dimanche 31 mai 2009

Watchamacallit

Day 4

Mon endroit préféré à Las Vegas, la boucherie du week-end, une finale de rêve... Courte journée au Rio, soirée avec le Team Winamax

Le décalage horaire qui m'avait permis de faire des nuits très courtes sans ressentir de fatigue a fini par s'estomper, quatre jours après mon arrivée à Vegas. Je suis désormais accoutumé aux huit heures d'écart avec Londres, et ai eu pour la première fois du mal à me lever vendredi matin, après tout de même sept heures de sommeil. Qu'importe. Pas question de gaspiller une précieuse matinée de temps libre. J'ai traîné ma carcasse hors du lit, et à neuf heures et demie, je parcourais le Strip et son trafic relativement calme du matin. Arrivé au Tropicana, je tourne à gauche vers l'est, roule deux kilomètres, et atteins mon endroit favori de Las Vegas : le musée du flipper et de la machine d'arcade. Oui, comme chaque année, je prévois de passer beaucoup de temps dans ce paradis, parfait échappatoire à l'agitation quotidienne du Rio.

Bad-beat : le musée n'ouvre pas avant onze heures. Comme je n'ai encore rien mangé, je tue le temps en prenant le petit dej' dans le premier restaurant que je trouve : IHOP – International House of Pancakes. 95% des clients assis aux tables sont obèses. Des couples obèses. Des célibataires obèses. Des familles obèses. Cela me coupe un peu l'appétit, mais je commande tout de même le truc standard américain : oeufs, saucisses, bacon, pancakes, toasts, « hash-browns », le tout noyé dans une tasse de café et un verre de jus d'orange. Pas génial, et surement la diète la plus appropriée pour finir comme mes voisins de table.



Je suis le premier client à l'ouverture du musée, qui fonctionne comme une œuvre de charité : l'entrée est gratuite, et tous l'argent versé dans les machines est ensuite remis à l'Armée du Salut du Nevada. Toutes les dernièrs flippers sont là, mais je ne suis guère intéressé par Batman, 24 heures Chrono et la Roue de la Fortune (!), préférant me défouler sur les classiques modernes, en particulier la Famille Adams. Le proprio du musée est en train de réparer une machine voisine, ce qui m'empêche de bourinner le flip autant que je le voudrais (saviez-vous que vous pouvez faire remonter une bille tombée dans les gouttières latérales en tapant très fort sur la caisse de la machine ?)

Je pénètre dans l'Amazon Room à midi, à la seconde près où le légendaire Jack Binion, organisateur des WSOP pendant une bonne trentaine d'années (et désormais plus ou moins à la retraite), donne le départ du gigantesque tournoi à 1,000 dollars. Pour la première fois depuis des années, les pouvoirs en place ont abaissé le prix plancher des épreuves, d'ordinaire fixé à 1,500 dollars. Évidemment, le tournoi affiche complet, avec 6,000 inscrits. Le plus gros tournoi de poker jamais organisé en live, hors Main Event. Une loterie occupant toute l'Amazon Room, une salle annexe, et même quelques tables dans le couloir près du restaurant de fruits de mer du Rio.



Des milliers de donkeys dans l'épreuve discount à 1,000$

Mais pour moi, c'est juste la routine des années précédentes qui revient. Les journées « donkament » des WSOP (caractérisées par 1/ un tournoi pas cher en No Limit, 2/ une salle pleine à craquer et 3/ un niveau de jeu très faible) ne sont pas mes favorites, et celle-ci, la première d'une longue série, n'a pas fait exception. Les milliers de fishes, pigeons et donkeys envahissent l'Amazon Room, remplissant les tables à perte de vue. « J'ai voulu acheter un spray anti-donkey, mais ils n'en avaient plus en stock », a rigolé Pauly. « Tu sais où on peu trouver des masques anti grippe-aviaire ? », j'ai répondu. « J'ai peur de la contagion. » Le bruit des jetons dans la salle est assourdissant, le flot des éliminations est incessant, et l'on ne peut pas marcher cinq minutes dans le couloir sans croiser au moins trente types en train de raconter une histoire de bad-beat au téléphone « So, I raise with Jacks, and this guy here goes all-in... » Non, les donkaments à 1,000 dollars ne sont pas les tournois les plus passionnants à couvrir des WSOP, et cette année, j'ai décidé de ne pas perdre mon temps dessus, tout du moins pas le premier jour. Trop souvent j'ai gaspillé mon énergie à courir après des joueurs, perdant du temps à raconter des coups sans intérêt dont tout le monde se fout. Cette année, c'est terminé. Je ne m'approche pas des loteries tant qu'il ne reste plus au maximum 200 joueurs.

Il n'y avait pas grand chose à voir au Rio vendredi, pour ceux qui ne goutaient pas cette boucherie. Les demi-finales du tournoi à 40,000 dollars ont tout de même offert quelques grands moments. De 23 joueurs à la reprise, on est passé rapidement à 18. Les superviseurs ont monté l'ultime table arrivé à dix joueurs. Tony G était super short-stack, et a insisté pour partir en pause-dîner à 19 heures, faisant râler tous ses adversaires qui voulaient en finir tout de suite. « Non, j'ai faim, je veux aller manger, boire un peu de vin, ça me détendra », a plaidé l'australien, qui était le candidat principal pour « buller » la table finale, et voulait donc faire durer le plaisir. Mais l'ami Tony est un type sympa, amical et très drôle. Pauly me l'a présenté : nous avons un ami en commun, Ryan Nathan, qui a vendu à Tony sa boîte il y a quelques mois, le site de stacking ChipMeUp. Il n'a d'ailleurs fallu que quinze secondes à Tony pour m'offrir de diriger la version française du site. Je lui ai répondu que j'étais déjà assez occupé comme ça.



La pause-dîner, je l'ai passée en compagnie de Change, Pauly et MeanGene, le blogger d'Ultimate Bet. Ce dernier n'avait jamais mis les pieds au In-N-Out burger. Sacrilège ! Une fois ce pêché absous, nous revenons au Rio juste à temps pour voir la table finale se former dans l'épreuve à 40,000 dollars. Le malheureux « bulle boy » est le sus-nommé Tony G. Le casting de la finale est à la hauteur du prestige de l'épreuve. Un des débats les plus animés avant le départ des WSOP cette année concernait l'affrontement entre les jeunes joueurs online et la vieille garde. A voir le casting de cette finale, on tient un élément de réponse. Isaac Haxton, Alec Torelli, Justin Bonomo, Dani Stern, Lex Veldhuis... Tous ont découvert le poker bien après le début du 21ème siècle, devant l'écran d'un ordinateur. Ted Forrest est l'unique représentant des « old-schoolers », avec un Greg Raymer se placant en porte à faux. Le champion du monde 2004 est un joueur de salle expérimenté, mais ayant pleinement fait la transition vers le poker en ligne dès le début des années 2000.

Une fois les biographies des finalistes mises en ligne, je n'avais plus rien à faire au Rio... Le Omaha High-Low venait de perdre Fabrice Soulier (première place payée française de l'été), et la boucherie à 1,000 dollars continuait de produire son quota de deux cent éliminations par heure. J'étais dehors à 23 heures, deux heures plus tôt que d'habitude. J'ai retrouvé le Team Winamax au Bellagio. Cuts, Nico, David et Arnaud terminaient leur repas au Fix. On est montés voir Eric Koskas dans sa gigantesque suite au septième étage. Vue sur les fameuses fontaines. Moumouth s'était endormi devant son ordinateur après avoir sauté d'un tournoi. On réveille Eric, et on ouvre le mini-bar. Je demande au marseillais combien lui coute son palace (deux salles de bains presque aussi grandes que ma chambre au Trump, et un salon/chambre à coucher avec une vue à tomber par terre). « Rien du tout », répond t-il à moitié endormi. « Il y a quelques années, je suis venu avec un pote flambeur qui a lâché une tonne, et depuis on m'accueille comme un prince. » On mate la vidéo de la finale de l'EPT San Remo, où figurait Eric, et ses collègues du Team ne manquent pas d'insister avec malice sur les erreurs qu'il a pu commettre pendant la partie (« Quand tu as le meilleur jeu, tu n'arrêtes pas de parler, mais quand tu tentes le gros bluff, soudain tu deviens muet comme une carpe ! »

On redescend au casino. Yuestud a sauté de son tournoi au Caesar's, on le retrouve au bar de la salle de poker (sans doute l'un de mes bars favoris de la planète : c'est le centre névralgique de la planète poker) Dans la Bobby's Room, une partie de poker chinois est en cours, j'y reconnais Chau Giang et Patrik Antonius. La salle bouillonne d'agitation : toutes les tables sont pleines, avec des parties allant de 1$/2$ à 100$/200$ No-Limit. Bruno Fitoussi a retrouvé la pêche après sa déception dans le 40,000 dollars, et tape la discute au comptoir entre deux mains de 400$/800$ en Limit Mixed Games. Je mets 20 dollars dans la machine à video poker, histoire de bénéficier des boissons gratuites. J'arrête les frais après avoir perdu cinq dollars, le prix de la Corona, quoi.

Il se fait tard, mais personne n'a vraiment envie de se coucher. Retour au Trump. Affalés sur les canapés, on discute poker, bien entendu, et la discussion prend vite un aspect ludique. Cuts a lancé la base de données HendonMob, et nous pose des colles de plus en plus difficiles sur les vainqueurs WPT, les plus gros gagnants français, et les palmarès de l'Aviation Club de France. Davidi nous mets la honte en trouvant quatre joueurs sur cinq situés entre la 11e et 15e place des gains français, j'en avais trouvé que trois. Les débats fusent sur la qualité des joueurs présents dans le Top 10 WPT. L'expression « Je le fais danser sur ma bite et je l'encule, celui-là » est utilisée à propos de Michael Mizrachi, et je trouve cela tellement hilarant que je la note sur un papier, pour pas l'oublier. En me réveillant, je retrouve le papier. Y sont notées quelques rumeurs diverses, je ne me souviens plus de tout : « Steve Sung, moins 4 millions au craps au Bellagio. » « Mike Matusow, pari avec Mizrachi : 1,2 millions de dollars de gains sur un seul tournoi, côte de 3 contre 1. »

Le day 4 sur Winamax

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A consulter absolument : l'excellent photo-reportage de mon collègue BJ Nemeth sur PokerRoad. Tous les jours, le résumé de la journée en images. Un excellent moyen de s'immerger dans les WSOP pour ceux qui n'ont pas la chance d'y être.

Je suis de retour sur le Tao of Pokerati, le podcast de Dan et Pauly. A écouter ici et .

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Bilan au jeu
Non, mes investissements sur Ludo et Nico dans le 40,000 ne comptent pas... C'est pas le même budget !
Vidéo black-jack au Bellagio = moins 5$
Total WSOP : +125$

samedi 30 mai 2009

Writer's block

Day 3

Où est l'histoire ? une excellente idée d'Harrah's, des fantômes du passé, une biographie, et mon remède au mal du pays

Nous étions aux alentours de 23 heures vendredi soir, quand j'ai eu un petit moment de panique assez fâcheux. Assis sur le banc de presse à moitié déserté de l'Amazon Room, je me suis soudain rendu compte que je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait aux World Series of Poker. Oh, bien entendu, je pouvais parfaitement voir que deux tournois étaient en cours devant mois. Je pouvais voir que les parties battaient leur plein, que régnait l'agitation habituelle des championnats du monde. Les joueurs aux tables, les spectateurs massés dans les allées derrière les cordons de sécurité. Le ballet incessant des superviseurs, hommes de ménage et agents de sécurité. Mais que pouvait-on tirer de tout cela ? Quelle était l'histoire du jour ? Quelle moelle substantielle pouvait-on tirer du Day 3 des WSOP 2009 ? Sur mon ordinateur, la page blanche. Dans ma tête, du vide.

