lundi 15 mars 2010

En transit permanent

J'ai passé sept jours à Berlin, et la seule chose amusante à laquelle j'ai pris part est un braquage à main armée... Ouep, pas grand chose à retirer de ce séjour en capitale allemande, mis à part le bordel qui a paralysé les demi-finales quelques heures samedi (pour ceux qui se demandent où en est l'enquête de la police locale : un suspect a été arrêté samedi, puis relâché dans la foulée, faute de preuves, il s'agissait aparemment d'une erreur)

J'étais pourtant impatient à l'idée de me rendre pour la première fois dans cette ville ô combien riche en histoire, en culture et en verres à bière de deux litres... J'avais même programmé mon arrivée avec une journée d'avance, histoire de pouvoir jouer les touristes avant le départ du tournoi. Las, les conditions climatiques en ont décidé autrement. La vague de froid qui s'est abattue sur l'Europe lors du dernier jour de février à paralysé Roissy, et mon avion s'est retrouvé cloué au sol, comme tant d'autres. J'en fus bon pour me taper le chemin en sens inverse vers Lille, non sans avoir fait la queue trois bonnes heures dans le glacial hall du Terminal 2 pour me voir donner un nouveau billet d'avion. Le lendemain, j'étais de retour à l'aéroport dans l'après-midi, et quand je suis finalement arrivé à Berlin, la nuit était déja tombée, et la motivation pour se rendre à la soirée d'avant tournoi aussi.

Après, le tournoi a commencé, et plus rien d'autre n'a compté durant une semaine. C'était juste brutal. L'affluence avait été telle que les organisateurs avaient décidé de rallonger les journées. On a bossé de onze heures le matin jusque une heure le soir, quatre jours de suite, avec des tas et des tas de joueurs à couvrir dans tous les sens. Pas vraiment un programme qui sorte de l'ordinaire, me direz-vous, à un détail près : avec Harper, nous ne disposions que d'un seul siège en salle de presse, avec la place pour installer un seul ordinateur sur le bureau. Pour la première fois, je n'avais pas pu obtenir de PokerStars toutes les accréditations demandées. « Salle de presse trop exiguë, il va falloir se serrer, désolé », qu'on nous avait dit. Soit. J'avais prévu à la base de faire appel à Paco pour produire le contenu vidéo, mais après cette mauvaise nouvelle, j'ai du laisser tomber : nous utilisons un matériel différent (PC pour moi, Mac pour lui), et nous allions de toute façon monopoliser nos ordis la plupart du temps, rendant le partage d'un siège impossible. A la place, j'ai rameuté Harper, et l'on s'est réparti les tâches : tandis que l'un faisait l'aller et retour vers la salle de tournoi pour prendre les photos et noter les coups et infos, l'autre campait en salle de presse et rédigeait l'ensemble du reportage. Le lendemain, on inversait les rôles, et ainsi de suite. En pratique, cela donnait un taf assez frénétique : je n'avais pas le temps de finir de publier les nouvelles que m'avait apportées Harper il y a quinze minutes qu'il revenait déjà avec une fournée toute fraiche. On ne s'arrêtait quasiment jamais jusqu'à la fin de la partie. Même si le travail obtenu manquait pas mal de saveur (forcément, puisque celui qui rédigeait n'avait pas lui-même observé de visu ce sur quoi il écrivait), quantitativement parlant nous avons été assez prolifiques. Pour l'anecdote, le deuxième jour, on a même réussi à publier plus de coups que PokerNews, qui avait sur place trois reporters.

