vendredi 30 octobre 2009

Dazed and confused

6 heures 45. Je me lève bien avant que le réveille ne sonne : je n'ai pas fermé l'oeil. Je finis de me préparer. Je me demande si je n'ai rien oublié. Argent, cartes de crédit, batteries diverses, adaptateurs, puce de téléphone portable. Puis je sors dans la grisaille londonienne, serein comme on l'est quand on a pas dormi. Un peu dans les vappes, je prends un chocolat et un croissant au café du coin. Il n'y a pas de bistrots à Londres, juste des chaînes de cafés, génériques et aseptisées. Arrêt de bus. Je regarde les cyclistes passer, les gens qui vont au boulot. Je monte dans le bus, il est bondé, je descends à Sloane Square, mon nouveau bagage à main n'est pas pratique à transporter sur les épaules : je le pose au sol et déplie la poignée. Là, c'est mieux. Je trouve un taxi et lui demande de m'emmener à la gare de Paddington. Là, je slalome entre les voyageurs et achète un billet aller/retour pour Heathrow. Un train est déjà sur le quai. J'embarque. Je peste contre les gens qui posent leurs sacs à dos sur l'étagère du bas, alors qu'il est bien indiqué qu'elle est réservée aux bagages lourds. J'arrive à l'aéroport. Succession de couloirs interminables pour rejoindre le Terminal 2. J'ai le temps, je suis en avance. J'enregistre mes bagages. Je vais au comptoir de vente de billets. Je demande si je peux changer la ville de départ de mon billet retour. C'est pas possible. Je fume une cigarette dehors. J'achète deux carnets à la papeterie, un tube de crème solaire en spray à la pharmacie, et le magazine Empire à la librairie. Je trouve un restaurant et commande des oeufs Benedict en feuilletant Empire. Je mange, je règle la note. Je fume une cigarette dehors. Je rentre, et passe la sécurité. J'enlève mes chaussures, ma ceinture, je vide mes poches, retire ma veste, Je passe le portique. Mon sac sonne en passant dans la machine. La crème solaire. Idiot que je suis. L'agent de sécurité ouvre mon stack, et étudie avec attention chacun des objets qu'il contient : appareil photo, revues, magazines, câbles, chargeurs trousseau de clé, clé USB. Il oublie une poche, me tend le sac, et me demande si je veux qu'il remette tout en place. Ça ira, T'as déjà assez foutu le bordel comme ça. Je ne trouve rien dans les boutiques du terminal qui me permette d'exercer mon pouvoir d'achat. Je regarde l'écran de contrôle. Vol Virgin Atlantic pour Los Angeles, 11h25 : porte 22. Je me dirige vers la porte 22. Heureusement que je suis en avance : le couloir n'en finit pas. J'arrive porte 22, je présente mon passeport et mon billet à l'hôtesse. On m'arrête. Contrôle de sécurité aléatoire. J'enlève mes chaussures, ma ceinture, je vide mes poches, retire ma veste, pose mon casque audio, mon Ipod, mon portefeuille, mes cigarettes, mon briquet, mon passeport, mon billet, ma carte de bus, mes chaussures, ma ceinture, ma veste et mon ordinateur sur la table. J'attends avec impatience le jour ou un terroriste va se foutre une bombe dans le cul pour que la fouille anale devienne obligatoire dans tous les aéroports du monde. Un agent me palpe les dessous de bras, le ventre, les jambes, l'entrejambe, mes poches. C'est quoi, ça. C'est mon argent. Sortez-le. Je sors pas mon argent devant tout le monde. Alors donnez le discrètement à mon collègue. Je sors mes trente billets de cent dollars roulés pour former un cylindre. L'autre agent de sécurité ouvre mon stack, et étudie avec attention chacun des objets qu'il contient : appareil photo, revues, magazines, câbles, chargeurs trousseau de clé, clé USB. Il oublie deux poches, et ne me propose pas de faire le rangement lui-même. Je range mes affaires, et me dirige vers la porte d'embarquement. Siège 36G. Rangée du milieu. Quatre sièges, j'ai celui à l'extrême droite. J'extrais Empire et un roman de Charles Bukowski de mon bagage à main, et le range dans le compartiment au dessus de ma tête. Je m'assois, et consulte les films du jour sur la brochure. Il y en a plus de cinquante, dont plusieurs que je veux voir ou revoir : The Hangover, Bruno, Gran Turino, Terminator 4, etc. Dix minutes passent. L'avion est à peu près rempli, mais les trois sièges à ma gauche restent désespérément inoccupés. Ça sent le piège, et ça ne loupe pas : trois passagers arrivent en dernière minute, peu avant que le pilote ne démarre les moteurs. Une mère de famille, et deux enfants en bas-âge. Avant même qu'ils ne prennent place, je sais déjà comment vont se dérouler les onze prochaines heures. Ils s'assoient. Je me prends le premier coup de pied après quinze secondes. Les magazines placés dans le siège volent après quarante-cinq secondes, et une minute plus tard, ça pleure de concert. Glapissements perçants. Je chausse mon casque anti-bruit et regarde dans la direction opposée. Je serre les dents. Je regrette de ne pas avoir en ma possession une tablette de Xanax. L'avion se dirige vers la piste de décollage à pas d'escargots. A côté de moi, les cris s'intensifient. La mère tente vainement de les faire cesser. Je commande un verre de vin. C'est froid et insipide, mais ce n'est pas pour le goût que je le bois. Le pilote met les gaz à fond. Les 300 passagers s'enfoncent dans leur siège. Je me prends un coup de pied dans le genou, en même temps qu'un coup de poing dans l'épaule.

