jeudi 22 octobre 2009

Bloody murder, bloody brother

Varsovie, hôtel Hyatt, 22 heures 24. Les deux premières journées de départ de l'EPT polonais sont terminées. Seulement 203 joueurs au départ : il faut remonter à 2005 pour trouver dans les archives une étape EPT aussi peu fréquentée. Il y a eu encore moins de monde que l'année dernière, et ce n'est pas difficile de voir pourquoi : avec tout le respect que je dois à un peuple qui a tellement souffert au vingtième siècle, Varsovie, c'est moche et c'est gris. Le calendrier du circuit est en ce moment bourré d'étapes plus attrayantes (Marrakech en tête, même si personnellement ce n'est pas ma tasse de thé), et beaucoup de joueurs ont préféré passer leur tour, en particulier les non-fumeurs, horrifiés à l'idée de jouer un tournoi dans l'un des derniers casinos d'Europe autorisant la cigarette à moins d'un mètre des tables.

Ce qui ne nous a pas empêché d'entamer le reportage sur les chapeaux de roue : plus de 10% des partants étaient français, et on a pas manqué de matière durant les Day 1A et 1B. Avec Junior, on s'est installé au Reytan, un petit hôtel modeste mais confortable situé à quelques minutes de route du Hyatt, un peu trop cher à mon goût. J'avais prévu de m'installer comme d'habitude au Sheraton, l'un de mes hôtels préférés sur le circuit, mais je m'y suis pris trop tard et c'était complet.
du

(photo : Neil Stoddart)

Au milieu du premier jour, j'ai surpris Alex Kravchenko un grand sourire aux lèvres. Ceux qui suivent le circuit pro savent qu'il s'agit d'une scène suffisamment rare pour être signalée : le russe est connu pour être l'un des joueurs les plus taciturnes que l'on peut rencontrer autour des tables de l'EPT, un vrai tueur qui ne déserre jamais les machoires, le genre avec qui t'as pas envie de te brouiller. Je me rappelle une conversation sur le banc de presse entre deux bloggeurs de PokerStars lors du Main Event des WSOP l'été dernier oscillant entre le premier et le second degré :

« - Est-ce que tu crois qu'Alex Kravchenko a déjà tué quelqu'un dans sa vie ? »

[Longue pause, les yeux se lèvent de l'écran de l'ordinateur. Intense réflexion.]

« - Oui, je pense. C'est probable. Pourquoi pas ? »

« - Mais je ne peux pas l'écrire dans le blog, n'est-ce pas ? »

« - Non, malheureusement. »

Bref, j'ai accouru vers Neil, le photographe de PokerStars : « Si tu veux un cliché inédit, dépêche toi ». La source de la bonne humeur de Kravchenko ? Le russe à l'anglais mal assuré avait tout simplement trouvé deux joueurs avec qui converser dans sa langue natale : Mikhail Tulchinskiy et Almira Skripchenko. Aussitôt la partie terminée, je me suis empressé de demander à la joueuse du Team Winamax de quoi avaient-ils bien pu parler durant deux heures. « Il a cette théorie de l'avalanche qui m'a fait beaucoup rire... C'est un peu comme les cycles de Patrick Bruel, mais avec de la neige... Quand tout va bien dans un tournoi, la boule de neige grossit, grossit... » Almira ajoute que Kravchenko est en fait quelqu'un de très charmant, mais très inconfortable dès qu'il s'agit de causer une autre langue que la sienne. Et son attitude à la table provient aussi d'une tradition enracinée dans la culture russe. « Chez nous, les hommes ne doivent montrer aucun signe de faiblesse. » Bref, on ne pleure pas quand les bad-beats tombent, et on ne saute pas de joie quand on est chip-leader. Ah, si les autres nations européennes pouvaient en prendre de la graine. Quoique, on se ferait peut-être un peu chier sur le circuit.



C'est avec pas mal de fierté (et un peu de jalousie) que j'ai eu la chance de voir évoluer dans cet EPT mon petit frère. Le groupe Partouche pour lequel il travaille avait décidé de faire cadeau d'un gros buy-in à ses directeurs de tournoi... Fierté, car c'est votre serviteur qui a appris à Aurélien les règles du jeu sur la table de la cuisine en 2002, pour une partie à deux euros cinquante la cave. Nostalgie, nostalgie. Après, c'est avec moi qu'il a fait ses premiers pas au club de Poker à Lille, puis en ligne, puis en cercle à l'Aviation Club de France. Jalousie, car ce morveux a la chance de disputer un EPT à 22 ans tout juste, alors que moi, je n'ai encore jamais disputé le moindre tournoi pro. Grrr. Ah, mais je m'égare, je suis très content pour lui, bien sur, d'autant qu'il a survécu à la première journée du tournoi. Que de chemin parcouru depuis sept ans. Mais tout de même, je me sentirai toujours un peu coupable d'avoir entraîné mon petit frère dans ce milieu de margoulins. Parents, pardonnez-moi.

Pour le reste, cette semaine à Varsovie sera tout sauf touristique. J'ai déjà visité la vieille ville et le musée consacré à la guerre lors de mes trois visites précédentes, j'ai donc plus ou moins tout vu. Il y aura peut-être une boîte en fin de semaine, pour fêter le résultat de Ludo à Marrakech, ou un éventuel bon résultat du Team ici (Antony est chip-leader du Day 1B), mais à part ça, je vais consacrer mes soirées à la préparation de mon trip de la fin du mois : vacances d'abord, avec un festival en Californie, puis travail ensuite, avec la table finale du Main Event à Vegas.

Tiens, jetez un oeil à Chip Lead Poker, un magazine internet où figure une interview de votre serviteur.

2 commentaires:

MR4B a dit…

rien que pour l'expression "margoulin", je vais rester abboné à ce blog ! GG au brother qui réalise le rêve de bcp de joueurs amateur .. en ce qui me concerne, ça ne sera "que" le FPT marseille ce WE, en attendant la finale à paris ?

merci benjo pour ce blog

Matthieu a dit…

bon et le bouquin de Pauly, ca avance ? :)