vendredi 30 octobre 2009

Dazed and confused

6 heures 45. Je me lève bien avant que le réveille ne sonne : je n'ai pas fermé l'oeil. Je finis de me préparer. Je me demande si je n'ai rien oublié. Argent, cartes de crédit, batteries diverses, adaptateurs, puce de téléphone portable. Puis je sors dans la grisaille londonienne, serein comme on l'est quand on a pas dormi. Un peu dans les vappes, je prends un chocolat et un croissant au café du coin. Il n'y a pas de bistrots à Londres, juste des chaînes de cafés, génériques et aseptisées. Arrêt de bus. Je regarde les cyclistes passer, les gens qui vont au boulot. Je monte dans le bus, il est bondé, je descends à Sloane Square, mon nouveau bagage à main n'est pas pratique à transporter sur les épaules : je le pose au sol et déplie la poignée. Là, c'est mieux. Je trouve un taxi et lui demande de m'emmener à la gare de Paddington. Là, je slalome entre les voyageurs et achète un billet aller/retour pour Heathrow. Un train est déjà sur le quai. J'embarque. Je peste contre les gens qui posent leurs sacs à dos sur l'étagère du bas, alors qu'il est bien indiqué qu'elle est réservée aux bagages lourds. J'arrive à l'aéroport. Succession de couloirs interminables pour rejoindre le Terminal 2. J'ai le temps, je suis en avance. J'enregistre mes bagages. Je vais au comptoir de vente de billets. Je demande si je peux changer la ville de départ de mon billet retour. C'est pas possible. Je fume une cigarette dehors. J'achète deux carnets à la papeterie, un tube de crème solaire en spray à la pharmacie, et le magazine Empire à la librairie. Je trouve un restaurant et commande des oeufs Benedict en feuilletant Empire. Je mange, je règle la note. Je fume une cigarette dehors. Je rentre, et passe la sécurité. J'enlève mes chaussures, ma ceinture, je vide mes poches, retire ma veste, Je passe le portique. Mon sac sonne en passant dans la machine. La crème solaire. Idiot que je suis. L'agent de sécurité ouvre mon stack, et étudie avec attention chacun des objets qu'il contient : appareil photo, revues, magazines, câbles, chargeurs trousseau de clé, clé USB. Il oublie une poche, me tend le sac, et me demande si je veux qu'il remette tout en place. Ça ira, T'as déjà assez foutu le bordel comme ça. Je ne trouve rien dans les boutiques du terminal qui me permette d'exercer mon pouvoir d'achat. Je regarde l'écran de contrôle. Vol Virgin Atlantic pour Los Angeles, 11h25 : porte 22. Je me dirige vers la porte 22. Heureusement que je suis en avance : le couloir n'en finit pas. J'arrive porte 22, je présente mon passeport et mon billet à l'hôtesse. On m'arrête. Contrôle de sécurité aléatoire. J'enlève mes chaussures, ma ceinture, je vide mes poches, retire ma veste, pose mon casque audio, mon Ipod, mon portefeuille, mes cigarettes, mon briquet, mon passeport, mon billet, ma carte de bus, mes chaussures, ma ceinture, ma veste et mon ordinateur sur la table. J'attends avec impatience le jour ou un terroriste va se foutre une bombe dans le cul pour que la fouille anale devienne obligatoire dans tous les aéroports du monde. Un agent me palpe les dessous de bras, le ventre, les jambes, l'entrejambe, mes poches. C'est quoi, ça. C'est mon argent. Sortez-le. Je sors pas mon argent devant tout le monde. Alors donnez le discrètement à mon collègue. Je sors mes trente billets de cent dollars roulés pour former un cylindre. L'autre agent de sécurité ouvre mon stack, et étudie avec attention chacun des objets qu'il contient : appareil photo, revues, magazines, câbles, chargeurs trousseau de clé, clé USB. Il oublie deux poches, et ne me propose pas de faire le rangement lui-même. Je range mes affaires, et me dirige vers la porte d'embarquement. Siège 36G. Rangée du milieu. Quatre sièges, j'ai celui à l'extrême droite. J'extrais Empire et un roman de Charles Bukowski de mon bagage à main, et le range dans le compartiment au dessus de ma tête. Je m'assois, et consulte les films du jour sur la brochure. Il y en a plus de cinquante, dont plusieurs que je veux voir ou revoir : The Hangover, Bruno, Gran Turino, Terminator 4, etc. Dix minutes passent. L'avion est à peu près rempli, mais les trois sièges à ma gauche restent désespérément inoccupés. Ça sent le piège, et ça ne loupe pas : trois passagers arrivent en dernière minute, peu avant que le pilote ne démarre les moteurs. Une mère de famille, et deux enfants en bas-âge. Avant même qu'ils ne prennent place, je sais déjà comment vont se dérouler les onze prochaines heures. Ils s'assoient. Je me prends le premier coup de pied après quinze secondes. Les magazines placés dans le siège volent après quarante-cinq secondes, et une minute plus tard, ça pleure de concert. Glapissements perçants. Je chausse mon casque anti-bruit et regarde dans la direction opposée. Je serre les dents. Je regrette de ne pas avoir en ma possession une tablette de Xanax. L'avion se dirige vers la piste de décollage à pas d'escargots. A côté de moi, les cris s'intensifient. La mère tente vainement de les faire cesser. Je commande un verre de vin. C'est froid et insipide, mais ce n'est pas pour le goût que je le bois. Le pilote met les gaz à fond. Les 300 passagers s'enfoncent dans leur siège. Je me prends un coup de pied dans le genou, en même temps qu'un coup de poing dans l'épaule.

Midi. L'appareil lève le nez, et s'envole dans le ciel. C'est parti pour onze heures de voyage. Je prie pour un crash rapide.

****

Ils se sont calmés au bout de deux heures, avant de repartir de plus belle une heure avant l'atterrissage, moment qu'à choisi la mère pour commencer à distribuer des baffes. Trop peu, trop tard. J'ai à moitié dormi durant la moitié du voyage, me réveillant en sursaut toutes les dix minutes, incapable de trouver une position confortable. J'ai mangé le morceau de poulet en caoutchouc servi en guise de repas, j'ai abandonné Terminator 4 au bout de cinq minutes. J'en accordé vingt de plus à Bruno, encore plus inconfortable à regarder que Borat, mais cent fois moins drôle. J'ai regardé Gran Torino en entier, et j'ai aimé. J'ai regardé The Hangover pour la première fois depuis les WSOP, et c'était toujours aussi parfait du début à la fin. Puis on a atterri : back in the USA.

