lundi 27 avril 2009

Nice People

Nice. Samedi, 21 heures 18. Le lobby de l'hôtel jouxtant le casino tient lieu de QG pour les joueurs éliminés du tournoi. Y sont installés Davidi et Arnaud. Je viens de les rejoindre...

422 joueurs étaient au départ de cette épreuve au prix d'entrée de 1,075 euros. Pour le top 10%, un ticket pour la finale du Partouche Poker Tour d'une valeur de 8,500 euros, plus des prix en cash. Tapis de départ : 10,000. Blindes : 25/50. Augmentation toutes les 25 minutes.

J'ai été éliminé lors du onzième niveau du tournoi, après quatre heures trente de partie. Les blindes étaient à 800/1,600, ante 100. J'ai poussé 14,000 et tapis au bouton après que tout le monde ait passé. Cela faisait la neuvième ou dixième fois que j'envoyais en une heure, et la première fois où l'on m'a payé fut aussi la dernière : ma paire de Deux ne fut clairement pas de taille contre la paire de Dames du joueur de grosse blinde.

La structure très rapide de l'épreuve ne rend pas nécessaire l'écriture d'un compte-rendu détaillé tel que je l'avais fait pour l'European Deep Stack à Dublin. Non pas que la stratégie n'avait pas place dans ce tournoi... Bien au contraire. C'est juste que la discussion se baserait sur un plan purement mathématique (avec quelles mains faire tapis quand tout le monde a passé ? Avec quelles mains faut-il passer ? Envoyer le tapis quand quelqu'un a déjà relancé ?), et ce que cela ne m'intéresse guère. Il existe une manière optimale de jouer le poker de tournoi en turbo – je ne pense pas que je prendrai jamais la peine de l'apprendre un jour. Je préfère consacrer mon temps libre à des choses plus intéressantes, comme la lecture quotidienne de WickedChops, où un soixantième matage de The Wire, ou des Sopranos.


Peu avant le départ du tournoi - photo : Seb/Clubpoker.net

Quelques anecdotes de bon aloi, tout de même. A ma première table, mon ami Georges Djen, directeur du magazine Live Poker, quelqu'un que j'apprécie et qui me soutient depuis trois ans. A sa droite, le fils de Jacques Zaicik. Un novice qui a trouvé le moyen de remporter un tournoi de bonne taille au Wynn il y a quelques mois. Georges m'a fait bondir de ma chaise durant la première heure, trouvant le moyen de sur-sur-relancer pour 4,600, lui laissant juste 3,000 restant. L'action revient à Mini-Zaicik qui envoie tapis, et Georges, archi-commit, jette, et montre une paire de Rois, persuadé de jouer contre une paire d'As. « Pour un joueur de cercle, c'est normal », commente Ludo. « 99% du temps, tu joues contre les As dans cette configuration. » Évidemment, Mini-Zaicik a montré As-Roi à pique. Un peu plus tard, Mini-Zaicik me met un petit bad-beat avec 7-2, faisant tomber mon tapis à dix blindes (le pot n'était pas relancé, il était de grosse blinde, et bat mon As-Valet, les tapis partent sur le flop A-7-4) Je récupère l'argent un peu plus tard avec Roi-Dame contre sa paire de cinq.

Après, mon ami Ludovic « Cuts » Lacay arrive à la table avec un gros stack. Malgré tout, je suis content. Pendant ce court moment, je peux partager une certaine camaraderie en étant assis à la même table qu'un pro, brisant la barrière journaliste/joueur qui marque habituellement nos rapports. Plutôt que d'écouter patiemment les joueurs durant la pause, je peux raconter les mains que j'ai jouées, et on m'écoutera. Je peux demander un ou deux tuyaux, et on me répondra.

Notre table casse et je me retrouve assis en face de François Tardieu, légendaire joueur de backgammon et meilleur pote d'Arnaud Mattern. Un matheux qui a passé des heures à étudier son poker, les pourcentages, les stats, etc. Un bagage technique primordial pour réussir dans un tournoi à structure rapide. François relance régulièrement, et toujours au bon moment. Il accumule les blindes et ante sans jamais montrer ses cartes, et avant que l'on ait eu le temps de s'en rendre compte, il a doublé son tapis sans jamais aller au flop. J'observe la scène avec frustration, sachant que c'est exactement ce que je devrais faire, mais n'ayant aucune idée des mains et positions à adopter. Bien sur, je ne suis pas complètement paumé non plus, et saisis toutes les occasions évidentes qui se présentent à moi pour envoyer mes dix blindes. C'est dans les moments plus subtils, avec des mains plus casse-gueule, que j'ai clairement manqué des occasions. De toutes petites erreurs de jugement qui coutent cher au final.

Mis à part Tardieu et quelques autres, les participants au tournoi sont catastrophiques. De par leur niveau de jeu, bien entendu, ce qui ne me pose pas de problème, et est tout à fait souhaitable. Mais aussi et surtout par leur comportement, allant de fatiguant à carrément insupportable. Je ne pourrais jamais devenir un joueur régulier de cercle ou de casino en France. Je péterais un plomb et finirais par devenir comme les tristes sires qui hantent ces endroit 24 heures sur 24. Il y a ceux qui commentent chacun des coups qu'ils ont joué, et évidemment ils ont tout le temps joué parfaitement, hein. J'ai vu des centaines d'erreurs de commises en quelques heures à peine, mais aucune n'a été relevée par ces petits génies. Bon, ça c'est pas encore trop grave, je monte le son de l'I-Pod et je suis tranquille. Là où je commence à m'énerver, c'est quand j'observe des cas de collusion, mineure, certes, mais bien réelle (les deux blindes qui s'entendent pour checker jusqu'au showdown parce qu'ils ont une main « pas terrible ») où des connards manquant de respect aux croupiers. Décidément, le milieu du poker français amateur et semi-professionnel (une autre manière de qualifier un joueur perdant) souffre de gangrène. « Moi, je vis ça tous les jours. Ça use. », me confiait hier un de mes amis professionnels parisiens. Quand Benyamine avait expliqué que l'une des raisons qui l'avaient fait quitter Paris pour Vegas était la mauvaise ambiance dans le poker amateur français, beaucoup s'étaient étonnés. Bien entendu, le meilleur joueur français du monde ne faisait pas référence aux passionnés, aux fans, aux animateurs de clubs et aux milliers de participants au France Poker Tour. Non, il avait en tête les zombies qu'il croisait tous les jours dans les cercles de la capitale, les escrocs, les raccrocs et les clochards, jamais de bonne humeur, toujours fâchés avec quelqu'un, coincés à vie dans leur costume sale de joueur de poker perdant. Une situation qui, certes, se retrouve chez d'autres nations majeures du poker, mais à une échelle infiniment plus réduite. Jamais à Vegas je n'ai ressenti cette fatigue qui m'envahit rapidement lors que je m'assois à une table de cash-game low-limit en France. Les joueurs sont peut-être un poil meilleurs, mais c'est le prix à payer pour jouer dans des conditions agréables.

