lundi 7 juin 2010

Cheats, Brits and grumps

Day 9

Ma première journée de pause des WSOP est en cours, et c'est bien entendu à l'intérieur de l'Amazon Room que je la passe. Je ne vais pas rédiger une seule ligne sur Winamax aujourd'hui, mais Tom « durrrr » Dwan, considéré par beaucoup comme le meilleur joueur de cash-game No Limit du monde, est en train de foncer jusqu'à sa première table finale aux championnats du monde, et grosso modo sa première table finale tout court. J'ai un parti de 50$ avec Harper sur sa victoire, et ne veux pas manquer le spectacle qui se déroule à deux mètres devant moi. Dans le même temps, je poursuis la traduction du bouquin de Pauly, réponds à quelques emails laissés en souffrance, et je mets à jour ce blog. Et comme j'ai aussi envie d'aller me refaire en cash-game dans la salle d'à côté, je vais me dépecher.

J'ai bien aimé le Day 9 des WSOP... Je resté jusqu'à cinq heures du matin pour être témoin de la conclusion du tournoi de Stud à 10,000 dollars. Men « the Master » Nguyen a battu Brandon Adams en tête à tête, et j'ai commis à cette occasion une jolie boulette journalistique. Quand je m'en suis rendu compte ce matin, dix heures après les faits, mon article était grosso modo à jeter à la poubelle. Pour résumer rapidement, mon compte-rendu de l'épreuve écrit au milieu de la nuit était presque entièrement centré sur une énorme confusion durant la toute dernière main. Mais le problème, c'est que cette confusion s'est révélée tout simplement inexistante. J'avais écrit tout un pataquès à propos d'un problème qui n'en était pas un. N'étant pas présent autour de la table au moment des faits, je m'étais basé sur les notes écrites par deux reporters différents, travaillant respectivement pour Bluff Magazine et PokerNews. Chose incroyable, mes deux collègues avaient tout les deux fait exactement la même erreur en notant le dernier coup, et de cette erreur découlait mon article entier. Partant du principe que la probabilité que ces deux expérimentés journalistes commettent simultanément la même bévue était assez faible, j'avais fait confiance à leur version, non sans avoir auparavant passé une bonne demi-heure à se demander si Men Nguyen avait bien une paire de 6 ou non sur la sixième carte. Au final, il n'en était rien.

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Bévue ou pas, c'est une bien belle ordure qui vient d'ajouter un septième bracelet à l'un des palmarès les plus impressionnants de l'histoire du poker. C'est en tout cas ce que pensent la plupart des joueurs avec qui j'ai pu en parler. Le problème avec Men Nguyen, c'est que bien qu'il se fasse accuser d'actes de tricherie divers et variés depuis vingt ans, on ne l'a jamais vraiment pris la main dans le sac. Ce qui fait qu'il est encore là, jouant en toute liberté dans tous les casinos du pays. Des histoires sur « The Master », j'en ai entendu des dizaines. Ma préférée se passe à Atlantic City, ou au Commerce Casino, ça dépend des versions. Une alerte incendie éclate dans l'hôtel. Pas la fausse alerte de routine, non non, une vraie. Toutes les chambres sont évacuées, et c'est à cette occasion que l'on découvre dans la chambre de Men – ou l'un de ses complices – des valises entières de jetons de tournoi patiemment volés un par un durant des épreuves à petit buy-in, et prêts à être remis en jeu au moment opportun lors d'une grosse épreuve. Pas mal, non ?

Aucune idée si cette histoire est vraie ou non... Mais en général, je suis du genre à penser qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Dans le poker comme dans beaucoup de domaines, le crime, c'est de se faire prendre. Et, tout comme Tony Soprano au cours des six saisons de la série, Men the Master ne s'est jamais fait prendre. Et, triche ou pas, ce mec affiche l'attitude la plus détestable qui soit à une table de poker : ordurier envers les croupiers, à la limite de l'anti jeu en permanence, fervent adepte du « slowroll »...