Le passage devant l'officier d'immigration ? Une formalité. Quelle est la raison de votre visite aux Etats-Unis ? Un festival de musique. Vraiment ? J'en suis très heureux pour vous. Il me tend mon passeport tamponné d'un visa touristique de 90 jours, et me laisse aller chercher mon sac. Je n'attends que cinq minutes avant de le voir tomber sur le tapis roulant. J'ai donné le papier bleu au douanier, et suis sorti dans la chaleur automnale de Los Angeles. C'est ma quatrième visite dans cette ville attirante, immorable, charmeuse, et stupides. Mais je ne vais pas y rester bien longtemps. Pauly a déboulé dans sa voiture, et quinze minutes plus tard, on était dans son appartement, où nous attendaient Change et toute une bande de hippies. Pauly m'a donné le programme des trois jours à venir, et m'a montré mon costume d'Halloween. C'est parti pour trois jours de fête. Je vous raconterai ça dans quelques jours, quand j'aurai repris mes esprits.

jeudi 29 octobre 2009

Meet the deadline

Tiens, je vais décompresser un peu en écrivant un petit post à la va vite. Le truc de truc vite torché, à consommer et digérer rapidement. Un blog McDo. Un Twitter amélioré. Je me suis donné vingt minutes pour l'écrire, pas plus.

Non, parce que je pars pour l'aéroport dans moins de huit heures, et j'ai encore 200 trucs à faire. Course contre la montre. Noyé sous le travail. Plus la valise à remplir, et toujours cette sensation désagréable d'oublier un truc important, sensation qui vous tient éveillé la nuit alors que le réveil va sonner dans tout juste trois heures. Argh.

Alors, Varsovie. C'est un joueur français qui a gagné, le premier à l'EPT depuis ElkY en janvier 2008. Mais le quatrième en deux mois, après Bichon à Chypre, Savary à Marrakech et le petit jeune dont j'ai oublié le nom à l'APT de Macao. Et il y a aussi ElkY qui a remporté deux bracelets WCOOP sur PokerStars. Un sacré rush pour les tricolores. Ce n'est pas sur Christophe Benzimra que j'aurais parié, même avec vingt joueurs restants, mais le bougre est resté patient, a attendu les bons spots, et cela a payé. Je l'aime bien. Christophe est humble amateur, qui joue avant tout pour le fun. Et il se trouve que c'est un amateur ayant les moyens de se payer chaque EPT depuis deux ans. Sa ténacité a été récompensé, il va pouvoir enfin jouer un peu avec l'argent des autres.

Ce séjour polonais peut en ce qui me concerne se résumer à du travail, du travail et encore le travail. Le reportage en direct la journée, et la préparation du Main Event des WSOP le matin et le soir. Ah, si, j'ai tout de même dérogé un soir en faisant la tournée des bars avec Jerôme Schmidt après un bon resto. Le futur éditeur du bouquin de Pauly m'a raconté des tas d'anecdotes sur les écrivains très connus qu'il a l'occasion de croiser, c'était assez fascinant. Je ne me rappelle plus comment je suis rentré à l'hôtel, mais au réveil, j'étais bien dans mon lit, avec la tête comme un lavabo. Ne jamais enchaîner la bière après la vodka, c'est mal.

Le lendemain de la finale, j'étais dans l'avion vers Londres. Le ciel était clair quand l'appareil a entamé son approche sur Heathrow : on a pu admirer de près les bâtiments emblématiques de la capitale britannique. Westminster, Big Ben, la City, Buckingham Palace, le London Eye, le stade de Wembley...

Home sweet home, mais pour deux jours seulement, durant lesquels j'ai passé l'intégralité de mon temps de non-sommeil à bûcher sur les WSOP. Je ne me suis jamais autant passionné pour la finale du Main Event que cette année, et je pense que ça va se sentir dans mon reportage. J'avais manqué la victoire de Peter Eastgate l'année dernière, ça m'avait laissé un peu frustré, avec l'impression de ne pas être là au moment où il se passait quelque chose. Cette année, j'y serai, avec plein de bonnes raisons, entre autre la présence de Phil Ivey et d'un joueur français.

J'ai lancé le reportage tout à l'heure
. La finale ne commence que dans dix jours, mais j'ai eu envie de faire monter un peu l'intérêt pour le merdier en publiant chaque jour un portrait détaillé de chacun des neuf finalistes. J'ai visité des centaines de sites, lu des tonnes de magazines qu'on reçoit au bureau, sorti des bouquins du placard, consulté des pros, etc, pour compiler des profils aussi détaillés que possible. Certains trouveront que j'en ai trop fait, mais les fans adoreront. Mon but est que les lecteurs apprennent à aimer les finalistes – c'est à mon avis une condition nécessaire pour apprécier un tournoi de poker en tant que spectateur : quand on en à rien à foutre des joueurs, on s'ennuie. Et là, pour le coup, j'ai trouvé plein de trucs intéressants qui vont rendre le machin passionnant. Je vais aussi sortir quelques surprises des archives pour patienter en attendant le départ.

Avant d'arriver à Vegas, je me pose d'abord à Los Angeles. Je rejoins Pauly, Change et leur bande de potes pour trois jours de musique dans un trou paumé de Californie. Le cadre est magnifique, le temps ensoleillé, la bière sera fraîche, les drogues de première qualité et prescrites par un médecin, et le soir, on va camper. Bref, le bonheur. Trois jours de festival avec 50,000 pékins, mais bizarrement on ne verra qu'un seul groupe, qui va jouer huit concerts : Phish. Je ne les connais pas trop (ils ne sont véritablement populaires qu'aux USA), mais j'ai rattrapé mon retard ces dernières semaines en les écoutant du matin au soir. Un groupe de hippies assez énergique sur scène, avec pas mal d'improvisation et de reprises. Je hais les hippies en général, mais je sens que je vais faire la teuf comme jamais.

Mais ça, c'est seulement quand j'ai terminé mes profils des finalistes, alors au boulot, d'ailleurs les vingt minutes sont écoulées. Non, je ne me relis pas.

jeudi 22 octobre 2009

Bloody murder, bloody brother

Varsovie, hôtel Hyatt, 22 heures 24. Les deux premières journées de départ de l'EPT polonais sont terminées. Seulement 203 joueurs au départ : il faut remonter à 2005 pour trouver dans les archives une étape EPT aussi peu fréquentée. Il y a eu encore moins de monde que l'année dernière, et ce n'est pas difficile de voir pourquoi : avec tout le respect que je dois à un peuple qui a tellement souffert au vingtième siècle, Varsovie, c'est moche et c'est gris. Le calendrier du circuit est en ce moment bourré d'étapes plus attrayantes (Marrakech en tête, même si personnellement ce n'est pas ma tasse de thé), et beaucoup de joueurs ont préféré passer leur tour, en particulier les non-fumeurs, horrifiés à l'idée de jouer un tournoi dans l'un des derniers casinos d'Europe autorisant la cigarette à moins d'un mètre des tables.