Certes, il s'agissait d'une journée calme, avec seulement deux tournois au programme. J'avais un semblant d'excuse. Mais tout de même, commencer à sécher de cette manière alors que nous n'en sommes qu'au deuxième jour d'un marathon qui va en durer cinquante, ce n'était décidément pas bon signe. J'avais déjà rayé de mon carnet Chris Moneymaker, qui aurait pu constituer une sacré belle histoire. Le champion du monde 2003 n'a pas tenu la distance dans l'épreuve à 40,000 dollars, provoquant quelques moqueries parmi la presse et le public. Je ne comprends pas. D'accord, Moneymaker n'a fait aucun résultat ou presque depuis son titre il y a six ans. Et alors ? On devrait tout remercier, voire même vénérer ce type sympa grâce à qui des centaines de milliers, voire même des millions, se sont mis à jouer au poker. Comme Chris, Bruno Fitoussi a lui aussi effectué une spectaculaire dégringolade. Chip-leader au départ du Day 2, le français s'est arrêté en 45e place, loin des places payées. La faute à pas mal de rencontres malchanceuses. Pour voir la première performance française, il faudra attendre encore un peu.

Que pouvais-je bien raconter ? Le Day 1 de l'épreuve #3 ne m'intéressait pas. J'ai pris la décision réfléchie de ne pas gaspiller mon et mon énergie sur les premières journées des tournois « petit buy-in/gros field », et je n'allais pas changer d'avis pour une épreuve de Omaha High/Low à 1,500 dollars, où ne figuraient d'ailleurs que peu de français. J'ai songé un moment à écrire sur l'organisation générale des WSOP, mais il n'y a plus rien à dire. C'est la cinquième édition consécutive organisée par Harrah's depuis leur rachat de la marque : ils sont maintenant rôdés, et les couacs, défauts et autres plantages sont désormais l'exception plutôt que la règle la règle. Un long chemin a été parcouru depuis 2005, et l'on peut désormais que les WSOP sont une affaire qui roule, que ce soit au niveau des inscriptions, des paiements, de la direction des tournois (les superviseurs sont exemplaires), où de l'accueil réservé aux médias. Affaire classée.

Désespéré à l'idée de ne rien trouver à raconter, je me suis levé et ai marché jusqu'au poste occupé par Pauly sur le banc de presse. Lui saurait me tirer d'affaire. Pauly a pointé le doigt en direction du coin nord-est de la salle. « Regarde les cash-games, » m'a t-il soufflé. « Ils sont plein à craquer. Cinquante tables. Du jamais vu. Pourquoi ? » Puis, regardant vers le coin opposé : « Et le tournoi à 40,000 dollars ? Il ne reste plus que cinq tables. Tu fais le parallèle ? »



Elle était là, l'histoire. D'un côté, un tournoi à 40,000 dollars l'entrée, où ne restaient plus qu'une poignée des meilleurs joueurs du monde. De l'autre, des centaines d'amateurs, donkeys, pigeons, fishs, déversant leur argent sur les tables de cash-game à la veille de l'épreuve à 1,000 dollars, où 6,000 joueurs étaient attendus. Deux mondes bien différents, séparés sur le moment, mais qui s'entremêlent en permanence, se nourrissent l'un de l'autre. A ma gauche, l'élite, la gloire, la starification, les sponsors et les gros sous. A ma droite, les fans, les amateurs, venus toucher du doigt le rêve, et disputer le tournoi le plus abordable des WSOP. Si les seconds sont en ville ce week-end, c'est pour la plupart parce qu'un jour, ils ont vu les premiers à la télévision. La boucle est bouclée. Et l'argent va, pour la majeure partie, rester au sommet de la pyramide économique du poker.

Le Day 3 sur Winamax

En vrac

- Excellente initiative de la part d'Harrah's : tous les jours à 14 heures, une cérémonie sera organisée pour célébrer les vainqueurs de bracelets, complète avec présentation du trophée, et hymne national. Trop souvent les années précédentes, on voyait des tournois se terminer tard dans la nuit, devant une poignée de spectateurs. Les vainqueurs anonymes restaient dans l'anonymat, alors qu'il venaient d'accomplir l'exploit dont rêve tout joueur de poker. Désormais, avec cette cérémonie, tous les vainqueurs, pros et amateurs, monteront sur le podium au milieu de l'Amazon Room, généralement pleine en début d'après-midi, et recevront une ovation bien méritée de leurs pairs.



Adam Cohen, le premier vainqueur de l'été (tournoi des employés de casino)

- Un fantôme a surgi de nulle part durant la soirée : Vinny Vihn, surveillant les progrès de son ami David Pham dans le tournoi à 40,000 dollars. Cheveux mi-longs, chemise proprette, quelques kilos en plus : le vietnamien ne ressemblait en rien au squelette émacié et défoncé qui avait tant défrayé la chronique lors des éditions 2007 et 2008. Vinny a retrouvé son look normal des grandes années. Il a tellement changé que j'ai du appeler Pauly pour me confirmer que c'était bien lui. Curieux, on l'a suivi à travers l'Amazon Room pour le voir s'asseoir à une table de PLO 2/5 dollars. Vinny avait un gros tas de jetons devant lui, et semblait très calme. Un radical changement. Peut-être a t-il arrêté les drogues dures pour de bon ? En tout cas, comme je l'ai dit à Pauly, les WSOP ne sont pas encore vraiment commencer tant que l'on a pas encore croisé Vinny Vihn et Eskimo Clark; les deux « canards noirs » de Las Vegas, publicités ambulante contre l'addiction sous toutes ses formes. Voilà qui est chose faite – dans le cas de Clark, il est facile à repérer, vu qu'il passe presque tout son temps à traîner dans les couloirs, en quête d'une cigarette, un truc à manger, ou un sponsor pour un tournoi. Effrayant.

- Le tournoi à 40,000 dollars : quel tournoi extraordinaire. J'espère chaudement qu'on le retrouvera au programme des WSOP 2010, tant le poker qu'on a pu y observer fut de qualité.



- Après quatre jours passés à Vegas, j'ai déjà accumulé quatre bouquins sur ma table de chevet. Dernier en date : l'auto-biographie de Mike Matusow, que m'a offerte l'un des co-autors, le très sympa Tim « PokerShrink » Lavalli. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que j'ai de la tendresse pour Mike... Et s'il y a un joueur pro qui méritait un bio, c'est bien Matusow, dont le parcours en forme de montagnes russes est digne d'un film hollywoodien : pauvreté, addiction au jeu, addiction aux drogues, prison, entrecoupé de succès extraordinaires au poker (une tripotée de bracelets WSOP et deux tables finales du Main Event) Vous pouvez commander le livre sur Amazon.

- Acheté à l'Urban Outfitters (mon magasin préféré de Las Vegas, au Mandalay Bay), ce t-shirt terriblement d'actualité, que je porterai pour couvrir l'épreuve « stimulus » à 1,000 dollars :



- Au restaurant, pendant la pause-dîner, le match des Lakers était diffusé sur les écrans de télé accrochés aux murs. Au milieu du troisième quart-temps, le proprio du club Jerry Buss passe devant nous sans prêter la moindre attention au match. Surréaliste.

- Quand j'ai le mal du pays, je me rend au casino ayant pour thème Paris et la France. Pas pour contempler la fausse Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe en plastique (je ne suis pas un grand fan de Paname), mais pour manger une crêpe au Nutella et descendre un Orangina. Un délicieux petit déjeuner qui me fait sentir furieusement patriotique.

vendredi 29 mai 2009

Back in the office

Day 2

Le cirque est lancé : première journée de travail à l'intérieur de l'Amazon Room, on commence en douceur avec une seule épreuve à suivre, mais pas n'importe laquelle. Hommage à mes collègues préférés, et retour d'une célèbre rubrique mise en place lors des WSOP 2007.

J'étais le premier journaliste arrivé au Rio pour le grand jour. J'aime être prêt à l'avance lors des grands jours, et hier était un grand jour. Pour la première fois en quatre WSOP, j'étais sur place dès l'inauguration du festival, au poste pour couvrir la première épreuve. A ce sujet, il y eut un petit débat avec les collègues : devait-on appeler la journée de jeudi le « Day 2 », ou le « Day 1 ». Car la veille, mercredi avait lieu l'épreuve réservée aux employés de casino, une tradition aux WSOP. Par respect pour tous les hommes de l'ombre qui rendent tous ces beaux tournois de poker possibles, j'ai décidé que les WSOP avaient bien commencé avec l'épreuve des employés. Mon travail aux WSOP a donc réellement commencé avec le Day 2.



Mes sentiments étaient partagés, tandis que je déballais mes affaires sur la table du banc de presse (à la même place qu'en 2008). J'étais content de revenir à l'intérieur du Rio, où l'histoire du poker s'écrit chaque année. Mais j'étais aussi un peu démoralisé à l'idée que durant les sept prochaines semaines, j'allais passer grosso modo 75% de temps dans cette salle.

Le chiffre final de la participation au plus gros tournoi de No Limit Hold'em des WSOP ? 201 joueurs, pas loin de ma prédiction personnelle (180/190 joueurs). Un bon chiffre, rassurant concernant la santé du poker « high-stakes ». Il reste encore quelques joueurs prêts à poser 40,000 dollars sur la table pour disputer un tournoi. Moins de 130 joueurs, et la tentative d'Harrah's d'introduire une épreuve de No Limit plus prestigieuse que le Main Event aurait été ressentie comme un échec. Plus de de 300 joueurs n'aurait tout simplement pas été possible vu le prix d'entrée prohibitif et le peu de satellites organisés. Si le HORSE à 50,000 dollars est la réunion des vieux gamblers aguerris, alors le tournoi du 40ème anniversaire est la cour de récré des jeunes kids venus du poker en ligne. Qui des deux clans remportera l'affrontement aux WSOP cette année ?



Dans l'ensemble, ma première journée de travail aux WSOP 2009 s'est déroulée de manière fluide et agréable. J'ai passé quinze heures au Rio, sans compter les deux heures passées à préparer la journée à l'hôtel le matin. J'aime ces premiers jours où l'on retrouve les collègues, où tout le monde est de bonne humeur, avec la jauge d'énergie au maximum. J'aime m'économiser durant les premiers jours, histoire de ne pas se cramer trop vite. Mais dans le cas présent, ce n'était pas possible, vu le caractère spécial de l'événement, et la présence de deux joueurs Winamax au départ du tournoi, qui disputaient là la partie de poker la plus chère de leur carrière.

Mon premier jour de reportage fut de bonne qualité, je trouve. Un bon mélange de direct, d'anecdotes, d'analyses, de photos et citations sympa, avec le fil Twitter pour contenter les lecteurs les plus impatients. Et des impatients, il y en a eu. Je crois que le tournoi n'était pas commencé depuis dix minutes que plusieurs messages de mécontents apparaissaient sur le forum ClubPoker, tandis que je tapais frénétiquement mon post d'introduction depuis deux heures. Record battu. « Pourquoi le reportage n'est pas commencé ? » « Twitter c'est nul, on veut des vrais articles ». Bande de boulets.

