lundi 31 août 2009

Cannes

Hôtel Eden, 10 heures 05. Me voici donc à Cannes, ville que j'aime pas trop, un peu clinquante, un tantinet vulgaire, où le béton ne s'arrête qu'à un mètre du bord de mer. Le problème, bien sur, c'est que le coin est plutôt joli, ce qui, hélas, attire une forte concentration de blaireaux, faisant vroum-vroum au volant de leur décapotable, exhibant leur torse bronzé sur le sable, ou ricanant bruyamment aux terrasses des cafés en tripotant leur Blackberry. Par contre, les nanas sont toutes des top-models, il faut bien le reconnaître.

Dimanche, je suis arrivé à Orly avec une bonne heure d'avance. La navette Paris-Nice décolle toutes les demi-heures : j'ai été agréablement surpris de constater que je pouvais m'enregistrer sur n'importe quel vol. Ainsi, j'ai embarqué à 10 heures 30 au lieu des 11 heures prévues. Chouette.



En début d'après-midi, j'avais investi ma chambre, à deux pas du Martinez, deux pâtés de maisons derrière le front de mer. Une petite sieste, et je sors ausculter les lieux. Sur la Croisette, je tombe par hasard sur Freddie Deeb, et l'on boit au bord de l'eau en discutant de tout et de rien, mais surtout de rien. Freddie est en ville pour le tournoi, bien entendu. Je lui détaille la structure, et il décide qu'il jouera la seconde journée de départ, préférant se reposer durant le Day 1A.

Je prends quelques photos, et rentre à l'hôtel. Ayant du temps à tuer, je cherche le spa de l'hôtel, sans succès. Je monte au dernier étage où se trouve la piscine, et m'allonge une demi-heure. De retour dans la chambre, je mate un film génial, In the Loop, qu'on m'avait décrit comme « Spinal Tap à Washington », et c'est exactement ça. Une intrigue politique complètement loufoque, avec un dialogue sensationnel, à pisser de rire. Et quel plaisir de retrouver James Gandolfini dans un rôle de militaire mi-dur, mi-rigolard qui lui sied à merveille. Cependant, il faudra sans doute quelques films pour voir dans sa silhouette quelqu'un d'autre que Tony Soprano.

La nuit tombe : je me mets en route vers le casino, à la fois pour repérer les lieux à la veille du tournoi, et pour disputer le tournoi organisé spécialement pour les journalistes couvrant le tournoi. 25% de rake pour un tournoi à 55€, c'est beaucoup trop, mais je ne vais pas bouder mon plaisir : j'ai presque complètement arrêté de jouer au poker ces six derniers mois, autant saisir l'une des rares occasions qui se présentent. Et puis, c'est l'opportunité de s'amuser un peu avec les collègues.

Une bonne vingtaine de minutes de marche me sont nécessaires pour atteindre le Palm Beach. Je retrouve quelques illustres représentants des médias poker français : Babeth, Hugues le photographe, Hella, Kinshu, mon fidèle ami Lolo du ClubPoker... Samuel Chausson, le responsable presse du tournoi nous accueille avec diligence, et très vite, une quarantaine de joyeux représentants de la presse sont assis autour des quatre tables mises à notre disposition, en marge du tournoi satellite que disputent les Bernard Boutboul, Arnaud Mattern, Jean-Paul Pasqualini et autres Stéphane Tayar.



Surprise, c'est mon petit frère Aurélien qui supervise le tournoi – le frangin est entré chez Partouche comme croupier à St-Amand il y a un an, et est depuis en charge des tournois du PPT, voyageant régulièrement à travers la France pour organiser les étapes satellites du circuit. C'est pas peu fier que j'observe mon bro diriger avec dexterité les croupiers et superviseurs, sanglé dans son costard-cravate.

A ma table de départ : deux représentants de la presse belge, Emilie de Poker770 que je ne connaissais pas encore, Kinshu qui va bosser pour le CP cette semaine, Pedro, le pote de Manub que je vais m'appliquer à pourrir en lui répétant qu'un joueur pro n'a rien à foutre dans un tournoi de la presse. Autour des autres tables, il y a aussi Manu et Pierre de 770, le mec de PokerActu, Greg Chochon de PartyPoker, et d'autres. Je ne touche pas énormément de jeu, et passe la première heure à jeter mes mains en racontant des conneries, histoire de passer le temps. On dispose de 5,000 jetons, les blindes démarrent à 25/50 pendant vingt minutes. C'est plutôt correct pour un tournoi à 70 euros. Je value-bet une top-paire avec KJ, et me fais payer. Je trouve une couleur max, et me fais payer aussi. Mon voisin de droite manque singulièrement d'humour, et lorsqu'il demande au croupier de lui donner du jeu, personne ne sait trop s'il plaisante ou s'il est prêt à lui mettre une patate. Je perds avec As-Roi contre une paire de Dix contre une nana que je connais pas, je paie sa relance preflop, puis paie au flop sur 922, et on check/check sur le turn 9 et la rivière 5. Après, je change de table. Un coup de chatte énorme d'ailleurs : quand je suis déplacé, je m'apprêtais à poser ma grosse blinde – 10% de mon stack – et j'arrive à ma nouvelle table à la position du bouton. Résultat, c'est une quinzaine de mains que je vais jouer gratuitement au total. Malheureusement, cela ne servira pas à grand chose. Je pousse rapidement mon tapis avec Roi-Dame après une relance de Pierre. Nous avons le même tapis, il paie avec As-9 (assez pigeon, comme move, mais bon, je l'aime bien quand même) Pas grave, c'était un moment sympa. En partant, je croise quelques une des stars qui prendront part au tournoi cette semaine : Erik Seidel, Antonio Esfandiari, Phil Laak et sa MILF Jennifer Tilly...

Bon, la suite, ce sera plus tard, il faut que je retrouve Junior au casino.

dimanche 30 août 2009

Sortie au musée

Hôtel du Louvre, 2 heures 22. De retour d'un excellentissimme restaurant chinois du seizième arrondissement. Chez Tang. Hautement recommandable. J'ai laissé l'équipe Winamax, staff et joueurs mélangés, qui partaient finir la soirée au Bagatelle, un club où parait-il Antony Lellouche est maître des lieux.



J'ai passé la journée au plus célèbre musée du monde. Cependant, je n'y ai vu ni sculptures, ni tableaux de maîtres, ni reliques égyptiennes. Le France Poker Tour faisait sa rentrée pour une cinquième saison. J'imagine qu'il fallait faire encore plus fort que l'année précédente, quand l'étape parisienne s'était déroulée au Stade de France.

