mardi 10 novembre 2009

Shine a Light

Note : ce texte a été commencé avant que le tête à tête final des WSOP ne commence. Vous êtes surement déjà au courant de l'identité du vainqueur, mais ce n'est pas de cela dont je vais discuter aujourd'hui. Je livrerai mes impressions sur la seconde partie de la finale une fois celle-ci diffusée sur ESPN.

L'une des journées les plus mémorables de l'histoire du poker – et sans aucune la plus importante de l'histoire du poker français – avait commencé très tôt, comme moi comme pour beaucoup d'autres.

J'étais debout à sept heures du matin samedi, tandis qu'au Rio, une file d'attente se formait déjà devant le théâtre Penn & Teller qui allait accueillir la table finale du Main Event des World Series of Poker. Chacun des finalistes avait eu droit à un quota de cent invités, plus dix places « VIP » pour être assis sur le podium, près de la table. Pour tous les autres ne faisant pas partie de l'entourage des finalistes, l'entrée dans le théâtre se ferait sur le mode « premier arrivé, premier servi », et ils étaient nombreux à ne pas vouloir manquer une partie de poker qui s'annonçait historique, certains ayant fait le voyage de loin, conduisant toute la nuit pour arriver à Las Vegas à l'aube.

J'étais à la bourre : il me fallait terminer de rédiger mon dernier profil des November Nine – celui du controversé Jeff Shulman – et compiler les dernières informations intéressantes que j'avais pu recueillir sur la finale. Ainsi se terminait pour moi un travail préparatoire de plus de soixante heures, avant même que le premier coup de carte fut donné. Mais à en juger par les réactions des lecteurs, le jeu en valait la chandelle.

A dix heures, je quittais le Gold Coast et traversais la rue pour rejoindre le Rio. Dans les couloirs du centre de convention, c'était déjà l'émeute. Fans, famille et amis de chaque finaliste étaient regroupés en clans, chacun portant un T-shirt signifiant son appartenance : jaune pour Joe Cada, les couleurs du Michigan, blanc pour Darvin Moon (avec l'inscription « Bad Moon Rising », référence à la chanson de Creedence Clearwater Revival), bleu pour Begleiter, etc, etc.

Le directeur de la communication des WSOP Seth Palansky m'a remis mon badge média. Le théâtre n'ouvrait pas avant une heure. J'ai papoté gentiment avec Lance (Bluff), Matthew (PokerNews), Pauly et Change, avant de voir débarquer le héros français du jour, à la fois complètement anonyme, et immédiatement reconnaissable dans un ensemble casquette/veste noire patchée aux couleurs de la France, la Bretagne et son sponsor Everest Poker.

On se serre la main. « Tu veux venir avec moi ? Everest organise un petit déjeuner avant le coup d'envoi. » Problème, Antoine n'a aucune idée de l'endroit où se déroule le raout en question, et l'on se perd quelques minutes dans les couloirs, avant qu'une bonne âme du casino nous indique la direction du restaurant. Là, on retrouve le contingent français : une bonne cinquantaine de fans, de membres de la famille, d'amis, et de joueurs d'Everest ayant gagné leur voyage en participant à un tournoi sur le site. Personne, ou presque, n'a eu à payer son billet ou sa chambre d'hôtel, et les responsables d'Everest sont là en force pour gérer tout ce petit monde, distribuant écharpes, casquettes et maillots aux couleurs du drapeau français, faisant des discours pour motiver les troupes, et honorer le champion. Une organisation qui ne me fait que regretter encore plus l'absence de Ludovic, éliminé en seizième place : quelle belle opération de promotion Winamax aurait pu mettre en place !



Je m'éclipse rapidement pour rejoindre l'auditorium, et retrouve devant les portes quelques confrères piaffant d'impatience. Joy Miller, une des productrices d'ESPN, nous fait rentrer par une porte dérobée. Une place est réservée à mon nom dans la zone « orchestre », au milieu de la salle : je serai entouré par les spectateurs aux quatre côtés, trop loin pour véritablement pouvoir observer la table et les joueurs, mais au cœur de l'ambiance néanmoins. Les gros médias généralistes américains (du genre USA Today) sont chouchoutés, avec une place à quelques mètres de la table en compagnie de PokerNews. Mon emplacement est très bon, tout de même : pas mal de mes confrères ne sont même pas dans la salle, n'ayant pu décrocher qu'un siège dans la « média box » : une salle à part, tout en haut, au dernier rang, où l'on ne peut voir la table qu'à travers une vitre, et sur les écrans de télé.