Mais je ne vais pas écouter les râleurs et les je-sais-tout, cette année. Je vais procéder comme j'en ai envie, à mon rythme, en espérant que l'on juge mon travail sur l'ensemble des six semaines, une fois les WSOP terminés. C'est un marathon, pas d'une course qu'il s'agit.



Les deux histoires de cette première journée, on les trouves en regardant la tête du classement : un français, et le champion du monde emblématique de la génération Internet. En seconde place, Chris Moneymaker, l'homme qui en 2003 a presque à lui seul construit une industrie en devenant le premier qualifié online à remporter un tournoi majeur télévisé (et le plus gros de tous, qui plus est). Chris Moneymaker ne dispute que peu de tournois live, et n'a jamais accompli une performance comparable à celle qui l'a révélé. Est-ce l'heure du come-back ? En première place, on aBruno Fitoussi, l'homme qui a lancé le poker en France en 1995, en introduisant les premières parties légales du territoire à l'Aviation Club de France des Champs-Elysées. Le « King » ne dispute que peu de tournois, s'échappant de son agenda chargé uniquement pour participer aux compétitions les plus chères. Une tactique qui lui a plutôt bien réussi ces dernières années, avec de belles places lors des WPT du Bellagio, le HORSE à 50,000 dollars, et le Main Event des WSOP en 2003, où il atteignit les deux dernières tables. Bruno est le seul français a avoir survécu au Day 1. Mes poulains Nicolas Levi et Ludovic Lacay ont malheureusement été éliminés en fin de journée, après avoir de leur propre aveu disputé une partie extrêmement difficile : comme on pouvait s'y attendre, les pigeons n'étaient guère nombreux au rendez-vous, et leur « edge » n'étais pas si élevé. Tant pis pour les 0,5% que j'avais investi sur chacun d'entre eux : ce n'est pas cette semaine que Ludo et Nico me rendront riches. Mais au delà du simple aspect financier de la chose, j'étais vraiment déçu de ne pas les voir tenir plus longtemps. J'aime quand mes potes font des tables finales, et j'espère qu'il y en aura le plus possible cette année.

Le Day 2 sur Winamax

The Honor Roll


Le banc de presse

Moi et Claire de MadeInPoker sont les seuls journalistes français déjà arrivés à Vegas. La presse européenne se fait de manière générale rare en ce début de festival. Un norvégien, quelques hollandais, et c'est tout. Pour le reste, les américains et canadiens mènent la danse, et occupent l'espace médiatique. Ce sont eux qui produisent les meilleurs comptes-rendus. Voici les sites que je consulterai tous les jours durant les WSOP : je vous invite à faire de même. (Il y en a beaucoup d'autres, mais j'ai volontairement limité la sélection à mes préférés)

Tao of Poker - Je l'ai déjà dit, et je le dirai encore : Pauly est le meilleur reporter présent à Vegas, chaque année depuis 2005, grâce à une fine plume et un don d'observation affuté. Les compte-rendus quotidiens de ce bourreau de travail sont un régal, et vous feront découvrir le côté sombre des WSOP, que peu de collègues osent aborder.

PokerListings – Mes amis canadiens (plus l'anglais Rod), que je croise régulièrement lors des EPT. Du reportage en direct, mais avec du style et un humour irresistible.

PokerNews – Le fournisseur d'infos officiel des WSOP, avec Bluff Magazine. Là aussi, j'ai beaucoup d'amis bossant pour ce site. Site officiel oblige, c'est sur PokerNews que l'on va pour obtenir les infos en temps réel les plus détaillées. 24/24, tous les tournois sont couverts en profondeur par une équipe de trente reporters et photographes.

WickedChops Poker – Un regard décalé sur le poker, enrichi avec des photos de filles à poil. Hilarant. Ne manquez pas leur rubrique régulière « Girls on the Rails », où figurent les plus jolies spectatrices campant derrière la barrière de sécurité.

Pokerati – Les détectives du poker. Mes amis Dan Michalski et Jennifer Newell tentent de prendre un peu de recul sur l'action, pour publier des analyses et opinions sur les aspects politiques et économiques de l'événement. On se rend sur Pokerati pour obtenir des infos que l'on ne lira pas ailleurs. Je participe régulièrement au podcast « Tao of Pokerati », animé par Dan et Pauly.

Hard-Boiled Poker – Shamus est, comme moi, un reporter, travaillant pour PokerNews et passant la plupart de ses journées à observer l'action au Rio. Cet américain aime creuser ses sujets en profondeur, analyser les statistiques, et ses articles sont généralement très fouillés et instructifs. Le genre de taf de fourmi que je suis incapable de faire, et une lecture indispensable pour les fans.

MadeInPoker – Le seul site à couvrir les WSOP en français avec Winamax, animé par les excellents David, Claire, Jules et Cyril.

Bilan au jeu (le retour !)

Pai-Gow le jour de mon arrivée : +37$
Cash-game 1/2$ NL le jour de mon arrivée : +91$

Il faut que j'aille faire un tour au Sports Book pour lâcher quelques billets sur le tennis...

Total WSOP = +128$

jeudi 28 mai 2009

Running errands

Day 1

Shopping, avant-goût du Rio, Red Rock Canyon, et visite au Bellagio


Trump Towers, six heures du matin. Encore une courte nuit. Je suis déjà debout et en forme, prêt pour une longue journée de travail. D'ici une semaine, ce sera une autre histoire. Je me tirerai péniblement du lit à midi, criant, geignant et pleurant pour obtenir une petit heure de sommeil en plus.

Ma journée de repos ? Chargée. J'ai essayé de faire le plus de choses possibles à la veille du départ des WSOP. Après un petit déjeuner pris au bord de la piscine, j'étais rapidement en train de foncer sur l'autoroute avec Yuestud. Direction le Premium Outlet, un centre commercial offrant des prix cassés sur tout un tas de marques sympa (Nike, Adidas, Puma, Quicksilver...) Je ne suis pas un accro au shopping, mais chaque année, je fais une exception à Vegas, où je me lance dans une frénésie d'achats intensifs, taux de change favorable aidant. J'ai pris deux survêtements, un jean, un sweat-capuche, cinq ou six t-shirts de marque, un bermuda, et une paire de Stan Smith neuves. Le tout pour un peu moins de 300 dollars (environ 210 euros). Une paille. Yuestud a dévalisé tous les magasins qu'on a visités. La plupart des boutiques étaient vides de tout client, nous permettant de faire nos courses en toute quiétude. Des prix « soldes » sans l'ambiance qui va avec, le bonheur. J'ai demandé aux vendeuses (jeunes et jolies pour la plupart) comment marchaient les affaires en ce moment. « Pas terrible. » Une réponse que j'allais entendre plusieurs fois durant le reste de la journée.



On revient au Trump juste à temps pour le début de la finale de la Ligue des Champions, et voir Barcelona remporter une victoire surprise contre Manchester United. « J'ai bien fait de ne pas parier », dit Cuts, et je pense à mes amis qui avaient pour la plupart tous misé sur l'équipe perdante. Durant les jours qui viennent, je vais faire quelques excursions au Sports Book du Rio pour placer quelques paris sur Roland Garros. Pas de grosse compétition footbalistique pour me cagouler cette année, hélas, ou heureusement.

Après une passage éclair à la piscine (un barbecue géant, j'ai tenu vingt minutes), direction le Rio. Je gare la voiture près de l'entrée secrète des employés, mais je préfère marcher jusqu'à l'entrée publique des joueurs. Je ne porte pas encore mon badge de presse, et n'estime donc pas avoir le droit de prendre l'entrée de service. Les deux premiers pros que je croise ne sont autres que Greg Raymer et Joe Hachem, les champions du monde 2004 et 2005, en train de se faire interviewer par un journaliste américain. Je traverse le long couloir menant à l'Amazon Room. Rien n'a changé, tout est resté pareil, c'est comme si les WSOP 2008 s'étaient terminés hier. Après dix mois de hiatus, nous sommes tous de retour pour le grand cirque, mais dans le fond, c'est comme si nous n'étions jamais partis.

La toute première épreuve bat son plein : il s'agit du tournoi à 500 dollars réservé aux employés de casinos du monde entier. La plupart des journalistes (comme moi) ne sont pas intéressés par le début de cette épreuve et ne commenceront à travailler que le lendemain, mais certains sont déjà en place, comme Seth Palansky, le coordinateur des médias aux WSOP, un type sympa en provenance du milieu du football américain. « On a eu moins de demandes d'accréditations qu'en 2008 », me confie t-il. « Beaucoup moins. » Mon badge n'est pas encore prêt, et Seth m'invite à revenir le lendemain pour le récuperer. Sur le banc de presse, mon ami canadien Lance Bradley et Pauly rédigent leurs premiers articles. Quelle est l'histoire du jour, je demande à Lance. « Rien », me répond t-il en faisant la moue. « Il y a eu une soixantaine de participants en plus sur l'épreuve des employés de casinos. Ce qui est bien, car il y a beaucoup moins d'employés à Las Vegas qu'en 2008, crise oblige. » Nolan Dalla, le rédacteur des communiqués de presse officiels des WSOP, est à son poste, de même que les mecs de Bluff et PokerNews, les médias officiels. Après d'âpres négociations avec Harrah's, PokerNews est de retour pour couvrir les épreuves en direct, mais avec une équipe réduite, constituée en dernière minute. « On va se concentrer sur l'essentiel, les épreuves », me dit Garry, le coordinateur de PokerNews, « et laisser tomber les Day 1 des épreuves « loterie » à 1,500 dollars, où de toute façon il ne se passe jamais rien. » J'approuve, car j'étais déjà arrivé à la même conclusion lorsque je réfléchissais à la manière d'aborder les WSOP 2009.



J'ai eu ma dose de Rio pour la journée Aucune envie de traîner trop longtemps, j'y passerai assez d'heures durant les six semaines qui vont suivre. Avec Pauly et Change100, on prend la voiture direction l'ouest de Vegas, pour un pèlerinage au Red Rock Canyon et ses fameux rochers rouges vieux de plusieurs millions d'années. « J'écris toujours mieux après avoir touché les pierres », dit Pauly. Et c'est vrai qu'il est reposant d'escalader les rochers pour contempler l'extraordinaire vue, dans un silence total, à vingt minutes à peine de l'agitation de Vegas.