On ne choisit pas ses joueurs, et c'est pour ça que malgré tout cela, je dois tirer un coup de chapeau au groupe Partouche pour l'organisation sans faille du tournoi. La salle accueillant l'épreuve est superbe, le personnel compétent (je ne suis pas peu fier de voir mon petit frère – 22 ans – exercer avec célérité son métier de floor manager appris sur le tas), et nous fumes très bien accueillis par les huiles du groupe, des gens d'une correction exemplaire. On peut critiquer la structure des satellites pour le PPT pour ce qu'elle est : pas terrible du tout. Mais après tout, elle est publiée longtemps à l'avance, et les joueurs ont le choix de ne pas disputer le tournoi si celle-ci ne leur plaît pas.

Lundi : saut de puce vers Monte Carlo. La vraie folie commence avec le plus gros festival de poker jamais organisé en Europe. 1,000 joueurs pour le Main Event à 10,000 euros et douze side-events au prix d'entrée allant jusqu'à 25,000 euros. J'aurai des tas de choses à suivre, et des tas de gens importants à voir.


La vue depuis la chambre du sixième étage que j'ai partagé avec Cuts au Palais de la Méditéranée, excellent hôtel situé sur la Promenade des Anglais

samedi 25 avril 2009

Sun It Rises

San Remo, 2 heures 30. Tout en haut de la colline, surplombant la méditerranée, le Grand Hotel & Des Anglais (quel nom ridicule) est complètement déserté. Pas un bruit à cent mètres à la ronde, juste le bruissement du ressac au loin. Je crois que je suis le dernier client de l'hôtel. J'erre à travers les couloirs haut de plafond au style Renaissance en me demandant si l'unique employé qui m'a remis les clés, assis derrière le comptoir de l'accueil, n'était pas un fantôme.

L'European Poker Tour italien est terminé. Joueurs, organisateurs, médias : presque tous les membres de notre petite famille ont quitté la ville. Je suis resté... Pour une fois, je n'ai pas été obligé de m'enfuir à l'aube dès le lendemain de la conclusion du tournoi, titubant et encore à moitié endormi à la poursuite d'un avion qui me ramène à la maison. Avec la Grande Finale de l'EPT qui démarre dans trois jours à Monte Carlo, à cinquante kilomètres de San Remo, aucun intérêt à rentrer à Londres.

C'est tellement agréable de pouvoir traîner un peu, prendre le temps de ne rien faire, se reposer après six journées de boulot pour le moins stressantes. Aujourd'hui, je n'ai pas mis le réveil, et ai émergé bien après midi, la tête encore dans les vapes après la soirée de la veille. J'ai rejoint la petite troupe de collègues encore en ville au très classe hôtel Royal, où logeaient la plupart des qualifiés et employés de PokerStars. Au programme : neuf trous sur un parcours de mini-golf des plus vétustes. Howard et Owen ont réalisé le meilleur score. Après un départ catastrophique, j'ai réussi à rattrapper mon retard sur les derniers trous pour prendre la troisième place devant Lina, Mad et Marc. C'était du grand n'importe quoi, la balle partait dans tous les sens, rebondissant sur le bitume défoncé pour aller se coincer dans des touffes de mauvaises herbes.



Après, on a squatté la terrasse devant la mer pendant ce qui m'a semblé être des heures. Les sujets de conversations furent variés, allant de la meilleure attitude à adopter sur un champ de bataille (faire le mort), au style de jeu de Madeleine lors du tournois médias (l'Omaha High-Low serait sans doute plus adapté si elle persiste à vouloir jouer les As faibles) Tous les restaurants sont fermés l'après-midi, mais Thierry Van Den Berg et Danny Ryan nous ont conseillé une adresse ouverte 24 heures sur 24. Il fait beau, on mange bien (moules marinières et penne carbonara en ce qui me concerne), et le reste de l'après-midi s'éclipse sans que l'on ait le temps de s'en rendre compte. De retour à l'hôtel, on s'installe autour d'une table du lobby pour quelques Sit n'Go. Une journée paisible.

L'EPT italien s'est mieux terminé qu'il n'avait commencé, tout du moins pour moi. Les deux dernières journées du tournoi étaient couvertes par les équipes télé de l'EPT Live, et j'étais comme d'habitude au poste pour assurer les commentaires en français. Soulagement : finies les batailles avec la connexion internet défaillante et le bordel général dans la salle, tout ce que j'ai à faire, c'est m'assoir en régie devant les écrans de contrôle et parler dans un micro. Ce fut l'une des meilleures fin de tournoi auxquelles j'ai eu l'occasion d'assister depuis longtemps : pas un temps mort, pas un moment d'ennui, juste de l'action dans tous les sens, et des personnalités intéressantes autour de la table télévisée. J'ai accueilli au micro quelques uns de mes invités préférés : Guillaume Cescut, Cuts, Antony, Davidi Kitai... Il y a aussi eu David Poulenard de MadeInPoker, venu s'essayer à l'exercice pour la première fois (verdict : favorable, merci d'être venu, David !), ainsi qu'Isabelle Mercier et Benjamin « MagicDeal » Pollack. J'avais plus de soutien que je n'en avais besoin, rien à voir avec la solitude de Dortmund il y a un mois.

La régie était installée dans le théâtre du casino, avec les huit postes correspondant aux huit langues de l'EPT Live placés en arc de cercle sur la scène. Une installation assez esthétique, et bien plus confortable que ce à quoi nous avons été habitués dans le passé. En finale, aucun joueur médiatique, aucun grand professionnel, mais cela n'a pas nui au spectacle, bien au contraire. Constant Rijkenberg, jeune néerlandais de 20 ans, est sans doute le champion EPT le plus énigmatique à avoir été couronné lors de la saison. Là où les précédents tournois nous avaient offert des vainqueurs excellents mais conventionnels dans leur style de jeu, je veux dire par là d'une solidité à toute épreuve (Seb Ruthenberg, Michael Martin, Moritz Kranisch, etc), Constant Rijkenberg a étonné par son agression sans limites, qui a donné lieu à quelques éclairs de génie de sa part, mais aussi à de mémorables plantages. Une sorte de Stu Ungar, que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer de son vivant, mais dont Doyle Brunson avait commenté la première victoire aux championnats du monde en 1980 avec ses mots : « Si Stu avait jamais eu une top paire battue druant le tournoi, il aurait sauté aussi sec ». Ici, ce fut un peu la même chose : Rijkenberg a écrasé la table en remportant tous ses coups avec parfois beaucoup de réussite, certes, mais il a écrasé la table quand même, avec brio, et ça, tout le monde n'a pas les couilles de le faire quand il y a autant d'argent en jeu.