La salle se remplit peu à peu, de même que le banc de presse. Avec Kinshu du ClubPoker, je suis le seul représentant français des médias spécialisés. Par contre, la presse généraliste est là en nombre : FranceInfo, le JDD, le Monde, le Parisien... A ma gauche était assis Pierrick, le journaliste d'Europe 1, pour qui j'ai occupé la fonction non-officielle de consultant durant toute la finale. Où sont les grands magazines et sites d'information poker ? Une absence d'autant plus surprenante qu'Everest a payé de sa poche le voyage et les frais de l'ensemble de ces journalistes (mis à part le mien, bien entendu). Si les médias poker français ne se déplacent pas pour couvrir la performance d'un tricolore en table finale des championnats du monde, quelle occasion leur faut-il ? Enfin, ceci dit, je les ai peut-être ratés, si ça se trouve ils étaient en salle de presse.



Le départ n'est pas encore donné, mais le public est déjà survolté. Les 150 fans de Joe Cada ouvrent leurs premières cannettes de bière. Les supporters de Steven Begleiter sont venus en masse de New-York, et s'échauffent en criant « Begs ! Begs ! Begs ! ». A ma droite, derrière moi, les français entonnent la Marseillaise. Les fans de Cada répliquent aussitôt en gueulant « USA ! USA ! USA ! » comme des gorets. Tu parles d'un cliché. Avant même le début de la partie, je les avais déjà dans le collimateur, et leur comportement n'allait qu'empirer par la suite. Deux d'entre eux se feront même escorter vers la sortie par la sécurité, pour avoir déclenché une bagarre... Au seins de leur propre camp.

Vers treize heures, après avoir honoré la mémoire du champion WSOP Hans « Tuna » Lund récemment disparu, et donné à Barry Shulman la cérémonie de remise de bracelet à laquelle il n'avait pas eu droit à Londres (pour cause de finish tardif), Jeffrey Pollack donnait la parole au directeur du tournoi Jack Effel pour présenter un par un les finalistes. C'est là que je pris véritablement conscience du moment magique que nous nous apprêtions tous à vivre. Les 1,500 sièges du théâtre étaient tous occupés. L'ambiance était électrique. A l'appel du nom de chacun des November Nine, les factions de supporters se sont fait vivement entendre, si fort que j'en avais mal aux oreilles. On peut dire ce qu'on veut sur la décision d'Harrah's de décaler de trois mois la table finale du Main Event, mais force est de constater que ce genre d'organisation fait passer le poker au stade supérieur. Si notre jeu favori devait mériter la qualification de « sport », c'est bien lors d'une journée comme celle-ci. C'est un match de football à guichets fermés auquel nous allions assister : un match de football où neuf équipes différentes s'affrontaient. Après plus de quatre ans d'expérience sur le circuit professionnel, j'ai plus souvent que jamais une attitude blasée devant les tables finales qui s'enchaînent les unes après les autres, chacune guère différente de la précédente. Pas cette fois-ci : avec la présence d'un français et du meilleur joueur du monde à la table, ainsi que de sept autres joueurs aux profils originaux, on tenait ici l'une des parties de poker les plus excitantes de toute l'histoire.


(photo : Flipchip)

****

Je ne vais pas résumer en détail le déroulement de la partie... Tout est dans mon reportage sur Winamax. Tout au plus me contenterais-je d'écrire qu'elle fut longue, incroyablement longue, et remplie de coups extraordinairement dramatiques. Jamais lors d'une finale on n'avait assisté à autant de retournements de situations, de coups de chance mirobolants, de come-back fracassants et de rivières chanceuses, qui ont fait chavirer le public à de nombreuses reprises.