De retour en ville, il me reste quelques bricoles à acheter au Fry's, le magasin d'électronique au sud du Strip : des adaptateurs pour prise américaine, des piles, et une tondeuse pour Cuts qui a oublié la sienne à la maison. La nuit tombe et l'on se rend tous au restaurant de steak du Wynn. Toute l'équipe de PokerListings y est, assemblée d'autour d'une grande table ronde. L'équipe de l'année dernière a été reconstituée (avec quelques nouveaux et deux ou trois disparus) : Ed, Marty, Owen, Rod, Matt... Je n'ai pas très faim et préfère m'éclipser pour le Bellagio, histoire de prendre la température des grosses parties. Surprise, la plus grosse salle de cash-games du monde est endormie. Personne dans la fameuse Bobby's Room. En cette veille des WSOP, je m'attendais à retrouver les Brunson, Benyamine et autre Ivey. J'en suis pour mes frais. Là encore, la crise a forcé les superviseurs à introduire des parties de No-Limit Hold'em aux blindes à 1 et 2 dollars. La moitié des tables « low-limit » sont occupées seulement, et dans la partie « middle-stakes », quelques parties endormies de 10/20$ et 25/50$. J'y retrouve Bruno Fitoussi assis derrière Freddy Deeb. Le français vient d'arriver en ville, il sera l'un des rares tricolores à disputer l'épreuve à 40,000 dollars. On se dirige vers le bar pour un verre. « Mec, c'est dur », dit le champion de HORSE 2007. « Il y a dix ans, quand je me pointais au Binion's pour les WSOP, j'étais sur de pouvoir gagner un demi-million de dollars sur la quinzaine. Une époque terminée. Il y a encore beaucoup d'argent autour des tables de cash-game, mais il est très difficile à gagner. » Deeb est arrivé à Vegas avec la volonté de bosser dur. « Je vais jouer tous les jours. Tournoi à midi, et si je saute, cash-game. Les parties du Rio devraient être belles. » Bruno rigole. « Moi, je vais faire exactement l'inverse. Un gros tournoi de temps en temps, et repos total entre les deux. J'avais vraiment besoin de vacances. » On discute un peu du tournoi du lendemain. Freddy pense qu'on atteindra les 300 joueurs. Moi, je prédis un chiffre de 180. Negreanu et Ivey, généralement bien informés, ont fixé la ligne de paris à 228. L'affluence à ce gros tournois au prix d'entrée de 40,000 dollars sera en tout cas un bon indicateur de la santé de l'économie du poker aux plus hautes sphères. Deux joueurs du Team Winamax seront au départ, et je serai là pour les suivre dès jeudi midi (21 heures en France).

Red Rock Canyon





Au Trump




Ligue des Champions



By the pool

mercredi 27 mai 2009

Réunion

Day 0

Voyage semé d'embuches, retour en Terre Promise, première visite au In-N-Out, et retrouvailles avec les collègues américains

Trump Tower, 4h30 du matin. Les yeux grands ouverts et le coeur qui bat à toute vitesse : je suis parfaitement éveillé. La première nuit à Vegas est toujours très courte. Peu importe la fatigue accumulée durant le voyage, les neuf heures de décalage horaire se font sentir après quelques heures de sommeil. Il est déjà midi et demie en Europe.

Je suis arrivé à Vegas mardi aux alentours de quatorze heures. Avec Nicolas et Ludovic, on a quitté un Londres gris et pluvieux, pour trouver un Vegas gris et sec. Nuages lourds et bas, zéro pour cent d'humidité, et petit vent sec. Ambiance de fin du monde. L'été n'a pas commencé dans le Nevada.

Je suis arrivé à Vegas, de justesse, j'ai envie de dire, avec pas mal d'obstacles en cours de route. D'abord, on a été un peu justes sur le calcul du temps de trajet en taxi. Il nous fallait arriver à Gatwick avant dix heures, et a neuf heures et quart, on n'avait parcouru que quelques kilomètres, embourbés dans la banlieue londonienne et ses embouteillages du matin. Le chauffeur me dit qu'il reste plus d'une heure de trajet. Je lui promets vingt livres de pourboire s'il parvient à nous faire arriver à temps. A 10h55, après quelques raccourcis, virages un peu serrés et un sprint final sur l'autoroute, le tout en regardant la montre toutes les deux minutes, nous sommes devant les portes de l'aéroport. C'est donc déjà suffisamment nerveux que je me pointe au comptoir. L'enregistrement va bientôt fermer, je passe devant tout le monde, et l'hôtesse commence à tiquer sur mon passeport, dont la photo est un peu décollée sur les bords. Ce qui ne pose généralement pas de problème, sauf quand on tombe sur un employé trop pointilleux, ce qui est le cas aujourd'hui. La nana se casse avec mes papiers et me laisse mariner un bon quart d'heure, pendant lequel je me demande si on ne va tout bonnement pas me refuser d'embarquer. Non, c'est bon, finalement, on me laisser passer, non sans m'avoir chaudement conseillé de me procurer un passeport neuf. Et ma jolie collection de visas, alors ? Snif.

Le vol fut des plus ennuyeux. Je n'avais pas le goût à lire le seul livre que j'ai emporté (voir post précédent), et j'ai rapidement fini de parcourir les dernières éditions de Poker Player et Inside Poker. Les films proposés ne m'ont guère passionné. Je me suis rabattu sur la sieste, après tout je venais de passer une nuit blanche. J'ai dormi cinq heures, pas plus. Un sommeil pâteux, j'étais incapable de garder les yeux fermés trop longtemps. J'ai passé le reste du vol à me faire rudement chier, et ne fus pas mécontent quand le pilote a finalement annoncé que l'avion entamait sa phase d'aterrissage.

La file d'attente au poste frontière n'est guère longue, et j'arrive rapidement devant l'officier chargé de décider si je suis où non éligible à l'entrée sur le territoire américain. Je flippe toujours un peu durant les interrogatoires d'entrée aux USA, car je ne peux guère révéler les vrais motifs de ma visite (les médias étrangers doivent demander un visa, je n'en ai pas, et même si je ne me considère pas comme un journalistes, pas sur que les autorités soient du même avis). Bref, la conversation avec la charmante policière s'est déroulée à peu près comme cela :

« - Quel est le but de votre visite aux USA ?
- Hmmm.... Ben, je visite.
- Et vous visitez qui ?
- Hmmm.... Personne en particulier.
- [bruit du tampon sur le passeport, c'est bon, j'ai passé le test.] »

Après avoir passé l'immigration, un portrait de Barack Obama nous accueille sur un mur. Bienvenue aux Etats-Unis de l'après Bush ! J'entends des conversation en récupérant mes sacs : le président est justement en ville aujourd'hui pour un gala de charité – l'aéroport va bientôt fermer pour préparer son arrivée par avion. Yuestud était dans le même vol que nous, et arrive bon dernier dans la salle des bagages. Il trimballe toute une cargaison de fringues destinées aux joueurs du Team Winamax. On laisse Cuts et Nico partir devant, et on prend la navette pour se rendre au comptoir de location de voiture. Assurance, kilométrage illimité, tous frais payés d'avance : ma secrétaire a bien fait les choses et je me retrouve rapidement en possession d'un modèle compact de chez Nissan, le même que l'année dernière, mais en beige. Couleur de vieux mais je n'ai pas eu le choix. Je m'engage sur le Strip, au sud de l'aéroport, et ai un peu du mal à croire que je suis de retour à Vegas. Le désert au loin, quartiers résidentiels de maison plein pied, les centres commerciaux à perte de vue, les hangars, la poussière et les cailloux rouges. Décor familier, qui sera le mien durant deux mois.

On entre dans Vegas par le sud du Strip, faisant défiler les casinos de part et d'autre de la route. Sourire au lèvres, on dépasse le Mandalay Bay, le Luxor, l'Excalibur, avant de tourner à gauche arrivé au New York New York. Direction le In-N-Out Burger. Impossible de commencer un séjour à Vegas autrement. La mignonne caissière du Drive Thru prend mon billet tout neuf de 100 dollars avec une moue suspicieuse. « Je vais le faire vérifier », dit-elle. Quelques second plus tard, elle revient avec un air désolé. « Il est faux, ce billet. » J'ouvre des yeux gros comme des soucoupes. « Vous êtes sure ? Ils sont tous neufs. » Elle hoche la tête, vraiment désolée. « Arrêtez vos conneries, ils sortent tout droit d'un bureau de change réputé. » Finalement, la fille ne peut plus se contenir et éclate de rire. On vient de se faire level en beauté. Je prend les burgers et lui donne un dollar de pourboire pour l'effort.

La plupart des joueurs du Team Winamax n'arriveront pas à Vegas avant la semaine prochaine. La location de la villa de l'équipe ne commence que le 1er juin. On attendant, on s'est installés dans la tour Trump, construite par le milliardaire du même nom. Chose rare, cet hôtel n'est pas un casino, rendant l'ambiance du rez-de-chaussée beaucoup plus paisible. Yuestud s'est installé avec Cuts, moi avec Nico. On dispose d'une grande chambre avec un lit. Je dors dans le canapé dépliant. Le Trump est un établissement de grand standard, n'offrant que des suites avec cuisine équipée et salle de bain de baller ultime. Tranquille.

J'installe ma carte SIM américaine dans mon téléphone. Aussitôt allumé, une bonne quarantaine de SMS arrivent en cascade, tous en provenance de Twitter, dont j'ai activé les mises à jour téléphonique pour certains de mes contacts. Après un petit détour par la piscine, je reprend la voiture. Direction le Borders. Je ressors avec des calepins neufs et deux biographiess : Motley Crue et la mafia à Vegas durant les années 70. Je n'ai jamais entendu une seule chanson de Motley Crue, mais le récit à l'air haut en couleurs : le bon vieux cliché sexe, drogue et rock'n'roll, avec tous les potentiomètres poussés à 11.

En début de soirée, je me rends au South Point, un casino situé très loin au sud du Strip. Je dois y retrouver Pauly et toute une ribambelle de collègues américains pas croisés depuis longtemps. J'arrive en avance, avec en tête l'envie de jouer au poker. Mais la tentation des tables de Pai Gow sur le chemin est trop forte : je m'assois entre un vieux et un asiatique. Le vieux est un moulin à paroles, et me fait répéter trois fois chaque fois que je dis quelque chose. Je commande une Corona, et allume un Marlboro. Vegas. Cette fois ça y est, je suis installé. Ma toute première session de gambling à Sin City se passe bien : je prends 37$ après pourboires en un peu plus de trente minutes. Je me dirige vers la salle de poker. Je change 200 dollars et m'assois à la table à 1$/2$. Mentalement, j'essaie de me rappeler la dernière fois que j'ai joué en live. Il y a eu le truc médias à San Remo, et le deep-stack à Dublin, mais c'étaient des tournois. C'était à l'ACF, je crois, en décembre dernier.

La partie est facile et je reçois beaucoup de jeu. Un italien s'amuse à relancer douze BB préflop (soit 25 dollars). Je le choppe trois fois : avec une paire d'As, deux paires Valet-9, et une couleur max où il check-raise sur le turn. Quel bonheur. Je perds un gros pot avec deux Valets contre deux Dix : je mise sur un flop hauteur Dame, je suis payé. Check-check la turn. Rivière : 10, je mise, mon adversaire relance, je jette aussitôt mes cartes en annonçant « brelan de Dix », et c'est exactement ce que le mec me montre. Je sors gagnant d'un peu moins de cent dollars, faisant de cette première soirée à Vegas une affaire tout à fait rentable.

A l'étage, je retrouve une assemblée de quelques uns des journalistes poker les plus talentueux outre-atlantique : Pauly, Change100, Jennifer Newell et Dan Michalski de Pokerati, Tim « PokerShrink » Lavalli (co-auteur de la bio de Mike Matusow que je vais m'empresser de lire ce mois-ci), Eric Ramsey de PokerNews, AlCantHang du blog Full Tilt, et Shamus, auteur de l'excellentissime et méconnu blog HardBoiledPoker, à lire absolument. La bière coule à flot et l'on tient le barman occupé en permanence. Après, bowling, je suis un peu rouillé et ne dépasse pas un score de 100.