Le France Poker Tour, c'est l'occasion de renouer contact avec le poker amateur, et donc de rencontrer les lecteurs, les passionnés, les fans. Toute la journée, des inconnus m'ont serré la main, sont venus me voir à mon poste, m'ont passé des mots d'encouragements, d'appréciations, de félicitations. Cela m'a considérablement distrait dans l'accomplissement de la tâche en cours, mais c'était agréable néanmoins. J'ai même signé des autographes, me rendant compte du ridicule de la situation, cependant. Et à quatre reprises, des lecteurs m'ont reproché de ne pas écrire assez sur ce blog. C'est à vous que je dédie cet article. Croyez-bien que si je pouvais gagner ma vie avec cette page, je m'y consacrerais à plein temps. Mais pour l'instant, et probablement pour longtemps, c'est gratuit, pour vous comme pour moi. Et c'est d'ailleurs très bien comme ça. J'écris aussi pour le plaisir, et bien souvent, je peste intérieurement de ne pas avoir plus de temps pour raconter deux ou trois trucs ici. Et aussi, tout simplement, de ne pas être aussi motivé, prolifique et inspiré qu'un Pauly, un Shamus ou un Michael Craig.

Le week-end fut des plus bizarres, et excitants, aussi. Avec Harper, mon nouveau collègue fraichement débarqué chez Winamax au poste de second reporter, on est arrivés dans la capitale hier soir, après un trajet Eurostar en première classe depuis Londres. J'ai décliné le repas offert aux nantis que nous sommes, préférant dormir au son de Fleetwood Mac. Un taxi plus tard, et l'on se posait dans notre hôtel de luxe du premier arrondissement, à deux pas du Louvre. Durant les jours qui ont précédé, j'avais déjà largement briefé Harper sur les tâchent qui l'attendaient, sur ma façon d'aborder un reportage, le récit, la narration, la « grammaire » d'un tournoi. En arrivant à Paris, je n'avais plus grand chose à lui dire sur le métier qu'il n'apprendra pas sur le tas durant les semaines qui viennent.

Ce renfort qui arrive, c'est tout de même une bénédiction, et une petite révolution. Avec quatre bras (plus ceux de Yuestud, dont l'aide fut primordiale au cours des douze derniers mois), on pourra travailler plus efficacement, de manière plus élaborée. On pourra se relayer, prendre le temps d'écrire mieux sans pouvoir autant sacrifier le rythme de publication des informations, comme cela s'est produit à Vegas cet été. Je vais – sans doute – pouvoir prendre un peu de recul, et de repos, en ayant la possibilité d'envoyer Harper seul sur certains tournois, tandis que je le surveillerai à distance depuis le bureau. Et l'on pourra couvrir plusieurs terrains à la fois. Par exemple, en cette rentrée chargée, je peux laisser mon second terminer le reportage au Louvre, tandis que je pars à Cannes pour entamer le Partouche Poker Tour. Harper va me rejoindre ensuite, et, avant la fin du tournoi, parti vers l'Espagne pour assurer en solo la couverture de l'EPT de Barcelone. Une fois le Partouche terminé, j'irai à Barcelone pour aider Harper, et commenter le tournoi en direct. De retour à Londres, on pourra se relayer sur les WSOP et l'EPT britannique, faire le forcing en duo lors des grosses journées, et se reposer chacun à notre tour lors des moments calmes.

Samedi matin, on s'est levé tôt, vers huit heures. Après un petit déjeuner inoubliable au rez-de chaussée, on s'est rendu directement au Carrousel du Louvre. On passe devant la pyramide de verre pointant vers le sol, symétrique miniature de l'entrée du musée (un décor du « Da Vinci Code », m'assure Harper), et on trouve l'entrée, où déjà des dizaines de joueurs sont en train de s'inscrire. « Il y en a qui sont arrivés à cinq heures du matin pour être surs d'avoir une place » m'assure Cédric, l'un des organisateurs. A l'intérieur, les préparatifs vont bon train, et je retrouve la plupart des superviseurs et bonnes mains du France Poker Tour que j'ai pu cotoyer lors de la saison précédente : l'arbitre en chef Guillaume Gleize, Lucille la reporter, Antoine Dorin, et bien d'autres. Dorin, d'ailleurs, est au moment où l'on débarque aux prises avec pas moins de dix fonctionnaires des Renseignements Généraux, chargés de faire en sorte que le logo du sponsor de l'épreuve est bien absent des cartes, jetons, bannières promotionnelles, t-shirts, etc, utilisés à l'intérieur de la salle. Le sponsor est question se trouve être la boîte chez qui je suis salarié, je suis donc un peu nerveux. Je songe un instant à me constituer directement prisonnier, histoire d'éviter d'avoir à bosser. Les organisateurs recouvrent de scotch gris tous les logos présents dans la salle, mettent au rebut les gadgets de promos qui devaient être distribués aux joueurs, et les poulets s'en vont. Dorin n'est pas plus remué que cela : il a l'habitude de fréquenter la police et la justice depuis la création du FPT, et est rodé aux procédures en vigueur – en quatre saisons, aucune étape n'a jamais du être annulée pour raisons judiciaires. Il paraît même que beaucoup de policiers disputent des tournois du FPT incognito, pour leur plaisir personnel, certains sont de grands fans du Team Winamax.

Dorin s'en va en catastrophe, il est en retard pour la conférence de presse du lancement du France Poker Tour. J'envoie Harper à ses trousses pour couvrir le raout, où tous les joueurs du Team seront présents, trois d'entre eux prenant la parole devant une soixantaine de journalistes. Pendant ce temps, je m'installe et observe les préparatifs.

De mieux en mieux : après les RG, c'est un huissier de justice qui s'amène, mandaté par un groupe casinotier français. Il ressemble exactement à l'idée que l'on se fait d'un huissier de justice – je me demande un moment si ce n'est pas le même que les Inconnus ont molesté dans Les Trois Frères. Il sort de sa mallette un document de six pages, détaillant les faits qui sont reprochés au FPT. Apparemment, le casinotier soupçonnerait le tournoi d'être une maison de jeu déguisée, et illégale. Penché sur mon clavier, j'écoute de loin la conversation – Dorin étant parti, c'est Gleize qui se retrouve empêtré, ne sachant quoi trop répondre à ce type très sec en costard. « C'est un tournoi gratuit, il n'y a pas d'argent ..». En face, l'huissier n'a manifestement jamais vu un épisode du WPT de sa vie : « Alors, comment çà marche, cette histoire ? Ah, le principe est d'accumuler des jetons, vous dites ? Mais si on en a plus, qu'est-ce qu'il se passe ? » C'est Kafka, ou les Monthy Pythons, c'est selon, et je n'en saurai guère plus. Affaire à suivre, j'imagine.

Les joueurs arrivent, de plus en plus nombreux, se pressant derrière les barrières. Peu après 13 heures, on les laisse rentrer. Ils s'installent par centaines autour des 150 tables. Les flashs crépitent : les photos souvenir vont bon train autour du trophée disposé au centre de la salle. Je croise pas mal de têtes connues, certaines pas vues depuis longtemps, comme Yohan Sultan, de retour en France après deux années passées en Israël. Des retrouvailles qui font chaud au coeur : Yohan est sans doute la personne la plus sympathique et serviable que j'ai pu rencontré lors de mes pérégrinations dans les cercles parisiens. Il m'a tiré de belles épines du pied à plusieurs reprises, et je me souviens de soirées passées à l'Aviation Club de France ou au Gaillon, à jouer en cash-game, ou simplement discuter de tout et de rien au bar.



