dimanche 30 août 2009

Sortie au musée

Hôtel du Louvre, 2 heures 22. De retour d'un excellentissimme restaurant chinois du seizième arrondissement. Chez Tang. Hautement recommandable. J'ai laissé l'équipe Winamax, staff et joueurs mélangés, qui partaient finir la soirée au Bagatelle, un club où parait-il Antony Lellouche est maître des lieux.



J'ai passé la journée au plus célèbre musée du monde. Cependant, je n'y ai vu ni sculptures, ni tableaux de maîtres, ni reliques égyptiennes. Le France Poker Tour faisait sa rentrée pour une cinquième saison. J'imagine qu'il fallait faire encore plus fort que l'année précédente, quand l'étape parisienne s'était déroulée au Stade de France.

Le France Poker Tour, c'est l'occasion de renouer contact avec le poker amateur, et donc de rencontrer les lecteurs, les passionnés, les fans. Toute la journée, des inconnus m'ont serré la main, sont venus me voir à mon poste, m'ont passé des mots d'encouragements, d'appréciations, de félicitations. Cela m'a considérablement distrait dans l'accomplissement de la tâche en cours, mais c'était agréable néanmoins. J'ai même signé des autographes, me rendant compte du ridicule de la situation, cependant. Et à quatre reprises, des lecteurs m'ont reproché de ne pas écrire assez sur ce blog. C'est à vous que je dédie cet article. Croyez-bien que si je pouvais gagner ma vie avec cette page, je m'y consacrerais à plein temps. Mais pour l'instant, et probablement pour longtemps, c'est gratuit, pour vous comme pour moi. Et c'est d'ailleurs très bien comme ça. J'écris aussi pour le plaisir, et bien souvent, je peste intérieurement de ne pas avoir plus de temps pour raconter deux ou trois trucs ici. Et aussi, tout simplement, de ne pas être aussi motivé, prolifique et inspiré qu'un Pauly, un Shamus ou un Michael Craig.

Le week-end fut des plus bizarres, et excitants, aussi. Avec Harper, mon nouveau collègue fraichement débarqué chez Winamax au poste de second reporter, on est arrivés dans la capitale hier soir, après un trajet Eurostar en première classe depuis Londres. J'ai décliné le repas offert aux nantis que nous sommes, préférant dormir au son de Fleetwood Mac. Un taxi plus tard, et l'on se posait dans notre hôtel de luxe du premier arrondissement, à deux pas du Louvre. Durant les jours qui ont précédé, j'avais déjà largement briefé Harper sur les tâchent qui l'attendaient, sur ma façon d'aborder un reportage, le récit, la narration, la « grammaire » d'un tournoi. En arrivant à Paris, je n'avais plus grand chose à lui dire sur le métier qu'il n'apprendra pas sur le tas durant les semaines qui viennent.

Ce renfort qui arrive, c'est tout de même une bénédiction, et une petite révolution. Avec quatre bras (plus ceux de Yuestud, dont l'aide fut primordiale au cours des douze derniers mois), on pourra travailler plus efficacement, de manière plus élaborée. On pourra se relayer, prendre le temps d'écrire mieux sans pouvoir autant sacrifier le rythme de publication des informations, comme cela s'est produit à Vegas cet été. Je vais – sans doute – pouvoir prendre un peu de recul, et de repos, en ayant la possibilité d'envoyer Harper seul sur certains tournois, tandis que je le surveillerai à distance depuis le bureau. Et l'on pourra couvrir plusieurs terrains à la fois. Par exemple, en cette rentrée chargée, je peux laisser mon second terminer le reportage au Louvre, tandis que je pars à Cannes pour entamer le Partouche Poker Tour. Harper va me rejoindre ensuite, et, avant la fin du tournoi, parti vers l'Espagne pour assurer en solo la couverture de l'EPT de Barcelone. Une fois le Partouche terminé, j'irai à Barcelone pour aider Harper, et commenter le tournoi en direct. De retour à Londres, on pourra se relayer sur les WSOP et l'EPT britannique, faire le forcing en duo lors des grosses journées, et se reposer chacun à notre tour lors des moments calmes.