Passons. Cette journée fut aussi l'occasion d'observer le départ d'une épreuve de Deuce to Seven, une aimable récréation pour des tas de gros pros en Hold'em s'essayant à cette variante dont il connaissaient à peine les règles. Tom Dwan était en course, disputant en fait deux épreuves en simultané, faisant la course entre les tables de Deuce to Seven et celles du Hold'em à 1,500$. Incroyablement, durrrr a terminé la journée en vie dans les deux épreuves, se payant le luxe de prendre le chip-lead du tournoi de Hold'em avec vingt joueurs restants. Sur le second podium ESPN, on assistait à nouveau à une table finale surexcitée. J'avoue être agréablement surpris par la tournure des boucheries à 1,000 et 1,500 dollars. On a eu de beaux vainqueurs, pour l'instant, et des ambiances magnifiques, en particulier quand le tête à tête final oppose deux joueurs non-américains, car les étrangers n'ont pas de mal à fédérer leurs potes et tous leurs compatriotes présents au Rio dans les gradins, prêts à crier et chanter toute la journée à l'aide de diverses boissons alcoolisés. Hier, c'était James Dempsey qui remportait un nouveau bracelet pour l'Europe, le deuxième du Royaume-Uni en seulement huit épreuves. Il m'a fallu y regarder à deux fois avant de reconnaître en Dempsey le mec sympa avec qui j'avais joué il y a deux ans au club Dusk Till Dawn de Nottingham, modérateur du forum Blonde Poker et ami de longue date de mes amis Snoopy, Dana, Jen et Chris. Un joueur amateur ayant progressivement fait la transition vers le poker pro, détestant les tournois live mais persuadé de jouer par son compatriote Chris Moorman.

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La soirée de samedi était parfaite... Je l'ai passée dans mon restaurant préféré de Las Vegas, avec mes collègues préférés du monde du poker. En France, on me demande souvent pourquoi j'aime tant les États-Unis.. Mais comment ne pas adorer ce pays qui m'a permis de rencontrer autant de gens simples, ouverts d'esprit, chaleureux, généreux, et brillants à ce qu'ils font ? Autour de la table offrant une vue imprenable sur les fontaines du Bellagio, il y avait Jennifer du Missouri, Al de Philadelphie, Change de Californie, Jason du Tennesse, et Pauly de New York (il vous jettera un oeil noir si vous lui rappelez qu'il est né dans le New Jersey, état voisin de la grosse pomme et vilain petit canard de l'Amérique) Et à cette table, il y aurait pu aussi avoir Dan du Texas, Sarah d'Alaska, Elissa de Virginie, et tous les autres, toutes ces relations précieuses que j'ai nouées en quatre années de WSOP. J'ai commandé un poulet rôti juteux à en crever. En entrée, il y avait des escargots, du fromage, de la soupe à l'oignon, et des coquilles St-Jacques. Et je ne vous parle pas des desserts. Après un tel festin et une telle compagnie, difficile de retourner bosser...

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Daniel Negreanu n'est pas mon joueur favori mais j'éprouve tout de même un certain respect pour le bonhomme, son palmarès, ce qu'il représente et apporte au poker, son travail médiatique avec notamment un blog passionnant que je suis depuis six ans. Mon estime pour lui vient néanmoins de baisser d'un cran après son dernier article, où il n'hésite pas à descendre en flammes le travail de PokerNews, le fournisseur officiel d'informations en direct lors des WSOP. Grosso modo, Negreanu se plaint du fait que PokerNews passe trop de temps à raconter des mains, et ne s'occupe pas assez de compter les tapis des joueurs.

