The Hacienda must be built
Clapham Common, 01 heures 50. Je suis rentré de l'Empire après une journée standard de douze heures. Une moitié au bureau, l'autre moitié à couvrir le Day 2 du Main Event des WSOP-E, dont le départ avait été décalé pour tenir compte du Yom Kippour. La journée de demain sera tout aussi chargée, avec une courte visite au bureau, un trajet en train vers Paris, et ma quatrième participation à l'émission de radio du Club Poker en compagnie de Guignol. Et mercredi matin, retour à Londres, pour un peu de bureau encore, avant de descendre Regent's Street pour retrouver Leicester Square et l'Empire. Je devrais être au lit à l'heure qu'il est, mais je veille un peu pour écrire quelques lignes ici. Je panique un peu quand je délaisse ce blog plus d'une semaine. Une sorte de sens du devoir, si vous voulez.
Pas que j'aie grand chose de passionnant à raconter, cependant. Les tournois préliminaires sont passés à toute vitesse, et je peine déjà à me souvenir de quoi que ce soit de ces onze derniers jours. Mon colloc' Tallix a atteint la table finale de la première épreuve, répliquant son résultat de Vegas avec une cinquième place. On est passé à deux doigts d'un bracelet français avec Fabien Dunlop, qui a porté les couleurs de Winamax jusqu'à la seconde place, laissant finalement la victoire à l'anglais JP Kelly. Dans la seconde épreuve, un mélange de Texas Hold'em et Omaha joué en Pot Limit, Michel Abécassis et Tristan Clémençon se sont hissés jusqu'en demi-finales, et la dernière table réunissait un casting de choix avec, entre autres, Howard Lederer, Men Nguyen et Erik Cajelais. C'est ce dernier qui remporte finalement le bracelet. Il y a eu aussi la Caesar's Cup, crapshoot télévisé où s'affrontaient en équipe quelques un des meilleurs joueurs américains contre leurs pendants européens. Aucun interêt, si ce n'est de pouvoir observer les Ivey, Brunson, ElkY, Antonius jouer face à face. La troisième épreuve m'a fait bailler aux corneilles, surtout la finale, pendant laquelle je me suis même permis de partir avant la fin. Quoi ? Ben oui. Problème de motivation ? Pardi.
Je pourrais disserter en long et en large sur les conditions de travail on ne peut moins optimales : la salle de presse est un bar qui se remplit tous les soirs de buveurs bruyants, les tables sont dispersées au quatre coins du casinos, il n'y a pas de place pour passer au milieu de la foule des clients, les machines à sous à proximité chantent « Walk Like an Egyptian » des Bangles du matin au soir, et joueurs, médias, serveuses, croupiers et superviseurs sifflotent l'air à tour de rôle en une chaîne de tilt infinie, etc, etc.
Mais le fond du problème est ailleurs : j'ai un mal fou à m'intéresser aux parties, à m'immerger dans l'action. Après plus de quatre années passées à observer des tournois de poker, je pense avoir vu tout ce qu'il était possible de voir autour d'une table et j'ai pratiquement épuisé toutes les façons différentes de raconter par écrit un coup de pile ou face à tapis avant le flop. L'idéal, à terme, serait de ne pas couvrir plus d'une seule épreuve par mois, histoire que chaque tournoi conserve son intêret, au lieu d'enchaîner les parties à une cadence infernale, comme cela est le cas depuis quelques temps.
Ceci dit, je le répète, je reste passionné par le monde du poker, et suis constamment en train de réfléchir à la meilleure manière d'y apporter ma contribution. Le concept de reportage en direct, avec ses frénétiques journées de douze heures passées à courir partout, présente de moins en moins d'intérêt à mes yeux, et je me demande ce qu'en pense le public. Est-ce que ça intéresse encore quelqu'un, de savoir que Daniel Negreanu vient de doubler à 17h12 avec une paire de neuf contre As-Roi ? A 17h14, tout le monde a déjà oublié, non ? Est-ce qu'il n'y aurait pas une meilleure manière de présenter et raconter un tournoi ? J'ai déjà commencé à expérimenter ces derniers mois, pour un résultat mitigé, à en croire les forums et les commentaires sur ce blog, mais je compte bien continuer à explorer.