Finalement, chacun des finalistes à joué le rôle qui était attendu de lui. James Akenhead possédait le plus petit tapis, et a du s'incliner le premier, sans véritablement avoir pu développer son jeu. L'anglais avait bien réussi à doubler sur un coup rocambolesque (le premier d'une longue série à la table) : Roi-Dame contre As-Roi, mais ne pourra rien faire quand ses Rois vont rencontrer les As de Kevin Schaffel. Quelques minutes plus tard, Akenhead envoyait le restant de ses jetons avec une paire de 3, et tombait contre la paire de 9 du même Schaffel. Déception chez la trentaine d'anglais qui avaient fait le déplacement, dont Maria Demetriou, Praz Bansi, Karl Marenholz et Neil Channing (qui récupère tout de même 25%).

Annoncé comme serré, Schaffel n'a pas déçu, développant un jeu assez timide. Le retraité de Floride sera assez chanceux pour trouver deux fois les As contre les Rois, mais pas assez pour remporter les deux confrontations : la seconde, contre Eric Buchman, lui fut fatale.

La performance de Phil Ivey fut elle aussi conforme aux prévisions des spécialistes : un jeu tight, et un timing quasiment parfait lui ont permis de survivre très longtemps sans jetons. Hélas, quand le meilleur joueur du monde trouva enfin une occasion en or pour réaliser son premier double-up, le destin mit brutalement fin à son tournoi, plaçant une Dame au flop pour battre son As-Roi, et donner l'avantage au As-Dame de Darvin Moon. La déception était générale sur le banc de presse, dans le public et parmi les nombreux grands noms du poker qui étaient venus soutenir leur ami. Même Ivey, d'habitude si stoïque, ne put empêcher son visage de montrer des signes d'une frustration évidente. On venait peut-être de passer à côté d'un moment historique.

Steven Begleiter, lui, a surpris les analystes, qui le voyaient plutôt développer un jeu décontracté et volontiers « gamble ». « Il va jouer à fond », m'avait par exemple dit Ludovic Lacay, et après avoir vu les retransmissions des journées préliminaires sur ESPN, je prenais son avis pour argent comptant. Mais non. Par manque de cartes, ou plus probablement par timidité face à l'enjeu, le requin de Wall Street n'a dans l'ensemble guère été flamboyant. Ceci dit, sa sortie en sixième place se fit sur une horreur sans nom, et à son crédit, il faut mettre que Begleiter a pris le bad-beat avec une sportivité exemplaire.

Jeff Shulman n'a pas déçu. On s'attendait à ce que son coaching par Hellmuth entraîne un jeu petit bras, et ça n'a pas loupé. Ses armes ? Les relances à 4 ou 5 grosses blindes, les 3-bet suivis de fold, les check/fold au flop, etc, etc. Horrible. Il ne jouait que peu de coups, mais perdait à chaque fois des jetons. Un double-up contre Cada lui a permis de survivre jusqu'à cinq joueurs restants, avant de se faire éliminer par Saout. Là encore, un bad-beat est passé par là, quand sa paire de 9 faillit à tenir contre une paire de 3 de Cada à tapis avant le flop.

Eric Buchman n'a pas déçu n'ont plus. On s'attendait à ce qu'il se construise un tapis calmement, à son rythme, sans faire de bruit, et c'est exactement ce qu'il s'est produit. La chance a été de son côté en début de partie, sur un coup inévitable (KK contre AA qui trouve un carré, à tapis avant le flop), et ensuite, le pro new-yorkais a tranquillement géré, évitant par dessus tout les gros pots. Vers trois heures du matin, j'ai même blagué sur Twitter : « Buchman n'a pas joué un coup depuis le coucher du soleil. » Et pourtant, son tapis restait stable, et sa présence menaçante. Ce n'est qu'après une confrontation AQ/AK plutôt inévitable à quatre joueurs que Buchman rendra finalement les armes.

Prouvant à nouveau que le poker de tournoi est un jeu d'adresse, mais aussi (et surtout ?) de chance, Joe Cada et Darvin Moon furent assurément les deux joueurs les plus chanceux de la table finale, et ainsi les deux joueurs qualifiés pour l'ultime duel. Dans un style bien différent, bien sur.

