troupe à bon port. Sur place, on a dévalisé le magasin de la marina en provisions et accessoires divers, et signé un contrat de location à la journée pour deux bateaux. Des « speed boats », le genre de petit machin qui fonce à toute vitesse à travers l'eau. Oh, pas si vite que cela, en réalité, à peine du soixante à l'heure, mais équivalent à la conduite sur une route jalonnée de dos d'ânes à raison d'un tous les six mètres. On s'en est douloureusement rendu compte avec Harper quand Cuts a enclenché les plein gaz sans prévenir, faisant s'envoler serviettes, canettes, gilets de sauvetage , t-shirts, et nous avec, on s'est retenus de justesse, mes fesses s'en souviennent encore.


Le lac Mead n'est ni beau, ni moche, entouré de montagnes rocheuses grisâtres informes et dépourvues de végétation, mais l'eau est douce et bleue, et il n'y a pas un chien aux alentours. Je me prends le vent en pleine poire, la bière gicle sur mon torse entièrement enduit de crème solaire protection 70, les WSOP n'existent plus, et Antony sort les skis nautiques du coffre. Je découvre éberlué qu'il est un expert en la matière, quant à moi, je vais boire la tasse trois fois avant d'abandonner. Qu'à cela ne tienne, on a aussi ramené des cannes à pêche. Cuts a une touche, il ramone sec ses cent mètres de fil pendant un quart d'heure (le lac est très profond), mais à force de tourner autour du pot, il casse, comme dirait Bigard. On coupe les moteurs et on se laisse porter par la brise, je plonge la tête la première dans l'eau, je nage jusqu'à un îlot, il n'y a personne à part nous à des kilomètres à la ronde, mais je peux quand même consulter Twitter sur mon portable.

Quand je reviens au Rio sur le coup de huit heures du soir, je suis épuisé comme après un footing d'une heure, mais en même temps revigoré, gonflé à bloc, le reste des WSOP va passer comme une lettre à la poste. L'Amazon Room est presque entièrement vide, Phil Hellmuth n'a pas gagné son douzième bracelet, Arnaud Mattern saute de la boucherie à 1,500 dollars aux places d'honneur (traduction : bon classement mais peu d'argent), le HORSE avance à pas de tortue, le tête à tête dans le Omaha High-Low se termine avec la victoire de Steve Jelinek, cinquième britannique couronné cet été, et il n'y a plus qu'un joueur français en course dans le Hold'em Limit/No Limit à 2,500 dollars.

La veille, Frank Kassella remportait l'épreuve de Razz et devenait le premier double vainqueur des WSOP 2010, alors que l'année dernière on en découvrait un nouveau tous les trois jours. Une panne de courant frappait le Strip peu avant deux heures du matin, forçant les épreuves à continuer mais à ce moment, j'avais déjà quitté le Rio depuis longtemps. Annette Obrestad réalisait sa meilleure performance des WSOP, mais en réalité, il s'agissait de tout sauf d'une performance : onzième dans le Shootout à 1,500 dollars, aux portes de la table finale, c'est frustrant pour une joueuse qui était arrivée à Vegas avec tant d'attentes, tant de pression sur les épaules. Elle y arrivera un jour, mais il lui faudra peut-être s'armer de patience.

Et là, il est 3 heures 22, je vais rédiger un truc vite fait pour boucler la journée sur Winamax, et prendre l'autoroute. On va bientôt sortir du creux des WSOP. Le bout du tunnel est proche. Dans une semaine, une toute nouvelle épreuve que j'attends avec impatience : le Short Handed à 25,000 dollars. Après, le Main Event, et derrière, je ne sais pas encore. Je ne suis guère pressé de rentrer en Europe. Peut-être bien que je vais rester un mois de plus sur le sol américain. J'ai des tas de trucs chouettes en préparation. On verra bien.

Le Day 27 sur Winamax
Le Day 28 sur Winamax

2 commentaires:

le boursicoteur a dit…

Pas grand chose à raconter et pourtant on se laisse aller dans l'ambiance de Las Végas .. on s'immerge dans ce monde artificiel.


Ici en France c'est la fermeture des rooms avec l'arrivée de la nouvelle loi.

Quelle honte cette loi .. à l'image de notre équipe de foot!

On touche le fond !

Dethier Eric a dit…

Bon sang j'avais anticipé le truc de la sortie hors casino dans mon commentaire précédent (dans le post du 24 juin), ou alors je t'en ai donné l'idée mais te suivant depuis plusieurs années maintenant, c'était assez prévisible juste à cette période des wsop.