Des rumeurs bizarres ont circulé sur le vainqueur durant les deux derniers jours de l'épreuve... Untel disait qu'il avait vendu plus de 100% de son action – ce qui signifierait qu'il n'aurait pu réaliser un profit qu'en étant éliminé AVANT de rentrer dans les places payées, et donc qu'il s'est mis dans une belle merde en remportant les 1,5 millions d'euros de la première place. Un joueur qui reverse 25, 50, voire 75% de ses gains à des investisseurs, c'est courant. Se faire sponsoriser à plus de 100%, c'est déjà plus rare, et réservé à une certaine catégorie d'escrocs – la légende dit que TJ Cloutier est un grand coutumier du fait. Si vous voulez mon avis, cette histoire, c'est du bidon – Rijkenberg n'a vendu que 50% de son action, comme la plupart des joueurs se faisant sponsoriser par des investisseurs privés. Mais cette rumeur trouve peut-être sa source dans une autre, qui dit que le hollandais aurait trouvé des sponsors pour jouer Dortmund le mois dernier, mais aurait décidé à la dernière minute de ne pas jouer le tournoi, empochant l'argent au passage. Des bruits de couloirs étranges qui font gonfler le mystère de ce jeune joueur – encore broke il y a six mois - qui n'a jamais joué sur internet, préférant pourchasser les parties privées high-stakes à travers le monde. Etoile filante destinée à s'éclipser rapidement, ou futur grand au talent encore brut ? Le temps sera le meilleur juge de Constant Rijkenbeg, comme l'a très justement dit Greg Raymer au micro de l'EPT live : on verra s'il est encore là dans un, deux ou cinq ans.

L'action furieuse observée durant la seconde moitié du tournoi a donné lieu a des journées courtes, libérant les joueurs et médias en début de soirée. Un changement bienvenu par rapport à certaines épreuves récentes qui se sont prolongées tard dans la nuit. Il y a eu quelques soirées mémorables. Certaines tout à fait normales, comme ces charmants moments passés en terrasse en face du casino avec Jason Mercier et ses potes américains, des types adorables avec qui le courant est très bien passé une fois dissipées leurs premières inquiétudes (ces ricains, ils s'imaginent toujours que les français les détestent) Il y a aussi eu des soirées franchement bizarres, comme celle où le hasard m'a amené en terrasse d'un strip-club en compagnie de deux collègues de sexe féminin et une quinzaine d'italiens braillards ne parlant pas un mot d'anglais – si vous savez additionner un et un, vous devinerez que l'on y a pas fait de vieux os, mais je demande encore ce qui a poussé l'une des deux collègues en question à vouloir s'asseoir pour « un dernier verre » avec ce tas de viande saoule. Une scène hilarante mais absolument dégoutante s'est produite quand je me suis aventuré à l'intérieur de l'établissement pour pisser un coup. Pauly aurait adoré. Les strip-clubs, on s'en est rendu compte, sont les seuls établissements de la ville à rester ouverts après deux heures du matin. Ce qui limite considérablement les options quand tout ce qu'on cherche, c'est passer un bon moment et boire quelques verres avec ses amis, et non se faire attraper l'entrejambe toutes les deux secondes par des cocaïnomanes siliconées de 21 ans.

Rideau sur San Remo... La deuxième partie de mon périple commence mardi à Monte Carlo, où se tient la dernière étape EPT de la saison. J'aurais pu faire des tas de trucs durant les quatre jours de temps libre entre San Remo et Monte Carlo : parcourir le nord de l'Italie en voiture, prendre le train jusqu'à Rome ou Florence, passer quelques jours à Menton où Roquebrune, là ou j'ai passé la plupart de mes étés d'enfance. Mais non. Entre toutes les choses que j'aurais pu faire après avoir vécu dans un casino durant six jours, et avant de recommencer exactement la même chose dans un autre, j'ai choisi de... jouer un tournoi de poker. A Nice, pour un satellite à 1,000 euros qualificatif pour le Partouche Poker Tour. Avec Davidi, Cuts et Pollack, on s'est mutuellement motivés le dernier soir, n'ayant rien de prévu de particulier avant d'aller à Monte Carlo. Je n'ai pas eu de mal à trouver de généreux sponsors, et je disputerai le tournoi en quasi-freeroll, finançant le reste de l'entrée avec mes gains du tournoi médias remporté en milieu de semaine (ben oui, qu'est-ce que vous croyez, çà m'arrive de chatter aussi) Un train pour Nice m'attend dans quelques heures : j'arriverai au casino juste à temps pour m'assoir à la table. Un reportage est prévu sur ClubPoker.net : peut-être qu'on y donnera de mes nouvelles de temps à autre. Sinon, je reviendrai bien sur ici pour raconter mon expérience. Niveau structure, on est loin de mes chers deep-stack irlandais, mais les joueurs seront en principe très faibles pour la plupart, en espérant que je ne me retrouve pas à jouer contre un Cuts ou un Mattern. Quoique, quand on y songe, cela ne me déplairait pas non plus. Après tout, quitte à jouer un tournoi tous les six mois, autant que l'expérience sorte de l'ordinaire en affrontant des bons joueurs.

mardi 21 avril 2009

Anger Management

San Remo, 12h08. Pour une raison inexplicable, notre hôtel s'appelle « Grand Hotel & Des Anglais », ce qui ne veut absolument rien dire, que ce soit en français, en anglais ou en italien. C'est comme si ils n'avaient pas su choisir entre deux noms, alors ils ont opté pour les deux en même temps. Comme tous les hôtels de la station balnéaire, l'établissement est classe mais vétuste. La dernière rénovation doit dater des années 70. La cabine de douche est plus petite que le placard, le matelas grince et pour le petit déjeuner, mieux vaut ne pas être affamé. Mais qu'importe : j'ai une vue imprenable sur la méditerranée.

Vendredi matin, je retrouvais Yuestud à l'aéroport de London City. J'avais passé la journée de la veille à préparer mon voyage de quatre semaines. Coiffeur, pressing, lessive, repassage, détour chez l'épicier. J'ai emporté le strict minimum, soit un tas de fringues et mes outils de travail, et ma valise est quand même pleine à craquer.

