jeudi 5 novembre 2009

What a beautiful buzz

Quarante-huit heures après notre retour d'Indio, j'ai encore du mal à coucher sur papier mes impressions sur ces trois jours de musique dans le désert. Oserais-je le dire ? Ma vie a changé. Il y aura un avant, et un après. Voilà, c'est dit. C'est con, mais c'est vrai. Rarement je me suis autant éclaté de toute ma vie. Et je peux le dire avec autant de certitude car je n'étais absolument pas convaincu à l'avance. Certes, Pauly m'avait procuré des tonnes de mp3 et DVD de Phish, et recommandé les meilleures chansons. J'avais apprécié la plupart d'entre elles. Mais je n'étais pas certain que huit concerts du même groupe allaient me tenir éveillé jusqu'au bout du week-end. Sur le papier, ça me semblaît être un tantinet du gavage d'oies. D'autant que les groupes basés sur l'improvisation jouant des morceaux s'étirant parfois jusqu'à trente minutes ne sont pas ma tasse de thé, loin de là. J'ai été élevé à la pop, moi : trois minutes par chanson, trois couplets, trois refrains et on en parle plus.

Mais non. J'ai simplement été conquis. Progressivement. Le premier jour, j'ai écouté le premier concert avec une oreille curieux, en ne manquant pas de remarquer l'enthousiasme sans limites du public. A la fin du second concert, je me suis dit que ces gars là n'étaient pas mauvais du tout pour remuer les foules. Le lendemain, le jour d'Halloween, je secouais la tête en rythme, me surprenant à danser de temps en temps. Et quand la nuit est tombée, et que le groupe est revenu pour jouer en intégralité Exile on Main Street des Rolling Stones, l'un des meilleurs albums de rock de l'histoire, je me suis pris une gigantesque baffe de presque deux heures. Je savais déjà que je venais d'assister à l'un des meilleurs concerts de toute ma vie. Mais ce n'était pas fini : le groupe est ensuite revenu sur scène pour la troisième fois de la journée, portant l'estocade avec deux heures de bonheur supplémentaires. Je n'oublierai pas de sitôt la marche de retour vers le camping : tout le monde était sonné, comme après un orgasme. Dimanche, je me suis rendu compte, épaté, que j'attendais avec impatience le début du premier concert. Et vers minuit, quand Phish a quitté une dernière fois le podium, je n'en avais pas eu assez.

C'est une combinaison de plein de facteurs, j'imagine... Le cadre, paradisiaque. L'incroyable enthousiasme du groupe. La ferveur avec laquelle ils communiquent avec leur public rassemblé par dizaines de milliers. Jamais je n'avais assisté à une telle communion. C'était presque comme aller à l'église. Une église agnostique (si ce genre de chose existe), remplie de gens bien. J'en ai rencontré des tas ce week-end, à commencer par les amis de Pauly avec qui nous avons fait le voyage et partagé notre campement. Des mecs et des meufs marrants, pasionnés et passionnants.

Pauly m'a dit que j'ai eu de la chance... Phish n'organise que rarement un festival de ce genre : c'était leur huitième en vingt ans. Pareil pour Halloween, une date qu'ils ont jouée six fois en tout durant leur existence. Là, on a eu droit à la combinaison des deux. Et comme le jour des morts coincide avec mon anniversaire, c'est 45,000 personnes qui étaient invitées à ma fête, toutes costumées. La meilleure fête d'anniversaire possible. Une gigantesque orgie, le bonheur intégral, le sourire aux lèvres du début à la fin. Non, franchement, comment pourrais-je oublier ce week-end de si tôt ?