Bon, après, il y a eu le barouf que l'on sait lors du cinquième jour, le braquage terminant plus tôt que prévu la journée de travail des commentateurs de l'EPT Live. En interne, beaucoup ont critiqué la décision de Sunset+Vine (l'équipe télé) de ne pas reprendre le tournage, estimant que cela aller donner trop d'importance à un événement qui finalement n'en méritait pas autant. Mais même si personnelement j'étais prêt à reprendre le boulot après le braquage comme un bon soldat, j'étais soulagé de ne pas avoir eu à le faire. J'étais mine de rien bien secoué, comme tout le monde à l'hôtel, et n'avais absolument pas la tête à parler de poker devant au micro pour une dizaine d'heures après de telles émotions. Pour moi, ce n'est pas tant ce qui s'est passé qui a choqué tout le monde (puisqu'il ne s'est rien passé quand on y réflechit bien), mais ce qui aurait pu se passer. Je salue le travail de Thomas Kremser qui a permis de reprendre la partie sans encombres en un temps record, tout en notant que beaucoup de joueurs du tournoi (dont en première ligne le futur vainqueur Kevin Macphee) auraient eux aussi préféré reprendre le lendemain, histoire de se calmer un peu.

Justement, la finale le lendemain s'est elle déroulée sans encombres. Tout est passé très vite, mon duo avec Alexis Laipsker est maintenant bien rodé, et l'émission a coulé toute seule, tranquillement. On fait de notre mieux pour décortiquer l'aspect technique des coups tout en restant détendu, avec blagues vaseuses à tout va. J'adore parler de stratégie, mais je préfère ne pas rester trop sérieux, il ne sagit que de cartes et de jetons, après tout. On a reçu Davidi Kitai pendant une heure, et après son élimination en troisième place, le dernier français en course Marc Inizan est venu nous rendre visite pour nous faire part de ses impressions. Avec un dernier duel un poil trop long, un américain fut une fois de plus couronné, et notre boulot était terminé aux alentours de 22 heures.

Et puis il était déjà temps de partir. Je n'avais absolument rien vu de Berlin à part le boulevard périphérique qui séparait notre hôtel de celui qui accueillait le tournoi. J'ai ouvert mon guide touristique flambant neuf, et trouvé un restaurant français à deux pas de Checkpoint Charlie, l'Entrecote. Avec Harper, on a pris un sublime déjeuner - pour moi : la meilleure soupe à l'oignon de toute ma vie en entrée, puis une entrecôte, pour lui : saumon et carré d'agneau - puis complimenté le restaurateur, et fait le pèlerinage devant la frontière entre le monde libre et l'ennemi communiste, lieu le plus symbolique de la Guerre Froide. Clic clac, une photo, et en route vers l'aéroport, au revoir Berlin, et à l'année prochaine, avec un peu plus de temps libre, je l'espère.

Mercredi dernier, j'ai effectué ma première journée de travail dans nos nouveaux bureaux à Paris. Cela fait quelques semaines que le marketing de Wina y est déja installé pour préparer l'ouverture du marché, tandis que le support et le reste de l'opération est encore à Londres pour quelques mois. Je suis donc censé m'installer à Paris, mais le fait est que je n'en ai guère envie pour le moment. Pour diverses raisons que j'éviterai de détailler ici, je hais cette putain de ville, et l'idée d'y habiter me fout le cafard. En attendant mieux, j'ai entassé mes affaires chez mes parents. C'est un peu triste de voir tous mes beaux livres, disques et films chéris empilés par centaines sur le parquet de ma chambre. J'aimerais bien leur trouver un endroit plus confortable, mais le fait est que même si j'étais pressé d'aller à Paris, cela ne fait pas trop de sens pour le moment. Je vais passer les deux prochains mois à voyager pour boucler la saison EPT, et dès la fin du moi de mai, je vais m'installer à Vegas pour deux mois. La question se posera sérieusement en août, à mon retour. Durant ce laps de temps, j'aurais au moins économisé plusieurs de mois d'un loyer hors de prix pour un appartement que je n'aurais de toute façon quasiment pas fréquenté. Ceci dit, la majeure partie de cette économie passe actuellement dans de couteux billets de train et chambres d'hôtel. Là, je viens de prendre un abonnement de trois mois pour la ligne Lille-Paris. Cela me coute 150€, et me permet de reserver les trajets à moitié prix, soit un peu plus de 50€ par jour. Je me couche et me réveille chez moi tous les jours, et passe plus de trois heures dans les transports. Oui, c'est beaucoup, mais ça me laisse du temps pour lire. En ce moment, je suis sur L'attrappe-coeur, de Salinger, qui vient de mourir et que je n'avais jamais lu, apparemment c'était une erreur à réparer, et surtout l'épatante et monumentale biographie de Serge Gainsbourg par Gilles Verlant (761 pages !). Je lis ça en écoutant Them Crooked Vultures, le projet de John Paul Johns (clavier de Led Zeppelin), Josh Homme (leader des Queens of the Stone Age) et Dave Grohl à la batterie. Un line-up terrible sur le papier... Et qui fonctionne à merveille sur disque, ça passe tout seul si vous êtes un tant soit peu amateur d'au moins un des trois zicos.