A la porte d'embarquement, des visages familiers : Marc et Megan de PokerStars, Neil le photographe, et mes deux bloggeurs favoris Howard et Stephen. Le champion du monde en titre Peter Eastage nous rejoint – il s'est installé à Londres après sa victoire, histoire d'éviter une facture d'impôts douloureuses avec le gouvernement danois. Le vol passe en coup de vent, à l'exception de cinq minutes de turbulences où l'avion est secoué dans tous les sens. Chacun des passages est livide, pétri d'horreur, à l'exception de deux gamines hilares sur la rangée devant nous. Elles sautent presque de joie : « Encore ! Encore ! »

Roquebrune, Menton, Vintimille... Les gares défilent, et après deux trains et environ une heure de trajet, nous arrivons à San Remo. Je m'installe à l'hôtel. J'ouvre la fenêtre. Le temps est superbe, et je me dis, ce séjour commence bien : j'ai été épargné des bad-beats habituels qui me tombent dessus à presque chaque voyage, et j'ai encore toute la soirée devant moi. Soirée qui sera consacrée à la fête d'avant-tournoi, où je retrouve tout le beau monde habituel. Les boissons sont gratuites, et j'ai à ma disposition quantité de breuvages divers et variés pour me mettre à l'envers proprement. Cependant, je m'abstiens, car ce n'est pas une chose convenable à faire à la veille d'un tournoi qui va durer six jours. Je m'éclipse peu avant une heure du matin, encore relativement sobre, escortant l'équipe de bloggeurs d'un célèbre site leader du marché – eux ont clairement dépassé la dose prescrite, et quelques scènes cocasses surviennent durant le trajet à pied jusqu'à l'hôtel.

Le lendemain, je me réveille en pleine forme. Cela fait un mois que je n'ai pas couvert de tournoi, depuis Dortmund, : je suis prêt. Après une marche le long de la digue – où apparemment, le sport local pour les vieux riches est de s'y balader avec une fille de vingt ans au bras - j'arrive au casino avec deux heures d'avance, et c'est à peu près à ce moment que ma bonne humeur s'éteint. Les nuages se pointent à l'horizon. D'ici peut, il pleuvra des cordes. Tout le reste de la journée ne sera qu'une longue et douloureuse souffrance de tous les instants.

A l'accueil, l'incompétence des employés italiens de PokerStars, débordés devant une file d'attente d'une dizaine de journalistes, me fait attendre une bonne vingtaine de minutes sans aucun résultat, jusqu'à ce que je croise Hilda, qui me sauve la vie en me donnant immédiatement mon badge. La salle de presse est petite et encombrée : la promiscuité est de mise autour des petites tables en bois installée pour les 70 et quelques représentants des médias. Comme j'allais rapidement m'en rendre compte, à ma grande frustration, PokerStars est loin d'avoir effectué le ménage que j'espérais. Tandis que mon pote Maanu de Poker770 s'est fait refuser son accréditation pour des raisons qui restent floues, la ribambelle de pseudo-journalistes est toujours là en nombre, incompétents et pour la plupart ignorants des règles élémentaires de comportement durant un tournoi (et vas-y que je prends des photos avec flash à la tronche des joueurs, que je crie et tape dans les mains quand mon pote a gagné un pot, que je bouscule sans ménagement les collègues pour accourir à une table, etc) Et tout ça pour au final publier un travail d'une insondable pauvreté, avec un vocabulaire ne dépassant pas les 50 mots.

On se rend compte très vite que ce n'est pas la connection internet de la salle de presse qui va sauver la journée. Ce n'est pas tant la lenteur de la connection qui pose problème, mais surtout qu'elle ne fonctionne que par intermittence. Je dois rafraîchir les pages 50 fois en moyenne pour arriver à quelque chose. Et comme je suis du genre à poster une cinquantaine de news par jour, vous imaginez la frustration. En plus, un bug bizarre fait que j'ai des difficultés à accéder au serveur Winamax pour télécharger les photos et publier les articles. Je crois que c'est du à la loi italienne concernant les jeux en ligne, mise en application il y a quelques mois (et auxquelles la loi française va beaucoup ressembler). Tous les sites de jeux n'ayant pas demandé de licence en Italie – dont Winamax - sont bloqués (Bizarrement, si le logiciel est DEJA installé, tout marche sans problème : j'ai testé Winamax, Full Tilt et PokerStars, et ai pu lancer des tables en toute tranquillité)

Bref, je perds un temps précieux avec toutes ces difficultés techniques, ce qui ne pouvait arriver à un pire moment car à l'intérieur de la salle du tournoi, c'est l'effervescence. Le poker italien est en plein boom (peut-être que l'ouverture du marché en France aura du bon, après tout), et ce sont pas moins de 444 joueurs du cru qui vont prendre le départ de l'épreuve, un départ comme d'habitude étalé sur deux jours. Au total, 1,178 joueurs se sont inscrits, formant le plus gros EPT jamais organisé, si l'on excepte celui des Bahamas en janvier. Presque 600 joueurs sont au départ de chaque journée, dont une cinquantaine de joueurs français. Trois salles remplies à craquer, ne laissant que peu d'espace entre les tables, provoquant d'innombrables bousculades entre collègues, croupiers, superviseurs, joueurs, touristes qui passent par là. Le casino, bien qu'il soit relativement vaste, est clairement trop petit pour accueillir un tournoi de cette envergure. Un problème de plus en plus préoccupant, surtout en Europe (cf les casinos de Londres, Barcelone, Varsovie...) Le futur des tournois de poker de grande envergure réside dans les salles de conventions et spectacles.

En résumé : ce périple de quatre semaines commence bien. Trois jours de pétage de plomb permanent. J'ai l'impression d'être là depuis une éternité. Et ce n'est pas fini. La quatrième journée du tournoi va commencer aujourd'hui mardi. Ils ne sont plus que 125, et l'on va bientôt entrer dans l'argent. Parmi les français, Arnaud Mattern et Alexia Portal représentent le Team Winamax. Arnaud est au top-niveau, et je croise les doigts pour qu'il puisse continuer son parcours jusqu'en table télévisée (ce serait la première de sa carrière) Une vraie star est encore en course parmi les tricolores : Bruno Lopes, plus connu sous le pseudonyme de Kool Shen, joviale moitié du duo NTM et vrai fan de poker. J'aimerais bien l'avoir au micro de l'EPT live cette semaine où à Monte Carlo.