Pendant que les WSOP battent leur plein, il se passe foule de choses sur le reste du circuit. Ce que je retiens des dernières semaines :
- Le décès de Bob Stupak jeudi dernier. Une vraie légende de Las Vegas, entrepreneur prolifique à l'imagination débordante (la Stratosphère, c'est lui) et aux coup marketings fumants, et aussi joueur de poker titré aux WSOP et participant de la première heure à High Stakes Poker. Stupak était apparu lors d'une des tables finales de la première saison du WPT, dont j'avais usé les DVD jusqu'à la corde. On était en 2003 et je découvrais le poker professionnel pour la première fois, devant ma télé. Un an plus tard, je débarquais au Bellagio avec les yeux équarquillés, et je m'asseyais au bar du Sports Book pour commander une bière. A côté de moi : Stupak, en train de tirer nonchalamment sur sa clope en discutant paris sportifs avec Scotty N'Guyen. Je n'oublierai jamais ce moment : je n'étais plus devant la télé en train de regarder les pros, j'étais dans la télé, au milieu d'un épisode du WPT. Lisez la nécro sur Pokerati.
- Un nouveau concept de tournoi complètement barjo, instauré par Matt Savage au Commerce Casino de Los Angeles... Marre des pauses et des dinner-break ? L'Iron Man est faite pour vous : cette épreuve se déroule en continu, sans aucune interruption, depuis les premières mains jusqu'au couronnement du vainqueur. Pauly vous en dit plus sur PokerNews.
- Le pavé dans la mare lancé par Phil Hellmuth a l'encontre d'Harrah's. L'homme aux 11 bracelets n'est pas content, et il le fait savoir : si les propriétaires des WSOP lancent leur propre site de jeu en ligne, et bannissent la présence des logos concurrents lors des championnats du monde, ça va péter. « Les WSOP n'y survivraient pas », dit-il, « et à terme, Ultimate Bet, PokerStars et Full Tilt pourraient joindre leurs forces pour lancer un festival concurrent ». Je crois qu'Hellmuth s'avance un peu avec cette dernière affirmation (je vois mal PS et FPT être prêt à se rapprocher d'un site à la réputation aussi mauvaise que UB), mais le fond du problème est réel : le format actuel des WSOP est appelé à être radicalement modifié dans les années à venir, à mesure que les casinos en dur vont former des alliances avec les opérateurs en ligne, où créer leur propres plate-formes. Plus que jamais, la compétition va faire rage : fusions et scissions vont fuser de toutes parts. Ecoutez Hellmuth sur Pokerati.
- Ultimate Bet, encore eux, continuent de se racheter petit à petit une image à coup de dollars et d'opérations de comm' en intégrant Joe Sebok dans son équipe de joueurs pros. Le fils adoptif de Barry Greenstein est sans doute l'une des personnalités les plus appréciées des fans (700,000 suiveurs sur Twitter : les chiffres ne mentent pas) Le débat fait rage : cette signature est-elle un désastre pour la crédibilité de Sebok, ou un joli coup de cirage pour l'image d'un site de jeu en ligne miné par un scandale de tricherie ayant duré plusieurs années ? Michael Friedman et Change100 se disputent sur PokerNews.
- Le français Thomas Bichon (un joueur de cash-game régulier du Vic à Londres, très respecté par des mecs comme Roland de Wolfe et Nicolas Levi) a remporté l'étape WPT de Chypre au début du mois. Deux semaines plus tard, un certain Olivier Busquet remportait l'étape WPT, jouée à Atlantic City. En cascade, plusieurs sites d'information français s'empressaient de publier des titres du genre : « double victoire tricolore au WPT ». Si ces rigolos que je ne nommerai pas (ce serait trop d'honneur que je leur ferais) avaient fait l'effort de pousser leurs vérifications un peu plus loin qu'une simple (et non-fiable) recherche Google, il se seraient aperçus qu'Olivier, né aux États-Unis de mère française et de père américain, a résidé toute sa vie là-bas, ce qui est donc un peu court pour lui coller un drapeau tricolore. Plus que la confusion sur la nationalité (on s'en fout, au final, qu'il soit français ou pas), ce qui me choque c'est qu'il suffise qu'un paresseux publie une info non vérifiée pour que tout le monde se jette tête baissée derrière, et recopie joyeusement l'erreur. Ça me rappelle les contrôle de calcul à l'école primaire, quand on regardait par dessus l'épaule du voisin et qu'on se retrouvait tous les deux avec un zéro. (Et je ne parle pas des repompes de photos et non-citation de sources qui sont la règle chez la plupart des sites d'info français, intégrité et déontologie, connais pas, hein. Bande d'enfoirés. M'enfin, y'a deux ou trois sites bien, ils se reconnaitront)
- Bon on termine avec un scoop, et c'est ici que vous l'avez lu le premier : Annette Obrestad chez Full Tilt Poker, c'est déjà signé, ou presque. Bon, j'espère que ma source ne s'est pas plantée, sinon je vais me faire insulter, ha ha.
