vendredi 6 novembre 2009

If you can't spot the sucker in the first half-hour

Hôtel Venetian, Las Vegas. 2 heures 26. Je sors de ma première session de poker sérieuse depuis l'European Deep Stack de Dublin. C'était en février dernier : j'avais grosso modo cessé d'être un joueur de poker depuis, mis à part deux ou trois tournois médias, et une paire de très courtes sessions durant les WSOP.

J'aurais mieux fait de me casser une jambe, où d'aller tâter des culs au strip-club. Mon résultat net ? 125 dollars par heure... en négatif. Et j'ai joué longtemps : quatre heures. Je n'ai pas battu mon record de cagoule en une seule partie (établi au Bellagio en 2008 pendant la finale du WPT), mais on en est pas loin. Heureusement qu'il s'agit d'une somme que je peux me permettre de perdre. J'ai pas mal économisé depuis deux ans, et je suis arrivé à Vegas en avance exactement pour ça : jouer au poker, chose que je n'ai habituellement pas le temps de faire. La perte est l'une des issues possibles. Pas le droit de se plaindre, donc. C'est la vie. That's poker. Nique sa mère.

N'empêche, j'aurais bien aimé gagner un pot de temps en temps. C'est frustrant de voir chacun de ses adversaires flopper des fulls, des brelans, trouver leurs quintes et leur couleurs systématiquement, pendant que tu galères pour trouver ne serait-ce qu'une paire au flop. Et ce serait sympa de gagner des coin-flips de temps en temps. TT contre AK pour 200 dollars, et QQ contre AK pour 150 dollars. Variance, variance, mon cul oui.

Pour arranger le tout, j'avais mal commencé la session en pissant 150 dollars sur deux calls douteux. Je me suis rapidement ressaisi quand j'ai réalisé que mes adversaires étaient max à chaque fois qu'il misaient. J'ai joué tight, vu le maximum de flops en position en investissant le minimum, et fait quelques value-bet avec les rares mains gagnantes que j'ai eues. J'ai eu un seul coup de chance, quand j'ai misé un open-ender au turn, et payé une relance. J'ai trouvé mon tirage sur la rivière, et check/raisé à tapis : mon adversaire à snap-call avec un brelan. Cela n'a pas suffi : ces quatre heures n'ont été qu'une longue descente au purgatoire. Je sais pas, j'ai du mal avec les tables tight. Jeter ses cartes pendant deux heures à une table de dix, c'est pas drôle. Et en plus, un connard m'a piqué mon magazine pendant que j'étais au chiottes. Et c'était pas un magazine gratuit à la con, hein, c'était ESPN Magazine avec Phil Ivey en couverture, un numéro qui va rapidement devenir collector (c'est un peu comme si ElkY faisait la couverture de l'Equipe).

Seule consolation : j'ai joué assez longtemps pour diviser par deux le prix exorbitant de la chambre grâce au système de « comp » typique des casinos de Vegas. On est encore loin du compte, cependant. Mais j'ai une semaine pour me refaire. Comme l'on si bien dit de grands philosophes pokériens : « On est pas mort. »

Notre retour à Los Angeles après le festival fut compromis. Ce qui devait être à l'origine une ballade de santé de deux heures s'est rapidement transformé en une histoire de bad-beat qui a duré toute la journée. On roulait depuis vingt minutes, Change s'apprêtait à prendre la sortie à Palm Springs, histoire d'aller prendre le petit dej au Denny's, quand un véhicule noir et blanc s'est pointé dans le retro, gyrophare allumé. Change s'est rangée, et savait déjà la raison de l'arrestation avant même que le flic n'arrive à notre rencontre : « Mes plaques sont périmées ». Oui, parce qu'aux Etats-Unis, l'immatriculation d'un véhicule à une date d'expiration. Il faut la renouveler périodiquement.

Change baisse sa vitre, et l'officier demande à voir son permis et les papiers du véhicule, en gardant la main droite sur la crosse de son pistolet, comme dans les films. Puis il retourne vers sa voiture pour vérifier que tout est en règle. Il s'avère que non : cela fait plus de six mois que les plaques sont périmées, et la procédure veut que le véhicule doit donc être immobilisé jusqu'à ce que la situation soit réglée. En fait, comme on va s'en rendre compte un peu plus tard, Change avait suivi la procédure et envoyé les papiers il y a déjà plusieurs mois, mais l'organisme de paiement n'avait jamais répercuté vers le bureau des immatriculations de Californie. Un bon vieux foutoir administratif : comme quoi, cela n'arrive pas que dans les pays socialistes, hin hin.