Je vous invite à lire l'article en question ici. Le point culminant de la stupidité de son argumentaire se trouve dans cette phrase :

« Sérieusement, si [PokerNews] se contentait de fournir uniquement les chip-counts sans jamais raconter le déroulement des coups, cela donnerait un résultat dix fois meilleur que le reportage actuel. »

Pour citer mon collègue Otis : « Demander à un journaliste poker de compter les tapis, c'est comme demander à un journaliste de base-ball de mettre à jour le tableau des scores du stade. »

En deux mots... Les chip-counts, ça craint. Je comprends que de pouvoir être tenu au courant en temps réel de la hauteur du tapis de ses amis et/ou joueurs favoris est appréciable, mais cela reste une tâche nécessitant trop de moyens pour résultat finalement assez peu "rentable". Les chip-counts s'envolent, les écrits restent. Contrairement à ce qu'un je-sais-tout comme Matusow prétend, la tâche de compter les tapis des 36 joueurs restants dans une épreuve n'a rien d'une tâche pouvant aisément être réalisé par une seule personne. J'ai du souffrir durant quinze minutes d'un baratin de ce genre. Je suis pas un fan intégral du modèle de PokerNews, mais je me dois de les défendre ici : ce genre de critiques provient de gens n'ayant aucune idée du challenge que représente la couverture d'un tournoi. PokerNews, comme tous les sites d'information poker, dispose d'un budget limité dans une industrie où les rentrées publicitaires hors-poker sont presque inexistantes, et a préféré allouer ses ressources financières disponibles pour l'embauche de journalistes compétents et sachant écrire, faisant passer le chip-count au second plan (sans pour autant le supprimer, dites-vous bien – les critiques de Daniel portent sur l'imperfection de ces chip-counts) derrière l'information de qualité : mains intéressantes, ambiance, dialogues amusants, changements de rythme dans les parties, etc, etc.

Un conseil pour Daniel : s'il tient vraiment à avoir des nouvelles de ses potes dans les tournois, pourquoi ne pas leur envoyer un SMS ? Et Twitter, c'est pour les chiens ?

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Las Vegas, off the record a été crée en 2007 à l'occasion des WSOP. Depuis, ce blog a fêté chacun de ses anniversaires dans l'Amazon Room. C'est aujourd'hui le troisième. Joyeux anniversaire, moi ! Combien de temps encore avant que je n'ai plus rien à dire sur le poker ? Les mauvaises langues diront que c'est le cas depuis un moment déjà.
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Le Day 9 sur Winamax

9 commentaires:

Steeve Zissou a dit…

Joyeux anniversaire ;-)
Les WSOP sont le "climax" de ce blog !!!

Dageek a dit…

Happy Beurzday à ce blog d'une qualité rare!

et bravo à Men Pasqua Nguyen!

Dabhox a dit…

Bon anniversaire LVOTR!
Toujours un délice de savourer ta plume Benjo. De loin les meilleurs récits pour avoir l'impression d'y être sans y être. Bon courage pour la suite

Anonyme a dit…

Joyeux anniversaire "Las Vegas off the record"!!

Tu rigoles ou quoi Benjo: tu n'as plus rien à dire sur le poker??!! Au contraire je trouve que tes propos s'épaississent, prennent du relief et ton esprit critique semble bien plus affûté aujourd'hui.

Selon moi, ces derniers temps, tu as produis quelques uns de tes plus beaux articles. Comme si, à mesure que tu avançais dans le monde du poker, tu arrivais, de mieux en mieux à le percevoir, le décrire et donc l'écrire.

Donc j'ai un peu envie de dire "longue vie à ce blog" et rdv dans un an pour fêter le 4ème anniversaire!

DrGonzo

Rincevent a dit…

Happy birthday et longue vie à l'expression de tes talents de conteur.

Anonyme a dit…

joyeux anniversaire!!! je kiffe ce blog longue à lui et à son créateur!!!!

FDX a dit…

Bon anniv!
Que ton talent continue à nous régaler aussi longtemps que possible et même plus encore!

Anonyme a dit…

Nul doute que tu te reconvertiras dans l'écriture de livres, et je serai parmi les 1ers à les acheter ;)

emorejp a dit…

je viens de lire sur winamax ton article sur la table finale de Dwan et les litres de sueur perdu par tous les autres pros . magnifique description de l'ambiance , tu nous fait vivre l'action comme si on y était ( tout ça sans raconter de mains) . en un mot : merci .