Ce qui ne nous a pas empêché d'entamer le reportage sur les chapeaux de roue : plus de 10% des partants étaient français, et on a pas manqué de matière durant les Day 1A et 1B. Avec Junior, on s'est installé au Reytan, un petit hôtel modeste mais confortable situé à quelques minutes de route du Hyatt, un peu trop cher à mon goût. J'avais prévu de m'installer comme d'habitude au Sheraton, l'un de mes hôtels préférés sur le circuit, mais je m'y suis pris trop tard et c'était complet.
du

(photo : Neil Stoddart)

Au milieu du premier jour, j'ai surpris Alex Kravchenko un grand sourire aux lèvres. Ceux qui suivent le circuit pro savent qu'il s'agit d'une scène suffisamment rare pour être signalée : le russe est connu pour être l'un des joueurs les plus taciturnes que l'on peut rencontrer autour des tables de l'EPT, un vrai tueur qui ne déserre jamais les machoires, le genre avec qui t'as pas envie de te brouiller. Je me rappelle une conversation sur le banc de presse entre deux bloggeurs de PokerStars lors du Main Event des WSOP l'été dernier oscillant entre le premier et le second degré :

« - Est-ce que tu crois qu'Alex Kravchenko a déjà tué quelqu'un dans sa vie ? »

[Longue pause, les yeux se lèvent de l'écran de l'ordinateur. Intense réflexion.]

« - Oui, je pense. C'est probable. Pourquoi pas ? »

« - Mais je ne peux pas l'écrire dans le blog, n'est-ce pas ? »

« - Non, malheureusement. »

Bref, j'ai accouru vers Neil, le photographe de PokerStars : « Si tu veux un cliché inédit, dépêche toi ». La source de la bonne humeur de Kravchenko ? Le russe à l'anglais mal assuré avait tout simplement trouvé deux joueurs avec qui converser dans sa langue natale : Mikhail Tulchinskiy et Almira Skripchenko. Aussitôt la partie terminée, je me suis empressé de demander à la joueuse du Team Winamax de quoi avaient-ils bien pu parler durant deux heures. « Il a cette théorie de l'avalanche qui m'a fait beaucoup rire... C'est un peu comme les cycles de Patrick Bruel, mais avec de la neige... Quand tout va bien dans un tournoi, la boule de neige grossit, grossit... » Almira ajoute que Kravchenko est en fait quelqu'un de très charmant, mais très inconfortable dès qu'il s'agit de causer une autre langue que la sienne. Et son attitude à la table provient aussi d'une tradition enracinée dans la culture russe. « Chez nous, les hommes ne doivent montrer aucun signe de faiblesse. » Bref, on ne pleure pas quand les bad-beats tombent, et on ne saute pas de joie quand on est chip-leader. Ah, si les autres nations européennes pouvaient en prendre de la graine. Quoique, on se ferait peut-être un peu chier sur le circuit.



C'est avec pas mal de fierté (et un peu de jalousie) que j'ai eu la chance de voir évoluer dans cet EPT mon petit frère. Le groupe Partouche pour lequel il travaille avait décidé de faire cadeau d'un gros buy-in à ses directeurs de tournoi... Fierté, car c'est votre serviteur qui a appris à Aurélien les règles du jeu sur la table de la cuisine en 2002, pour une partie à deux euros cinquante la cave. Nostalgie, nostalgie. Après, c'est avec moi qu'il a fait ses premiers pas au club de Poker à Lille, puis en ligne, puis en cercle à l'Aviation Club de France. Jalousie, car ce morveux a la chance de disputer un EPT à 22 ans tout juste, alors que moi, je n'ai encore jamais disputé le moindre tournoi pro. Grrr. Ah, mais je m'égare, je suis très content pour lui, bien sur, d'autant qu'il a survécu à la première journée du tournoi. Que de chemin parcouru depuis sept ans. Mais tout de même, je me sentirai toujours un peu coupable d'avoir entraîné mon petit frère dans ce milieu de margoulins. Parents, pardonnez-moi.

Pour le reste, cette semaine à Varsovie sera tout sauf touristique. J'ai déjà visité la vieille ville et le musée consacré à la guerre lors de mes trois visites précédentes, j'ai donc plus ou moins tout vu. Il y aura peut-être une boîte en fin de semaine, pour fêter le résultat de Ludo à Marrakech, ou un éventuel bon résultat du Team ici (Antony est chip-leader du Day 1B), mais à part ça, je vais consacrer mes soirées à la préparation de mon trip de la fin du mois : vacances d'abord, avec un festival en Californie, puis travail ensuite, avec la table finale du Main Event à Vegas.

Tiens, jetez un oeil à Chip Lead Poker, un magazine internet où figure une interview de votre serviteur.

lundi 19 octobre 2009

Touching from a distance

Clapham Common, 21 heures 46. Une semaine tranquille s'achève, plutôt la bienvenue après l'étape EPT de Londres, assez frénétique, et le FPT à Bordeaux (où ce sont plutôt les restos et les sorties en boîte qui m'ont épuisé, mais c'est une autre histoire). Je suis resté à la maison ce week-end. De bons dîners avec mes colocataires, un peu de lecture, quelques films (Alien et sa séquelle, notamment), des jeux vidéos (je suis en plein trip nostalgique avec Sam and Max et Monkey Island, le premier épisode, que LucasArts vient de ressortir avec des nouveaux graphismes, un bonheur), trois ou quatre machines à laver en préparation des prochains voyages, et surtout, un appui régulier sur la touche F5 de mon clavier pour suivre l'étape WPT de Marrakech sur Winamax. Ils ne sont plus que six à l'heure où j'écris ces lignes, et mon ami Ludovic Lacay est chip-leader. Coïncidence amusante, cette seconde table finale au WPT intervient deux ans presque jour pour jour après la première, qui l'avait révélé aux yeux du public : c'était à Barcelone, et Cuts avait du se contenter de la seconde place contre un adversaire bien inférieur à lui. J'espère que cette fois-ci sera la bonne. Il n'y a pas de raison d'en douter.

D'habitude, c'est moi qui est sur place et rapporte les coups : cette fois, je suis en position d'observateur passif, à distance. Je ne me rappelle plus la dernière fois que j'ai suivi un tournoi de cette manière. Ces dernières semaines, au moment d'organiser le planning des reportages, j'avais longuement hésité concernant cette étape. N'ayant pas un très bon souvenir de ma visite à Marrakech l'année dernière, j'ai préféré laisser partir Harper en solo, malgré le fait que cela allait être une très grosse étape avec des tas et des tas de joueurs français, y compris les trois-quarts du Team Winamax. Mon nouveau collègue s'en est merveilleusement bien tiré, accompagné de Junior, toujours excellent aux vidéos. Évidemment, maintenant, je regrette un peu de ne pas être venu. C'est la première performance majeure du Team que je manque en deux ans.. Bah, on aura l'occasion de fêter ça dès la prochaine étape... Qui commence dès mardi. Le cirque itinérant qu'est le circuit pro ne connaît pas de trêve.

Mon post précédent concernant l'ouverture du marché des jeux en ligne a provoqué beaucoup de réactions, et a été repris par quelques autres sites, comme Bluff, IGA Magazine ou même PokerNews Bulgarie. Merci à tous les lecteurs qui ont pris le temps de commenter, communiquer leur indignation, tempérer mon pessimisme, et poser des questions. On me demande par exemple ce qu'en pensent les salles de jeu en ligne. Il est vrai que mon article se plaçait surtout du côté des joueurs. Car c'est dans cette position que j'ai commencé : en tant que joueur, en tant que passionné depuis 2002. D'où la réaction viscérale qu'a provoqué chez moi la nouvelle que la France claquait la porte au reste du monde en enfermant à clé les joueurs de son territoire.