Pour vous donner une idée de ce qu'était le Festival 8, regardez ce montage réalisé par Pauly... Toutes les photos qui suivent ont été prises soit par le bon docteur, soit par les photographes officiels du groupe. Vous pouvez retrouvez leur gallerie ici et . Pauly a aussi écrit un compte-rendu sur son blog.


u


Le site du festival. L'une des choses qui m'a marqué par rapport aux nombreux festivals européens auxquels je me suis rendu (comme Dour, Reading ou Werchter) est l'impeccable organisation, et l'extraordinaire ambiance qui regnait sur l'ensemble du site. Tout le monde cohabitait dans la bonne humeur et pour un seul but : faire la fête et danser sur de la bonne musique. Les fans de Phish sont parmiles plus amicaux qui soient, et parler à des inconnus est plus la règle que l'excéption. Je n'ai été témoin d'aucune des scènes coutumières des festivals européens : mecs bourrés qui foutent le feu aux WC portables, bagarres, vols, etc. La sécurité était invisible, et la police n'a jamais eu à intervenir. La consommation d'alcool est restée assez faible, ceci expliquant cela. Les hippies préfèrent l'herbe qui fait rire. Chacun son truc, et au moins, personne n'avait la gueule de bois le matin.



En plus d'être un guitariste extraordinaire, Trey Anastasio est un vrai meneur de foules au charisme hypnotique. Le reste du groupe est à l'avenant. Tous ont étudié la musique à l'université. Par contre, tous les fans le reconnaîtront volontiers : aucun d'entre eux ne sait chanter. Ce qui n'est finalement guère un problème pour un "jam-band" dont l'intêret se trouve dans de longues improvisations. Phish me faisait parfois penser à un DJ, écoutant la réaction du public pour pousser la musique dans telle ou telle direction, jusqu'à épuisement.



On peu compter sur les doigts de la main les artistes capables de réunir 45,000 fans pour huit concerts répartis sur trois jours. Phish en fait partie, tout en restant complètement absent du circuit traditionnel de la promo : pas de pub télé, pas de clip sur MTV, pas de gros label, pas d'interviews et peu d'albums studio. Leur réputation, c'est la scène : Phish est sans conteste l'un des meilleurs groupes live que j'ai jamais eu l'occasion de voir - et j'en ai vu un paquet.



Pour reprendre l'intégralité d'Exile on Main Street lors du deuxième set d'Halloween (et ainsi se "déguiser" en Rolling Stones, après avoir couvert dans le passé les Beatles, les Talking Heads, Pink Floyd et le Velvet Underground), le groupe a fait appel à une section de cuivres et deux choristes, dont la fameuse Sharon Jones. Cent minutes de pur bonheur : Phish est à la fois resté fidèle aux compositions des Stones, tout en injectant quelques "jams" rythm'n blues et rock'n roll de leur composition qui ont enflammé le public. Magique de bout en bout : "Sweet Virginia", "Let it Loose", "Sweet Black Angel", "Shine a Light"... Le genre de concert qu'on ne voudrait jamais voir s'achever.

Justement, voici le point culminant du week-end, en vidéo : "Loving Cup", une chanson que Phish reprend déjà depuis pas mal d'années. La présence des musiciens supplémentaires donne à la chanson dans une autre dimension. Observez la réaction du public à la fin. Ces putains de tubes lumineux qu'ils balancaient en permanence dans les airs me sont restés dans la tête. Cela ne se retranscrit pas très bien en vidéo, mais c'était assez hypnotisant à voir.





Des installations artistiques étaient disséminées un peu partout sur le site du festival. La plus impressionnante d'entre elles : un gigantesque assemblage de ballons flottant au dessus du public, et changeant de couleur au rythme de la musique. Trip garanti.



Neil avait de loin le meilleur costume : livreur pour UPS, complet avec sacoche remplie de courrier, bordereau de livraison, casquette, shorts et chemise marron. Je ne crois pas qu'il soit bien légal de porter un vrai uniforme de la compagnie en dehors des heures de service, mais peu importe, l'idée était géniale. Neil avait préparé 40 paquets destinés aux porteurs uniformes les plus créatifs - souvent en rapport avec d'obscures chansons de Phish - remplis de bonbons, autocollants et magnets de frigo aux couleurs du groupe. Chaque fois qu'il en repérait un, il accourait pour procéder à la livraison. Je crois qu'il a réussi à en distribuer la moitié, avec une réaction enthousiaste de la part de chacun des heureux destinataires. Sur la photo, on peut le voir en train de faire signer son colis à "La meuf sexy la plus raide du festival". La question la plus souvent posée à la remise du paquet : "Est-ce qu'il a des drogues, là-dedans ?"