Le bucheron du Maryland a joué plusieurs mains incompréhensibles (le double-up d'Antoine Saout et le check/raise contre Begleiter suivi d'un fold malgré une côte infinie, assurément la main la plus attendue de la diffusion télé de mardi soir), et terrassé deux adversaires sur des coups de chance improbables (AQ contre le AK d'Ivey, le même AQ contre les Dames de Begleiter la main suivante) Après huit journées préliminaires où l'amateur n'a joué que des premiums avec succès, la finale fut pour lui l'occasion de tenter quelques moves. Hélas, son manque expérience ont transformé ces essais en échecs humiliants. Ce qui ne l'a pas empêché d'aller jusqu'au bout de la nuit : son énorme tapis lui permettait largement ce genre d'expérimentations.

En ce qui concerne Cada, l'histoire fut tout autre. On a affaire à un jeune pro venu d'Internet. Le cadet de la table, un gamin qui, à 21 ans, connaît déjà tous les moves, a monté des fortunes en cliquant sa souris, et s'est payé sa première maison (cash !) avant même d'avoir atteint la majorité. Arrivé avec un tapis moyen, Cada fit l'erreur de payer le tapis de Jeff Shulman avec As-Valet. Tombé à quatre grosses blindes, soit 1% des jetons circulant sur la table, Cada a vécu un rush des plus phénoménaux, remportant plus d'une demi-douzaine de coups à tapis avant le flop, dont deux fois en position largement dominée (paire contre paire). Cada a joué « papiers en règle » : ses moves étaient tous corrects selon les codes des joueurs en ligne. « C'était super standard », dira t-il après son dernier move avec une paire de 2, au cours d'une main qui fera longtemps débat sur les forums. Mais peu importe son considérable talent : Cada aurait du sauter à six ou sept occasions différentes lors de cette finale.

****




Ce qui nous laisse donc un seul November Nine pour prétendre au titre de « meilleur joueur de la table finale des WSOP 2009 ». Oui... Antoine Saout. Le français avait toutes les raisons de flancher, ou tout du moins de s'éclipser rapidement. La faiblesse de son tapis. Sa position horrible à la table. La pression sur ses épaules, multipliée par la présence d'un contingent français venu en nombre. Les feux des projecteurs, et la promesse d'un passage à la tévision en prime-time devant des millions de spectateurs. Les débats incessants sur Internet depuis cet été, questionnant les réelles capacités du bonhomme. Si Antoine s'était pointé en finale pour livrer une prestation médiocre, timide et apeurée, personne de censé ne lui en aurait voulu. Je veux dire, ce mec n'avait jamais entendu parler du Texas Hold'em il y a deux ans, et jouait encore des Sit'n Go à 50 dollars il y a douze mois. Et le voilà en train de vivre un conte de fées qui va changer sa vie à tout jamais, faisant le tour des médias internationaux, signant un contrat de sponsoring à un million d'euros, acceptant des centaines de demandes d'amis sur Facebook, et voyageant à gratis à travers l'Europe. Si le costume de finaliste du plus gros tournoi du monde s'était révélé trop grand pour lui, cela n'aurait au final pas été très grave. La performance, dans l'état, aurait tout de même était très belle en soi.

Mais non. Ce qui s'est passé en finale fut l'exact opposé. Sous les spotlights du podium ESPN, devant 1,500 spectateurs déchaînés, l'objectif des photographes, l'œil des caméras, et le regard de la communauté entière rivée à son ordinateur, Antoine a brillé. C'est dans les matchs importants que se révèlent les grands compétiteurs et les grandes équipes... Et au cours d'une performance qui ne fut pas sans rappeler celle de Liliam Thuram lors des demi-finales du Mondial 98, Antoine a tout simplement joué la meilleure partie de poker de sa vie. Audacieux, incisif, créatif, opportuniste, patient, mesuré : son parcours fut sans faute, depuis son premier double-up contre Darvin Moon jusqu'à sa dernière main. Symbole : alors que tous les autres sont restés en dehors de son chemin, Antoine fut avec Joe Cada le seul finaliste à oser s'attaquer de front à Phil Ivey. Galvanisé par l'enjeu, Antoine a maitrisé son sujet. Pour l'avoir suivi de près ces trois derniers mois, je savais qu'il saurait rester de marbre face à la pression. Mais j'étais loin d'imaginer que sa prestation technique serait aussi aboutie.