Midi. L'appareil lève le nez, et s'envole dans le ciel. C'est parti pour onze heures de voyage. Je prie pour un crash rapide.

****

Ils se sont calmés au bout de deux heures, avant de repartir de plus belle une heure avant l'atterrissage, moment qu'à choisi la mère pour commencer à distribuer des baffes. Trop peu, trop tard. J'ai à moitié dormi durant la moitié du voyage, me réveillant en sursaut toutes les dix minutes, incapable de trouver une position confortable. J'ai mangé le morceau de poulet en caoutchouc servi en guise de repas, j'ai abandonné Terminator 4 au bout de cinq minutes. J'en accordé vingt de plus à Bruno, encore plus inconfortable à regarder que Borat, mais cent fois moins drôle. J'ai regardé Gran Torino en entier, et j'ai aimé. J'ai regardé The Hangover pour la première fois depuis les WSOP, et c'était toujours aussi parfait du début à la fin. Puis on a atterri : back in the USA.

Le passage devant l'officier d'immigration ? Une formalité. Quelle est la raison de votre visite aux Etats-Unis ? Un festival de musique. Vraiment ? J'en suis très heureux pour vous. Il me tend mon passeport tamponné d'un visa touristique de 90 jours, et me laisse aller chercher mon sac. Je n'attends que cinq minutes avant de le voir tomber sur le tapis roulant. J'ai donné le papier bleu au douanier, et suis sorti dans la chaleur automnale de Los Angeles. C'est ma quatrième visite dans cette ville attirante, immorable, charmeuse, et stupides. Mais je ne vais pas y rester bien longtemps. Pauly a déboulé dans sa voiture, et quinze minutes plus tard, on était dans son appartement, où nous attendaient Change et toute une bande de hippies. Pauly m'a donné le programme des trois jours à venir, et m'a montré mon costume d'Halloween. C'est parti pour trois jours de fête. Je vous raconterai ça dans quelques jours, quand j'aurai repris mes esprits.

7 commentaires:

CelticTouch a dit…

lol, je compatis pour l'avion, et pour le fouillage de "stack" ... Toujours un plaisir de te lire, bon festival !

Hysteric a dit…

Bon voyage. Profite t'es en vacances ;-) Pour les enfants celui qui n'en a pas ne peut pas comprendre et je parle en connaissance de cause.
Ah oui n'oublie pas de relever la tête au bout du trip.

NickL75 a dit…

c'est de la folie tes textes.
Tu nous emportes dans ton univers et on ne veut pas en sortir.
A quand un vrai bouquin ??

mon passage préféré :
"Midi. L'appareil lève le nez, et s'envole dans le ciel. C'est parti pour onze heures de voyage. Je prie pour un crash rapide."

Excellent !

SteveZissou a dit…

Happy birthday sale hippie !

draculito a dit…

"J'attends avec impatience le jour ou un terroriste va se foutre une bombe dans le cul pour que la fouille anale devienne obligatoire dans tous les aéroports du monde."

Serre les fesses Benjo !
http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,4831753,00-alerte-au-suppositoire-explosif-.html

Arnaud a dit…

J'allais dire le fouillage de "stack" écrit 2 fois , c'est une déformation proffessionelle ?

Arnaud .

Guilhem a dit…

Quel plaisir de te lire Benjo !