Il y a aussi des tas de parigots du ClubPoker, des tas de représentants des club locaux, de Lille, de Picardie, de Strasbourg, et j'en passe : le poker amateur dans toute sa splendeur, vivace et enthousiaste.



L'organisation est bien huilée grâce à la compétence des équipes du FPT, et c'est avec un retard minime que Dorin et Gleize prennent tour à tour la parole pour accueillir les joueurs et rappeler les règles d'usage. Les 1,500 joueurs vont réserver un accueil de star au Team Winamax. Un par un, le quinze va faire son entrée avec la musique a fond sortant des hauts parleurs, spotlights dans tous les sens, traversant la salle pour prendre place sur le podium. Ça m'a fait tout drôle, de les voir comme ça se faire ovationner, signer des autographes et poser pour les photos. Moi qui les côtoie depuis le début, je sais que ce sont des gens normaux. Pour moi, Johny restera toujours le mec qui ne sort jamais les poubelles (il va criser en lisant ça), Tallix celui à la chambre bordélique, Antony le fétard invetéré, Cuts un chieur de première quand il veut, etc, etc. Une bande de mecs sympas, normaux. Bon, à part Patrick Bruel, bien sur, là, pas de doute, on a affaire à une star, une vraie, à l'aura presque magnétique.

Bordel monstrueux devant le podium pour prendre une photo de l'équipe, pour la toute première fois réunie au complet sur le même cliché. Je m'y prends mal, et rate complètement ce moment. Impossible de me faire une place dans l'espace restreint déjà occupé par les « collègues » de la presse généraliste munis de gros téléobjectifs, et, amateur que je suis et resterai, je n'arrive qu'à prendre qu'une poignée de pauvres photos assez pitoyables. Bof, pas grave.



Le reste de la journée va se dérouler à toute vitesse. D'abord parce que seulement six heures de jeu sont au programmes, entrecoupées par deux pauses : une promenade de santé comparé à n'importe quel tournoi professionnel. Et aussi parce qu'avec 1,500 joueurs et une structure rapide, le taux d'éliminations par heure était extrêmement élevé (de l'ordre de 200) Avec Harper, on a suivi les pros, présenté quelques amateurs éclairés, et tenté de retranscrire du mieux possible l'ambiance de fête qui régnait. Ils étaient nombreux à rester dans le coin après leur élimination, tant l'atmosphère était bon enfant. Les joueurs du Team ont aussi apprécié de se mélanger aux amateurs, prenant la chose plus au sérieux que je ne l'aurais pensé – plusieurs ont passé le premier tour.

On a terminé peu avant 22 heures, juste à temps pour découvrir en ligne le reportage de TF1, diffusé deux heures plus tôt. Cliquez ici pour le regarder, et regardez bien le second plan lors de l'interview d'Alexia Portal.

Je vais laisser Harper couvrir en solo la deuxième journée de l'épreuve : je m'envole pour Cannes dimanche, et serai sur le pied de guerre lundi pour couvrir la première journée du Partouche Poker Tour.



Mon reportage à Kiev, la semaine dernière, s'est terminé comme il avait commencé : de manière calme, apaisée. J'ai couvert les deuxième et troisième journées par écrit, avant de retrouver avec bonheur les anglais de Sunset+Vine, l'équipe télé, et de prendre le micro de l'EPT Live en compagnie de Marion Nedellec, qui officiera cette saison à mes côtés, tout du moins lors des étapes qu'elle ne jouera pas. Les horaires sont restés raisonnables tout au long de la semaine, grâce à la nouvelle structure concoctée par les compères Tardieu et Mattern, qui allonge les EPT d'une journée, raccourcissant donc la durée de chacune de manière significative. J'ai vu un peu de la ville avec Mad, des églises et des tanks, principalement, le mémorial consacré à la seconde guerre mondiale étant situé à côté d'un complexe d'une bonne demi-douzaine de chapelles orthodoxes assez chiadées, il faut bien le dire. On a fait quelques restos sympathiques avec les mecs de PokerNews, et le dernier soir, la traditionnelle beuverie d'après-tournoi fut somme toute timide, avec un mal de crâne de force 3 sur 5 environ le lendemain matin. Je me rappelle que Gloria et Mad ont passé deux bonnes heures à parler de conflits militaires européens du 18ème siècle, conversation chiante à mourir s'il en est, mais la présentatrice des videos de PokerNews est actuellement en train de passer son diplôme d'histoire militaire, par correspondance. Mon avion vers Londres, décollait assez tard, j'en ai profité pour me ballader dans le centre. C'était jour férié en Ukraine, le grand boulevard avait été vidé de sa circulation pour laisser place à un défilé militaire assez anarchique, on a aussi vu passer la flotte aérienne au dessus de nos têtes. Les rues étaient pleines, et un orchestre ambulant a joué quelques interprétations enthousiastes des Pet Shop Boys, Queen et aussi le thème principal de Rocky. Absolument fantastique. Arrivé à l'aéroport, c'est un air de revanche et de triomphe qu'affichaient Simon, Marc, Howard et Stephen sur leurs visages, tandis que je passais devant en première classe pour rejoindre la seconde. La semaine dernière, j'étais assez chanceux pour me faire surclasser au comptoir d'enregistrement. Cette fois, j'étais le seul à ne pas avoir bénéficié de cette faveur. Sans doute à voir avec le hasard qui aplanit la chance sur le long terme, ou un truc dans le genre.

Quelques photos









jeudi 20 août 2009

Kiev

Palais des Sports, Kiev, 10h25. J'aime bien arriver en salle de presse tôt le matin. Le tournoi ne commence que dans deux heures, mais rien de plus agréable que de pouvoir se concentrer un peu dans la solitude de la salle vide, avant que les tables ne soient envahies par les dizaines de collègues travaillant pour les autres sites. Et, avec le décalage horaire ukrainien (deux heures d'avance par rapport à Londres), je me retrouve en train de travailler à une heure plus qu'inhabituelle pour moi.

Présentement, j'attends le départ de la troisième journée du tournoi. Les Day 1A et 1B se sont passés sans trop de problèmes, et je n'ai pas grand chose à raconter de plus à leur sujet que ce qui a déjà été publié sur Winamax. C'est le premier tournoi de la saison 6 de l'European Poker Tour. Il arrive en plein milieu du mois d'août, à peine un mois après mon retour de Vegas, alors qu'historiquement, la saison commençait toujours à Barcelone au début du mois de septembre. J'attends avec anxiété le moment où la saison européenne reprendra dès le lendemain de la fin des WSOP.