Pendant ce temps, à Las Vegas, la finale du World Poker Tour bat son plein au Bellagio. Pour la deuxième année consécutive, les chiffres de la participation sont en baisse. Si, de notre côté de l'Atlantique, on a pas de mal à trouver 1,000 pékins pour disputer un tournoi à 5,000 euros, là bas ils ont peiné pour arriver à 350 joueurs. Il faut dire que c'est l'un des tournois les plus chers du circuit, à 25,000 dollars l'entrée. Les joueurs récréatifs ont réduit leur budget, les satellites ont tourné à un rythme plus lent que les années précédentes, les side-events n'ont pas attiré grand monde. Résultat, seuls les joueurs avec les plus grosses bankrolls sont présents, donnant un field extraordinaire. J'ai couvert la finale du WPT en 2007 et 2008, et c'est un crève coeur que de ne pouvoir y être cette année. Je me console en lisant le magnifique reportage de mes amis Ed et Marty sur PokerListings.

Un chouette type qui s'en va, frappé sans crier gare par la maladie à 28 ans : repose en paix, Justin Shronk. Ton humour pince sans rire va nous manquer aux WSOP.

vendredi 17 avril 2009

Farväl


La salle de jeux online PokerRoom a fermé ses portes cette semaine, après avoir opéré durant dix ans, une longévité largement suffisante pour lui conférer un statut de dinosaure dans cette industrie. Point de banqueroute ici, juste le point final d'une longue période de transition entamée en 2006 après le rachat de la boîte suédoise par les autrichiens de Bwin. Comme tous les clients du site, j'ai reçu ces derniers jours un email indiquant la marche à suivre pour transférer mon compte sur Bwin, qui sera désormais l'unique salle de poker opérée par la boite du même nom. J'ai envie de verser une petite larme sur cette disparition, car mon parcours dans le monde du poker a beaucoup à voir avec cette compagnie. J'y ai fait des rencontres décisives, et noué de fortes amitiés.

C'est en jouant sur PokerRoom que j'ai gagné mes premiers dollars en ligne, il a une éternité de cela, mais surtout, c'est avec eux que j'ai découvert l'industrie de l'intérieur pour la première fois. En 2004, quand Thomas Fougeron m'a invité à l'accompagner à Las Vegas pour le soutenir dans le WPT du Bellagio, c'est sur PokerRoom qu'il s'était qualifié. Fougan était l'un des premiers joueurs français à s'être qualifié online pour un tournoi majeur du circuit. Sur place, j'ai fait connaissance avec deux des employés de la boîte, Thomas Falkenstrom et Lotta Benbom, qui étaient là pour s'occuper de chacun des 17 qualifiés. Et ils ont ma foi réalisé un travail excellent, car nous avons passé une semaine fantastique. On allait dans les meilleurs restos, les meilleures boîtes. On a pris l'hélico pour aller au Gran Canyon, aux frais de la princesse. J'avais à peine 21 ans, je vivais un rêve. J'ai réalisé mon premier reportage, en amateur, fasciné à la vue de tous les champions que je n'avais vus jusque là que sur les DVD du WPT. Je me suis bien entendu avec Thomas Falkenstrom. Un mec brillant. Il bossait pour PokerRoom et OnGame depuis le début, ou presque,depuis leur création par deux étudiants suédois. Thomas faisait partie du petit groupes d'acharnés qui avaient bossé dur pour faire de PokerRoom l'une des salles de poker en ligne les plus importantes du marché. C'était une autre époque, bien avant la domination de Full Tilt et PokerStars.

Trois mois après Vegas, j'étais invité avec Fougan au siège de la boîte, à Stockholm. PokerRoom avait organisé une sorte de mélange entre conférence de presse et journée porte ouvertes pour les médias. J'ai rencontré des dizaines de gens passionnants, ça grouillait d'idées novatrices de partout. J'étais encore à la fac, à ce moment là. Je découvrais un autre monde, excitant, plein de promesses, et peu à peu, je me disais que j'aimerais bien en faire partie. J'ai gardé le contact avec Thomas Falkenstrom, le croisant de temps à autre sur les premiers tournois que je couvrais pour le ClubPoker, toujours en amateur. Avec le temps, il allait devenir une sorte de mentor pour moi, me conseillant quand j'avais des décisions difficiles à prendre, m'empêchant de commettre des erreurs, me guidant dans mon parcours dans l'industrie.

Quelques mois plus tard, Thomas m'appelait pour couvrir les WSOP 2006. La vague du poker battait son plein, le Rio était plein à craquer, toute l'industrie était présente, en pleine forme. C'est là que j'ai rencontré toute l'équipe marketing de la boîte, des types formidables comme Kim Lund, Scott Adams, Lee Richards, ou Dany Willis. Je suivais les championnats du monde pour la première fois, et j'y ai vécu tout un tas d'expériences mémorables, un mélange de dur labeur et de fun extraordinaire. On suivait les joueurs qualifiés de midi à quatre heures du matin dans l'Amazon Room, et l'on partait faire la fête après. Après une semaine, les qualifiés avaient tous sauté, et on ne faisait plus que la fête. Ce fut mon premier reportage payé. En rentrant à la maison, je savais que j'étais prêt à me consacrer au poker entièrement. Parce que j'aimais ce que je faisais, et parce que j'avais noué des tas d'amitiés en cours de chemins. Je me disais que cela valait coup de poursuivre dans cette voie, au moins pour l'aspect humain de la chose.

La sauce a commencé à prendre pour moi, j'ai commencé à voyager plus souvent. Je ne perdais pas de vue les gens de PokerRoom. De temps en temps, je retournais à Stockholm pour rendre visite, ou à Uppsala, au nord, où quelques uns de mes amis habitaient. C'est encore pour PokerRoom que j'ai couvert le WPT de Niagara Falls en octobre 2006. On était en train de contempler les fameuses chutes quand Kim et Lee ont reçu la nouvelle du vote de l'UEGIA, la fameuse loi américaine visant à contrer les sites de jeux en ligne. C'était un moment bizarre. Ils se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés en rentrant en Suède. Finalement, OnGame et PokerRoom ont du, comme tant d'autres, se retirer du marché américain, un coup dévastateur pour leur activité. Couplé au rachat par Bwin, cela faisait beaucoup de remue ménage dans une boîte qui avait grossi tellement vite, et certains ne s'y retrouvaient plus. Kim et Lee ont choisi de conserver leur job, faisant face à de nombreux changements de management à l'étage du dessus. Le turn-over a été très important : pas mal d'autres de mes amis ont préféré changer d'air, partant travailler pour d'autres salles online, ou changeant complètement de secteur, à l'image de Thomas, parti travailler dans le jeu vidéo chez Electronic Arts après un passage chez Svenska Spel, les casinos de l'Etat suédois.