Si bien qu'à six heures du matin, dix-neuf heures après avoir fait mon entrée dans le theâtre Penn & Teller, je me permettais d'écrire les mots suivants, juste après qu'Antoine ait éliminé Eric Buchman en quatrième place et pris la tête du tournoi : « Cette fois-ci, ça y est, il n'est plus question de simplement croire en les chances d'Antoine Saout – il est temps d'en être convaincu : le breton est le prochain champion du monde ! »

Car j'y croyais, bien entendu. Il n'y avait pas d'autre issue possible. J'ai quitté le banc de presse, et dévalé les escaliers pour me rendre sur scène, à quelques centimètres de la table. J'ai adressé un signe de la tête à Antoine, et l'ai regardé prendre place : la partie reprenait, avec trois joueurs restants. Une seule élimination le séparait du tête à tête final dans le plus gros tournoi du monde.

Tout s'est passé très vite. Dès la première main, Joe Cada a relancé au bouton... Antoine a sur-relancé depuis la petite blinde. Darvin Moon a jeté ses cartes, et Cada a annoncé « all-in ». Antoine a payé instantanément, révélant une paire de Dames, largement favorite contre la piètre paire de 2 de l'américain, pris la main dans le sac. C'était le moment le plus crucial du tournoi qui se déroulait devant mes yeux : si Antoine remportait le coup, il éliminait Cada, et pouvait revenir deux jours plus tard disputer le tête à tête final contre un adversaire faible en jetons, et faible techniquement. Le titre était là, à portée de main. Le Graal des joueurs de poker, au bout des doigts.

Jusqu'à ce que le croupier retourne un 2 sur le flop, donnant l'avantage à Cada. Les supporters du gamin exultent, Cada est submergé par ses amis, qui dansent en cercle autour de lui. Sur un coup de chance inouï, il vient de prendre la tête du tournoi, et d'envoyer Antoine dans les cordes.

Mais le français n'est pas mort. Sonné, mais toujours vivant. Il lui reste des jetons.

Pour très peu de temps encore, cependant. Trois mains plus tard, Joe Cada est de nouveau au bouton. Il relance, et Antoine pousse ce qu'il lui reste. Darvin Moon passe, et Cada paie aussitôt avec As-Roi. Pour la quatrième fois seulement en neuf jours d'épreuve, Antoine est « all-in » et risque l'élimination. Jules Lavie, le journaliste de France-Info, est à mes côtés. Il me tend son micro, et je commence à décrire l'action. Les cris de la foule. Les cartes que retourne le croupier. L'importance du moment.

Trois jours plus tard, je n'ai pas encore écouté l'enregistrement... Et je ne sais pas si j'aurai jamais envie de le faire. Le cri que j'ai laissé échapper quand le Roi est tombé sur la rivière serait trop douloureux à entendre à nouveau.

****

Je l'ai déjà écrit plusieurs fois : mes plus forts souvenirs de sport sont invariablement des mauvais souvenirs. La Coupe du Monde en 2006. Lille-Manchester à Bollaert en huitième de finale de Ligue des Champions. Les matchs de tennis que je disputais au collège. Les défaites me hantent, les échecs me poursuivent.

Le poker n'est sans doute pas un sport, mais cela n'empêchera la finale du Main Event 2009 de rentrer dans cette liste de souvenirs tristement mémorables. Samedi, j'ai vu des adultes pleurer. Et j'ai vu un exceptionnel compétiteur subir l'amertume de la défaite au moment le plus fatidique.Oh, bien sur, la performance reste historique, sans doute la plus belle jamais vécue dans le poker français. Médias, joueurs et spectateurs furent unanimes après son élimination : Antoine était le meilleur joueur ce jour-là.