Comme chacun est désormais au courant, l'EPT devait initialement donner son coup d'envoi à Moscou, avec une toute nouvelle étape. Les autorités russes en ont décidé autrement en faisant passer une décision de justice rendant de facto le poker illégal sur tout le territoire de la Fédération, excepté quelques zones bien délimitées, et toutes situées à des milliers de kilomètres de la capitale. John Duthie et les organisateurs de l'EPT ont rapidement trouvé un pays plus accueillant en la personne de l'ennemi ukrainien voisin, qui a lui pris une direction inverse : le ministre de la famille, de la jeunesse et des sports local a en effet officiellement fait entrer le poker comme « discipline sportive non-Olympique ». Et c'est ainsi que le cirque itinérant s'est installé en Kiev : je tire mon chapeau au staff de PokerStars et de l'EPT, qui a mis sur pied cette épreuve en un temps record (quatre semaines), ce qui n'était pas gagné d'avance, avec toutes les contraintes logistiques (des dizaines de tables à expédier sur place, les croupiers à recruter, etc), les barrières linguistiques, et tous les soucis d'ordre légaux avec les autorités en place.


La dernière recrue du Team Winamax

A la base, je n'ai pas l'intention de me rendre à Moscou, ni à Kiev, préférant attendre la « vraie » reprise des tournois avec le Partouche Poker Tour à Cannes et l'EPT de Barcelone, les deux grosses étapes de la rentrée. Et puis, deux semaines avant le début de l'épreuve, Sunset+Vine (la boîte de production télé qui filme les EPT) m'a appelé, m'informant que le tournoi serait retransmis, et que j'avais été à nouveau choisi pour être le nouveau commentateur français (avec l'arrivée d'un second commentateur, même, mais on aura le temps d'en reparler plus tard). Puis, quelques jours plus tard, j'ai appris que le jeune prodige Tristan Clémençon avait signé chez Winamax, et allait faire ses débuts à Kiev. Et c'est ainsi que j'étais de retour sur le circuit, un peu trop tôt à mon goût, mais de retour quand même, préparant un voyage en dernière minute.

Le voyage, justement, ne fut pas de tout repos. Il avait pourtant bien commencé, quand la fille derrière le comptoir de BMI à Heathrow m'a appris à ma grande surprise que j'avais un billet en Business Class. Chouette, cela ne m'était jamais arrivé. Je ne sais pas trop le pourquoi du comment (c'est Sunset+Vine qui réserve mes vols la plupart du temps), mais je me suis rapidement retrouvé dans la « lounge » de la compagnie, m'empiffrant de petits pains, sirotant du jus d'orange frais et du café tout en lisant l'une des dizaines de publications mises à la disposition des fortunés voyageurs, tandis que les citoyens de seconde classe patientaient à côté sur des sièges inconfortables. La belle vie. Puis j'ai pris place dans l'appareil dans un fauteuil rappelant celui du dentiste, tandis que mes collègues Howard, Marc, Stephen et Simon s'entassaient au fond de l'habitacle en maugréant contre ma bonne fortune. L'avion a décollé, j'ai basculé le siège au maximum, et très vite une hôtesse arrivait pour me servir un verre de vin, me proposant de choisir mon menu, faisant mon choix parmi trois combinaisons de plats, entrées et desserts. Ah, combien de pages pourrais-je écrire sur la mozarella et les tomates, le poisson, la purée de pommes de terres et les haricots, et les fraises à la chantilly du dessert.

On atterrit avec une heure de retard. Je n'avais jamais mis les pieds en Ukraine, et vais rapidement déchanter en arrivant. Le problème avec la première impression, c'est qu'on ne peut en donner qu'une seule, et nous avons été accueillis à l'intérieur du terminal par une masse compacte de voyageurs, assemblés en un tas informe devant les comptoirs d'immigration. Pas de file d'attente discernable, tout ceci est très mal organisé et il nous faudra plus d'une heure pour passer les cerbères, laps de temps durant lequel une bonne vingtaine d'enfoirés me seront passés devant l'air de rien. Nos bagages sont arrivés depuis longtemps, et l'un des mecs de Sunset+Vine avec qui je voyage a perdu l'un de ses sacs contenant le pied de sa caméra. Une heure de plus d'attente, le temps de remplir les formalités avec la compagnie aérienne. Lorsqu'on sort finalement du terminal, nous avons donc trois heures de retard et, miracle, le chauffeur booké par S+V est encore là à nous attendre avec un air de chien battu, tenant sa pauvre pancarte entre les mains. Je lui voue une reconnaissance éternelle, car, comme j'allais m'en rendre compte plus tard, il est pratiquement impossible de trouver un taxi honnête à Kiev lorsque l'on est un touriste étranger. Certains ont payé 50, voire 100 euros leur transfert vers le centre ville, alors que l'on m'a assuré qu'il ne faudrait jamais dépenser plus de 20 euros pour cela.

Je ne sais absolument rien à propos de l'Ukraine, excepté leurs relations actuelles tendues avec la Russie, et leur propension à mettre au pouvoir des premiers ministres extrêmement mignonnes. Sur la route, le décor est typique de ce que j'ai pu voir lors des précédentes visites à l'Est : on passe des dizaines et dizaines de bâtiments de type HLM pour arriver vers le centre-ville. Kiev compte trois millions d'habitants (autant que Los Angeles), il faut bien les mettre quelque part. Il fait chaud, il y a du monde dans les rues. J'arrive à mon hôtel, rustique mais somme toute confortable.



Le tournoi se déroule au Palais des Sports local, un gigantesque gymnase accueillant habituellement des manifestations de danse, des matchs de tennis, le concours Eurovision, ce genre de trucs. Le personnel ne me semble guère commode – la barrière linguistique y est sans doute pour beaucoup. J'ai un mal fou à me sentir à l'aise dans ces pays où l'on parle mal anglais. L'ambiance des deux premières journées du tournoi fut assez bizarre. Il n'y avait qu'une quinzaine de français au départ parmi les 300 joueurs, dont la moitié que je ne connais pas. Je me sens un peu perdu. Le reste du field est composé d'une majorité de russes et d'ukrainiens, plus quelques étrangers, et finalement très peu de « têtes de séries ». Ce n'est définitivement pas l'ambiance de rentrée des classes que l'on peut observer chaque année à Barcelone, où tout le monde ou presque est là. Plusieurs joueurs étaient aussi confus que moi. « Hé, ça fait plaisir de voir quelqu'un que je reconnais », m'a dit Stuart Rutter en m'apercevant. Il n'y avait que très peu d'anglais, aucun espagnol, aucun hollandais, belge, juste une poignée de scandinaves : bref, on est en territoire inconnu. J'ai essayé tant bien que mal de produire un reportage intéressant, mais force est de constater qu'il ne s'agit pas du tournoi le plus passionnant que j'ai eu l'occasion de couvrir. Mais il ne s'agissait que des deux premières journées, après tout. Je me suis bien amusé à essayer d'écrire les noms des joueurs du Team en alphabet cyrillique (HИЌЛA ЛEVИ et TPИCTAH KЛEМЭHCOH du Team BИHAMAKC), où d'écrire un faux post en ukrainien (Almira est venue me voir ensuite pour me dire que cela ne faisait aucun sens, même pour une demi-ukrainienne comme elle) :

Arnaud Mattern магазин raises садовой ти donkey инструм calls создан OOP. Flop KQJ насто хоз, all-in который стремится snap-call сделать. Arnaud Дово trips, орый fish стреми straight draw. Turn 2 более river T более « Sick, свой gutshot труд bad-beat, one time. »

Même situation du côté des médias : à part PokerNews (Eric, Gloria, Shamus) et les bloggeurs de PokerStars, les collègues habituels sont absents. Je suis le seul français. Par contre, c'est avec grande joie que j'ai retrouvé Madeleine. J'annonçais son licenciement dans un post précédent : Mad a finalement été réembauchée à un poste légèrement différent. Il semblerait que la campagne de soutien qu'avait lancé Arnaud Mattern durant les WSOP a porté ses fruits. Excellente nouvelle, je me serais senti orphelin sans elle.

