mercredi 20 janvier 2010

There's no off the record

Ce que je retiendrai du début des années 2000 ? Principalement que la vie privée est décidément un concept démodé. On a commencé avec le 11 septembre et toutes les politiques qui ont suivi, et on a terminé avec Facebook. Si, si, il y a lien entre les deux. Pensez-y : dans l'un comme dans l'autre, on ne peut plus rien cacher. Tous nos secrets sont révélés au grand jour, tout le monde sait tout sur tout le monde. Que ce soit contre notre volonté, ou avec notre assentiment le plus total, tout le monde est désormais une personne publique.

On ne peut plus prendre un avion sans se foutre à poil et exposer le contenu de nos bagages à un agent de police. On ne peut plus prendre une cuite sans que les photos de notre flaque de vomi encore fraiche soit mise en ligne par un « ami » sur un réseau social. On détaille chacun de nos repas sur Twitter, on est fichés numériquement par nos gouvernements, empreintes, couleur des cheveux et des yeux compris, on poste l'intégralité du contenu de nos appareils photos numériques sur Flickr, et l'on expose sa vie sur Blogger, dans les moindres détails, même, et surtout, ceux dont tout le monde se fout. Les évolutions de notre vie sentimentale sont dument annotées minute par minute sur Facebook. « Machin is single ». « Truchmuche is in a relationship with Bidule. » Ah, comme c'est pratique.

C'est la décennie du « je ». Tout le monde a quelque chose à raconter, tout le monde veut devenir une star, ou au moins une micro-célébrité, inconnue du monde entier, mais adulée par sa communauté. Les « vraies » star d'antan, les vedettes du cinéma et de la chanson sont moquées, vilipendées, ridiculisées, puisque maintenant, tout le monde est capable de faire pareil, sans talent particulier nécessaire au préalable. Paris Hilton a montré la voie avec le concept du « famous for being famous ». Les quinze minutes de gloire promises à chacun par Warhol n'ont jamais été aussi faciles à obtenir. Il suffit de s'inscrire à un casting de télé réalité pour devenir célèbre en un instant sur Youtube, avant d'être immédiatement remplacé par le prochain.

Tout çà pour dire que... Dorénavant, il faut être sur ses gardes. Internet est un formidable outil de mémoire qui conserve tout, pour le meilleur ou pour le pire. Prenez un pseudo. Ne laissez pas traîner votre nom de famille un peu partout. Un entretien d'embauche ? Un dossier pour rentrer dans une grande école ? Une petite amie potentielle ? Tous vont taper votre nom dans Google avant de se faire une opinion réelle de vous. Et, tôt ou tard, apprendront des choses que vous n'avez pas forcément envie de voir dévoilées. C'est injuste, mais c'est comme ça. Big Brother est maintenant fermement installé. Faites attention. Tournez sept fois votre langue dans la bouche avant de taper n'importe quoi sur votre clavier.

Bon, après, c'est pas la seule chose que je retiendrai de ce début de siècle, hein. Plus généralement, il y a eu la démocratisation de l'Internet super rapide, qui a encore plus accentué nos comportements ultra-capitalistes : on veut tout, et tout de suite, et gratuit, sans effort : films, musique, bouquins, tout cela n'a plus grande valeur marchande. Et aussi l'atomisation de plus en plus grande des individus : plutôt que de sortir de chez soi, on reste à la maison pour communiquer (pardon, « chatter ») par Skype, MSN , Facebook, etc, parfois même alors que votre interlocuteur est dans la même pièce (si, si, j'ai vu faire, et pas qu'une fois). Bon, tout cela ne concerne que nos riches sociétés modernes, je ne vous fait pas le tableau pour le reste du monde. « Vous allez tous mourir durant ce siècle », a dit quelqu'un à la télé hier. Un truisme, certes, mais qui fait froid dans le dos vu le contexte actuel.