Samedi matin, on s'est levé tôt, vers huit heures. Après un petit déjeuner inoubliable au rez-de chaussée, on s'est rendu directement au Carrousel du Louvre. On passe devant la pyramide de verre pointant vers le sol, symétrique miniature de l'entrée du musée (un décor du « Da Vinci Code », m'assure Harper), et on trouve l'entrée, où déjà des dizaines de joueurs sont en train de s'inscrire. « Il y en a qui sont arrivés à cinq heures du matin pour être surs d'avoir une place » m'assure Cédric, l'un des organisateurs. A l'intérieur, les préparatifs vont bon train, et je retrouve la plupart des superviseurs et bonnes mains du France Poker Tour que j'ai pu cotoyer lors de la saison précédente : l'arbitre en chef Guillaume Gleize, Lucille la reporter, Antoine Dorin, et bien d'autres. Dorin, d'ailleurs, est au moment où l'on débarque aux prises avec pas moins de dix fonctionnaires des Renseignements Généraux, chargés de faire en sorte que le logo du sponsor de l'épreuve est bien absent des cartes, jetons, bannières promotionnelles, t-shirts, etc, utilisés à l'intérieur de la salle. Le sponsor est question se trouve être la boîte chez qui je suis salarié, je suis donc un peu nerveux. Je songe un instant à me constituer directement prisonnier, histoire d'éviter d'avoir à bosser. Les organisateurs recouvrent de scotch gris tous les logos présents dans la salle, mettent au rebut les gadgets de promos qui devaient être distribués aux joueurs, et les poulets s'en vont. Dorin n'est pas plus remué que cela : il a l'habitude de fréquenter la police et la justice depuis la création du FPT, et est rodé aux procédures en vigueur – en quatre saisons, aucune étape n'a jamais du être annulée pour raisons judiciaires. Il paraît même que beaucoup de policiers disputent des tournois du FPT incognito, pour leur plaisir personnel, certains sont de grands fans du Team Winamax.

Dorin s'en va en catastrophe, il est en retard pour la conférence de presse du lancement du France Poker Tour. J'envoie Harper à ses trousses pour couvrir le raout, où tous les joueurs du Team seront présents, trois d'entre eux prenant la parole devant une soixantaine de journalistes. Pendant ce temps, je m'installe et observe les préparatifs.

De mieux en mieux : après les RG, c'est un huissier de justice qui s'amène, mandaté par un groupe casinotier français. Il ressemble exactement à l'idée que l'on se fait d'un huissier de justice – je me demande un moment si ce n'est pas le même que les Inconnus ont molesté dans Les Trois Frères. Il sort de sa mallette un document de six pages, détaillant les faits qui sont reprochés au FPT. Apparemment, le casinotier soupçonnerait le tournoi d'être une maison de jeu déguisée, et illégale. Penché sur mon clavier, j'écoute de loin la conversation – Dorin étant parti, c'est Gleize qui se retrouve empêtré, ne sachant quoi trop répondre à ce type très sec en costard. « C'est un tournoi gratuit, il n'y a pas d'argent ..». En face, l'huissier n'a manifestement jamais vu un épisode du WPT de sa vie : « Alors, comment çà marche, cette histoire ? Ah, le principe est d'accumuler des jetons, vous dites ? Mais si on en a plus, qu'est-ce qu'il se passe ? » C'est Kafka, ou les Monthy Pythons, c'est selon, et je n'en saurai guère plus. Affaire à suivre, j'imagine.

Les joueurs arrivent, de plus en plus nombreux, se pressant derrière les barrières. Peu après 13 heures, on les laisse rentrer. Ils s'installent par centaines autour des 150 tables. Les flashs crépitent : les photos souvenir vont bon train autour du trophée disposé au centre de la salle. Je croise pas mal de têtes connues, certaines pas vues depuis longtemps, comme Yohan Sultan, de retour en France après deux années passées en Israël. Des retrouvailles qui font chaud au coeur : Yohan est sans doute la personne la plus sympathique et serviable que j'ai pu rencontré lors de mes pérégrinations dans les cercles parisiens. Il m'a tiré de belles épines du pied à plusieurs reprises, et je me souviens de soirées passées à l'Aviation Club de France ou au Gaillon, à jouer en cash-game, ou simplement discuter de tout et de rien au bar.



Il y a aussi des tas de parigots du ClubPoker, des tas de représentants des club locaux, de Lille, de Picardie, de Strasbourg, et j'en passe : le poker amateur dans toute sa splendeur, vivace et enthousiaste.



L'organisation est bien huilée grâce à la compétence des équipes du FPT, et c'est avec un retard minime que Dorin et Gleize prennent tour à tour la parole pour accueillir les joueurs et rappeler les règles d'usage. Les 1,500 joueurs vont réserver un accueil de star au Team Winamax. Un par un, le quinze va faire son entrée avec la musique a fond sortant des hauts parleurs, spotlights dans tous les sens, traversant la salle pour prendre place sur le podium. Ça m'a fait tout drôle, de les voir comme ça se faire ovationner, signer des autographes et poser pour les photos. Moi qui les côtoie depuis le début, je sais que ce sont des gens normaux. Pour moi, Johny restera toujours le mec qui ne sort jamais les poubelles (il va criser en lisant ça), Tallix celui à la chambre bordélique, Antony le fétard invetéré, Cuts un chieur de première quand il veut, etc, etc. Une bande de mecs sympas, normaux. Bon, à part Patrick Bruel, bien sur, là, pas de doute, on a affaire à une star, une vraie, à l'aura presque magnétique.