Pour le reste, pas d'anecdotes croustillantes à raconter pour le moment. Je n'ai pas encore mis les pieds dehors pour observer le paysage. Peut-être demain matin, si la journée d'aujourd'hui ne s'étire pas trop tard. On s'est fait un resto sympa avec Mad et Arnaud hier, en compagnie d'un local. J'ai été positivement impressionné par l'aisance d'Arnaud à s'exprimer en russe. Le bougre était dans une classe européenne au collège. Un atout imparable pour converser avec les nombreuses beautés locales. Bon, j'y retourne, le Day 2 m'attend.


Une panne de courant a interrompu le tournoi durant dix minutes lors du Day 1B. Plus de peur que de mal, l'incident ne fut finalement qu'une péripétie amusante


Pour la cérémonie d'ouverture, nous avons eu droit à une démonstration de danses traditionnelles de haute volée

jeudi 6 août 2009

The Hardest Working Man in Business

Un mois après sa publication sur papier, mon article pour Bluff Magazine est disponible sur leur site Web. Voici le texte original, long de 3,062 mots, que j'avais envoyé à Matthew Parvis le 15 juin dernier - pour ce que j'en sais, il n'a guère été modifié avant son impression sur six pages. Comme je ne dispose pas des photos accompagnant l'article (montrant le héros de l'histoire au volant d'une décapotable en compagnie de mannequins fort peu vétus), je me suis permis d'ajouter quelques clichés tirés de ma collection personnelle. Comme à chaque fois que j'écris en anglais, l'article a directement été rédigé dans la langue de Shakespeare. Je ne dispose pas d'une version française, et je ne compte pas en faire une. Que les non-anglophiles ne m'en tiennent pas rigueur.



ElkY : The Hardest Working Man in Business

When I meet the hottest tournament player of the moment at the World Series of Poker, he has a day off. On the ESPN feature table, three players are fighting a fierce battle for the bracelet. It's the final table of the Ladies Event, and a 37-year old semi-pro named Lisa Hamilton is crushing the competition. There's clapping and cheering and screaming around the table : quite an enthusiastic crowd. Behind the rail, one of them is especially excited. «I met Lisa a few years ago during a $10/$20 game at the Wynn», says Bertrand Grospellier, most known under his nickname «ElkY». «She's the one who took me on my first trip to LA and the Commerce Casino. The day we got there, I won $50,000 in one session. I liked her ever since», he says, laughing out loud. Predictably, the agressive Lisa wins, and ElkY joins his friend to pose for the pictures, as happy as if he won himself. And he's been winning a lot lately. We take a seat at an empty poker table in the middle of the Amazon Room and start the interview.

Of the five and a half million dollars the Frenchman has accumulated playing live tournaments over the last three years, not much have been won in this room. The closest he came to a bracelet was in 2007, when he final tabled a $2,500 No-Limit Hold'em event. But his performance there was subpar, to say the least : ElkY busted his short stack a few minutes in, reraising all-in with rags to be the first player out. «It's true that so far I've never done well at the Series», he admits. «But with the size of the fields and the type of opponents you're facing, there's obviously a lot of variance involved. But I'm confident I will get there...»

Already having European Poker Tour and World Poker Tour titles under his belt, ElkY makes no secret of his goals this summer : he wants to complete the trilogy with a WSOP gold bracelet. After all, Gavin Griffin was the only «Triple Crown» winner at the time of our interview, though Roland de Wolfe achieved the same feat one week after our talk. Financially, ElkY has no worries, considering his sponsorship with PokerStars and a solid position on top of France's all-time winnings leaderboard. He is after the glory. «I want to leave a mark», he says, «and be recognized as the best tournament player of my time.»


Deep dans le Main Event des WSOP (juillet 2009)

ElkY always had this competitive spirit. In the early 2000's, he made the risky, remarkable decision to move to South Korea to pursue a career as a professionnal video games player. At the time, he just graduated from high school and was accepted in an advanced mathematics school. But after only a few days of classes, he knew he wasn't cut out to be a student. «I always had good grades in school, but sitting in a classroom just didn't seem as interesting as playing video games. During my last year in high school, I was playing Starcraft pretty much all the time. My good friend Guillaume Patry [a Quebec player who also turned to poker later] was making a living out of it in Korea, playing sponsored televised tournaments. I told myself, if I don't give this a try, I will regret it all my life. I never wanted to live a normal life, anyway.»

And there he was, taking his very first gamble, leaving France at the age of twenty and diving into an entirely new culture. «At first, it was easy because all of my online friends were there for a big tournament, but after they went home, I was on my own, save for Guillaume.» ElkY had to adapt, and learn a new, difficult language. «Moving there was a struggle, definitely. Korea has a way more competitive society than most European countries. And in Starcraft, every player was working on their game twelve hours a day. So I had to push harder and put in even longer hours to rise to their level.»

ElkY's hard work paid off, and soon he became a highly respected player in a country where Starcraft players were akin to celebrities. That was ElkY's first taste of fame, complete with striking attire that included bright pink hair draped down his shoulders and eccentric clothes (evidence of this era can be found on Youtube). When asked about his past questionnable fashion choices, ElkY scoffs : «Yeah, I guess I wanted to be noticed. Just as it is with poker now, it was important in Starcraft to have a distinguishable look, to get the attention of the sponsors.» Today, ElkY's tastes still bend on the flashy side but a bit more casual. He remains a geek but a modern one, sporting dyed blonde hair and wearing designer jeans and Christian Audigier diamond-incrusted T-shirts, looking cool in a society that no longer views geeks as uncool.

In Asia, ElkY achieved what few Westerners had done before him : he was accepted by his peers as one of their own, beating them at their own game through sheer hard work. Better than that, he had fallen in love with the place. «My six years in Korea were nothing but an absolute blast», he recalls. «Being a young guy in Seoul, there were so many things to do and people to meet. As soon as I was at ease with the language, I got to learn that Koreans are very open-minded people, and I forged lots of great friendships there.»

But soon another game captured his attention. «The Starcraft players were just getting better, and I the game itself started to get somewhat repetitive, no to mention it was difficult to make a lucrative career out of it. Many of my friends were starting to play poker online, like Hevad Khan, Eric Liu, and Ryan Daut. I signed up on PokerStars at the end of 2004 and got $20 transferred to my account.» That was the beginning of ElkY's second life. He was only 24.