Voici une vidéo rassemblant quelques une des livraisons de Neil :







Le public de Phish : de 7 à 77 ans. Un des sept campings installés autour du festival était d'ailleurs exclusivement reservé aux familles.



L'un de mes costumes préférés : le barbu fou de The Hangover, complet avec le bébé (en plastique, je vous rassure). Plus vrai que nature.



Pauly et Neil ont vu plus de 300 concerts de Phish à eux deux, en Amérique, en Europe et même au Japon. Je ne connais aucun autre groupe suscitant un tel engouement des fans, qui sont prêts à tout suivre leurs idoles jusqu'au bout du monde. Et Phish le leur rend bien, en tournant incessamment depuis 25 ans - moins quelques années de break par-ci par-là - et en optant pour une politique très laxiste en matière de piratage : tout le monde est invité à enregistrer et distribuer gratuitement leurs concerts.



Pour Halloween, Pauly, Change et moi étions déguisés en toubibs... Comme vous le voyez, j'ai pris ma tâche au sérieux. J'avais même un bloc-notes personnalisé que m'avait apporté Neil. Je distribuais des prescriptions aux festivaliers à court d'herbe médicinale.



Tout le monde assis pendant le set acoustique de dimanche midi. Ambiance relax : cafés et donuts étaient distribués à l'entrée.



Dans quel autre manifestation verrait-on des visiteurs déguisés en agents de sécurité ? A tour de rôle, on a assuré la surveillance des Wookies avec nos uniformes de la "Wook Patrol". Wookie, c'est le nom - tiré de Star Wars, bien sur - qu'on donne à ces hippies fauchés, cradingues, barbus et dreadlockés que l'on croise par dizaines dans tous les festivals du monde. Leur drogue de choix ? Le LSD, car c'est pas cher. C'est quand le Wookie est trop défoncé que la Wook Patrol intervient. Effet garanti dans le camping à trois heures du matin : les fumeurs de joints nous jetaient des regards bizarres...



Celui là était dans un bon trip... On lui a collé une amende pour "Utilisation excessive d'un cactus gonflable dans un lieu public". Il fallait voir sa tête quand on lui a remis la contranvention. La scène figure dans le montage video de Pauly.



Après avoir joué plus de treize heures de musique en trois jours, le groupe revient pour un dernier rappel, a-capella. Je suis déjà en train d'organiser mon agenda pour les revoir à Miami fin décembre. Et j'entends des rumeurs de tournée en Europe...

6 commentaires:

gingkobiloba a dit…

Vu la passion que tu as de parler de ce groupe (que je ne connais pas encore) ca donne envie de le decouvrir, en sortant du boulot direction "you tube" impatient d'ecouter ce que ca donne...

Carlit a dit…

Woodstock is back ;-)

Didier a dit…

Ca avait l'air dantesque ce truc. Content pour toi.
Tout a fait d'accord sur le statut de ville pause pipi de Baker

Benjo a dit…

gingkobiloba > comme on dit en anglais, "it's an acquired taste". C'est assez difficile d'aimer du premier coup. D'où ma petite apréhension en arrivant au festival.

Je conseille à qui veut découvrir le groupe de trouver le documentaire "Bittersweet Motel" (réalisé par Todd Phillips, The Hangover c'est lui) qui est très abordable.

MatthP a dit…

C'est rassurant de voir qu'il existe encore des groupes comme cela, j'en ai marre des festivals ou les musiciens font leur set d'1h30 montre en main, prennent le cachet puis la limo direct le 5 étoiles. Je réverai d'un événement similaire avec une reformation de KYUSS.... mais pas possible il sera défoncés avant même la fin du 1er concert !

Bravo et merci Benjo.

draculito a dit…

Malheureusement Matth, ce sont qd même souvent les organisateurs qui imposent des durée limitées aux groupes.
Et ils y sont aussi poussés par la concurrence entre festivals, pour avoir des affiches toujours plus denses en nombre de groupe, pour attirer les festivaliers.