Bordel monstrueux devant le podium pour prendre une photo de l'équipe, pour la toute première fois réunie au complet sur le même cliché. Je m'y prends mal, et rate complètement ce moment. Impossible de me faire une place dans l'espace restreint déjà occupé par les « collègues » de la presse généraliste munis de gros téléobjectifs, et, amateur que je suis et resterai, je n'arrive qu'à prendre qu'une poignée de pauvres photos assez pitoyables. Bof, pas grave.



Le reste de la journée va se dérouler à toute vitesse. D'abord parce que seulement six heures de jeu sont au programmes, entrecoupées par deux pauses : une promenade de santé comparé à n'importe quel tournoi professionnel. Et aussi parce qu'avec 1,500 joueurs et une structure rapide, le taux d'éliminations par heure était extrêmement élevé (de l'ordre de 200) Avec Harper, on a suivi les pros, présenté quelques amateurs éclairés, et tenté de retranscrire du mieux possible l'ambiance de fête qui régnait. Ils étaient nombreux à rester dans le coin après leur élimination, tant l'atmosphère était bon enfant. Les joueurs du Team ont aussi apprécié de se mélanger aux amateurs, prenant la chose plus au sérieux que je ne l'aurais pensé – plusieurs ont passé le premier tour.

On a terminé peu avant 22 heures, juste à temps pour découvrir en ligne le reportage de TF1, diffusé deux heures plus tôt. Cliquez ici pour le regarder, et regardez bien le second plan lors de l'interview d'Alexia Portal.

Je vais laisser Harper couvrir en solo la deuxième journée de l'épreuve : je m'envole pour Cannes dimanche, et serai sur le pied de guerre lundi pour couvrir la première journée du Partouche Poker Tour.



Mon reportage à Kiev, la semaine dernière, s'est terminé comme il avait commencé : de manière calme, apaisée. J'ai couvert les deuxième et troisième journées par écrit, avant de retrouver avec bonheur les anglais de Sunset+Vine, l'équipe télé, et de prendre le micro de l'EPT Live en compagnie de Marion Nedellec, qui officiera cette saison à mes côtés, tout du moins lors des étapes qu'elle ne jouera pas. Les horaires sont restés raisonnables tout au long de la semaine, grâce à la nouvelle structure concoctée par les compères Tardieu et Mattern, qui allonge les EPT d'une journée, raccourcissant donc la durée de chacune de manière significative. J'ai vu un peu de la ville avec Mad, des églises et des tanks, principalement, le mémorial consacré à la seconde guerre mondiale étant situé à côté d'un complexe d'une bonne demi-douzaine de chapelles orthodoxes assez chiadées, il faut bien le dire. On a fait quelques restos sympathiques avec les mecs de PokerNews, et le dernier soir, la traditionnelle beuverie d'après-tournoi fut somme toute timide, avec un mal de crâne de force 3 sur 5 environ le lendemain matin. Je me rappelle que Gloria et Mad ont passé deux bonnes heures à parler de conflits militaires européens du 18ème siècle, conversation chiante à mourir s'il en est, mais la présentatrice des videos de PokerNews est actuellement en train de passer son diplôme d'histoire militaire, par correspondance. Mon avion vers Londres, décollait assez tard, j'en ai profité pour me ballader dans le centre. C'était jour férié en Ukraine, le grand boulevard avait été vidé de sa circulation pour laisser place à un défilé militaire assez anarchique, on a aussi vu passer la flotte aérienne au dessus de nos têtes. Les rues étaient pleines, et un orchestre ambulant a joué quelques interprétations enthousiastes des Pet Shop Boys, Queen et aussi le thème principal de Rocky. Absolument fantastique. Arrivé à l'aéroport, c'est un air de revanche et de triomphe qu'affichaient Simon, Marc, Howard et Stephen sur leurs visages, tandis que je passais devant en première classe pour rejoindre la seconde. La semaine dernière, j'étais assez chanceux pour me faire surclasser au comptoir d'enregistrement. Cette fois, j'étais le seul à ne pas avoir bénéficié de cette faveur. Sans doute à voir avec le hasard qui aplanit la chance sur le long terme, ou un truc dans le genre.

Quelques photos









2 commentaires:

salas a dit…

quel plaisir de te lire,

j'espere que j'aurais l'occasion de te rencontrer pour l'ept de barcelone où j'y serais pour faire le side event le mardi 8

27as a dit…

Joli sujet sur le FPT de Paris auquel j'ai eu la chance de particper.
Ton blog est très enrichissant et passionnant. Belle écriture.
Effectivement, on peut regretter le fait que tu ne puisses pas y consacrer plus de temps, mais ça se comprend vu le boulot que tu accomplis à coté.
Chapeau l'artiste!!!