En 2007, j'ai continué de collaborer de temps à autre pour PokerRoom, rédigeant quelques compte rendus de tournois, me rendant deux fois à Stockholm pour discuter de projets futurs avec Kim et un nouveau venu, Tobias. Des projets qui n'ont pas abouti. Ils voulaient me confier de grosses responsabilités, et je ne me sentais pas à la hauteur du challenge. La boîte avait changé, et j'avais tellement de choses à faire par ailleurs. Depuis, je reste régulièrement en contact avec OnGame, le réseau dont Winamax fait partie. On se croise encore par ci par là, au gré de nos voyages respectifs.

Alors, PokerRoom s'éteint aujourd'hui, et avec eux s'en vont une certaine conception du business. Un esprit pionner, fun, en dehors des marges. A tous les gens que j'ai croisé durant cette aventure, je dois une fière chandelle, et je suis fier d'avoir apporté ma modeste contribution à leur travail.

lundi 13 avril 2009

Ouh la la, Kara


La présentatrice télé, journaliste, animatrice radio, joueuse de poker, et invitée favorite de l’EPT live en français Kara Scott vient de réaliser un incroyable exploit en terminant en seconde place du plus vieux tournoi de poker d'Europe, l’Irish Open.

Cela ne pouvait pas arriver à quelqu'un de plus charmant et de plus sympathique. Débarquée à l'EPT en septembre 2007 pour remplacer Nathalie Pinkham au poste de présentatrice, Kara est rapidement devenue l'une des figures les plus appréciées du circuit, grâce à son sourire et sa bonne humeur légendaires. J'ai souvent eu l'occasion de passer de bons moments avec elle, pendant et en dehors des parties. En plus d'être très competente quand elle exerce son métier principal, Kara a prouvé qu'elle savait aussi se débrouiller cartes en mains. Au Main Event des WSOP 2008, elle a atteint une plus qu'honorable 104ème place (sur 6,844 !), pour ce qui fut l'une de ses rares apparitions assise à la table.

Née au Canada, mais anglaise de cœur après son expatriation il y a dix ans, Kara a battu 698 joueurs à Dublin au cours de quatre jours de combat (le premier sortant lors du Day 1 n'ayant été autre que son compagnon, un certain Brian Townsend), avant de finalement chuter sur la toute dernière marche, remportant au passage la rondelette somme de 312,600 euros.

Pas de honte à avoir cependant, puisque le champion n’est autre que le suédois Christer Johansson, un vétéran du circuit détenteur d’un titre WPT obtenu à Paris en 2003.

Kara avait commencé le tête à tête final avec une longueur d’avance sur le suédois, mais ce dernier a pris l’avantage dès la première main du heads-up en trouvant un full chanceux sur la rivière contre la (probable) over-paire de Kara. L'expérience de Johansson a ensuite prévalu durant la suite du match.

Quoi qu'il en soit, victoire ou pas, c'est une excellente semaine pour nous autres membres de la petite famille des médias du poker. Il y a trois jours, mon ami Chris Hall de Blonde Poker prenait la troisième place d’une épreuve de Omaha High-Low dans les SCOOP de PokerStars, bon pour un gain de 33,000 dollars. Nous passons la plupart de notre temps à couvrir des mecs en train de jouer aux cartes pour des sommes astronomiques, observant stoiquement les millions passer d'une main à l'autre. C'est toujours un immense plaisir quand l'un d'entre nous quitte le banc de presse pour s'assoir à la table et lui aussi rafler le gros lot.

Photo (c) PaddyPowerPoker

samedi 11 avril 2009

Tiny Dancer

Vendredi 3 avril, 13h25. Dans un train, quelque part au beau milieu de l'Angleterre. Côté fenêtre, je regarde le paysage défiler à vitesse grand V. A côté de moi, Tallix rattrape sa nuit blanche. Sur la rangée de devant, Johny consulte les cours de la bourse sur son Iphone. On a été faire un tour au wagon restaurant. Sur le chemin, on a croisé une faune de fêtards divers dans les autres voitures. Cannettes de 50 centilitres un peu partout. Jeux à boire variés. On a même observé un sit'n'go fortement alcoolisé entre des écossais à l'accent d'une autre planète. Les trains de la British National Rail sont équipés de prises électriques et d'une connection WiFi gratuite. Génial. Cependant, j'ai eu toutes les peines du monde à réussir à me connecter, et dix minutes plus tard, je perdais le signal tandis que je misais le pot avec une paire de neuf sur le flop 5-3-2. Tant pis. A la place, je vais bloguer un peu. J'ai eu quelques difficultés à écrire, ces derniers temps. Une combinaison bien connue de procrastination (« je m'y mets demain, juré ») et d'angoisse de la page blanche (« merde, je bloque après une phrase »). Mais comme le dit Pauly, « l'angoisse de la page blanche, ca n'existe pas, c'est l'excuse des feignasses. » Alors, au boulot, bordel.

J'ai la bougeotte, en ce moment. J'ai envie de voir du pays, profiter au maximum de mes week-ends libres, car ils vont se faire rares dans les mois qui suivent. Aucune envie de moisir à la maison le samedi et dimanche, pour revenir tout morose au bureau le lundi. Étrange, me direz-vous, qu'un voyageur expérimenté comme moi aie encore envie de s'échapper entre deux reportages. Et c'est vrai que durant les quatre semaines qui arrivent, je vais me rendre en succession à San Remo, Monte Carlo, Venise et Paris pour couvrir les derniers tournois européens majeurs de la saison. Beaucoup de voyages, d'aéroports, de trains, de taxis, de valises à traîner et de destinations ensoleillées... Mais très peu de temps libre en prévision, en fait. Boulot, boulot, boulot. Si je veux profiter, c'est maintenant, ou pas avant août, puisqu'après avoir couvert tous ces tournois, il sera déjà temps de partir pour Vegas. Nous ne sommes qu'à cinquante jours du départ des WSOP.

La semaine dernière, je passais le week-end en Espagne, à Sitges, chez Madeleine, mon amie de longue date chez PokerStars. Trois journées calmes, où je n'ai rien fait à part boire des coups dans des bars, manger de la charcuterie catalane, prendre des drogues, regarder la télé, et dormir sur la plage. Et j'ai aussi battu tous les amis de Mad au poker, si bien qu'ils m'ont supplié de quitter la table pour pouvoir jouer tranquille. Il a fait beau une journée, il a plu le lendemain, et gris le jour d'après. Pas terrible, mais j'ai su m'en contenter.

Et cette semaine, me voilà en route vers l'Écosse. La Grande-Bretagne est une petite île, quand on y pense. Depuis Londres, nous ne sommes qu'à quatre heures de train d'Edinburgh. Je n'ai jamais visité l'Ecosse. J'ai proposé à mes colocataires de m'accompagner. Ils n'ont pas été difficiles à convaincre, leur emploi du temps de chômeurs joueurs professionnels leur offrant pas mal de liberté. Moi, je me suis contenté de prendre une journée de congé, histoire de prolonger un peu le séjour. J'ai reservé un hôtel en centre-ville, et contacté des amis du coin, les barjots de SikTilt, on devrait les retrouver un soir pour boire un verre.