De par ma position, je peux m'entretenir régulièrement avec quelques futurs acteurs clés du marché. Et pas seulement chez Winamax. Qu'en pensent-ils ? Hé bien, les propriétaires des boîtes de jeu en ligne, les patrons, les investisseurs, les actionnaires, tout ce beau monde, ils sont dans l'ensemble très contents de cette nouvelle loi. Non ? Si.

Croyez-le ou non, mais le fait de pouvoir opérer en toute légalité sur un marché, nos chers patrons, ils ne demandent que ça. C'est de business, qu'il s'agit, après tout, et la clandestinité, c'est mauvais pour les affaires. La loi n'est pas parfaite, mais elle a le mérite d'exister... Et devrait mettre fin à trois ans de démêlés judiciaires pour quelques membre de l'industrie. Les arrestations (souvenez-vous, les patrons de Bwin en 2006), les garde à vue, les déménagements en catastrophe vers le pays voisin... Sans parler du climat de paranoïa qui faisait que certains confrères évitaient le sol français comme la peste, préférant passer par l'Italie pour se rendre à Monte Carlo. Tout ça, c'est terminé, et c'est tant mieux.

Alors bien sur, parmi les gens avec lesquels j'ai pu m'entretenir, personne n'approuve le texte à 100%, et chacun trouve à redire sur plusieurs points. Mais l'ouverture reste au final une bonne nouvelle, qui vient répondre à une longue attente de la part des opérateurs. Enfin, on va pouvoir s'exposer au grand jour, voilà ce qu'ils disent en substance.

Merci aussi à ceux qui avaient envoyé leurs commentaires suite au post où je m'interrogeais sur les différentes méthodes pour couvrir un tournoi. Il y a eu quelques suggestions très intéressantes, auxquelles je suis en train de réfléchir. Par exemple pour la couverture de la table finale des WSOP, le gros dossier du mois prochain. Il n'y aura pas de joueur Winamax à la table, mais cela ne m'empêchera pas de raconter ce qui se passe, sur le site de Winamax. Pourquoi pas, après tout ? C'est pas tous les jours qu'on a un français en finale des championnats du monde. En ce moment, je suis en train de constituer des biographies et analyses détaillées de chacun des finalistes. Pour cela, je m'aide notamment des retransmissions du Main Event par ESPN. Regarder du poker à la télé en tant que spectateur : encore une chose que je n'avais pas fait depuis longtemps, et force est d'admettre que leur émission est super bien foutue.

Bon, il ne sont plus que cinq à Marrakech. Ludovic vient d'éliminer Benny Spindler, et il ne pouvait rien lui arriver de mieux, car l'allemand était son adversaire le plus dangereux en finale. Je pars pour la Pologne à l'aube : je ne suis pas sur que je vais aller au lit ce soir. Tiens, je vais lancer quelques tournois en ligne. Histoire de profiter de nos derniers mois de poker international et illégal...

jeudi 15 octobre 2009

Les trompettes de l'Apocalypse



"Le projet de loi marquant l'ouverture à la concurrence des jeux d'argent sur Internet a été adopté à l'Assemblée Nationale cette après-midi, par 302 voix contre 206." - MadeInPoker

Mardi 13 octobre 2009 : une journée à marquer d'une pierre blanche (sic) dans l'histoire du poker français.

Si le reste du processus législatif se passe comme prévu - et il n'y a aucune raison que cela ne soit pas le cas - la France va au printemps 2010 ouvrir le marché des jeux en ligne à la concurrence.

Comment pourrais-je commenter l'évenement en restant poli ?

On est en droit de se demander si le mot "ouverture" est celui qui convient quand l'un des points principaux de la loi est le rétrecissement du poker en ligne aux seules frontières françaises. En gros, pour être légal dans l'héxagone, un site ne pourra accepter comme clients que les joueurs résidant sur le territoire français. Dans cette optique, "fermeture" semble être un terme plus approprié, non ?

Parmi tous les points débattables de cette loi, c'est ce chapitre qui me met le plus en colère. Une vision étriquée et chauviniste du poker, traduisant l'étroitesse d'esprit de nos dirigeants, et leur méconnaissance du sujet. Oh, je ne suis pas naif non plus, il s'agit aussi d'une histoire de gros sous et d'influences de lobbys de toutes sortes. Mais tout de même, on nous bassine avec l'Europe, la mondialisation, l'abolition des frontières, la circulation facile des capitaux et des hommes, etc, etc. Et voilà qu'on va parquer les joueurs de poker français dans un enclos, à l'abri du reste du monde. Alors que l'une des plus grandes joies du développement d'Internet ces dix dernières années restera sans conteste cette possibilité de jouer (pas seulement au poker) intéragir et communiquer à toute heure avec le monde entier, cette loi sonne comme un retour en arrière assez réactionnaire.

Si ce n'est pas déjà fait, consultez d'urgence les dossiers réalisés par Cyril Fievet, mon excellent confrère de MadeInPoker, qui est le seul journaliste spécialisé à avoir traité du sujet correctement :
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- Loi sur les jeux d'argent en ligne : les conséquences pour les joueurs de poker français

- Régulation du jeu en ligne : revue de presse

Il y a aussi des trucs à lire ici, ou encore .

Et les réactions sur les deux plus gros forums français sont assez révélatrices du climat de panique qui règne actuellement chez les "vrais" joueurs de poker... Ceux qui n'ont pas attendu l'avis de nos gouvernants pour pratiquer leur passion depuis un, deux, cinq ou même dix ans :

- Wam-Poker

- ClubPoker

A quelle sauce allons nous être mangés ? Il semblerait que l'on soit déjà passé à table, du côté de nos chers décideurs... Comme un automobiliste ne pouvant quitter des yeux le bord de la route à la vue d'un accident, j'attends avec impatience de voir ce que nous réservent les prochains mois. Sur le papier, tout est reglé, ou presque.

Mais en pratique, que va t-il se passer ? Voici quelques-unes des nombreuses questions que l'on peut se poser :

- Comment vont réagir les entreprises de poker en ligne ? Facile, celle là. Les plus grosses vont demander une licence, bien entendu. Des boîtes comme PokerStars ou Winamax ne demandent que ça, de pouvoir opérer en toute légalité sur un gros marché comme la France (et, dans le cas de PS, sur tous les marchés du monde, USA en premier). Mais bien d'autres ne vont pas se donner la peine de régulariser leur situation, leur pourcentage de clients français étant bien trop faible. En ce qui concerne les entreprises déjà existantes qui vont obtenir une licence : elles devront à priori effacer l'intégralité de leur base de données clients, et donc repartir à zéro avant le vrai coup d'envoi de l'ouverture. S'ensuivra une période de transition - qui pourrait aller jusqu'à trois mois, nous dit-on ! - où ces boîtes devront cesser leur activité, avant le vrai coup d'envoi du marché ouvert et réglementé, avec tous les acteurs démarrant depuis la même ligne de départ. Les opérateurs préparant leur entrée sur le marché applaudissent : voilà une mesure qui, en affaiblissant leur avance commerciale, est clairement destinée à rendre la tâche difficile aux boîtes déjà installées depuis longtemps.

