jeudi 27 mai 2010

Touchdown

Las Vegas, 7 heures 16. Cela fait déjà deux heures que j'ai les yeux grands ouverts. Les joies des premières nuits : peu importe le nombre d'heures de sommeil, le décalage horaire nous fait sauter du lit aux aurores, prêt à profiter de la journée entière. Ça tombe bien, il s'agit d'une journée détente, première et dernière avant le début du marathon jeudi au Rio.

Je prends le clavier en attendant qu'Harper se réveille. Pas grand chose à raconter, cependant : nous sommes arrivés très tard hier soir. Habitué de Virgin Airlines, dont le vol en provenance de Londres atterrit en début d'après-midi, j'avais du me rabattre cette fois-ci sur British Airways, dont les tarifs pour les dates de notre voyage étaient bien moins onéreux. Le problème, c'est que leur vol décolle à 16 heures à Londres, pour atterrir à 19 heures à Vegas, résultant en un voyage interminable : difficile de s'endormir en plein après-midi, quand le corps est parfaitement réveillé. Dans l'idéal, il vaut mieux vaut décoller le plus tôt possible le matin, après s'être couché tard.

Dans l'avion, le connard assis derrière moi a commencé a donner des coups de genou répétés dans mon siège après trois ou quatre heures de vol. Je l'ai laissé faire une demi-heure, avant de me retourner, prêt à exploser : c'est là que je me suis rendu compte que le connard en question n'était autre que Rod, mon sympathique collègue rosbif de PokerListings, que j'avais réussi à ne pas remarquer jusque là. Parmi les passagers, je n'ai repéré aucune autre connaissance à part John Eames, le pro qui m'avait éliminé à Dublin en 2008. Le reste du vol était composé de touristes britons dont le niveau d'excitation monta crescendo jusqu'à l'atterrissage. J'ai passé le temps devant des films. Shutter Island est un produit bien fait, parfaitement maitrisé, mais ne m'a absolument rien fait ressentir, comme la plupart des films de Scorcese depuis Casino. Je me suis fait royalement chier devant A Single Man, mais pas devant Primary Colors (oui, il y avait aussi une large sélection de vieux films au programme), avec un Travolta impeccable en Bill Clinton.

La file d'attente au comptoir de l'immigration n'en finit pas, mais le processus en lui-même est un formalité. « Ils nous ont laissé rentrer : le plus dur est fait », dis-je à Harper en rigolant. « Les cinquante prochaines journées vont passer comme une lettre à la poste. » La température est étrangement clémente en cette fin de mois de mai. L'été n'a pas encore vraiment commencé. On prend la navette jusqu'à l'agence de location de voitures, et après une bonne demi-heure de paperasse, nous prenons possessions de nos véhicules respectifs. Harper n'a jamais conduit une automatique, et je lui en explique rapidement les subtilités. Peu avant 22 heures, nous arrivons à la villa. Elle est située à quinze minutes du Strip, à l'ouest, un peu au milieu de nulle part. On rencontre l'agent immobilier qui nous remet les clés, et nous fait le tour du propriétaire. Quatre chambres, deux salles de bain, une piscine, une cuisine, tout le tralala. Villa de vacanciers typique. Une télé HD et un énorme canapé en demi-lune dans le salon : vivement la Coupe du Monde. Gabriel Nassif nous rejoindra dans une semaine, et il reste une chambre pour Paco, qui arrivera aux alentours du Main Event. Pour ceux qui se posent la question, les joueurs du Team ont décidé d'aller à l'hôtel cette année – la plupart au Encore. N'ayant guère envie de vivre deux mois dans un hôtel, fut-ce t-il luxueux, j'ai préféré louer une maison à nouveau.

Il est tard, mais il serait bête d'aller se coucher immédiatement sans avoir fait un petit tour. C'est la première viste d'Harper à Vegas (à 21 ans et quelques mois), et je compte bien lui faire découvrir toutes les facette de la ville, pièce par pièce. Notre première destination s'impose d'elle-même : le In N Out burger sur Tropicana Avenue. Je retrouve avec bonheur le Double-Double, sa viande délicatement mélangée au fondant du fromage, le craquant de la laitue, la fraîcheur de la tomate, l'arôme des oignons, le tout enrobé dans la sauce orange au goût indescriptible. « Solide », sera le verdict d'Harper. Ensuite, direction le Bellagio. La salle de poker tourne à plein régime. Dans la Bobby's Room, je reconnais Eli Elezra, Ralph Perry et David Benyamine. Dans l'autre section high-stakes, Jeff Lisandro, le Devilfish et quelques autres sont engagés dans une grosse partie de Limit. On commande une bière au bar et le serveur ne demande même pas à Harper sa carte d'identité. Si mon jeune collègue a aimé le Double Double, son verdict concernant le Pai Gow sera moins enthousiaste : « On se fait chier. » Il faut dire qu'il n'a pas osé s'assoir, et s'est contenté de me regarder jouer. Je me suis contenté de quelques mains, pour la démonstration. J'ai pris huit dollars. En route vers la caisse, deux prostituées nous interpellent. Il n'aura donc fallu que deux heures à Las Vegas pour voir se produire notre première interaction avec les travailleuses du sexe de Sin City. « Looking for some fun ? », me demande la jeune blonde. C'est un peu tôt, on vient d'arriver, dis-je. « Mais justement, il ne faut pas attendre », répond sa copine asiatique. Je décline l'invitation. Harper n'en revient pas. Je lui répond qu'il va falloir s'y habituer. On prend l'escalator vers le Strip, et l'on termine nos bières devant le lac du Bellagio. « Viva Las Vegas », chante gaiement Elvis Presley tandis que les fontaines pétaradent. « J'ai des frissons », dit Harper, l'air d'un gamin devant un sapin de Noël. Je souris d'un air entendu. Rien de tel que de revenir à Vegas en compagnie d'un petit nouveau pour retrouver l'excitation d'antan.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Le In N Out, le bellagio, les putes...le décor est planté! Bon séjour et bon courage...
Lorenzo

nick a dit…

Hate de lire tes aventures et celle de Pauly. Merci par avance.
J'habite a NYC et vais a Vegas regulierement (J'y serais pour 6 jours a cheval entre Juin et Juillet).
J'ai parcouru les couloirs des hotels casinos maintes fois. En short et flip flops, en costume, emeche, parfaitement sobre, rase, pas rase, etc. Jamais on ne m'a demande si je voulais avoir du fun ce soir. J'en conclue que je dois etre tres tres moche pour ne pas interesser les pioutes locales.

Nori a dit…

Un sacré joyeux luron ce Harper.

David a dit…

On s'est vraiment croisés, mon avion décollait à 19h20 hier soir...

Have fun Guys !

Pierre Salsac aka Pedro Pok a dit…

Bon séjour à Vegas.

Marrant les paragraphes en mode "ancien combattant" des WSOP.

Bon bâptème à Kevin, il a un bon guide !!! (lol)

Anonyme a dit…

Si tu étais pas la pour bosser 14h par jour, je dirais : enfoiré de veinard!