*****

Déjà trois semaines que l'EPT de Dortmund s'est achevé, et c'est à peu près le temps qu'il a fallu pour m'en remettre. Quelle teuf', les amis. Le denier jour, j'étais encore bourré en me levant, la tête cabossée et les yeux tout collés. J'étais encore bourré au petit dej', et dans le taxi vers l'aéroport. J'étais encore bourré au décollage de l'avion depuis Dusseldorf et à l'atterrissage à Londres. Et bien entendu, j'étais encore bourré en arrivant à la maison. Oui, on s'est bien amusé, ça faisait longtemps. Ça s'est passé comme à chaque fois : l'étape la moins sexy du circuit européen s'est révélée de loin la plus fun. Chaque année depuis trois ans, on se rend tous à Dortmund en trainant des pieds, et au final, on est tous très content d'y avoir été. Je sais pas à quoi c'est du.

La semaine avait commencé de manière tout à fait classique, pourtant. Une salle remplie de joueurs, dont quelques français, et le Team Winamax en petit comité. Comme d'habitude. Des journées de douze heures, faites d'aller et retour entre la salle de presse et les tables. Comme d'habitude. Photos, récits de coups plus ou moins intéressants, des vannes débiles. Comme d'habitude. Le soir, vingt minutes de taxi entre le casino et l'hôtel. Debriefing avec Yuestud et Junior. Et ainsi de suite. Avance rapide jusqu'au quatrième jour de l'épreuve : il ne reste plus que 32 joueurs et la retransmission en direct démarre. Tous les français ont sauté (Almira réalisant le meilleur résultat tricolore, et son premier cash à l'EPT), et je n'ai absolument personne pour commenter l'action avec moi. D'ordinaire, je n'ai jamais de mal à trouver un partenaire pour m'accompagner, mais c'est de Dortmund qu'il s'agit ici, et tous mes réguliers ont quitté la ville depuis longtemps, pour retrouver des cieux plus accueillants. Le pire bad-beat possible pour une retransmission : je suis tout seul au micro, en train de parler à moi-même. Un monologue. C'est donc les yeux embués de larmes de gratitude que je vois Nicolas Levi entrer dans la régie. L'homme au chapeau est venu en sauveur, trainant ses bagages derrière lui : son avion ne décolle que tard dans l'après-midi. Nico va rester au micro jusqu'à la dernière minute, prenant le risque de rater son vol. Nico, je t'aime. Plus tard, ElkY prend sa place pour deux heures et après son départ, je me retrouve seul à nouveau, mais pas pour très longtemps : à minuit, on tient la table finale, après seulement neuf heures de retransmission. Tout va bien.

Le soir, je me retrouve, je ne sais trop comment, dans une chambre d'hôtel du Hilton remplie de joueurs de poker. Je crois que c'est Madeleine qui m'a emmené, ou Hilda de PokerStars, je ne sais plus. Le mini-bar est bien entamé, des cigarettes au goût bizarre circulent, et la chambre est trop petite pour accueillir tout ce beau monde : mon pote de longue date Ramzi Jelassi, Michael Tureniec, Danny Ryan, Lina, et un des finalistes.... L'excellent William Thorson. Je n'avais jamais eu l'occasion de faire la connaissance du suédois, découvert en 2006 aux WSOP. Mais il n'aura fallu que cinq minutes pour que l'on devienne amis pour la vie, quand William a titubé vers l'ordinateur en annonçant : « Fermez vos gueules, je vais mettre ma chanson préférée », et que, forcément, c'était ma chanson préférée aussi. Don't... stop... believing. Hang on to that feeling !

On a terminé tard, et je commence le direct de la finale avec la voix enrouée. Cette fois-ci, je suis tout seul. An army of one. D'autant plus dommage que la finale est d'excellente facture, avec Luca Pagano, le Thorson suscité, l'allemande Sandra Naujoks, le champion en titre Mike McDonald et le vétéran Johan Strorakers. En milieu d'après-mid, Kara Scott me sauve en prenant l'antenne en anglais pour dix minutes qui en ont valu cent. Et à vingt heures, mon pote de longue date Ramzi honore sa promesse alcoolisée de la veille et vient prendre place deux heures. Pour une fois, je ne reçois pas de mails d'insultes pour avoir invité des invités non francophones. De toute façon, c'était ça ou rien du tout.

A 22 heures, on tient un gagnant. Une gagnante, plutôt : Sandra Naujoks, une joueuse relativement nouvelle sur le circuit, que j'avais aperçue pour la première fois en septembre dernier à Londres, et dont le niveau de jeu m'avait jusque là moins impressionné que la plastique. L'allemande devient la première nana à remporter un EPT depuis Vicky Coren en 2006. Un accomplissement de taille confirmant l'excellente santé du poker teuton, avec trois titres EPT depuis le début de la saison.

Le meilleur était à venir, après le tournoi : le casino avait organisé une fête pour tous le staff. Je n'étais pas sur la liste, mais suis rentré sans problème en passant par la terrasse réservée aux fumeurs, située à trois mètres de la porte d'entrée. Les vigiles étaient fermes dans leur tenue de l'entrée, mais n'avaient aucun problème à voir tous les refoulés s'incruster par derrière. Amusant. A l'intérieur, tout le monde enchaînait les cocktails comme s'il n'y aurait pas de lendemain : après une semaine de boulot, la pression pouvait retomber.. Sur le podium, un groupe jouait des reprises métal des années 70 et 80. Poison, Kiss, Motley Crue, ce genre de trucs. Le thème de la soirée, c'était "Dusk Till Dawn", le film de Tarantino. Cracheurs de feu et danseuses à serpent sur le podium. Quand les premières notes de « Rock n'Roll » ont retenti, j'étais déjà parti très loin, et si c'eût été Jimmy Page et Robert Plant en face de moi sur la scène, je n'aurais pas fait la différence. La suite se déroule en accéléré : à nouveau, je me retrouve au Hilton très tard, dans une chambre non identifiée. Thorson a déjà oublié son élimination en septième place. Moi, je tombe malade. Je cours dans ma chambre à l'étage du dessus... Je redescens... Je recommence le manège deux fois... Trois fois.... Je jette l'éponge. Je flotte encore quand je me réveille le lendemain.