Club Poker Radio (janvier 2008 - photo : Laurent Dumont)

Predictably for this natural-born gamer, ElkY quickly became addicted to this new online activity. «I blew my first bankroll, then put down another $200 and proceeded to put it all on one table», he laughs. Right from the start, he was over-agressive. «I wouldn't listen to any advice, raising Queen-Ten offsuit under the gun, those kind of plays. After a while, I had to start listening.» The day ElkY won a thousand dollars in one day of mouse-clicking, he knew he would have a hard time looking back.

ElkY tells his story in his trademark rushed sentences. But today, he doesn't seem to be in a hurry. He could already be with Lisa celebrating her victory, yet he keeps talking, not even looking at his cellphone, which is buzzing every five minutes. Despite knowing him for two years through the poker circuit, I can honestly say that I don't know him that well. But I'm not the only one. ElkY remains a mystery, even to close friends. «I don't think anybody ever met the real ElkY», says one of them.

A nice guy, always friendly, and devoid of any ego. A rarity in this business. Success hasn't changed him, it seems. His devotion to the game he loves makes him complicated and prone to staying a private person. One thing I can say for sure : the guy I'm talking with today is definitely not the same person that I first met in 2007.

At that time, ElkY was not yet a poker celebrity. A year prior, he had landed a PokerStars contract after famously becoming the first player ever to reach Supernova status, a feat he accomplished in only two weeks. He was making a few scores and was under the poker spotlight for the first time on the live circuit after a painful runner-up finish at the Copenhagen EPT stop. The talent was already there, a mixture of relentless agression and spectacular reading skills. But it was still raw. And one thing was missing : bankroll management. «When PokerStars launched the Supernova Elite status, I played like crazy for days and nights, multi-tabling turbo heads-up SNG's to be the first to reach the status», he confesses. «I wasn't going to bed. It cost me a lot.»

That lead to a disastrous Sharkscope graph that still generates talk on the Internet forums (though ElkY will quickly point out that the he made some of the losses back simply by achieving Elite status.) But for all intents and purposes, ElkY was nearly broke after the '07 WSOP, staying afloat only with the money he could borrow from a few helpful friends and a lucky 10% stake in another friend who had won a bracelet that summer. Worse, perhaps, ElkY was getting out of shape physically. Junk food and lack of exercice took their toll on his body, and peaking at 210 lbs, he was coming dangerously close to looking like the stereotypical lazy online poker player. ElkY was off track. Something had to be done before he fell into obvilion.

As happens often in this bizarre poker universe, the motivation for change came with a proposition bet. «A few friends bet me I couldn't lose 50 pounds in three months. Quickly, other people joined in, and before I knew it, I stood to make $75,000 if I managed to pull it off. I was risking double that amount. I simply couldn't lose that bet.»

Enter Jacques Zaicik, a man who came into ElkY's life at the perfect time. He met the 56-year old Parisian entrepreneur while playing the WSOP, and an odd friendship quickly formed between the two men separated by almost thirty years. Jacques was just getting started in poker and was seeking strategic advice. What ElkY was looking for, probably unconsciously, was some guidance in life. «He's a genius, no doubt about that», says Jacques, clearly fond of someone he now claims to love as much as his son. «But let's be honest : like most geniuses, ElkY is not well suited for the real world. Filing tax papers, negotiating contracts, arranging publicity... He needed someone to take care of that.» Pretty soon, mentor and protegee were travelling together. Jacques helped him with the weight-loss bet, finding a diet specialist and monitoring his progress. By the end of the year, a new ElkY was looking at himself in the mirror. He liked what he saw. And he won his bet.

A week later, ElkY arrived in the Bahamas fresh and ready to play the 2008 PokerStars Carribean Adventure, a tournament with a reputation as one of the toughest on the circuit, mostly comprised of experienced young online grinders. After five days of exhausting competition, ElkY was crowned a champion in front of his online peers gathered around the televised table. He banked $2,000,000 for the win. Success was his. It remains to this day the proudest moment of ElkY's poker career. And it would be the start of one of the fastest and most epic runs ever witnessed in tournament poker history.


Consécration aux Bahamas (janvier 2008 - photo : Chris Hall)

Because ElkY was hungry for more. His first major poker title sent him on a hunt for the next one. Sensing a connection between his performance and his new-found health consciousness, he wanted to go further. Through a mutual friend, he met Stéphane Matheu, a former APT-ranked tennis pro who became his trainer and manager. Matheu, 36, left France for Las Vegas in 2000 to train the UNLV team. He stepped into the poker world after giving tennis lessons to Gus Hansen. ElkY and Matheu quickly became friends. «I had a rocky start training ElkY», he says with a smile. «I was used to deal with true athletes, and he wasn't used to exercise.»

Yet ElkY was willing to put in the hours, convinced that staying in shape would help him focus at the poker table, play through long sessions with ease, and increase his self-confidence. The two started working out. «We trained every day. It's amazing how quickly he was able to adapt», says Matheu. «His progress has been spectacular. I'm really proud of him.» Fourteen months after the intensive training began, they now have an established routine. A typical week for ElkY includes two or three sessions of weight-lifting, one intensive treadmill run, and during the WSOP, several hours of kickboxing with Dewey Cooper, a Las Vegas K-1 boxer. Save for a few days off, ElkY wakes up at 8:00am nearly every day.

As ElkY had hoped, this new balance in life made things click almost right away at the poker tables. The rush that started with the PCA win never quite stopped. In May, ElkY came back to his homeland to reach 5th place at the Grand Prix de Paris. At the '08 WSOP, he cashed in the Main Event and reached the last two tables in a $5,000 event. After an impressive WCOOP performance on PokerStars, he came back to Vegas four months later to make his first real impression on the American audience. ElkY's performance at the $15,000 Festa Al Lago WPT Event might well be the most impressive display of domination over a final table ever witnessed during a televised tournament. Having mastered short-handed turbo play during years of online training, his five opponents had no chance. He didn't miss a move, didn't fail a read, and hit the right cards to claim an easy win, his first WPT title and more than $1,400,000.

And it wasn't over yet. In January of 2009, ElkY returned to the Bahamas to defend his PCA title, and though he failed to go back-to-back, the disappointment easily disappeared when he won the $20,000 High-Roller the same week. Then came the Deauville EPT a few days later for another High-Roller final-table appearance. NBC Heads-Up Championship was next; there he proved to be an accomplished one-on-one player by reaching the semi-finals. And when ElkY played the biggest WPT tournament of the year at Bellagio in April, only a bad beat prevented him from finishing higher than third place. In just eighteen months, he went from being an above-average online player to a TV superstar.


EPT Live à Barcelone (septembre 2008 - photo : Jomannix)

Indeed, ElkY put in the hours, on and off the felt, raking up frequent flyer miles faster than Frequent Player Points thanks to a sick traveling schedule and contractual obligations with PokerStars. A typical month might see him fly from London (where he now lives) to Vegas, only to fly back to Europe a week after for an EPT, then back again to the US for another tournament immediately after busting out. A five-year artist VISA for US travel, which was obtained by the WPT, came in handy for the repeated trips. But it has its rewards because ElkY is currently sitting atop the Bluff Player of the Year leaderboard. He intends to stay there, giving himself as many chances as possible.