- Quid de ces boîtes qui ne joueront pas le jeu de la licence ? Un peu plus compliqué. Les sites n'ayant pas l'autorisation d'opérer en France seront scrupuleusement mis à l'index par les autorités. On évoque un dispositif de blocage d'IP à la chinoise pour empêcher les clients français de s'y connecter. En Italie, pays inspirateur de la loi qui vient d'être votée chez nous, le blocage est effectif depuis deux ans. Est-ce que ça marche ? En un mot : non. Des connaissances basiques en informatique suffisent à contourner l'interdiction pour retrouver les sites illégaux, nous dit dans cet article Francesco Rodano, responsable de l'autorité en charge des jeux online en Italie, pays où la France a tiré l'inspiration principale pour préparer sa propre loi. Il faudra donc que le gouvernement français trouve un meilleur dispositif pour faire respecter la loi. Et dans le cas contraire, les joueurs tricolores pourront continuer à s'adonner aux plaisirs du poker cosmopolite et illégal, hors de l'étroit cadre franco-français (moyennant certes d'autres tours de passe-passe techniques, notamment en ce qui concerne le rapatriement des gains) Bien entendu, on peut prévoir que les boîtes ayant joué le jeu ne l'entendront pas de cette oreille : si on dépose les armes à l'arrivée du sheriff, on est en droit d'espérer que tous les autres cow-boys en fassent autant. Le blocage des sites illégaux sera l'une des clés du bon fonctionnement du marché ouvert. Un site bien établi auprès des joueurs éclairés aura bien du mal à conserver sa clientèle (même fidèle) si ces derniers ont la possibilité de contourner les interdictions pour aller jouer chez l'un des sites internationaux.

- Ouverture = eldorado pour les boîtes de jeu en ligne ? Nous avons bien entendu affaire à un gros marché. Mais y'aura t-il de la place pour tout le monde ? Probablement que non. On risque d'assister à des scènes similaires à celles observées lors de l'ouverture à la concurrence du marché des renseignements téléphoniques. De nombreux opérateurs s'étaient lancés dans la bataille : la majorité d'entre eux avaient rendu les armes après un laps de temps plus ou moins long, ne laissant que quelques gros sur le marché. De manière générale, je me demande si le marché est aussi gros que l'estiment les spécialistes, du moins en ce qui concerne le poker. Je veux dire, cela fait maintenant trois ou quatre ans que le poker est à la mode : difficile, même pour le citoyen lambda, d'avoir échappé au matraquage médiatique effectué ces dernières années. Reste t-il encore des clients à capter ? Et, si oui, quelle sera la "durée de vie" de ces clients qui s'ignorent encore ? Combien vont encore s'y interesser, et continuer à se connecter après avoir perdu leurs deux ou trois premiers depôts de 20 euros ?

- Et les joueurs ? Clairement les grands perdants de l'histoire. Je parle des vrais joueurs, ceux qui sont là depuis un moment, ceux qui parcourent les forums, lisent les magazines, connaissent leur sujet. Amateurs et pros mélangés, ce sont eux qui font vivre la mode depuis son commençement. Eux qui ont découvert les joies du poker en ligne dans un univers mondialisé, jouant à tout heure contre des adversaires en direct de New York, Stockholm et Singapour vont désormais devoir s'habituer à des tournois et cash-games entre franchouillards, avec une population de joueurs forcément réduite. Eux, ils peuvent aller se brosser : cash-games mid ou high-stakes, tournois à plusieurs milliers de joueurs quand on veut, satellites pour les tournois internationaux, tout ça c'est très probablement terminé. Les quelques pros qui n'ont pas encore déménagé à Londres ou ailleurs sont actuellement en train de faire leurs valises. Et le reste, la vaste majorité des joueurs online (amateurs éclairés, légèrement gagnants ou perdants mais vrais passionnés), eux ils sont baisés. C'est tout un pan du milieu du poker français qui va s'en retrouver transformé. Et ça me laisse quelque peu triste.

J'arrête là. Il y a encore beaucoup à dire sur le sujet : les prochains mois seront très instructifs. Allez, les experts : apportez moi la contradiction. Dites-moi que je me gourre, que l'ouverture du marché, ça va être génial pour tout le monde, et qu'on va tous vivre heureux dans notre super nouveau marché enrichi en barrières étatiques.
dd
Ah oui, une dernière chose : bien entendu, le siège social des entreprises devra se trouver en France. A titre personnel, une catastrophe. Adieu Londres. Snif. Bonjour Paris ! Au secours, sauvez-moi !

mardi 13 octobre 2009

Coming soon


On y est presque... La table finale du plus gros tournoi de poker du monde, c'est dans moins d'un mois. Souvenez-vous, c'était le 15 juillet dernier - ça me paraît une éternité : peu après minuit, on avait laissé en plan neuf joueurs après une bataille titanesque de 12 jours qui en avait rassemblé 6,494 au départ.

Pour ces neuf heureux élus - un casting hétéroclite réunissant pêle-mêle un français, le meilleur joueur du monde et un chip-leader amateur, bûcheron de son métier - il s'en est passé des choses, depuis.

Et le meilleur reste à venir, avec un dernier chapitre qui s'annonce extraordinaire. C'est pour ça que je serai à Las Vegas le 7 novembre prochain pour couvrir en direct la finale des World Series of Poker. L'histoire du poker va s'écrire avec un grand H ce jour là, et je ne la manquerais pour rien au monde.

(photo : Anne Laymond / www.pokerpics.co.uk)

lundi 12 octobre 2009

Time for Heroes

Tiens, on va faire long, et sans rapport avec le poker. Non, parce qu'en sortant du métro jeudi soir aux alentours de dix-neuf heures pour me diriger vers la Brixton Academy, salle de spectacle ô combien mythique de Londres, je me suis rendu compte que je ne rappelais même plus la dernière fois que j'avais été voir un groupe en concert. Bon, il y a bien les apparitions sporadiques de Dana au banjo auxquelles j'assiste aussi souvent que possible, mais ça ne compte pas : c'est une amie, ça se passe toujours dans un pub, et on est rarement plus de vingt dans la salle.

La mémoire me revient : ce festival organisé à cinq cents mètres de chez moi au beau milieu du parc de Clapham Common, l'année dernière, pendant le Bank Holliday. J'avais failli mourir piétiné par la foule à l'arrivée d'Iggy Pop sur scène.

Et dire qu'avant, il y a bien longtemps, il ne se passait guère une semaine sans que j'aille écouter un groupe en live. De préférence bruyant, avec des bonnes guitares, et un moshpit déchaîné. C'est sans doute pour ça qu'après six ans d'abus et une bonne centaine de shows, mes oreilles ont finalement lâché l'affaire en 2003, et m'ont collé en guise de punition une aversion au bruit qui me fait fuir les marteaux-piqueurs dans la rue, et un sifflement strident et permanent de chaque côté. Même si le traumatisme (incurable d'après les toubibs) s'est quelque peu apaisé ces dernières années, je suis depuis resté majoritairement à l'écart de la musique live, et les rares fois où je suis mes potes en boîte, c'est muni de boules Quiès, et jamais pour une trop longue durée.