Pas que j'aie grand chose de passionnant à raconter, cependant. Les tournois préliminaires sont passés à toute vitesse, et je peine déjà à me souvenir de quoi que ce soit de ces onze derniers jours. Mon colloc' Tallix a atteint la table finale de la première épreuve, répliquant son résultat de Vegas avec une cinquième place. On est passé à deux doigts d'un bracelet français avec Fabien Dunlop, qui a porté les couleurs de Winamax jusqu'à la seconde place, laissant finalement la victoire à l'anglais JP Kelly. Dans la seconde épreuve, un mélange de Texas Hold'em et Omaha joué en Pot Limit, Michel Abécassis et Tristan Clémençon se sont hissés jusqu'en demi-finales, et la dernière table réunissait un casting de choix avec, entre autres, Howard Lederer, Men Nguyen et Erik Cajelais. C'est ce dernier qui remporte finalement le bracelet. Il y a eu aussi la Caesar's Cup, crapshoot télévisé où s'affrontaient en équipe quelques un des meilleurs joueurs américains contre leurs pendants européens. Aucun interêt, si ce n'est de pouvoir observer les Ivey, Brunson, ElkY, Antonius jouer face à face. La troisième épreuve m'a fait bailler aux corneilles, surtout la finale, pendant laquelle je me suis même permis de partir avant la fin. Quoi ? Ben oui. Problème de motivation ? Pardi.
Je pourrais disserter en long et en large sur les conditions de travail on ne peut moins optimales : la salle de presse est un bar qui se remplit tous les soirs de buveurs bruyants, les tables sont dispersées au quatre coins du casinos, il n'y a pas de place pour passer au milieu de la foule des clients, les machines à sous à proximité chantent « Walk Like an Egyptian » des Bangles du matin au soir, et joueurs, médias, serveuses, croupiers et superviseurs sifflotent l'air à tour de rôle en une chaîne de tilt infinie, etc, etc.
Mais le fond du problème est ailleurs : j'ai un mal fou à m'intéresser aux parties, à m'immerger dans l'action. Après plus de quatre années passées à observer des tournois de poker, je pense avoir vu tout ce qu'il était possible de voir autour d'une table et j'ai pratiquement épuisé toutes les façons différentes de raconter par écrit un coup de pile ou face à tapis avant le flop. L'idéal, à terme, serait de ne pas couvrir plus d'une seule épreuve par mois, histoire que chaque tournoi conserve son intêret, au lieu d'enchaîner les parties à une cadence infernale, comme cela est le cas depuis quelques temps.
Ceci dit, je le répète, je reste passionné par le monde du poker, et suis constamment en train de réfléchir à la meilleure manière d'y apporter ma contribution. Le concept de reportage en direct, avec ses frénétiques journées de douze heures passées à courir partout, présente de moins en moins d'intérêt à mes yeux, et je me demande ce qu'en pense le public. Est-ce que ça intéresse encore quelqu'un, de savoir que Daniel Negreanu vient de doubler à 17h12 avec une paire de neuf contre As-Roi ? A 17h14, tout le monde a déjà oublié, non ? Est-ce qu'il n'y aurait pas une meilleure manière de présenter et raconter un tournoi ? J'ai déjà commencé à expérimenter ces derniers mois, pour un résultat mitigé, à en croire les forums et les commentaires sur ce blog, mais je compte bien continuer à explorer.
Pendant que les WSOP battent leur plein, il se passe foule de choses sur le reste du circuit. Ce que je retiens des dernières semaines :
- Le décès de Bob Stupak jeudi dernier. Une vraie légende de Las Vegas, entrepreneur prolifique à l'imagination débordante (la Stratosphère, c'est lui) et aux coup marketings fumants, et aussi joueur de poker titré aux WSOP et participant de la première heure à High Stakes Poker. Stupak était apparu lors d'une des tables finales de la première saison du WPT, dont j'avais usé les DVD jusqu'à la corde. On était en 2003 et je découvrais le poker professionnel pour la première fois, devant ma télé. Un an plus tard, je débarquais au Bellagio avec les yeux équarquillés, et je m'asseyais au bar du Sports Book pour commander une bière. A côté de moi : Stupak, en train de tirer nonchalamment sur sa clope en discutant paris sportifs avec Scotty N'Guyen. Je n'oublierai jamais ce moment : je n'étais plus devant la télé en train de regarder les pros, j'étais dans la télé, au milieu d'un épisode du WPT. Lisez la nécro sur Pokerati.