La galère pour sortir de Dortmund... surtout dans cet état. Avec Hilda, on prend un taxi vers un autre hôtel, en plein milieu de la forêt, ou une navette est censée amener le staff de l'EPT vers l'aéroport de Dusseldorf, à soixante kilomètres de là. Quand on arrive, la navette est déjà partie, et Madeleine s'est pointée à un autre hôtel portant le même nom. On refait tout le chemin en sens inverse, on attrape Mad et on revient en ville pour attraper Madeleine au vol. Pendant les soixante minutes de trajet, on évoque Almost Famous. L'un de mes films préférés. Hilda dit qu'on devrait le réécrire pour l'adapter à notre univers. Pas une mauvaise idée. Je n'écris pas pour Rolling Stone Magazine, et je n'accompagne pas Led Zeppelin en tournée, mais cela ne m'empêche pas de me reconnaître dans ce film et son personnage central déraciné, embarqué dans une folle aventure, d'hôtels en avions, d'avions en taxi, vivant comme une rock star mais se demandant toujours s'il va arriver à écrire son histoire... A l'aéroport, tout le monde est déjà là. Visages fatigués, mais souriants. On est une bonne cinquantaine à prendre le même avions. Techniciens, journalistes, joueurs, organisateurs... La grande famille du cirque itinérant du poker européen. On se dit au revoir...«- I have to go home. - You are home. »



Ouep, je l'ai déjà vu dix fois, et je suis prêt à le revoir encore cent fois. Plouf, plouf. J'ai reçu beaucoup d'emails intéressants ces dernières semaines. Beaucoup concernant des sujets dont il est encore trop tôt pour discuter, et deux en particulier qui m'ont fait pousser un soupir de soulagement, bouclant mon agenda jusqu'au mois de juillet. Extraits :

Hi,
Your application for media accreditation at PokerStars.it EPT San Remo has been approved.

Traduction en français : ma demande d'accréditation presse pour le prochain EPT (San Remo) a été validée par PokerStars. Le genre de nouvelle qui, habituellement, ne mériterait pas plus d'attention que cela, puisque l'on ne m'a jamais refusé l'entrée à un EPT en trois ans et 23 épreuves. Mais ici, le contexte est différent. Le nombre de journalistes présents aux EPT n'a jamais cessé d'augmenter ces deux dernières années, encombrant les salles de presse et bouchant les allées entre les tables, créant au passage quelques situations assez tendues. Si bien qu'au cours des derniers mois, des joueurs ont été se plaindre de la situation auprès du gourou de l'EPT, John Duthie, qui à son tour s'est adressé à PokerStars, qui, après Dortmund, a envoyé à toute la presse un email assez préoccupant. Ce message stipulait que, à partir de la prochaine étape, le nombre d'accréditations délivrées sur les EPT serait drastiquement réduit. Le message se poursuivait en indiquant que désormais, les badges seraient délivrés suivant trois critères : la qualité du travail fourni lors des précédents EPT, le respect des règles établies par PokerStars (comme, par exemple, le fait d'écrire en titre de chaque page internet « EPT sponsored by PokerStars »), et enfin, la place disponible pour accueillir la presse sur chaque tournoi. Pour ce dernier critère, pas grand chose à faire, mais je pense que pour les deux premiers (qualité du reportage et respect du règlement), je ne m'en suis pas trop mal tiré.

Alors, est-ce l'heure du nettoyage de printemps dans les salles de presse de l'EPT ? Honnêtement, ce ne serait pas une mauvaise chose, car j'en connais deux ou trois qui prennent de la place pour rien. Pas de noms, pas de noms, de toute façon vous ne les connaissez pas.

Ceci dit, le coup des joueurs qui vont râler auprès de John Duthie, c'est la version officielle. Moi, je n'ai jamais entendu les dizaines et dizaines de joueurs que je croise à chaque tournoi reprocher quelque chose à la presse. Bien au contraire. Et pourtant, c'est bien connu, les joueurs de poker adorent se plaindre - de la structure, de la bouffe, des décisions des arbitres, du mauvais temps, et du physique des croupières.

Dear Benjamin,
I am pleased to inform you that your request for press credentials to cover the 2009 World Series of Poker has been approved.

Quelle surprise. Ma demande d'accréditation pour le plus gros festival de poker de l'année, été acceptée sans broncher par les services d'Harrah's, après trois jours d'attente à peine. Un sacré changement d'ambiance par rapport aux précédentes éditions. En 2007, Loic de Poker.fr (pour qui je couvrais l'épreuve cette année là) avait du échanger plusieurs emails avec Harrah's pour qu'ils consentent à me donner un badge. En 2008, c'était encore pire : on avait refusé ma demande sans explications. Plusieurs emails (accompagnés de liens vers l'intégralité de mon travail aux WSOP lors des deux années précédentes) étaient restés sans réponses et je n'aurai sans doute pas pu couvrir le tournoi si il n'y avait eu l'intervention de Yuestud, qui travaillait à l'époque pour Everest Poker, l'un des sponsors officiels des WSOP. Joie et bonheur, on dirait que cette année, Harrah's considère que je fais partie du club.

mercredi 1 avril 2009

Un futur best-seller

Alors, pour les deux du fond assis près du radiateur qui lisent mon blog en diagonale, Paul McGuire n’est autre que le fameux Dr Pauly, fondateur du Tao of Poker, le meilleur blog consacré à notre univers (sans compter une foultitude de projets consacrés à ses passions : l’écriture et la musique de hippies, entre autres) Un ami, un mentor, un compagnon de route, un soutien moral précieux depuis deux ans.

Et ce panneau lumineux qui s'enfonce dans un desert de sable, c’est la couverture de son premier bouquin, « Lost Vegas ». Le bon docteur vient d'en faire la première annonce publique sur son blog aujourd'hui - ce n'est pas un poisson d'avril, je le sais car cela fait plus d'un an qu'il bosse dessus en secret, entre New York, Las Vegas, LA et l'Europe. Je ne sais pas quand est-ce que ça sort, mais fichtre, comme j'ai hâte de pouvoir mettre la main sur le manuscrit.

Au menu : des putes, des drogués, des strip-teaseuses, des joueurs dégénérés, et encore bien d'autres accros de toute sorte, dans une ville entièrement fondée sur l'addiction.

A en juger par le sous-titre, j’en déduis que le contenu sera fortement autobiographique. Ayant vécu des dizaines et dizaines d’aventures hétéroclites à Vegas en compagnie de Pauly, aux WSOP, dans les casinos, aux tables de black-jack, dans des restos miteux et des strip-clubs louches, dans le désert, je me demande si j’apparaitrai dans le récit ? Je suis assez vaniteux pour penser que oui.

Quoi qu’il en soit, j’ai déjà chopé les droits de la traduction française.