Mais jeudi soir, je ne pouvais décemment pas manquer le re-retour des Pixies sur scène. Avec Nirvana, les quatre de Boston sont sans doute le premier groupe dont j'ai vraiment été fan, à l'époque où je me suis mis à écouter de la musique sérieusement, quelque part au milieu des années collège. Ecouter de la musique sérieusement, cela voulait dire acheter des revues musicales tous les mois, éplucher les quotidiens pour savoir qui jouait cette semaine à l'Aéronef, au Splendid ou à la Cave aux Poètes (toutes trois salles mythiques de la métropole lilloise), écouter religieusement le groupe du soir à Nulle Part Ailleurs sur Canal+, et bien sur accumuler la plus importante collection de disques permise par mon budget. Un pote avait d'ailleurs trouvé la combine imparable pour éviter de se ruiner : décoller l'étiquette d'un CD en promo à dix balles (genre compilation d'accordéon, ou tout autre truc moisi de ce genre), et la coller sur le dernier opus tout neuf à 120F de, disons, Supergrass, Incubus ou Rage Against the Machine. Ça passait comme une lettre à la poste dans les supermarchés les moins vigilants. Un peu moins à la FNAC, comme on s'en est douloureusement rendu compte un sombre mercredi après-midi d'automne pluvieux. Mais passons.


Les Pixies au début des années 90

C'est bien après leur séparation que j'ai découvert les Pixies, quand leur maison de disques a sorti leur premier best-of, Death to the Pixies, en 1997. Je suis tout de suite tombé amoureux de cette musique comme jamais je n'en avais entendu auparavant, un mélange de pop et de punk tellement rafraichissant, tout à la fois sombre, accrocheur, menaçant et fun. Je me suis précipité sur leurs cinq albums, tous aussi indispensables les uns que les autres, chacun possédant un son unique et une identité propre. Bien des groupes que j'écoutais à cette époque sont tombés aux oubliettes de ma mémoire personnelle : les Pixies font partie de ceux qui sont restés au premier plan, ne prenant jamais une ride, trônant fièrement dans la liste des morceaux les plus écoutés de mon I-Pod.

Les Pixies étaient un groupe culte dans le sens où, si peu de monde les a écouté du temps où ils produisaient des albums, chacun d'entre eux en fut irrémédiablement transformé. Un groupe au succès critique incontestable, mais dont les chiffres de vente n'ont jamais vraiment correspondu à leur talent. Ce n'est qu'en 1999 que les Pixies allaient enfin recevoir le succès commercial qui leur avait fait défaut alors qu'ils n'existaient plus en tant que groupe depuis sept ans, quand David Fincher mit Where is my mind ? Au générique de fin de son Fight Club. Mais qui est-ce qui chante ça, se sont demandés des millions de spectateurs. Les Pixies tenaient enfin un hit, et une nouvelle génération de fans.

Jusqu'à ce point, Frank Black avait toujours balayé d'un geste les questions des journalistes qui lui demandaient si les Pixies allaient jamais se reformer un jour, et, comme pour Nirvana, j'avais abandonné tout espoir de jamais voir un jour l'un de mes groupes favoris sur scène. Mais Frank Black avait senti le vent tourner, lui aussi. Les Pixies étaient demandés et, problèmes financiers aidant (sa carrière solo n'avait jamais été aussi profitable que celle de sa désormais rivale Kim Deal, qui avait vendu des millions d'exemplaires de son Last Splash), Black commençait à considérer sérieusement les ponts d'or que lui offraient les promoteurs. Quand, en solo sur la scène de l'Aéronef en 2001, Black joua plusieurs morceaux des Pixies, y compris Where is my Mind ?, j'ai vu plusieurs spectateurs se prosterner littéralement devant leur idole. Un signe qui ne trompait pas. Il était temps de sortir les Pixies du placard.

Les autres membres du groupes ne furent guère difficiles à convaincre. Le batteur David Lovering vivait en dessous du seuil de pauvreté depuis un moment déjà, et sauta de joie quand il reçut le coup de fil. Le guitariste Joey Santiago vivotait comme musicien de studio, et ne fut guère réticent non plus. Kim Deal était en désintox, ayant vécu jusqu'à épuisement les excès du rock'n roll.

Considérations financières mis à part, jamais une réconciliation musicale n'avait été autant justifiée, tant les Pixies étaient restés importants depuis leur séparation. Des artistes comme Thom Yorke, Bono, Kurt Cobain David Bowie n'ont jamais tari leurs éloges à propos des Pixies durant les années 90. Sans compter qu'ils avaient trouvé un vaste nouveau public depuis leur séparation. Sur les centaines de milliers de spectateurs qui les ont vus sur scène durant leur triomphale tournée come-back en 2004, seule une infime fraction avait eu la chance d'assister à un des concerts de la grande époque. Et, contrairement à tant d'autres retours, les Pixies avaient bien fait les choses pour leur retour que l'on avait cru impossible durant toutes ces années. Leur passage au Zénith de Paris reste un de mes meilleurs souvenirs de scène : un véritable voyage dans le temps, un groupe au sommet, parfait techniquement, faisant visiter l'ensemble de son œuvre durant presque deux heures de spectacle. J'ai pu voir les Pixies une seconde fois trois mois plus tard, lors d'un festival en Belgique. Une prestation forcément décevante à côté de celle du Zénith, forcément, avec le vent, la lumière du jour, et le cadre imposé d'une heure de concert maximum. Mais qu'importe. Les Pixies étaient de retour, et c'était comme si ils n'étaient jamais partis, tant leurs tubes de 1988 sonnaient encore frais avec seize années d'écart.


Avance rapide jusque 2009 : les Pixies se reforment à nouveau. Quel est le pretexte, cette fois-ci ? Le vingtème anniversaire de la sortie de Doolittle. Un album parfait, dont la production très 80's a peut-être moins bien vieilli que celle de son prédecesseur Surfer Rosa, mais qui reste quand même le vrai chef d'oeuvre des Pixies. Une collection de tubes enchaînés à toute vitesse, presque un best-of. Pour marquer le coup, le plan sera donc de jouer l'album en entier, y compris toutes les faces B des singles. Une idée qui n'est pas nouvelle, depuis Roger Waters et son The Wall joué de bout en bout à Berlin, jusqu'à Bruce Sprinsteen reprenant récemment l'ensemble de Born to Run lors de ses tournées.