Avant de rentrer, peu après minuit, Pauly m'emmène dans sa voiture pour m'offrir un bouquin retraçant l'histoire du... In-N-Out Burger. Je lui offre l'album de Neutral Milk Hotel, et il me fait goûter un pétard d'herbe californienne ultra puissante (et ultra légale là bas), fraîchement sortie du magasin. J'ai la tête embrumée durant le trajet du retour vers le Trump, et je loupe la sortie d'autoroute. Je passe un bon quart d'heure à tourner avant de retrouver mon chemin.

Une première journée des plus sympathiques, donc. Aujourd'hui, repos et shopping, poker peut-être, avant le départ officiel des 40èmes World Series of Poker demain.

mardi 26 mai 2009

Summer Exile

Clapham Common, trois heures du matin. Le générique de fin de In Bruges défile sur la télé. Cuts n'avait jamais vu ce film génial tourné à cinquante bornes de chez moi. Il était urgent de réparer cet oubli. On s'est bien marrés pendant deux heures, et maintenant, on est tous les deux bien réveillés. Du coup, j'ai lancé Swingers, la comédie parfaite pour faire monter la sauce avant le grand départ. Vegas, baby ! You're so fucking money and you don't even know it. Le taxi va venir nous prendre dans moins de six heures. Il semblerait que l'on va passer une nuit blanche. Pourquoi pas ?

Je suis prêt, où presque. Il reste une lessive en train de sécher dans la machine. Le reste de mes affaires est déjà dans les valises. Dans la Samsonite, une douzaine de t-shirts, deux pantalons, deux shorts, des sous-vêtements pour deux semaines. Dans le sac de sport, mes appareils photos, mes objectifs, carnets et crayons, une paire de chaussures de ville, une paire de tongs, une tripotée de câbles divers, ma trousse de toilette, et une carte de l'ouest américain qui ne me servira qu'en toute fin du séjour. J'ai tiré les leçons de l'année dernière et décidé de voyager léger, vu que je vais de toute façon acheter tout un tas de merdes diverses une fois là-bas : fringues, disques, DVDs, livres, et je ne sais quoi encore qui vont remplir mes valises à ras bord au moment du retour. Un seul livre dans mon sac à dos : ce putain de Tropique du Cancer d'Henri Miller que j'avais déjà pris l'année dernière pour finalement le laisser posé sur la table de nuit. Bah, je sais déjà comment ça va se passer : je vais revenir dans deux mois avec trente livres, et comme d'habitude, d'ici les WSOP 2010 j'en aurai peut-être lu deux ou trois. Aussi dans mes bagages : mon Ipod et les enceintes qui vont avec, pour les soirées au bord de la piscine, le DVD de The Corner, la série HBO tirée du bouquin du même nom de David Simon, le journaliste derrière The Wire, et auteur de Homicide, le meilleur bouquin que j'ai lu l'année dernière. Un seul disque pour l'auto-radio de la voiture de location que j'utiliserai sur place : In the Aeroplane Over the Sea par Neutral Milk Hotel, sans doute la plus belle œuvre musicale que j'ai pu entendre depuis très longtemps, poignante, fragile, brutale et parfaite.

Cela faisait déjà plusieurs semaine que ça me grattait, et je n'étais pas le seul. La démangeaison de Vegas. L'envie pressante qui monte, qui monte, à mesure que les jours nous séparant du départ deviennent de moins en moins nombreux. En plus, cette année, conflit de calendrier oblige, je n'ai pu couvrir la finale du WPT au Bellagio et ainsi me faire un petit fix d'une semaine un mois avant les WSOP.

Je suis gonflé à bloc, prêt pour bosser six semaines consécutive sur la plus grosse série de tournois du monde, qui fête son quarantième anniversaire cette année. C'est la quatrième fois que je couvre les World Series of Poker (six, si l'on compte les éditions londoniennes), mais c'est seulement pour la première fois que j'aurai l'occasion d'assister à l'ouverture du festival. En 2006, je ne m'étais rendu à Vegas qu'à la fin de l'été pour couvrir le Main Event. En 2007, j'étais arrivé cinq jours après le début des Series. Et l'année dernière, j'avais manqué les deux premiers jours. Cette année, deux joueurs du Team Winamax vont participer à l'épreuve inaugurale, le tournoi anniversaire au prix d'entrée extravagant de 40,000 dollars, et je serai déjà au travail quand le coup d'envoi sera donné.

Je suis impatient à l'idée de me replonger dans le cirque, m'immerger dans la folie de Vegas et des WSOP, partir à la chasse aux histoires, travailler jusque tard dans la nuit quand l'un de mes amis ira en table finale, retrouver les collègues américains pas vus depuis un an, faire la fête, me cagouler au black-jack et aux paris sportifs, manger à In-N-Out Burger, boire des coups au Hooker Bar, faire le pélerinage au Red Rock, jouer une partie de cash-game de temps à autre, et j'en passe. C'est à Vegas que tout va se passer cet été, et je n'ai envie d'être nulle part ailleurs durant l'été.

J'ai beaucoup réfléchi à la manière d'aborder les 45 et quelques jours de boulot qui m'attendent. J'ai regardé les archives de l'édition 2008 pour me rappeler quelques uns des meilleurs moments passés à l'intérieur de l'Amazon Room. Bien sur, j'ai envie de faire mieux que les trois années précédentes... L'idéal serait de pouvoir écrire moins, mais écrire bien. Prendre le temps de rédiger de bons textes avec du vrai contenu. Et mettre un peu de côté les articles écrits à la va-vite dans la frénésie du direct. Du genre, les récits d'éliminations dont tout le monde se fout, les compte-rendus de mains archi-usées, déjà vues cent fois. Bref, des articles dont l'intérêt s'évapore en moins de douze heures. Pour ce genre de news « fast food » vite digérées, je compte m'appuyer sur Twitter, dont j'ai ouvert un compte pour le Team Winamax durant le Grand Prix de Paris. L'expérience a plutôt bien fonctionné, et j'ai converti une bonne moitié de l'équipe, en particulier Manuel Bevand qui a passé la semaine à envoyer des centaines de SMS racontant ce qui se passait autour des tables en direct total. Cela m'a permis de consacrer un peu plus de temps à la rédaction d'articles un tantinet plus fouillés. Je compte poursuivre dans cette voie, gaspiller moins de temps sur les moments où il ne se passe rien (les Day 1 des épreuves à petit buy-in, notamment). Il y aura surement quelques râleurs qui se feront entendre sur les forums pour réclamer plus d'infos, mais je resterai sourd. Pour être honnête, je tente l'expérience sans pouvoir garantir à l'avance son succès. C'est une chose d'écrire des articles courts dans les « conditions du direct » (à la PokerNews), c'en est une autre de vouloir s'essayer à quelque chose ressemblant plus à du vrai journalisme (à la PokerStars Blog). Serai-je à la hauteur ? Réponse d'ici quelques jours.

L'année dernière, j'avais bénéficié d'un mois tranquille avant les WSOP, avec des horaires de bureau qui m'avaient permis de me reposer au maximum avant de partir à Vegas. Cette fois, c'est quelque peu différent. Je sors de quatre tournois épuisants enchainés consécutivement. Et les sept petits jours que j'ai passé à la maison depuis n'ont pas été de tout repos. Le lendemain de la finale du Grand Prix de Paris, j'étais de retour aux bureaux de Winamax pour rattraper le travail en retard. J'ai pris quelques journées et demi-journées de repos ensuite, que je n'ai pas passées à dormir... Une amie américaine, rencontrée à Nice le soir du PPT, était de passage à la maison, et la demoiselle voulait voir des choses, comme des musées, des ponts, des églises et des marchés. Le bonheur (sic). Et le soir, il fallait ressortir aussi, bien entendu. Toute cette débauche a culminé samedi. Gab avait organisé un énorme barbecue à la maison. Il avait invité tous ses amis sur Facebook, et j'en ai rajouté une couche en rameutant presque tout le bureau, ainsi que quelques amis de PokerStars et BlondePoker. On s'est tous levé tôt pour préparer les festivités, et vers vingt heures, notre petit jardin était plein à craquer. Environ 80 personnes ont du défiler durant la soirée. Le bordel. Il fallait presque deux minutes de bousculade pour parcourir les trois mètres séparant la table du fond jusqu'au barbecue. Ce n'est que lorsque que l'alcool a commencé a manquer que j'ai consenti à aller me coucher. Réveil douloureux le lendemain, comme de juste. Après avoir passé deux bonnes heures à éponger le chaos, rien de tel qu'une petite partie de tennis sous le soleil pour se remettre d'aplomb. On s'est rendus aux courts du Common, à quinze minutes de marche de la maison. On a joué à cinq (en tournant) avec Gab, Tallix, Johny et Stéphane Matheu, coach/manager d'ElkY, ancien tennisman pro, colloc' honoraire de notre maison et mec absolument génial, de passage à Londres pour la semaine. J'avais questionné en privé l'intérêt pour un joueur de poker pro d'avoir recours à un coach (« et pourquoi pas une baby-sitter ?», furent en gros mes propos teintés de sarcasme) mais après avoir vu Stéphane à l'œuvre, je suis absolument pour quand il s'agit d'une personne aussi sympathique et dévouée que lui. Une bête de travail.

J'ai pratiqué le tennis de manière assez intensive entre cinq et quatorze ans. Depuis, je ne joue que très rarement, peut-être cinq fois en dix ans. Étonnamment, les gestes sont revenus très rapidement, et après une demi-heure, je tapis déjà dans la balle comme un forcené. Quel pied ! Surtout contre un pro comme Stéphane, qui ne renvoie que des balles parfaites, s'adaptant à notre niveau et nous donnant de précieux conseils. Tallix et Johny possèdent un niveau tout à fait correct, et j'espère pouvoir m'échapper du Rio cet été pour pouvoir échanger quelques balles avec eux et les autres membres du Team récemment frappés du virus tennistique (une véritable épidémie en ce moment)

Bon, il est temps d'aller faire les derniers préparatifs. Petit déjeuner au Starbucks. Les chemises au pressing. Un peu de repassage. Et après, en route pour Gatwick avec Cuts et Nicolas, où l'on retrouvera Yuestud. Décollage à 11h15. Mon prochain post sera écrit de Vegas...

lundi 25 mai 2009

Dix souvenirs des WSOP 2008

Nous y sommes ! Les World Series of Poker frappent à la porte, et tandis que j'écris ces lignes, des milliers de joueurs de poker du monde entier sont en train de préparer leur valise. La destination est la même chaque année : Las Vegas ! Histoire de me préparer, je me suis plongé dans mon reportage de l'édition 2008... et ai selectionné quelques uns de mes moments préférés de l'été dernier. Une sélection tout à fait partiale et subjective des quelques journées qui m'ont fait vibrer, parmi les 45 que j'ai passées à l'intérieur du Rio et de l'Amazon Room.

Petit tour sur le Boulevard des Souvenirs, en attendant de nouvelles belles et grandes journées lors de la 40ème édition des World Series of Poker qui débute jeudi à midi (21 heures en France). Ludovic Lacay et Nicolas Levi seront au départ parmi les meilleurs joueurs du circuit pour défendre les chances du Team Winamax lors de l'épreuve inaugurale, un énorme tournoi de No Limit à 40,000 dollars... Soyez au rendez-vous sur Winamax pour suivre l'action en direct, jour par jour !