Pauly gère la situation de main de maître en restant infiniment cool et poli avec le flic. On se gare au Denny's cent mètres plus loin. « Il vaut mieux que l'on sorte nos affaires de la voiture, non ? » Joli bluff : il reste quelques grammes d'herbe dans le coffre. Le flic acquiesce avant d'avoir eu le temps de réfléchir. La fourrière arrive et emporte la voiture. La décision est rapidement prise : Pauly loue une chambre au motel voisin, tandis que Change part louer une voiture – elle passera le reste de la journée à aller de bureau en bureau pour régulariser la situation. Il nous trois voyages pour transférer nos affaires de camping vers la chambre. Je m'effondre sur le lit et tombe dans un coma profond, n'ayant pas beaucoup dormi ces trois derniers jours.

Change a récupéré sa voiture vers dix-huit heures, et on a finalement rejoint LA en début de soirée. Passage par In-n-Out burger, et reprise du travail à l'appartement. Pendant mon absence, Harper a publié les biographies des finalistes des WSOP que j'avais préparées en avance. Je passe trois heures sur celle de Begleiter, puis à peu près le même temps sur celle de Cada le lendemain. On regarde le dernier épisode des WSOP sur ESPN. On peut y voir un joli bluff de Darvin Moon contre Jordan Smith, le double-up chanceux de James Akenhead avec KQ contre AA, et la confirmation que Begleiter est bien un donkey, quand il relance pour info avec 77 sur un board 8-8-x (de mémoire). Antoine Saout 3-bet à tapis avec AQ, et le pauvre Begleiter n'a aucune idée de ce qu'il se passe : il jette ses cartes. Saout l'a échappé belle, tout de même, et passera une seconde fois tout près de l'élimination en se retrouvant à tapis sur une coin-flip.

Une courte nuit de sommeil plus tard et je suis en route à l'aube, au volant d'une voiture de location à la transmission semi-automatique : peu courant aux Etats-Unis. Il n'y a pas de pédale d'embrayage, mais je dois passer les quatre premières vitesses manuellement, en poussant le levier vers l'avant. Berdoo, Barstow, Baker : traversée éclair du pays des chauve-souris.

Peu après onze heures, les buildings de Vegas apparaissent à l'horizon. Cela ne me fait ni chaud ni froid : j'ai l'impression de ne être jamais parti. Je passe tout de suite au Fry's acheter une poignée de DVD, et au Border's voisin pour deux trois bouquins. Le nouvel Ipod attendra la fin de la semaine – enfin, ça c'est ce que je me disais ce matin avant de commencer à jouer au poker.

Je prends ma chambre au Venetian, l'un de mes hôtels préférés de Vegas, que j'ai déjà eu la chance de fréquenter il y a deux ans. C'est moi qui paie : c'est cher, mais je me fais plaisir. Quand la partie « travail » de mon séjour commencera, je bougerai au Gold Coast, beaucoup plus abordable et proche du Rio. Il ne s'agit pas de se mettre le comptable de Winamax dans le collimateur.

Tradition lors de chaque arrivée à Vegas : shopping au Premium Outlets, en centre-ville. En moins d'une heure et pour 400 dollars, j'ai remis ma garde-robe à jour pour les six prochains mois. Ah, les joies du dollar à prix bradé.

La finale du Main Event commence dans soixante heures. J'ai tellement travaillé les biographies des finalistes que je les connais tous par cœur : leur parcours, leur bio, leur style de jeu, leur couleur préférée, etc. Il ne reste plus qu'à lancer quelques paris en salle de presse le Jour J : cela va être la finale la plus excitante à suivre depuis des lustres.

3 commentaires:

Matthieu a dit…

J'ai hate d'y etre !

Dethier Eric aka Hysteric a dit…

Tic Tac! Trop rouillé pour le CG? ou encore trop déchiré du voyage pour un a-game?
Aujourd'hui tu perds, demain tu prendras trois fois ce que tu as perdu c'est la magie de Vegas. Et puis si tu veux un soutien parle en à Anthony (Lellouche)il a fait quelques up and down à Marrakech contre Roger en plus.
Que la force, le jeu et le spectacle d'un moment épique soit avec toi pour ces deux jours de finales.
Transpire (bon avec déo tout de même) le poker pour qu'il nous parviennent encore frais (d'où le déo) jusqu'au vieux continent où nous boirons tes commentaires et tes impressions, signe par signe.
Ceux là même que tu auras offert en pature à nos yeux écarquillés.

Que le poker soit avec toi!

Didier a dit…

In n Out , dennys, souvenirs, souvenirs

La suite au Venetian etait bradée a 159$/nuit, très recemment. Combien payes tu ?