J'arrive seul devant les portes de la Brixton Academy. Je n'ai trouvé aucun ami pour m'accompagner, ce qui fait sérieusement considérer un changement radical d'amis. Il y a bien Vincent, mon collègue de Winamax qui voulait venir en dernière minute, mais je n'ai trouvé aucun ticket au marché noir à la sortie du métro. Que des acheteurs, aucun revendeur : les 5,000 places sont parties très vite. J'ai d'ailleurs trouvé la mienne sur Internet, et j'ai un peu flippé en recevant le ticket par la poste : pas un ticket cartonné classique, mais juste l'impression
d'une page internet avec un code barre. C'est la procédure classique de nos jours, mais rien ne dit que le vendeur ne s'est fait pas fait des couilles en or en imprimant la page trente fois. Mais non, la machine du vigile à l'entrée émet un bip rassurant quand j'y passe mon bout de papier, et je rentre sans problème.

Pendant que la salle se remplit, j'enfile les bières tout seul comme un con, et après une première partie assurée par les excellents Art Brut (je connaissais pas, Frank Black a produit leur dernier album, c'est nerveux et enjoué comme tout, on dirait un mélange des Killers avec At the Drive In et The Hives), je pars en quête d'une zone fumeur, sans succès. Je reviens dans la salle juste au moment où les lumières s'éteignent. La foule crie, les notes d'une musique mystérieuse genre David Lynch s'élèvent, tandis que son projetées derrière la scène des images de Un Chien Andalou, le film de Luis Buñuel et Salvador Dali dont est inspiré le premier titre de Doolittle. La vue de l'oeil tranché par une lame de rasoir (une image iconique du film) me révulse toujours autant. Plusieurs minutent passent, durant lesquelles le public attend patiemment, silencieux.

Les Pixies, vingt ans après

Puis les Pixies arrivent sur scène. Je me fraie un chemin dans la foule compacte pour les voir de plus près. Ils n'ont pas changé depuis leur dernière tournée. En fait, si ce n'est pour la calvitie généralisée, ils n'ont guère changé de tête en vingt ans. Seule Kim Deal, bouffie et rougeaude, a perdu de sa superbe. Une vraie rescapée du rock'n roll, celle là. Mais l'enthousiasme est toujours là : son sourire ne quittera pas son visage durant tout le concert.

Plutôt que d'entamer le concert avec un hit, les Pixies attaquent dans le noir avec une nerveuse interprétation de Dance the Manta Ray, une obscure face B sortie sur le single Monkey Gone to Heaven. Un choix que l'on comprendra vite en entendant les titres suivants : Weird at My School, Bailey's Walk, et Manta Ray. Que des faces B : ils ont décidé de se débarrasser des titres sortis en périphérie de Doolittle dès le début du show. Une bonne façon de se mettre en jambes avec des morceaux qui tiennent néanmoins tout à fait la route. Bien des groupes aimeraient sortir des singles aussi bons que les faces B des Pixies.

Puis les choses sérieuses commencent avec Debaser. Enfin un titre que je reconnais, semble se dire 80% du public en entendant les barres d'intro de la basse de Kim Deal. « Girlie so groovy, I am un chien ! andalucia » : les paroles sont scandées à l'unisson du début à la fin.

Une petite boutade de Kim (qui sera la seule à parler entre les chansons durant le reste du spectacle), et les Pixies enchaînent avec un Tame encore plus survolté que sur l'album. Le cri de Frank Black a perdu de ses aigus avec l'âge, mais on voit que le gros se donne à fond, et arrive même à surpasser la version studio le temps d'un morceau. En revanche, la voix de Kim, parfait contrepoint aux spasmes de Black, est toujours aussi angélique malgré toutes ces années d'alcool et de tabac.

Comme lors de la reformation de 2004, je suis épaté de constater à quel point le groupe est à l'aise. Aucune fausse note, où si peu : tous les instruments sont bien en place, chacun des musiciens est bien en rythme, attentif à ses partenaires, et l'ingénieur du son à fait son boulot, ce qui n'est pas toujours le cas en concert. Bref, on sent qu'il y a du travail derrière, des heures de répétition par des zicos se connaissant sur le bout des doigts. C'est marrant, car la plupart des concerts des années 80 et 90 que j'ai téléchargés sont assez moyens, à l'époque ce n'était pas sur scène que le groupe était à son meilleur niveau. Ce que les Pixies ont perdu en spontanéité lors de leur réunion du 21ème siècle, ils l'ont repris en application et professionnalisme. Ici, c'est un show tight qui sera joué de bout en bout. Un peu trop bien huilé, diront certains, sans doute avec quelque raison.

Aux premières mesures de Wave of Mutilation, la plupart des fans ont d'ailleurs compris que l'album sera joué dans l'ordre. Kim Deal ne se prive pas de s'en amuser après I Bleed : « Le prochain morceau ne va pas vous surprendre, pas vrai ? » Mais ce n'est pas un problème, bien au contraire : cela rend l'expérience encore plus nostalgique, et les fans sont venus exactement pour cela. On sait parfaitement à l'avance ce qui va se passer, comme un film que l'on aurait vu cent fois. Je n'ai pas de mal à vibrer sur chacune des notes et chacune des paroles, car Doolittle fait aisément partie du Top 5 des albums que j'ai le plus écoutés.

Les morceaux de bravoure s'enchainent sans relâche : d'abord Here Comes Your Man, la plus parfaite chanson pop de ces trente dernière années, les Beatles reformés en trois minutes chrono. Puis Dead, et son couplet de guitare composé d'une seule note, mais quelle note. Joey Santiago est le guitariste le plus limité du rock, mais aussi l'un des plus inventifs. Et après, bien sur, Monkey Gone to Heaven, morceau médian de l'album, et point culminant de la carrière des Pixies. « If man is five, if the devil is six.... » J'ai des frissons chaque fois que Frank Black arrive à « If god is seven ! », crié à pleins poumons, et ce soir ne fait pas exception.

Après, il y a la paire Mr. Grieves/Crackity Jones, enchaînés à toute vitesse pour le plus grand plaisir du moshpit. Ce sont les morceaux les plus abrasifs de l'album, les plus accrocheurs, sans doute la raison pour laquelle je les aimais tant durant mes premières écoutes au collège.

Puis David Lovering fait son tour de chant avec La La Love You. J'ai lu quelque part qu'à l'époque de l'enregistrement de Doolittle, Frank Black avait donné ce morceau au batteur comme une blague : Lovering a relevé le défi avec bravoure, optant pour une voix de crooner délicieusement second degré. En live, le résultat est moins convaincant : pas facile de chanter et battre les toms en même temps. Mais le public lui donne l'ovation qu'il mérite : son travail à la batterie forme la colonne vertébrale des Pixies sur chacun de leurs albums.





Après un Number 13 Baby mitigé (décidément, les aigus de Frank Black, c'est plus trop ça) et un expédié There Goes My Gun vient Hey, clé de voûte du concert. Un morceau taillé pour la scène, avec son tempo lent et ses paroles à reprendre en cœur. Là, Frank Black retrouve toute sa voix, soutenu par une chorale de 5,000 dévots.