While the concept of eating healthily and staying in shape isn't exactly a novelty in poker – everyone seems to be going to the gym and eating fruit salads at the table these days – ElkY clearly took it to another level, making a challenge of it and perhaps becoming the first true athlete of poker. Whether it was moving to a new country, working his video game skills until exhaustion, or becoming the best tournament poker player in the world, the man always liked a challenge, and staying healthy is no different.

It's hard to argue with the results. «Obviously, one of the main differences between sports and poker is the luck factor, which plays a big part in tournaments», explains Matheu. «Poker is getting tougher and tougher everyday. It's all about getting any small edge you can find.» This is why Matheu, in addition to train ElkY, also acts as his manager and agent. «The main goal is that ElkY has nothing else to worry about besides sitting down at the table and playing his best poker.» And it goes even further than that. «After each tournament, we review his overall performance», he continues. «I'm no poker expert, but I listen – which is important, and I lead him to reflect »

But of course, there's a price to pay for all of that. It's clear that ElkY had to make a few sacrifices along the way, a bit like a young soccer or tennis prodigy would have to do at a young age. When researching for this story, I talked to a handful of friends who are missing the «old» ElkY : «We don't see him much nowadays.» He'll admit that he mostly retired from the partying that had been customary at a time. ElkY now runs a tight ship, dedicating his life almost entirely to his poker goals.

So I ask him the obvious, perhaps silly question : Is ElkY... happy ? «I work a lot, but I still have a lot of time outside poker to hang out with Cathy, my girlfriend. And I'm about to take a vacation with my good friends Hevad Khan and Dan Schreiber. We're all going back to Korea !»

Is there a life beyond poker ? For once, ElkY pauses and hesitates before giving an answer. «I'm not sure... I'm too old now to make it as an athlete. I'm really excited about the upcoming sequel to Starcraft. I might take a month off to see if I can still be competitive at it. I also wanna do something with the money I won, too.» He says it would be cool to own a Dom Rebel store, or a Nobu restaurant - his favorite hangouts in Vegas for shopping and eating. ElkY's future is pretty much open, he assures. «If I ever get sick of poker, I'll quit right away.»

But so far, at ease in a world he conquiered, ElkY has it good, and he's not going anywhere. He's a star. He's got the recognition and the millions. He has a tight circle of good friends around him and a supportive girlfriend on his side. He will be thirty in two years. As the French say, «un esprit sain dans un corps sain.» A healthy mind in a healthy body. Maybe that's simply maturing.

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L'article comprenait aussi un encadré regroupant des citations tirées de mes entretiens avec trois des meilleurs amis d'ElkY dans le milieu du poker :

Eric Liu : "ElkY is the kind of player who's gonna sit at the table, watch you play a few hands, and proceed to call you down with King-high, then lay down a set to you the next hand. Both times, he'll be right."

Arnaud Mattern : "His lack of fear and ability to make quick decisions and to adapt to any situation makes him a natural born poker player. He likes big challenges and will consistently keep rising among the poker ranks."

Hevad Khan : "With ElkY, nothing else than victory is acceptable. He's been able to overcome the frustration that comes playing tournament poker with hard work, focus and dedication. He wants to win more than most, and that's why he did."

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Et, pour compléter, j'inclus aussi la "byline", le petit texte de présentation de l'auteur qui figure à la fin de l'article :

From Lille, France, Benjamin Gallen has been busy covering poker tournaments around the world since 2005. He's the reporter for Winamax and the French commentator the European Poker Tour live broadcast. A special thanks also goes to Jennifer Newell for her help during the editing process of this piece.

mercredi 5 août 2009

Honor Roll

Point de trêve estivale dans l'industrie du poker. Certes, les WSOP sont en pause avant le grand final de novembre, et la saison européenne va reprendre dans deux semaines à peine, avec le départ de la sixième saison de l'European Poker Tour à Kiev, en remplacement de l'étape moscovite, annulée de fait par une décision législative rendant le poker illégal sur la quasi-totalité du territoire russe.

Mais pendant ce temps, beaucoup de remue ménage en coulisses. Dans cette industrie encore jeune, loin d'être arrivée à maturité, le turn-over est important, tout du moins au niveau auquel j'évolue – la base. Des emplois se créent aussi vite que d'autres disparaissent, de nouvelles têtes se pointent pour remplacer les « anciens ». Si je me replonge dans une salle de presse typique d'un EPT en 2006, soit il y a seulement trois ans, je pourrais compter sur les doigts de la main ceux qui sont encore présents sur le circuit aujourd'hui. Certains n'étaient que de passage, s'en allant pour ne plus jamais revenir, trouvant l'herbe plus verte ailleurs. D'autres grimpent les échelons pour occuper des postes à responsabilité. Il y a ceux qui bondissent de boîte en boîte, soit parce que leurs talents sont activement recherchés par les chasseurs de têtes, ou au contraire parce que leur incompétence dissimulée derrière un savant baratin ne leur permet guère de faire illusion plus de quelques mois dans une compagnie donnée.

Et puis il a le nerf de la guerre : le pognon, qu'on ne trouve quasiment que dans les salles de jeu en ligne. Hors de ces quelques riches sociétés disposant d'une pompe à fric apparemment inépuisable, difficile de se faire une place rentable dans l'industrie du poker, en particulier dans le secteur de l'information. Les médias en général s'écroulent un peu partout, la presse papier et web sont en danger : il n'y a pas de raison que notre milieu y échappe, hors de quelques sites et magazines bénéficiant de partenariats puissants avec les géants du secteur - remettant fortement en cause leur indépendance, mais je m'engage sur un terrain glissant. Pour les autres, les budgets sont rachitiques, et la poignée sites indépendants qui traînent par-ci par-là sont composés de passionnés travaillant la plupart pour pas un rond, ou presque (je le sais, j'en fis partie il y a un temps), ce qui ne facilite pas les vocations.

Mais je sens que je m'égare. Revenons au sujet. Ces derniers jours, j'ai accueilli en cascade les nouvelles de changements d'orientations de plusieurs de mes amis dans l'industrie, certains que je considère comme très proches. Des gens qui vont quitter des postes qu'ils occupaient depuis longtemps avec brio. Pour certains, le changement n'était pas voulu.