Antoine Saout méritait d'être le champion du monde. Le problème, c'est qu'au poker comme ailleurs, le mérite n'a souvent rien à voir là dedans.


La finale sur Winamax

12 commentaires:

Tifus a dit…

Bon article benjo , tout le monde est deçu , on le tenait notre champion du monde Français ... et en plus un bon gars humble comme il faut ... un digne representant du poker quoi.

Une prochaine fois!

Eiffel a dit…

quel article ! parvenir à mettre des mots sur ce que nous ressentons tous...

Voici un bel hommage à la prestation de Tonio, j'y adhère bien sûr à 2000%, merci !

Taïbo a dit…

Excellent résumé une fois de plus...

PS : le cri que tu lâches dans l'extrait France-Info est juste.. parfait.. et rappelle exactement ce que j'ai ressenti en découvrant cette dernière carte.

Thx

sgilmion a dit…

très bon article benjo, merci de nous avoir permis de suivre cette TF comme si on y était...
malheureusement au WSOP, la différence est grande entre la 1èere et la 2ème place, alors que dire de la 3ème..au moins on se souviens du battu en HU car il en faut bien un, mais du 3ème, en général, il retombe dans l'anonymat international, à moins que...

Pour la fin de ton article par contre, je ne suis pas totalement d'accord, bon étant étant de ceux qui ont vécu 98 avec des yeux illuminés d'un gamin de 10 ans...
Mais il est vrai que la défaite marque autant voir même plus que la victoire, car c'est elle qui nous ramène brusquement en un éclat à la réalité sans passer par la case bonheur instantané et épanouissement. C'est aussi car la défaite est plus fréquente que la victoire, comme tu l'expliques si bien, un seul vainqueur pour des milliers de vaincus. Mais au fond, les défaites ne rendent-elles pas les choses plus humaines et ne permettent elles pas de repartir de l'avant et de faire mieux la prochaine fois? c'est tout ce qu'on espère pour Antoine.

kinshu a dit…

Je fais parti de ceux qui ont pleuré... Un grand moment cette finale, beaucoup d'émotions. À bientôt Ben. Rétablis toi bien.

Anonyme a dit…

Toujours aussi agréable à lire. Mais attendons de voir la retransmission d'ESPN pour "apprécier" le jeu de notre frenchie.

Hultra a dit…

Super article bravo benjo....Ce que tu décris est parfaitement ce qu'on a ressentis....Dommage Antoine n'était pas loin :'(

shok a dit…

wow le commentaire sur France info ca m'a fait vibrer, et on sent vraiment dans ta voix toute la tristesse. sick moment.
Rentre surtout chez toi en pleine forme, c'est le plus important

Misterhyde22 a dit…

Très belle plume Benjo !
Ton article m'a refilé la chair de poule, c'était vraiment un grand moment, tel la coupe du monde 2006 comme tu l'as précisé.
Tes commentaires diffusés sur France Info resteront gravés dans ma mémoire comme ceux des plus grands évenements sportifs de ces 2 dernieres décennies.

MERCI a Antoine pour nous avoir fait vibrer, MERCI à toi (ainsi qu'à toute la communauté présente sur place) de nous avoir fait partager ses instants magiques !

Xewod a dit…

Très bon article Benjo. On a pas eu l'occasion de se parler sur place, j'étais moi-même dans cette fameuse media-box vitrée :-(

Matthieu a dit…

Quel article, le frisson et la larme à l'oeil à la fois. Relire cet article de la France ca fait quelques chose.
C'était un grand moment et je ne regrette pas d'avoir payé mon billet d'avion pour le vendre

Ps : le gars en blanc à droite de Saout sur la photo du petit dej c'est moi... Sinon tu as bien raison sur les mag specialisés qui ne voulaient pas envoyer de journaliste, j'ai essayé sans succes, ils doivent avoir d'autres preoccupations qu'un Frenchy en TF du Main Event !

Anonyme a dit…

Super Benjo !
Ouahh que d'emotions..

et pendant ce temps la nous suivions le main par main toute la nuit sur un petit ecran + les coverages...
Sans y etre, il y a eu de belles tensions, pour un tres beau moment..