L'unique moment faible de Doolittle ne survient que pour son avant dernier morceau, Silver, une ballade molassonne. Ce qui est en soit un petit miracle, quand on pense aux multitudes d'albums truffés de morceaux de remplissages enregistrés à la va vite, qu'on juxtapose maladroitement à deux ou trois singles qui se vendront par millions, histoire de justifier l'appellation d'« album ». Les Smashing Pumpkins avaient été très forts à ce jeu là avec leur troisième opus s'étalant sur pas moins de 28 pistes : en gardant seulement les bonnes chansons, ils se seraient retrouvés avec une seule face de vinyl.

Bref, sur Doolittle, il n'y a qu'un seul morceau un peu en deca, qui je crois n'avait presque jamais été joué en live avant cette tournée anniversaire. La pilule passe toute seule avec les vidéos de paysages désertiques projetées derrière la scène. Je jurerais que cela a été tourné au Red Rock Canyon. Coup de chapeau au passage pour le travail sur ces vidéos durant l'ensemble du concert : c'est Oliver Vaughan, directeur artistique de tous les albums des Pixies, qui a crée une ambiance différente pour chaque morceau du concert. Pour l'anecdote, le mec à côté de moi a allumé une clope au beau milieu de la chanson, et je ne me suis pas privé pour lui en taxer une, goutant au délicieux parfum de la transgression mêlée d'apaisante nicotine. Ah, j'en viendrais presque à regretter le bon vieux temps d'avant les lois anti-tabac, on y sentait plus l'odeur du pétard que celle de la cigarette.

Puis vient le majestueux coda, Gouge Away. Le public s'excite : il s'agit du dernier morceau de Doolittle, le concert touche donc surement à sa fin. Et quelle fin, vengeresse et tranchante comme une lame de rasoir (celui de Luis Buñuel, surement) parfaite conclusion à un album déjà parfait.

Les Pixies quittent la scène sous les ovations. Rappel ou pas rappel ? Les lumières restent éteintes, les instruments sont en place, indiquant que nos quatre héros vont revenir. Mais il n'y a plus rien à jouer, non ?

Si, si, il reste deux faces B à interpréter pour compléter cette intégrale de la galaxie Doolittle : une redite de Wave of Mutilation en version plage avec son tempo ralenti (justement sous-titrée « UK Surf »), et Into the White, chanté par Kim Deal, encore un de ces morceaux trouvant toute sa dimension sur scène, avec ses accords progressant crescendo et une explosion finale où tous les instruments tourbillonnent pour ne faire qu'un.

Le public en veut encore, et ça tombe bien, les Pixies aussi. A peine ais-je le temps d'aller pisser qu'ils sont de retour pour un second rappel, choisissant trois classiques du reste de leur répertoire : Caribou (leur premier hit), Nimrod Song, et Gigantic, chanté par une Kim Deal dont le sourire n'aura pas quitté son visage tout au long de ces quatre-vingt dix minutes de pure joie.

En sortant, je fais la queue pour récupérer un enregistrement CD du concert. Un chouette souvenir de qualité sonore professionnelle, avec une pochette spécialement crée pour l'occasion (Oliver Vaughan, toujours lui), et qui me permet, tandis que je réécoute le show 24 heures plus tard, de confirmer que oui, j'ai assisté à un putain de show.

Les années créatives des Pixies sont désormais loin derrière eux, bien entendu, ayant pavé la voie à des centaines de groupes alternatifs durant les vingt années qui ont suivi. Mais hier soir, les quatre lutins ont rempli leur mission avec dignité en rejouant avec conviction leurs vieux tubes, transformant une réunion de leur propre aveu mercantile par l'argent en une célébration d'un patrimoine musical qui n'a pas pris une ride. Respect.

PS : Si tout ce qui précède n'a fait aucun sens pour vous, achetez Doolittle le plus vite possible. Juste une douzaine d'euros sur Amazon, encore moins sur Itunes, et je suis sur qu'on peut le trouver sans problème dans le bac « Soldes » de la Fnac pour la moitié de cette somme. Ce serait bête de se priver de l'album séminal d'un groupe tout aussi essentiel.

Set-list

Dance the Manta Ray
Weird at My School
Bailey's Walk
Manta Ray
Debaser
Tame
Wave of Mutilation
I Bleed
Here Comes Your Man
Dead
Monkey Gone to Heaven
Mr. Grieves
Crackity Jones
La La Love You
Number 13 Baby
There Goes My Gun
Hey
Silver
Gouge Away

Premier rappel

Wave of Mutilation (UK SURF)
Into the White

Second rappel

Caribou
Nimrod Son
Gigantic

jeudi 1 octobre 2009

Club Poker Radio, quatrième


Mardi, votre serviteur était invité avec Aurélien « Guignol » Guiglini à l'enregistrement de l'émission de Radio du Club Poker. Un grand moment : ce quatrième passage au micro est sans sans doute mon préféré de tous.

Des tonnes de fous rires, des anecdotes croustillantes, certaines jamais racontées auparavant, pas mal de nostalgie, des débats sérieux sur le futur du poker, un peu de technique, et même une interview téléphonique de dix minutes avec Phil Hellmuth, en VO.

Vous pouvez télécharger le fichier mp3 de l'émission sur cette page. On a parlé durant presque trois heures !

Du coup, après l'émission, obligé de se rincer la glotte devenue trop sèche à force de jacasser comme un pie. On s'est retrouvés en terrasse près du studio, dans le 6e arrondissement. Il y avait Pedro, l'un des animateurs, Lolo le webmaster, Gabriel Nassif avec une amie, Kinshu et Jooles les reporters.

Pour dormir, on a squatté l'appart de Furax, un des Local Heroes de Winamax, un mec à la coule qui va jouer l'EPT de Londres. Bon, on a pas beaucoup dormi, on a surtout enchaîné les duels à Virtua Tennis en buvant des whisky-coke. La galère pour se réveiller le lendemain, mais on a quand même choppé l'Eurostar de justesse.

Là, tout de suite, il est 19 heures 41, je m'apprête à quitter l'Empire, laissant Harper terminer le reportage en direct des World Series of Poker. Marrante, cette finale du Main Event : il ne s'est rien passé durant les cinq premières heures, puis cinq joueurs ont sauté pendant les 90 minutes qui ont suivi. Ils ne sont plus que quatre. Daniel Negreanu a effectué un spectaculaire come-back pour prendre le chip-lead. Jason Mercier est toujours là, tandis qu'Antoine Saout a du s'incliner en septième place.

Dommage que mon avocat m'ait interdit de dévoiler le moindre détail de la soirée d'anniversaire d'Arnaud Mattern, à laquelle j'ai débarqué vers deux heures du matin hier... De toute façon, je n'ai pas le temps, il faut que je fonce à une autre soirée, celle qui donne le coup d'envoi de l'EPT de Londres.

Demain vendredi , reprise du micro de l'EPT Live pour commenter en direct la finale du tournoi High-Roller où figureront notamment Erik Cajelais et Ilari « Zigmund » Sahamies. Et après, couverture de l'EPT où figurera la moitié du Team W, et on terminera avec encore un peu de micro en direct. Autosatisfaction : l'étape de Londres marque le deuxième anniversaire de l'EPT Live en français !