jeudi 20 août 2009

Kiev

Palais des Sports, Kiev, 10h25. J'aime bien arriver en salle de presse tôt le matin. Le tournoi ne commence que dans deux heures, mais rien de plus agréable que de pouvoir se concentrer un peu dans la solitude de la salle vide, avant que les tables ne soient envahies par les dizaines de collègues travaillant pour les autres sites. Et, avec le décalage horaire ukrainien (deux heures d'avance par rapport à Londres), je me retrouve en train de travailler à une heure plus qu'inhabituelle pour moi.

Présentement, j'attends le départ de la troisième journée du tournoi. Les Day 1A et 1B se sont passés sans trop de problèmes, et je n'ai pas grand chose à raconter de plus à leur sujet que ce qui a déjà été publié sur Winamax. C'est le premier tournoi de la saison 6 de l'European Poker Tour. Il arrive en plein milieu du mois d'août, à peine un mois après mon retour de Vegas, alors qu'historiquement, la saison commençait toujours à Barcelone au début du mois de septembre. J'attends avec anxiété le moment où la saison européenne reprendra dès le lendemain de la fin des WSOP.

Comme chacun est désormais au courant, l'EPT devait initialement donner son coup d'envoi à Moscou, avec une toute nouvelle étape. Les autorités russes en ont décidé autrement en faisant passer une décision de justice rendant de facto le poker illégal sur tout le territoire de la Fédération, excepté quelques zones bien délimitées, et toutes situées à des milliers de kilomètres de la capitale. John Duthie et les organisateurs de l'EPT ont rapidement trouvé un pays plus accueillant en la personne de l'ennemi ukrainien voisin, qui a lui pris une direction inverse : le ministre de la famille, de la jeunesse et des sports local a en effet officiellement fait entrer le poker comme « discipline sportive non-Olympique ». Et c'est ainsi que le cirque itinérant s'est installé en Kiev : je tire mon chapeau au staff de PokerStars et de l'EPT, qui a mis sur pied cette épreuve en un temps record (quatre semaines), ce qui n'était pas gagné d'avance, avec toutes les contraintes logistiques (des dizaines de tables à expédier sur place, les croupiers à recruter, etc), les barrières linguistiques, et tous les soucis d'ordre légaux avec les autorités en place.


La dernière recrue du Team Winamax

A la base, je n'ai pas l'intention de me rendre à Moscou, ni à Kiev, préférant attendre la « vraie » reprise des tournois avec le Partouche Poker Tour à Cannes et l'EPT de Barcelone, les deux grosses étapes de la rentrée. Et puis, deux semaines avant le début de l'épreuve, Sunset+Vine (la boîte de production télé qui filme les EPT) m'a appelé, m'informant que le tournoi serait retransmis, et que j'avais été à nouveau choisi pour être le nouveau commentateur français (avec l'arrivée d'un second commentateur, même, mais on aura le temps d'en reparler plus tard). Puis, quelques jours plus tard, j'ai appris que le jeune prodige Tristan Clémençon avait signé chez Winamax, et allait faire ses débuts à Kiev. Et c'est ainsi que j'étais de retour sur le circuit, un peu trop tôt à mon goût, mais de retour quand même, préparant un voyage en dernière minute.

Le voyage, justement, ne fut pas de tout repos. Il avait pourtant bien commencé, quand la fille derrière le comptoir de BMI à Heathrow m'a appris à ma grande surprise que j'avais un billet en Business Class. Chouette, cela ne m'était jamais arrivé. Je ne sais pas trop le pourquoi du comment (c'est Sunset+Vine qui réserve mes vols la plupart du temps), mais je me suis rapidement retrouvé dans la « lounge » de la compagnie, m'empiffrant de petits pains, sirotant du jus d'orange frais et du café tout en lisant l'une des dizaines de publications mises à la disposition des fortunés voyageurs, tandis que les citoyens de seconde classe patientaient à côté sur des sièges inconfortables. La belle vie. Puis j'ai pris place dans l'appareil dans un fauteuil rappelant celui du dentiste, tandis que mes collègues Howard, Marc, Stephen et Simon s'entassaient au fond de l'habitacle en maugréant contre ma bonne fortune. L'avion a décollé, j'ai basculé le siège au maximum, et très vite une hôtesse arrivait pour me servir un verre de vin, me proposant de choisir mon menu, faisant mon choix parmi trois combinaisons de plats, entrées et desserts. Ah, combien de pages pourrais-je écrire sur la mozarella et les tomates, le poisson, la purée de pommes de terres et les haricots, et les fraises à la chantilly du dessert.

On atterrit avec une heure de retard. Je n'avais jamais mis les pieds en Ukraine, et vais rapidement déchanter en arrivant. Le problème avec la première impression, c'est qu'on ne peut en donner qu'une seule, et nous avons été accueillis à l'intérieur du terminal par une masse compacte de voyageurs, assemblés en un tas informe devant les comptoirs d'immigration. Pas de file d'attente discernable, tout ceci est très mal organisé et il nous faudra plus d'une heure pour passer les cerbères, laps de temps durant lequel une bonne vingtaine d'enfoirés me seront passés devant l'air de rien. Nos bagages sont arrivés depuis longtemps, et l'un des mecs de Sunset+Vine avec qui je voyage a perdu l'un de ses sacs contenant le pied de sa caméra. Une heure de plus d'attente, le temps de remplir les formalités avec la compagnie aérienne. Lorsqu'on sort finalement du terminal, nous avons donc trois heures de retard et, miracle, le chauffeur booké par S+V est encore là à nous attendre avec un air de chien battu, tenant sa pauvre pancarte entre les mains. Je lui voue une reconnaissance éternelle, car, comme j'allais m'en rendre compte plus tard, il est pratiquement impossible de trouver un taxi honnête à Kiev lorsque l'on est un touriste étranger. Certains ont payé 50, voire 100 euros leur transfert vers le centre ville, alors que l'on m'a assuré qu'il ne faudrait jamais dépenser plus de 20 euros pour cela.