10/ Nicolas Levi en finale de l'Event #13
Treize jours après le départ des WSOP 2008, on tenait un premier finaliste français dans l'épreuve de No Limit Hold'em à 2,500 dollars en la personne de Nicolas Levi. CrocMonsieur réalisait là la première performance d'importance du Team Winamax à Las Vegas, qui se rendait pour la première fois aux WSOP en tant qu'équipe consituée. L'esprit d'équipe, justement, put être observé durant le Day 2 de l'épreuve : tous les joueurs du Team présents à Vegas ont veillé tard dans la nuit, soutenant Nicolas tandis qu'il accédait à sa première table finale des WSOP. Le lendemain, muni d'un trop petit tapis, Croc allait être éliminé le premier sur le podium de la table télévisé, mais qu'importe : la prochaine table finale du Team Winamax allait être la "bonne"...



9/ Déception pour Tall dans le shoot-out à 1,500 dollars
Au poker comme dans toutes les compétitions, les souvenirs les plus marquants ne sont pas forcément les bons souvenirs. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je me rapelle plus volontiers des défaites les plus cruelles que des victoires les plus éclatantes (cas d'école : la finale de la Coupe de Monde de foot 2006, qui a complétement eclipsé dans ma mémoire la victoire de 1998) Ici, ce n'est tant pas l'élimination d'Anthony "xTaLLxx" Roux dans l'épreuve de Shoot-out qui m'a marqué, mais ce qui s'est passé ensuite. A tapis avec KK contre 78 sur un flop 3-5-7, le membre du Team Winamax semblait bien parti pour remporter un pot contenant 60% des jetons de la table, avec quatre joueurs restants. Une situation révée qui lui aurait sans aucun doute permis de dominer le reste de la partie et d'accéder à sa première finale des WSOP. Hélàs, c'était sans compter sur le 8 qui allait tomber sur la rivière, donnant le pot à son adversaire russe et éliminant Tallix de l'épreuve. C'est là que j'ai pu observer, admiratif, comment se comporte un vrai champion : calmement, Tall s'est levé de la table, a souhaité bonne chance à ses adversaires, et a quitté le Rio. Durant la courte marche à travers le parking vers la voiture, aucun regret, aucune protestation, pas de pleurs, de colère ou de cris. J'aurais tout à fait pu comprendre que l'on veuille évacuer sa frustration après avoir subi un si terrible coup du sort à quelques marches d'une finale. Envie de crier un bon coup, de taper sur le mur le plus proche. Bien des fois, j'ai eu l'occasion d'être témoin de ce genre de situations, j'ai l'habitude. Mais non. Rien de tout cela ici : au bout de quelques minutes, la déception était déjà évacuée, et très vite Tall était passé à la suite. Durant le trajet du retour vers la villa, on avait déjà changé de sujet. Il est important de savoir être gracieux dans la victoire. Mais il est peut-être encore plus important de savoir perdre avec dignité. Respect, Tall.



8/ La réssurection de Mike Matusow
L'un des moments d'émotion les plus forts des WSOP 2008 : la victoire de l'une des personnalités les plus flamboyantes et torturées du poker, Mike Matusow, lors de l'épreuve de Deuce to Seven à 5,000 dollars. Une victoire importante à plus d'un titre. Extrait de mon reportage de l'époque :

« Mike « The Mouth » Matusow… Voilà un homme qui est arrivé aux championnats du monde véritablement transformé, physiquement et mentalement, avec trente kilos en moins et une nouvel état d’esprit. Attachant pour beaucoup, énervant pour certains, le Matusow que l’on a appris à connaître lors des retransmissions télévisées des WSOP ne laisse pas indifférent ceux qui croisent son chemin. Un moulin à paroles autour de la table, réservoir d’anecdotes, souvent hilarant, parfois touchant, quelques fois odieux, con et pleurnichard, un humain, quoi. Et aussi un grand joueur, quand son sale caractère et ses instincts impulsifs ne mettent pas son tournoi par terre sur un coup de tête.

J’admire Mike Matusow car il a du livrer un combat sans merci contre son pire ennemi : lui-même. Drogue, prison, surpoids, addiction au jeu, hyperactivité… Ces dernières années, le destin n’a pas été tendre envers Mike.

Mais hier, ce n’était pas le joueur dégénéré, compulsif et colérique qui s’exhibait sur le podium ESPN. Non, c’était une toute autre personne, à la silhouette affinée et à l’état d’esprit assaini. J’admire Mike Matusow car c’est il est profondément humain, un mec à fleur de peau trop souvent victime de ses émotions exacerbées. Je peux m’identifier à lui. C’est ce genre de personne que je veux voir gagner. J’aime les gens qui débordent, qui dérapent, qui sortent de la marge. Qui se montrent tels qu'ils sont, sans retenue.

Ce n’était pas seulement l’argent gagné et le bracelet qui importaient hier à Mike. Ce qui comptait avant tout, c’était de pouvoir se prouver qu’on peut changer, qu’on peut devenir une meilleure personne si on le veut vraiment. Que les choses ne sont pas gravées, que l’histoire peut changer de direction. Une victoire hautement personnelle.

Mike Matusow a, au moins pour un temps, vaincu ses démons et fait la paix avec lui-même. Peut-être un peu naïvement, j’aime à croire que le changement sera définitif. »




7/ Johny 001 dispute un tête à tête épique
Le heads-up reste ma forme de poker préférée. C'est quand deux uniques joueurs s'affrontent face à face que l'on peut selon moi observer le poker le plus pur, dans sa forme la plus primale. C'est là que les personalités se révèlent. C'est là que les affrontements les plus féroces se produisent, et qu'on presque peut sentir l'odeur du sang à la table. Les meilleurs joueurs du monde s'affrontent en tête à tête quotidiennement sur Internet, et le Team Winamax possède un expert dans cette discipline : Guillaume "Johny 001" de la Gorce. Lors de la très grosse épreuve de Heads-Up à 10,000 dollars des WSOP, Johny a passé sans trop de difficulté les deux premiers tours, lui assurant une place payée, avant d'attaquer son troisième tour contre le redoutable américain Alex Jacobs. Ce fut pour moi l'occasion d'observer un match extraordinaire de deux heures, debout à quelques centimètres de la table. J'ai vibré et crié intérieurement lors de chaque gros pot. C'est du poker de classe mondiale qui se déroulait devant mes yeux, bourré de rebondissements, de bluffs et de psychologie. A ce stade de la compétition, et avec deux joueurs de ce calibre, l'issue du match ne tenait qu'à un soupcon de réussite en plus pour l'un des deux joueurs. A ce petit jeu, c'est l'américain qui est sorti vainqueur, admettant plus tard que Johny avait été l'un des adversaires les plus difficiles qu'il avait jamais affronté en tête à tête. Sans doute mon plus beau moment de poker "pur" des WSOP.



6/ La bulle fait "plop" au Main Event
L'éclatement de la bulle est toujours mon moment préféré d'un tournoi majeur, et celle du Main Event des WSOP est la plus belle de toutes. En 2008, pas moins de 666 joueurs sont rentrés dans l'argent du plus gros tournoi de l'année. Un grand moment, et une onde de joie irresistible qui parcourt la salle, tellement contagieuse que même des pros expérimentés en ayant vu d'autres peuvent être observés sautant de joie et embrassant leurs collègues. Le cérémonial entourant la bulle (le "main par main") vaut à lui seul le coup d'oeil : perché sur un podium tel un chef d'orchestre, le directeur du tournoi dirige ses 75 croupiers à la baguette, donnant ses ordres au micro à travers l'immense Amazon Room. Une opération compliquée que seule l'expérience des organisateurs permet de mener sans encombre. Cette année là, trois joueurs Winamax ont passé avec succès l'épreuve de la bulle : le pro Manuel Bevand, et les qualifiés Olivier Decamps et Stephane Hornet. Ce dernier sera le dernier survivant du clan français, éliminé à une très honorable 106ème place.



5/ Phil Ivey joue gros... très gros
Chaque été, durant six semaines, l'Amazon Room regorge en permanence d'histoires, de rumeurs et anecdotes qui circulent à toute vitesse parmi joueurs, médias et superviseurs. En particulier en ce qui concerne les "prob bets", paris extravagants sur tout et n'importe quoi, dont les high-rollers raffolent. L'an passé, durant l'espace d'un après-midi, le temps s'est arrêté dans la salle de tournoi, tandis que l'un des plus gros gamblers du monde risquait gros sur l'issue d'une rencontre de basket... Extrait de mon reportage :

"En fin d’après-midi, j’ai passé une bonne heure à observer l’épreuve de Limit Hold’em qui se déroulait devant le banc de presse. L’un des écrans de contrôle diffusait en direct la troisième manche des NBA Championhips entre les Lakers et les Celtics. Au fur et à mesure de la progression du match, de plus en plus de joueurs délaissaient leur tournoi pour observer la télévision. On n’entendait presque plus le bruit des jetons qui s’entrechoquent.

Comme je l’ai raconté il y a quelques jours, la rumeur du moment dit que Phil Ivey aurait misé une somme d’importance (2 millions étant l’estimation) sur la victoire des Lakers au championnat. L’équipe de Los Angeles avait mal entamé la finale, perdant ses deux premiers matchs contre Boston. Le troisième match d’hier était donc crucial, le vainqueur étant désigné au meilleur des sept rencontres.

Debout, parfaitement immobile face à la télévision, le Tiger Woods du poker ne perdait pas une miette de la rencontre, ne prêtant aucune attention à la partie de poker en cours. Avec deux millions de dollars en jeu, ça peut se comprendre.

Durant tout le dernier quart-temps du match, j’ai observé, fasciné, les différentes émotions de Phil Ivey en fonction de l’évolution du score. Pendant un moment, le temps était comme suspendu. Il n’y avait plus rien autour de moi, juste Ivey et l’écran de télévision.

Chaque rebond, chaque lancer franc provoquait une subtile réaction chez Ivey... Chose incroyable : le meilleur joueur du monde avait perdu sa poker face. D’habitude dur, froid et impassible, son visage trahissait toutes les émotions qui le traversaient.

Inquiétude, quand les Lakers avaient huit point de retard en début de période. Colère, après une décision controversée de l’arbitre. Approbation, quand les Lakers recollaient au score avec deux lancer francs réussis. Impatience, quand les secondes de l’horloge ne voulaient pas défiler assez vite.

Et finalement, soulagement avec un rire franc quand son équipe favorite est sortie vainqueur de la rencontre. Il reste encore quatre matchs dans les NBA Championships : Ivey est loin d’être tiré d’affaire..."






4/ Finale de rêve pour le Pot-Limit Omaha à 5,000$ rebuys
L'édition 2008 des championnats du monde fut rapidement surnommée "L'édition des pros" tant les victoires de joueurs déjà établis de longue date furent nombreuses. On a ainsi vu des joueurs tels que Mike Matusow, Daniel Negreanu, Barry Greenstein ou Erick Lindgren accrocher à leur poignet le bracelet tant convoité. Chaque jour ou presque, on pouvait assister sur le podium ESPN à une finale prestigieuse. L'une des plus belles fut sans conteste celle du tournoi de Pot-Limit Omaha à 5,000 dollars (avec recaves), regroupant quelques uns des joueurs les plus titrés de l'histoire du poker de compétition : Phil Hellmuth, Johnny Chan, Daniel Negreanu, John Juanda, Phil Galfond et David Benyamine. Au final, c'est Phil "OMGClayAiken" Galfond, probablement le meilleur joueur de PLO du monde, qui est sorti vainqueur, remportant le premier bracelet de sa courte mais déjà brilliante carrière.