Vendredi, cap vers l'Autriche. Je vais couvrir pour la première fois un tournoi de poker à la montagne, dans une station de ski aparemment ultra bourgeoise (vu le prix des hôtels). Là aussi, j'ai programmé mon arrivée avec une journée d'avance, histoire de pouvoir skier, chose que je n'ai pas faite depuis 2005, en fait depuis que j'ai commencé à couvrir des tournois de poker. Et là aussi, je n'ai réussi à décrocher qu'un seul siège en salle de presse. J'ai quand même demandé à Paco de venir, cette fois-ci... Notre hôtel se situe littéralement à cent mètres du casino, on arrivera bien à se débrouiller. N'empêche, quelle galère pour obtenir les accréditations EPT depuis le début de la saison en cours. Chaque fois que j'ai demandé plus d'un badge de la part de PokerStars, j'ai du gémir, supplier et me mettre à genoux pour l'obtenir. Le truc, on s'en doute, c'est que PS rechigne de plus en plus à laisser ses concurrents couvrir les tournois qu'ils organisent. C'est de bonne guerre, mais cela me chagrine un peu, car en trois ans, j'ai toujours travaillé d'arrache pied pour produire le meilleur reportage possible. Pas du tout indépendant au sens journalistique du terme, bien sur (je ne vais pas prétendre le contraire, faut pas exagerer), mais peut-être un peu plus honnête que quelques-uns de mes confrères, ceux dont les avions et hôtels sont payés par PS, et oublient de le préciser à leurs lecteurs. Je suis assez prétentieux pour estimer que Winamax réalise un travail de qualité sur les EPT, ce qui n'est pas forcément le cas de certains. Bon, je balance : les "confrères" de deux sites italiens, qui n'ont jamais de mal à obtenir deux ou trois badges chacun (vu qu'ils dirigent des sites d'affiliation rapportant une tonne à PS plutôt que des boîtes concurrents comme celle pour laquelle je bosse, voilà le fond de l'affaire), mais dont le travail est d'une pauvreté abyssale : un étalage de photos (prises au flash avec un point'n'click à cent euros) de flops et des visages ahuris des joueurs, et des news qui se limitent à une phrase de dix mots maximum : "machin OUT As-Roi contre deux Dames". Sans parler d'un comportement lamentable en salle de presse et autour des tables (j'en avais déja parlé il y a longtemps). Je comprends la logique économique qui veut que l'on me fasse passer en second derrière des "journalistes" de cet acabit, mais cela me désole quand même, bordel, moi qui n'ai en tête que produire un travail intéressant et un tant soit peu "raffiné". Et avec l'ouverture prochaine du marché en France qui va officialiser et rendre cent fois plus féroce la concurrence entre PS, Winamax et tous les autres acteurs de l'industrie qui prendront une licence, je ne serais pas surpris que les boîtes "ennemies" deviennent carrément persona non grata sur les EPT. J'espère tout de même me tromper.

3 commentaires:

ezeki4l a dit…

D'accord avec toi sur plusieurs points du billet, mais surtout sur celui qui parle de la qualité de ton travail...

+1 !

(de toute façon, pas d'humeur à parler littérature et/ou musique; même si j'adhère à tes choix, surtout Salinger. Bref...)

Anonyme a dit…

alors .... où vont les canards en hiver ??
great book ...

Les buzz d'Anna a dit…

C'est clair qu'en salle de presse tout se joue au nom que tu représente et pas à la qualité de ton travail, dommage !

www.gotzenuts.com