Après trois années durant lesquelles il s'est affirmé comme l'un des journalistes les plus talentueux du milieu, Owen Laukkanen quitte son poste de reporter pour PokerListings. Que dire ? Il va me manquer, le bougre. J'ai rencontré le canadien sur ses terres en octobre 2006, quand j'ai couvert l'étape WPT des Chutes du Niagara pour PokerRoom. Notre amitié s'est crée au cours d'innombrables tournois couverts ensemble, de Las Vegas à Prague, en passant par Monte Carlo, Dortmund, Dublin, Londres et les Bahamas. C'est marrant, on habite à des milliers de kilomètres l'un de l'autre, et pourtant on est devenus des amis fidèles, arrivant par miracle à se voir régulièrement, jamais au même endroit, et surtout pas à la maison. J'ai partagé avec Owen d'innombrables moments de vie qui resteront gravés, côte à côte en salle de presse, sur les gradins des tables finales, dans les bars tard le soir après les parties, dans les halls de bowling, dans les soirées d'avant-tournoi, d'après-tournoi, de pendant-tournoi aussi. Un ami, un vrai, avec qui j'ai confié des choses que je n'avais jamais dit à personne, qui m'a toujours soutenu dans les moments de tilt. Ses plans pour les prochains mois ? S'enfermer, et écrire. Même si j'arriverai sans doute à le croiser de temps à autre (Owen va surement encore occuper une petite position en freelance dans la boîte), les choses ne seront plus les mêmes, comme il l'a expliqué sur son blog dans un post qui m'a donné à réflechir sur mon propre futur :

I've taken my steady supply of disposable income for granted. As of this moment, I'm going to have to learn to budget again.

Moreover, I've taken it for granted that I'll be on a plane every few days, that I'll be posted up in a different hotel every week, that I'll accumulate passport stamps like lucky pennies and that I'll catch up with my international friends on a monthly basis.

I feel like I'm walking away from a really fun club, where my friends will continue to make good money travelling the world, partying, goofing off, writing and having won the big kahuna of job lotteries for slackers with arts degrees. I'm a bit jealous that my friends are going to Moscow and Barcelona in the coming weeks. I'm more than a bit sad because the chances are slim that I'll see my European friends like Benjo, Wee Man and Mad with any regularity, and because no matter how earnest your intentions may be about keeping in touch, it's just never the same when you've stopped seeing your friends on a daily/weekly/monthly basis.

Autre départ qui me touche, celui de Conrad Brunner. Un nom qui ne vous dira sans doute pas grand chose. Conrad a été pendant cinq ans l'un des hommes de l'ombre du QG anglais de PokerStars, travaillant dur dans de multiples domaines du département marketing. Quelqu'un pour qui j'ai un respect sans bornes depuis notre rencontre durant l'European Poker Tour de Deauville en 2006. C'est Conrad qui, il y a deux ans, m'a proposé de devenir le commentateur de l'EPT sur les recommandations de Loïc Sabatte. Il m'a par la suite toujours soutenu, même après que j'ai commencé à travailler pour Winamax. A l'époque, je ne voyais pas bien comment concilier les deux, mais il m'avait assuré qu'il n'y avait pas de problème, gardant en moi sa confiance, et me disant qu'il ne voulait personne d'autre au poste. Un ami aussi, un mentor sans doute, que je voyais régulièrement entre les tournois pour lui demander des conseils sur tel ou tel sujet, à Londres, autour d'un déjeuner (les bureaux de Winamax et PokerStars n'étant séparés que par deux pâtés de maison à Oxford Circus) Un modèle d'intégrité.

Ce n'est que cet été que j'ai rencontré Matt Parvis, au Rio, durant les World Series of Poker. Mais je ne peux que tirer mon chapeau à celui qui, après quatre ans de bons et loyaux services, vient de quitter la tête de Bluff Magazine pour passer aux commandes éditoriales de PokerNews. Car, sans jamais avoir lu une seule ligne de mes écrits, Parvis m'a fait confiance pour écrire la couv' de son canard, ce qui n'était pas un moindre risque. C'est mon ami Lance Bradley qui va remplacer Parvis au poste de rédacteur en chef de Bluff Magazine. Somme toute une excellente nouvelle. Lance est lui aussi quelqu'un de très compétent, à la fois en tant que journaliste et chef d'équipe. Et c'est aussi un ami depuis plusieurs années – il se pourrait bien que je contribue régulièrement au magazine dans les mois à venir.

Enfin, il y a Madeleine Harper, que je considère comme mon amie la plus chère sur le circuit. En ce qui la concerne, l'histoire est différente. Il y a deux mois, on a tout simplement fait savoir à Mad, abruptement, et sans trop d'explications, que sa présence au sein de l'organigramme de l'European Poker Tour n'était plus souhaitée. L'affaire étant encore en cours, je ne m'étendrai pas sur le sujet, mais si la décision s'avérait finale, cela représenterait une énorme perte pour l'organisation de l'EPT du côté des médias, qui avaient depuis cinq saisons de l'EPT appris à ne plus se passer de son formidable travail en coulisses. Biographies des finalistes, coordination de l'accès presse, chip-counts, listes des inscrits, et bien d'autres choses encore : bon courage à celui qui va la remplacer, car Mad, une bête de travail, faisait bien plus que ce qu'on lui demandait, et s'était rendue indispensable auprès des journalistes qui couvrent le circuit.

Et moi ? Je ne vais nulle part... Tout plaquer pour se lancer dans une nouvelle aventure : j'admire la prise de risque d'Owen, mais je suis bien trop frileux pour l'envisager maintenant. En ces temps de crise, serait t-il bien raisonnable que de tourner le dos à un boulot bien payé et qui me permet de rencontrer tellement de gens formidables ? Cela dit, je fais passer un entretien d'embauche la semaine prochaine. Cela ne m'étonnerait pas que le petit jeune plein de talent qui va m'épauler dès la rentrée finisse par prendre ma place.

Quelques photos des collègues en action aux WSOP... A la fin des bouquins d'Hunter Thompson, il y a une page appelée "Honor Roll", où le bon docteur listait tout un tas de gens bien dont il avait croisé la route. Voici ma liste - non exhaustive, bien sur.



Otis, Stephen et Howard du blog PokerStars (photo : Al)



Lana (CardRunners), Pauly (Tao of Poker) et Dan Michalski (Pokerati) qui ont gagné ensemble le tournoi Dream Team Poker organisé à la fin du Main Event. Plus de 10,000 dollars chacun pour l'effort collectif ! (photo : BJ Nemeth)



Avec Diana Cox de Bluff Magazine (photo : BJ Nemeth)



Avec Jennifer Newell (PokerWorks, Pokerati, Bluff Magazine) et "Mean" Gene Bromberg (Ultimate Bet Blog) (photo : Al)



Julien "Yuestud" Brécard, compagnon de galère chez Winamax depuis presque un an (et même plus si on compte son temps chez Everest)



Claire Renaut (MadeInPoker), ils ne sont pas beaucoup en France à savoir tenir un clavier, Claire en fait partie



Avec Lacey Jones, méconnaissable en brune le dernier jour du Main Event (pour rassurer les fans de la blonde : c'est un postiche)



Al Can't Hang (blog Full Tilt Poker), aussi solide au comptoir que devant son écran



Marty Derbyshire et Rod Stirzaker : deux des meilleurs éléments de la belle équipe de PokerListings



Lina Olofsson (blog PokerStars suédois, et Aftonbladet, le quotidien national du pays)



Gloria Balding (vidéos PokerNews) qui nous a donné une belle pub gratuite durant tous les WSOP en portant chaque jour une veste Winamax (marquée "Arnaud Mattern" sur l'épaule, mais cela n'a pas trop prêté à confusion)