3/ Patrick Bueno atteint la finale du HORSE à 50,000$
Parmi les pros, ils sont nombreux à considerer l'épreuve de HORSE à 50,000 dollars comme le vrai test, LE tournoi permettant de désigner le meilleur joueur "tout-terrain" du monde. Un tournoi élitiste au buy-in extravagant, ne réunissant qu'un petit field (148 joueurs en 2008), par rapport aux milliers de participants du Main Event. En 2007, c'est Bruno Fitoussi qui avait représenté la France de fort belle manière en se hissant en seconde place, ne chutant que face à son dernier adversaire, son ami Freddy Deeb. En 2008, ce fut au tour de Patrick Bueno de faire rêver le public français. Certes, Bueno (par ailleurs déjà par trois fois finaliste lors d'étapes EPT et WSOP) devra se contenter de la huitième place, éliminé le premier d'une finale de rêve où s'affrontaient notamment Barry Greenstein, Erick Lindgren et le futur vainqueur Scotty N'Guyen. Mais la performance était déjà très belle : ce joueur se décrivant lui-même comme un amateur aura pendant quatre jours tenu tête sans flancher à quelques uns des meilleurs joueurs du monde, raflant des pots énormes à la barbe des Ivey, Brunson et compagnie.



2/ On s'était donnés rendez-vous dans dix ans
"Mais, Benjo, verra t-on une victoire française cette année, la première depuis Bruel il y a 10 ans ? », je vous entends déjà demander, les yeux humides et les sourcils en forme d’accent circonflexe. Mais bien sur que oui, quelle question idiote, t’as vu un peu le niveau qu’on a ? Et pensez bien que je serai aux premières loges pour vous le raconter."

C'était ainsi que commencait mon reportage à l'aurée des 45 jours des derniers WSOP. Trois semaines plus tard, le 21 juin 2008, la prophétie se réalisait, et, comme annoncé, j'étais aux premières loges pour assister au grand moment. Et qui d'autre que David Benyamine pour succéder à Gilbert Gross, Claude Cohen et Patrick Bruel ? Déjà un demi-Dieu des plus gros cash-games du monde, qu'ils soient live ou online, l'expatrié Vegassien avait décidé de se mettre sérieusement en quête d'un bracelet lors des WSOP 2008, après que plusieurs de ses collègues joueurs aient ouvertement questionné son abilité à perfer en tournoi. Malgré un pedigree déjà plus que respectable, comprenant une victoire WPT, David Benyamine les prit au mot. Le résultat, en moins de vingt jours : deux finales et une demi-finale dans trois variantes différentes, puis la consécration lors de l'épreuve de Omaha High-Low à 10,000 dollars. Un été fantastique pour l'un des vrais grands joueurs "tout terrain" du circuit, capables d'exceller à toutes les formes de poker. Benyamine allait prouver juste après les WSOP qu'il n'était pas à mettre de côté en No Limit Hold'em (traditionnellement sa variante la plus faible) en atteignant la deuxième place du WPT du Bellagio, manquant de peu un deuxième titre en perdant un gros coin-flip avec deux Dames contre As-Roi.

Maintenant, la question est : qui pour un bracelet français année ? ElkY ? Le Team Winamax ? Benyamine à nouveau ? Un autre des grands noms tricolores ? Ou un inconnu sorti du bois ? Quoi qu'il arrive, votre serviteur sera, à nouveau, aux premières loges pour tout vous raconter...



1/ Consécration pour Davidi Kitai et le Team Winamax
Je ne pouvais décemment pas attribuer la première place de ce petit classement nostalgique à quelqu'un d'autre que Davidi... Moins de 24 heures après le triomphe de Benyamine, je me retrouvais à nouveau au Rio pour une journée de 18 heures. Mais quelle belle journée : soutenu par tous les membres du Team présents à Vegas ce jour là, le belge a arraché une magnifique victoire, menant un combat épuisant de plus de dix heures, venant à bout de ses adversaires un par un. Parti avec un tapis modeste, Davidi a mené la bataille avec panache, réalisant des bluffs audacieux, quelques calls d'anthologie, et faisant preuve d'une patience à toute épreuve. Au final, le travail de Davidi a payé, faisant de lui le premier champion du monde du Team Winamax, recevant le précieux bracelet sous les acclamations de ses équipiers. Des moments comme ça, j'en veux cette année, encore et encore !

(article publié sur www.team-winamax.com)

dimanche 24 mai 2009

Frequent Flyer

En consultant mon journal de bord l'autre jour, j'ai réalisé que sur toute l'année, Las Vegas est l'endroit où je suis fixé pour la plus longue periode de temps, sans bouger ni aller nulle part. Et c'est comme ça depuis 2007. Est-ce à dire que je peux appeler Vegas ma maison ? En tout cas, se poser cinquante jours consécutifs dans un même endroit procure définitivement le sentiment d'être "installé", même si c'est à l'autre bout du monde... Un sentiment que j'ai pour la majeure partie oublié ces trois dernières années. A deux jours du départ, j'ai l'impression de rentrer à la maison.

Plus que jamais, ma vie récente a été nomade, et je n'ai passé que deux des cinq premiers mois de l'année à Londres (ma "vraie" maison), toujours entre deux voyages, la valise toujours ouverte, pour de courtes périodes allant de trois jours à deux semaines.

Voici quelques-uns des endroits cools que j'ai eu la chance de pouvoir fouler du pied en 2009 :



New York City



Paradise Island, Bahamas



Copenhague



Sitges



Edinburgh



San Remo



Nice



Venise

samedi 23 mai 2009

Un mois de tournois pros

Entre le 18 avril et le 17 mai 2009, la plupart de mes journées et de mes nuits ont été consacrées à observer des types jouer aux cartes dans des casinos, et à publier le résultat de ces observations sur le site pour lequel je travaille. C'est mon job, que j'exerce depuis maintenant quelques années. Quelquefois, je fais bien mon job, d'autres fois moins bien. Il est difficile de garder un niveau constant de qualité dans ce genre de profession à vocation "artistique" (les guillemets sont là pour indiquer que j'utilise le mot de manière extrêmement légère, faute d'en avoir un plus approprié sous la main) Certains jours, tout se passe bien, on observe des choses intéressantes, les acteurs de la partie sortent des phrases qui se transformeront en citation cultes, et j'écris des articles de bonne qualité. D'autres jours, c'est comme si les élements se liguaient contre moi, les obstacles sont nombreux, je suis fatigué de la journée de la veille, je n'ai pas envie de bosser, etc, etc. Petit récapitulatif, avec extraits.

EPT San Remo




Un cauchemar, j'ai déjà eu l'occasion de m'étaler dessus dans un post précédent. Trop encombré, connexion internet pourrie... Un tilt permanent, et un reportage à jeter à la poubelle, si ce n'est pour deux ou trois posts marrants, et les vidéos de Junior (dont une interview du jovial Kool Shen)

Day 1A

"Une petite anecdote pour que vous réalisiez à quel point le manager du Team Winamax est un homme consciencieux et professionnel. Répondant à une demande express d'Arnaud Mattern, Yuestud sort du casino et part en ville à la recherche de bananes, fruit ô combien nutritif chéri par FrenchKiss. De retour au casino, un sac de deux kilos de bananes sous le bras, Yu se fait promptement arrêter par la sécurité du casino, qui refuse catégoriquement l'entrée de fruits prohibés à l'intérieur de ses murs. Yu râle, pleure, tape du pied, mais rien n'y fait. « Au vestiaire », lui dit le vigile. Yuestud ne se démonte pas, et, s'il part donner ses bananes au vestiaire, ce n'est pas sans avoir auparavant glissé deux des fruits sous sa veste. Le retour de Yuestud devant l'agent de sécurité gardant l'entrée du tournoi entraîne un moment comique au timing parfait, que n'aurait pas renié Louis de Funès : juste au moment où notre Team Manager passe devant le molosse, les bananes tombent au sol avec un bruit sourd. Oops. Le fin mot de l'histoire ? Epaté par tant de persévérance, le vigile à laissé passer Yu avec les précieux fruits !"

Day 1B

"Difficile de manquer Patrik Antonius, même quand il se trouve au beau milieu d'une salle remplie de 600 joueurs de poker. Le finlandais dégage une sorte d'aura à laquelle il est difficile de rester insensible. Ses adversaires du jour, sans doute intimidés par sa présence, tentent de donner le change en affichant leur plus belle poker face. Malheureusement, cela se traduit en pratique par un usage exagéré de l'acting. J'ai pu par exemple observer un coup où, aux blindes à 50/100, il a fallu 25 bonnes secondes de réflexion au joueur UTG avant de se décider à limper. Trois autres joueurs sont rentrés dans le coup, chacun prenant un temps tout aussi long avant de prendre leur décision. La grosse blinde a poursuivi le mimétisme, prenant un air contrit derrière ses lunettes noires, secouant la tête avant de tapoter la table avec un air théâtral. Sans doute le « check » le plus hollywoodien que j'ai jamais pu observer. On avait pas encore vu le flop que la durée du coup avait déjà dépassé les deux minutes. Incapable de poursuivre l'observation de la table, j'ai préféré poursuivre mon chemin."

Day 2

"J'observe des batailles d'italiens. Vous savez, le genre de mains où un joueur mise la moitié de son tapis au flop pour 15,000, puis jette ses cartes après que son adversaire envoie le sien pour 15,000 de plus."

Day 3 et fin

"Ce soir à San Remo, un jeune joueur néerlandais a poussé d'un cran l'agression, lui faisant atteindre des niveaux jamais observés depuis le règle de Stu Ungar dans les années 80. Constant Rijkenberg, 20 ans, a entraîné la table finale de l'European Poker Tour italien dans un tourbillon de relances, sur-relances, bluffs audacieux et moves insensés."

EPT Monte Carlo



Un peu pareil que San Remo, mais en pire, au vu de l'environnement detestable lequel on a du évoluer. Junior a mis le paquet pour sortir quelques vidéos assez géniales, dont un tour de table marathon de 22 minutes avec Michel Abécassis. A voir absolument.

Day 1A

"Et quelle autre destination que Monte-Carlo pouvait accueillir le point final du plus prestigieux des circuits européens ? La patrie surpeuplée du luxe, du clinquant, des voitures de course et des milliardaires en exil fiscal servira pour la cinquième année consécutive de coda à l'European Poker Tour. Plus de 700 joueurs sont attendus pour disputer l'ultime étape de l'EPT. A 10,000 euros l'entrée par personne, on aura affaire à l'un des plus gros prize-pool de la saison."

Day 1B

"Girl on Girl Action
Derrière ce titre racoleur se cache une confrontation entre deux joueuses ayant comme principal mérite d'avoir un physique agréable, ce qui, dans notre industrie comme dans d'autres, est une raison nécessaire et suffisante pour qu'elles fassent parler d'elles. Moi, sexiste ? Mais non, lucide."

Day 2

"Incroyablement, malgré les milliards de Outs disponibles (les coeurs, les valets, les dix, les as, les rois, les jokers, les cartes Orange, les cartes « caisse de communauté » du Monopoly), la paire de Ludovic reste en tête jusqu'à la rivière."