Musicalement, j'ai l'impression d'être complètement passé à côté de la décennie. Les albums que j'ai le plus écoutés ces dix dernières années ont tous été produits il y a plus de trente ans. Je n'échangerais pas un baril d'Exile on Main St, Rumours ou Physical Graffiti contre la discographie complète d'Arcade Fire, Wilco ou Animal Collective. Je regarde la sélection par Pitchfork des meilleurs disques des années 2000, et je constate tristement que je n'ai même pas écouté un dixième. « Kid A » numéro 1 du classement ? Dieu sait que j'ai essayé d'aimer cet album depuis sa sortie. J'y suis revenu plusieurs fois, mais la sauce n'a jamais vraiment pris. Et pourtant, il y a pas mal de musique électronique qui m'a plu en dix ans, comme RJD2, Air France ou Cut Copy. J'ai surtout adoré le génie des 2 Many Dj's pour fusionner des sonorités différentes, et la richesse de leur culture pop. Je suis passé à côté de Jay-Z, malgré les concerts de louanges régulièrement entendus à tort et à travers dans la presse. J'ai aimé les Strokes et les Whites Stripes dès leur irruption sur le devant de la scène, avant de les voir donner des concerts mémorable en tête d'affiche du Reading Festival en 2002. Je suis tombé amoureux des Fleet Foxes, d'Amy Winehouse, de Belle & Sebastian et de Phoenix. Sufjan Steven a écrit les plus belles mélodies de la décennie, et en France, j'ai bougé au rythme du premier album de Java, j'ai apprécié l'inventivité de TTC, le réalisme effrayant du Klub des Loosers, et l'humour des Wriggles et de Didier Super. Mais à part ça, ma culture reste pleine de trous. C'est pas si mal, en fait : ça permet de laisser passer les courants d'air. Et j'ai dix années pour me rattraper. L'autre jour, j'ai passé quelques heures à remplir mon Ipod en vrac avec des dizaines de ces albums considérés comme les « Best of the 2000's ». Au boulot.

En ce qui me concerne, la décennie peut être découpée en deux parties distinctes et de même durée. Je peux résumer la première en quelques mots. Un bouquin ne suffirait pas à raconter la seconde.

2000 – 2004 : Je rentre à la fac. Je fume des pétards et bois des coups le week-end. Je vivote. Je n'ai pas beaucoup d'amis. Je ne sais pas trop ce que je vais faire de ma vie. Je laisse le temps passer les mains dans les poches. Puis, au milieu de tout ça, je découvre le poker. Je me rends à Las Vegas en décembre 2004, et là, tout change.

2004 – aujourd'hui : Il se passe beaucoup de trucs.

***

J'ai publié deux compte-rendus supplémentaires de mon expérience aux Bahamas sur le blog de Pauly, toujours en anglais. Vous pouvez les consulter ici (seconde partie) et là (troisième partie). Un bon séjour, dans l'ensemble. Pas mal de taf', pas mal de tilt, mais j'ai pu me poser sur une île déserte lors de ma seule journée de pause, alors ça valait largement le coup.

Et me voilà maintenant à Deauville. Le plus gros tournoi français de l'année va commencer dans un peu plus de trois heures. Dehors, il pleut, il fait froid, et des centaines de joueurs français sont au départ. Mais qu'importe. J'aime Deauville. C'est reparti pour six jours de reportage sur Winamax, en compagnie d'Harper et Régis.

8 commentaires:

Taïbo a dit…

"melting-post" très agréable à lire..
bon courage pour deauville!
have fun

ezeki4l a dit…

Wow... Rarement j'ai pu lire le texte d'un autre en y adhérent autant...
Peut-être parce que tes mots auraient pu être les miens.

Wow.

Benjo a dit…

Hé, ça fait plaisir. Je voulais développer un peu plus mais j'ai pas eu trop le temps avec Deauville.

Gainternet a dit…

Je ne suis pas d'accord avec tout, mais les choses dont je suis le plus d'accord sont là :)

Joli billet :) Bonne chance à Deauville pour toi.

ezeki4l a dit…

Ben, en disant que tu voulais développer, je dois dire que tu as réussi à créer une certaine impatience chez moi. Déjà que ton blog est un des meilleurs de la pokerosphère francophone... Vivement l'après-Deauville.

Nicolas a dit…

Quel plaisir de te lire ! J'ai trouvé ton blog en faisant une recherche sur ton pseudo, après m'être régalé de ton coverage du Day1a de Deauville. Et ton résumé des années 2010 est un très très bon post, j'adhère complètement ! Bref continue comme ça, au plaisir peut être de te voir un jour autour d'une table si W me permet de chatter un ticket pour un gros tournoi, tu pourra me reconnaître facilement, je serais le premier à crier ' c'est pour papa ' :)

Hugo a dit…

Klub des loosers! good one. Testes d'écouter Sébastien Schuller. Quelque chose me dit que tu pourrais aimer.

bergkamp a dit…

j'ai fait le tour des blogs cette apres midi j'ai decouvert un bien jolie blog qui est le tien
bonne continuation