- Un nouveau concept de tournoi complètement barjo, instauré par Matt Savage au Commerce Casino de Los Angeles... Marre des pauses et des dinner-break ? L'Iron Man est faite pour vous : cette épreuve se déroule en continu, sans aucune interruption, depuis les premières mains jusqu'au couronnement du vainqueur. Pauly vous en dit plus sur PokerNews.
- Le pavé dans la mare lancé par Phil Hellmuth a l'encontre d'Harrah's. L'homme aux 11 bracelets n'est pas content, et il le fait savoir : si les propriétaires des WSOP lancent leur propre site de jeu en ligne, et bannissent la présence des logos concurrents lors des championnats du monde, ça va péter. « Les WSOP n'y survivraient pas », dit-il, « et à terme, Ultimate Bet, PokerStars et Full Tilt pourraient joindre leurs forces pour lancer un festival concurrent ». Je crois qu'Hellmuth s'avance un peu avec cette dernière affirmation (je vois mal PS et FPT être prêt à se rapprocher d'un site à la réputation aussi mauvaise que UB), mais le fond du problème est réel : le format actuel des WSOP est appelé à être radicalement modifié dans les années à venir, à mesure que les casinos en dur vont former des alliances avec les opérateurs en ligne, où créer leur propres plate-formes. Plus que jamais, la compétition va faire rage : fusions et scissions vont fuser de toutes parts. Ecoutez Hellmuth sur Pokerati.
- Ultimate Bet, encore eux, continuent de se racheter petit à petit une image à coup de dollars et d'opérations de comm' en intégrant Joe Sebok dans son équipe de joueurs pros. Le fils adoptif de Barry Greenstein est sans doute l'une des personnalités les plus appréciées des fans (700,000 suiveurs sur Twitter : les chiffres ne mentent pas) Le débat fait rage : cette signature est-elle un désastre pour la crédibilité de Sebok, ou un joli coup de cirage pour l'image d'un site de jeu en ligne miné par un scandale de tricherie ayant duré plusieurs années ? Michael Friedman et Change100 se disputent sur PokerNews.
- Le français Thomas Bichon (un joueur de cash-game régulier du Vic à Londres, très respecté par des mecs comme Roland de Wolfe et Nicolas Levi) a remporté l'étape WPT de Chypre au début du mois. Deux semaines plus tard, un certain Olivier Busquet remportait l'étape WPT, jouée à Atlantic City. En cascade, plusieurs sites d'information français s'empressaient de publier des titres du genre : « double victoire tricolore au WPT ». Si ces rigolos que je ne nommerai pas (ce serait trop d'honneur que je leur ferais) avaient fait l'effort de pousser leurs vérifications un peu plus loin qu'une simple (et non-fiable) recherche Google, il se seraient aperçus qu'Olivier, né aux États-Unis de mère française et de père américain, a résidé toute sa vie là-bas, ce qui est donc un peu court pour lui coller un drapeau tricolore. Plus que la confusion sur la nationalité (on s'en fout, au final, qu'il soit français ou pas), ce qui me choque c'est qu'il suffise qu'un paresseux publie une info non vérifiée pour que tout le monde se jette tête baissée derrière, et recopie joyeusement l'erreur. Ça me rappelle les contrôle de calcul à l'école primaire, quand on regardait par dessus l'épaule du voisin et qu'on se retrouvait tous les deux avec un zéro. (Et je ne parle pas des repompes de photos et non-citation de sources qui sont la règle chez la plupart des sites d'info français, intégrité et déontologie, connais pas, hein. Bande d'enfoirés. M'enfin, y'a deux ou trois sites bien, ils se reconnaitront)
- Bon on termine avec un scoop, et c'est ici que vous l'avez lu le premier : Annette Obrestad chez Full Tilt Poker, c'est déjà signé, ou presque. Bon, j'espère que ma source ne s'est pas plantée, sinon je vais me faire insulter, ha ha.

