samedi 7 novembre 2009

Grind

Mon calvaire vénitien s'est finalement terminé ce matin à onze heures, quand je me suis présenté au guichet pour régler la note. J'avais rempli mon contrat, à savoir jouer douze heures au total durant mon séjour de deux nuits : j'ai donc pu bénéficier du tarif réservé aux joueurs. En résumé : j'ai dépensé 800 dollars à la table pour en économiser 200 à l'hôtel. Oui, je sais, la logique économique de la chose m'échappe. Sur le papier, ça paraissait être une bonne idée.

Jeudi, au lendemain de ma désastreuse première session, j'ai commencé à écrire le profil d'Antoine Saout aussitôt après avoir sauté du lit. A quatorze heures, je prends une pause : direction la salle de poker. Ma seconde session fut à l'avenant de la précédente : j'ai joué moins longtemps (trois heures au lieu de quatre), mais j'ai perdu autant (500 dollars). Que voulez-vous que je vous dise : tu attends une heure, tu floppes un brelan, et tu perds une cave. Tu attends une heure de plus, tu floppes top-paire/top-kicker avec As-Roi, et tu perds une cave contre un décérébré qui te suit jusqu'à la mort avec un tirage de quinte ventrale. La table comportait au moins quatre joueurs très faibles, mais cela n'a pas suffi : leurs prises de risques suicidaires étaient récompensées, tandis que ma patience était punie.

A ce moment là, pour tout vous avouer, j'étais assez morose. Il me restait cinq heures à jouer pour bénéficier de la réduction, et j'avais déjà perdu de quoi me payer la suite du prince. Je n'étais plus très sur de vouloir aller jusqu'au bout. Je me suis remonté le moral au Mandalay Bay, où j'ai trouvé le nouveau bouquin de Chuck Klostermann à l'Urban Outfitters (j'ai aussi constaté avec tristesse la fermeture de ma librairie préférée du coin, The Reading Room, remplacée par un stand de glaces – il faut croire qu'il y avait trop de librairies à Vegas, et pas assez de stands de glaces) Après, j'ai retrouvé Pauly et Change au Burger Bar, où je me suis offer un hamburger au Kobe Beef, la meilleure viande de boeuf du monde. Ça m'a couté un bras, mais Dieu que c'était bon.

De retour au Venetian, je termine la bio d'Antoine Saout, et vers une heure du matin, je suis prêt pour le troisième round. Je descends, vais chercher les jetons, m'assois à la table, et enclenche la musique de Rocky sur l'Ipod. Je vais d'abord jouer à une table fatiguée qui va casser rapidement. Je vais ensuite en trouver une autre beaucoup plus fun, vraiment facile car remplie de joueurs faibles et peu agressifs. C'est là que je vais – enfin ! - trouver des mains. Je n'ai pas perdu un coup entre quatre et cinq heures du matin... Un full, un carré, une paire de Valets qui tient contre trois joueurs (dont deux à tapis). Je chatte même un coup contre un type complètement bourré qui faisait n'importe quoi : je relance 10-8 de carreau, il fait tapis, avec l'argent déjà au milieu, j'ai presque du 2 contre 1, je paie : il bluffait avec la meilleure main, 10-9 dépareillé, mais je trouve un 8. Je vais quitter la table à six heures en ayant réalisé un profit de 200 dollars. Tout juste une cave : un peu décevant, finalement. J'aurais pu faire mieux si je n'avais pas perdu quelques coups en fin de session. Mais tout de même, ce n'était pas désagréable de faire un résultat net positif après les désastreuses sessions précédentes.

Me voilà donc maintenant installé au Gold Coast. Changement radical de décor : les minettes en mini-jupe ont été remplacées par des cow-boy fumant le cigarillo. Ambiance old-school, Vegas des années 70. Ma chambre pue la clope mais le mobilier a récemment été remis au goût du jour.

Après cette quasi nuit blanche, j'avais prévu de dormir un peu, mais ma confrère Jennifer m'a appelé en début d'après-midi. Je ne l'avais pas vue depuis l'été. Tant pis pour la sieste : je la rejoins en bas. On pose les coudes sur le zinc : Jennifer trouve six carrés en vingt minutes de vidéo poker pour transformer ses 20 dollars de départ en 200. Je m'aventure vers la salle de poker : scandale, il n'y a que des vieux joueurs de Limit cramoisis. Je traverse la rue pour rejoindre le Palms. Je m'installe à une 1$/3$ avec un tapis de 300. Je suis rapidement rejoint par Pauly et Change. Je vais jouer un peu plus de trois heures, durant lesquelles je vais perdre 70 dollars (« Seulement ? », je vous entends déjà dire). Avant de dégueuler un peu (QQ contre KK, deux paires contre deux paires), j'aurai le temps de rafler un gros pot à chacun de mes amis (AQ sur Q-9-x-9-x contre Pauly qui transforme sa paire de Dix en bluff, et un full floppé contre Change qui n'a que la top-paire sur le turn). La table est décontractée, je passe moins de temps à jouer qu'à causer cinéma avec le vieux assis à côté. Otis, le bloggeur de PokerStars, nous rejoint ensuite, et l'on se rend au meilleur restaurant italien de Vegas à côté du Palms, celui dont j'oublie toujours le nom mais où l'accueil est on ne peut plus chaleureux. Et puis je quitte mes amis à regret : une table de Pai-Gow attend mes amis, mais j'ai à faire.

Et d'ailleurs, là, tout de suite, je suis loin d'avoir terminé mon travail préparatoire au Main Event (qui, quand on fera les comptes, m'aura surement pris plus de temps que la finale en elle-même)La partie de poker la plus excitante de l'année commence dans moins de douze heures. Il est temps de recharger les batteries. Rendez-vous à 21 heures sur Winamax pour le coup d'envoi.

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