Day 3

"Rivière : 3 de coeur. Amicha mise 81,000. Ludo réfléchit à peine, juste le temps de compter seize jetons jaunes de 5,000, et un jeton rouge de 1,000. Les jetons sont poussés au milieu. « I've got nothing », gémit Amicha. Incertain, Ludovic retourne... Roi-Dame de carreau, pour... hauteur Roi. Même pas une paire. Amicha montre Valet-10 de trèfle, et est obligé de concéder sa défaite. Silence à la table. Seul la mâchoire d'Annette produit un bruit sec en tombant sur le tapis. Ludovic Lacay est sur une autre planète."

Day 4 & Finale

"Une belle saison à l'European Poker Tour pour le Team W, qui s'est placé dans les points sur chacune des étapes de l'année 2008/2009. Mis à part Copenhague, où seulement deux membres du Team étaient au départ. Si personne n'a réussi à rééditer l'exploit d'Arnaud Mattern lors de la saison 4, on a tout de même vu nos joueurs en finale de trois de ces onze étapes..."

WPT Venise



Le bonheur, après toute la merde qu'on avait du manger les deux semaines précédentes. Presque comme des vacances. En tout cas, je n'ai pas eu l'impression de bosser, même si on a tout de même abbatu cinquantes heures de présence (un peu moins que d'habitude) à l'intérieur du magnifique casino. Le staff de Bwin nous a accueillis de manière divine, le cadre était exceptionnel, et le tournoi pas bien difficile à suivre, avec "seulement" 400 joueurs. Régis a publié quelques unes de ses meilleures vidéos avec des acteurs tels que Patrick Bruel, Davidi Kitai, Ludovic Lacay ou Anthony Roux. Je vous les recommande toutes chaudement.

Day 1A

"Si l'on cherche de belles salles de poker sur le circuit, il faut avouer que l'on est gâté, entre la Fontana Room du Bellagio, la Salle des Ambassadeurs de Deauville, ou la Salle des Etoiles de Monte Carlo. Mais je peux l'affirmer maintenant : aucun de ces beaux écrins n'arrive à la cheville du Casino Di Venizia ! Car ici, point de factice à la sauce Vegas, nous sommes à la source... Si les historiens considèrent que Venise fut la ville ou fut établi le tout premier casino, durant la première moitié du 17ème siècle, ce n'est qu'en 1959 que le Palazzo Vendramin Calergi commença à être utilisé comme un établissement de jeu. Bâtie il y a très exactement 500 ans, cette battisse de trois étages au style Renaissance a eu de nombreux propriétaires aux cours des siècles, avant d'être rachetée par la ville durant les années 50. C'est ici-même, dans la pièce tapissée de rouge où les journalistes sont installés que le compositeur Wagner a vécu ses dernières semaines."

Day 1B

"Cet air rigolard qu'affichent Benjamin Kang et José Barbero (le plus français des argentins), il est la preuve que c'est avant tout la taille qui compte, au poker, et peut-être dans d'autres domaines aussi, comme se plaisait à le répéter mon ex Cindy, hôtesse de caisse à l'hypermarché Franprix de Brive la Gaillarde. Parce que les deux joueurs possèdent actuellement un tapis de fort belle importance, trois heures après le début du Day 1B. "

"Alors que vient de commencer l'avant dernier niveau de la journée (blindes 300/600, ante 75), la partie, désormais confinée à deux salles seulement, continue dans une sérénité auquel le circuit italien ne nous avait guère habitués. Où sont les gueulards, les clowns et les show-men ? Clairement, il s'agit de l'un des tournois les plus civilisés auxquels j'ai eu l'occasion d'assister. De cordiales conversations se déroulent autour des tables, résonant sous les hauts plafonds. On s'échange les jetons dans la bonne humeur, on fait de la monnaie pour le voisin. Vanessa Rousso se fait de nouveaux amis italiens. Les éliminés se lèvent avec le sourire, et souhaitent bonne chances à leurs désormais ex-adversaires. Au loin, on peut entendre un guitariste et une chanteuse égrener quelques doux airs pop depuis la cour : Simon & Garfunkel, les Beatles... Tout cela est très léger, très rafraichissant. Cette réjouissante atmosphère aurait-elle avoir avec le cadre somptueux dans lequel se déroule le tournoi ? Clairement, les lambris, les lustres, les tableaux et tapisseries ont un effet apaisant sur les joueurs, les invitant tacitement à se comporter en respectant l'étiquette, par respect pour les lieux. C'est une partie noble qui se déroule à l'intérieur du palazzo du 16 ème siècle, peuplée de gentilshommes et de quelques précieuses. Un combat raffiné et sophistiqué."

Day 2

"...attaquons nous au sujet brûlant du moment, celui qui déchaîne les passions et monopolise les conversations autour des machines à café de toutes les salles de pause de toutes les PME de France : la bulle du World Poker Tour Vénitien."

Day 3

"Etant donné que la journée s'annonce longue, et que notre nuit fut courte, je retourne me coucher un peu. En toute honneteté, et au cas où mes employeurs passeraient par cette page, je dois préciser que c'est entièrement la faute du Team Winamax. A plus tard, les amis."

"On a commandé des pizzas en se remémorant les moments croustillants de la soirée. Certains avaient tout oublié, et nous ne sommes pas fait prier pour leur rafraichir la mémoire, retraçant dans le détail leurs exploits - inracontables ici. J'ai moi-même été surpris d'apprendre que, dans la confusion générale et malgré tous nos efforts, nous n'avons pas réussi à payer les verres avant de partir, et ce même après avoir tranquillement discuté devant la porte de l'établissement pendant une vingtaine de minutes en attendant le taxi."

Finale

"On tient le tête à tête final du World Poker Tour de Venise alors que le premier niveau de la journée n'est même pas terminé !"

Grand Prix de Paris



C'est à l'Aviation Club de France que j'ai couvert mon premier tournoi en juillet 2005, pour ClubPoker.net. J'y suis retourné avec plaisir les deux années suivantes, et après avoir manqué l'édition 2008 à cause d'un emploi du temps chargé, j'étais content d'y revenir, mais déjà crevé avec trois semaines de tournois dans les pattes. Au final, les horaires du Grand Prix de Paris se sont révelés être encore pire que ceux des trois épreuves précédentes : avec Yuestud, on a enchainé entre quinze et dix-huit heures de boulot quotidiens les trois premiers jours. On terminait nos journées vers cinq heures du mat, pour s'y replonger dès midi. Mais, grâce à l'accueil de tout le staff de l'ACF (les superviseurs Nicolas et Sylvain en particulier, qui s'occupaient directement du Grand Prix, et aux côtés desquels nous avons travaillé toute la semaine), le tournoi fut un bonheur à couvrir, avec un accès total aux tables, peu de médias présents (après minuit, on était généralement plus que deux survivants), et un casting de joueurs sympathiques et colorés. Je suis pas mécontent de mon premier article retracant l'histoire du Grand Prix (même Bruno Fitoussi m'a dit qu'il y avait lu des choses qu'il avaient oubliées), et celui écrit juste avant la table finale. J'étais un peu embêté de m'enfuir comme un voleur le dimanche soir, retournant à Londres alors que mes amis Vikash et Nicolas étaient assis en table finale. Mais j'étais sur les genoux, et le dernier jour s'est déroulé plus ou moins à huis clos, m'empêchant de regarder ce qu'il se passe comme bon me semble. . Je me suis lâché à plusieurs reprises durant ces quatre jours, et quelques personnes de mon entourage m'ont sérieusement demandé si je prenais des drogues pendant mes heures de travail. La réponse est bien entendu négative : en général, je n'ai pas besoin de produits chimiques pour passer pour un fou.

Day 1A

"Un « mec avec une tête de fish » (c'est pas moi qui le dit, c'est le rapporteur de la main, bon, Yuestud, va falloir arrêter la discrimination un jour, hein ?) limpe pour 200, en position UTG (pour ceux qui savent pas ce que ça veut dire, ça signifie « sous le pistolet », vous êtes vachement aidés maintenant) Johny 001 aime bien punir les limpers en les relançant systématiquement au bouton. C'est ce que fait le membre du Team Winamax – à ce moment, Yuestud interrompt son récit pour m'annoncer « bon, je te préviens Benjo, la chute de ce coup est pourrie » Je réponds « sympa, t'auras pu me prévenir avant que je m'embête à taper le coup ». Bon, tant pis, maintenant qu'on a commencé, finissons, sinon demain on y est encore. Bref, le mec paie – à ce moment, Claude Cohen vient nous interrompre, et on commence à taper la discute, parce que c'est un mec sympa, le Claude. Cinq minutes de conversation amicale plus tard, Yuestud reprend le récit, et si vous avez compris quoi que ce soit à cette main jusqu'à présent, bravo, vous êtes probablement autiste. BREF, le mec paie (si vous n'arrivez pas à suivre, reprenez depuis le début en enlevant les parenthèses et les guillemets, vous verrez, c'est plus facile (oui, parce qu'il m'arrive aussi de mettre des parenthèses dans les parenthèses, histoire de compliquer votre ingrate tâche de lecteur)) et le flop tombe..."

Day 1B

"Sur une tablette à côté de David Tavernier est posé un curieux objet en plastique, sorte de grosse lampe torche ronde et plate. Je m'enquiers auprès du français, légende des cercles parisiens, finaliste EPT de son état (Dublin, 2006), et par ailleurs anesthésiste réputé sur la place de Paris : « Je pratique la luminothérapie », m'explique t-il avec sérieux. « C'est une discipline reconnue par la science. Je passe beaucoup de temps dans les cercles, des endroits sombres par excellence. Alors, une heure par jour, j'expose mon visage aux rayons lumineux de la lampe (non dangereux pour la peau et les yeux) Cela aide à bloquer la sécrétion de mélatonine, l'hormone du sommeil. Ainsi, je suis plus en forme, mon horloge biologique est mieux réglée. Cela a un effet positif sur mon humeur. » David joint le geste à la parole, et braque le rayon bleuté en direction de ses yeux. A la table, les rires fusent. « On est obligé de jouer avec Dracula ? », demande Sami Torbay à un superviseur."

Day 2

"La Dame de pique sur la turn rajoute des outs au joueur du Team Winamax. Mais la rivière est un innofensif 5. Zerbib hurle : « MAIS OUI QUAND MEME !!! C'EST MOI LE CHAMPION ICI, C'EST MOI !! » Dans le fond, aux tables de cash-game, des voix lasses s'élèvent : « Mais oui, on sait, on sait ». Les regulars de l'ACF ont apparemment l'habitude des explosions enjouées de Monsieur Zerbib. Il est désormais chip-leader avec plus de 650,000."

Finale

"L'installation des joueurs se termine petit à petit. Tout le monde est prêt. Cinq caméras vont filmer les moindres gestes des joueurs. Après avoir signé un formulaire m'interdisant de dévoiler le déroulement de la partie avant six heures trente du matin, je suis autorisé à rentrer dans la pièce. La croupière s'assoit. Nicolas Fraioli, le directeur du tournoi, se tient debout derrière la table. Le réalisateur fait le silence. Les joueurs ne se font pas prier : une boule dans la gorge collective les empêche déjà de parler. « On tourne ! » Seul le bruit des machines perturbe le calme olympien qui a envahi la salle. La chaleur des projecteurs est étouffante. Intimidée, la croupière se rate sur la première main. On recommence. Cette fois-ci, c'est la bonne. Jerôme Zerbib relance en première position. Nicolas Levi le paie depuis la petite blinde, et..."