Je ne sais absolument rien à propos de l'Ukraine, excepté leurs relations actuelles tendues avec la Russie, et leur propension à mettre au pouvoir des premiers ministres extrêmement mignonnes. Sur la route, le décor est typique de ce que j'ai pu voir lors des précédentes visites à l'Est : on passe des dizaines et dizaines de bâtiments de type HLM pour arriver vers le centre-ville. Kiev compte trois millions d'habitants (autant que Los Angeles), il faut bien les mettre quelque part. Il fait chaud, il y a du monde dans les rues. J'arrive à mon hôtel, rustique mais somme toute confortable.



Le tournoi se déroule au Palais des Sports local, un gigantesque gymnase accueillant habituellement des manifestations de danse, des matchs de tennis, le concours Eurovision, ce genre de trucs. Le personnel ne me semble guère commode – la barrière linguistique y est sans doute pour beaucoup. J'ai un mal fou à me sentir à l'aise dans ces pays où l'on parle mal anglais. L'ambiance des deux premières journées du tournoi fut assez bizarre. Il n'y avait qu'une quinzaine de français au départ parmi les 300 joueurs, dont la moitié que je ne connais pas. Je me sens un peu perdu. Le reste du field est composé d'une majorité de russes et d'ukrainiens, plus quelques étrangers, et finalement très peu de « têtes de séries ». Ce n'est définitivement pas l'ambiance de rentrée des classes que l'on peut observer chaque année à Barcelone, où tout le monde ou presque est là. Plusieurs joueurs étaient aussi confus que moi. « Hé, ça fait plaisir de voir quelqu'un que je reconnais », m'a dit Stuart Rutter en m'apercevant. Il n'y avait que très peu d'anglais, aucun espagnol, aucun hollandais, belge, juste une poignée de scandinaves : bref, on est en territoire inconnu. J'ai essayé tant bien que mal de produire un reportage intéressant, mais force est de constater qu'il ne s'agit pas du tournoi le plus passionnant que j'ai eu l'occasion de couvrir. Mais il ne s'agissait que des deux premières journées, après tout. Je me suis bien amusé à essayer d'écrire les noms des joueurs du Team en alphabet cyrillique (HИЌЛA ЛEVИ et TPИCTAH KЛEМЭHCOH du Team BИHAMAKC), où d'écrire un faux post en ukrainien (Almira est venue me voir ensuite pour me dire que cela ne faisait aucun sens, même pour une demi-ukrainienne comme elle) :

Arnaud Mattern магазин raises садовой ти donkey инструм calls создан OOP. Flop KQJ насто хоз, all-in который стремится snap-call сделать. Arnaud Дово trips, орый fish стреми straight draw. Turn 2 более river T более « Sick, свой gutshot труд bad-beat, one time. »

Même situation du côté des médias : à part PokerNews (Eric, Gloria, Shamus) et les bloggeurs de PokerStars, les collègues habituels sont absents. Je suis le seul français. Par contre, c'est avec grande joie que j'ai retrouvé Madeleine. J'annonçais son licenciement dans un post précédent : Mad a finalement été réembauchée à un poste légèrement différent. Il semblerait que la campagne de soutien qu'avait lancé Arnaud Mattern durant les WSOP a porté ses fruits. Excellente nouvelle, je me serais senti orphelin sans elle.

Pour le reste, pas d'anecdotes croustillantes à raconter pour le moment. Je n'ai pas encore mis les pieds dehors pour observer le paysage. Peut-être demain matin, si la journée d'aujourd'hui ne s'étire pas trop tard. On s'est fait un resto sympa avec Mad et Arnaud hier, en compagnie d'un local. J'ai été positivement impressionné par l'aisance d'Arnaud à s'exprimer en russe. Le bougre était dans une classe européenne au collège. Un atout imparable pour converser avec les nombreuses beautés locales. Bon, j'y retourne, le Day 2 m'attend.


Une panne de courant a interrompu le tournoi durant dix minutes lors du Day 1B. Plus de peur que de mal, l'incident ne fut finalement qu'une péripétie amusante


Pour la cérémonie d'ouverture, nous avons eu droit à une démonstration de danses traditionnelles de haute volée

4 commentaires:

Matthieu a dit…

sympathique tout de même cette petite description de l'Ukraine

CelticTouch a dit…

on est déçu pour toi que tes vacances soient pas plus longues, mais on est content pour nous de pouvoir te lire si vite sur les tournois;-)

draculito a dit…

"pas de file d'attente discernable, tout ceci est très mal organisé et il nous faudra plus d'une heure pour passer les cerbères, laps de temps durant lequel une bonne vingtaine d'enfoirés me seront passés devant l'air de rien."

Russian style Benjo, Russian style... C'est l'usage (même chose dans le métro, aux administrations).
Une fois qu'on s'y est habitué par contre, le retour à Paris (ou à Londres) fait bizarre.
"quoiii, pourquoi tu râles grognasse ?"

Short-Stacked Shamus a dit…

It was great seeing you & hanging out some, Benjo. Happy travels to you and the rest of le cirque itinérant this year.