mardi 21 juillet 2009

You'll never ever want to turn back



Après les parcs nationaux commençait la partie urbaine de notre road-trip, et la réalisation d'un vieux rêve... la visite de San Francisco. Une ville qui a toujours occupé une place de choix dans mon imagination. Ma fascination pour Frisco a été nourrie depuis tout petit par des films du genre Vertigo, les bouquins et reportages d'Hunter Thompson, quantité de chansons depuis le « Summer of Love » jusqu'à aujourd'hui, et même des jeux vidéos comme GTA : San Andreas ou Flight Unlimited 2 (les trois d'entre vous qui ont joué à ce simulateur de vol durant la fin des années 90 sauront de quoi je parle)

La prison d'Alcatraz, le pont du Golden Gate, les maisons Victoriennes, les rues qui n'en finissent pas de monter est descendre, les tramways tirés par cable : j'allais enfin pouvoir me projeter dans ce décor que je n'avais jusque là qu'imaginé à distance.

Obsessionnel que je suis, j'avais insisté pour que l'on fasse le détour par Berkeley pour arriver à Frisco par l'entrée nord, et ainsi faire notre grande arrivée triomphale par le Golden Gate. Hélàs, je me suis réveillé en sursaut au moment où Tallix me demandait si c'était là qu'il fallait sortir. « Oui, vas-y, c'est là », dis-je en ouvrant à moitié les yeux. Plantage total, j'avais dirigé Tallix vers l'entrée naturelle pour les voyageurs venant de l'est, c'est à dire le Bay Bridge. Il était sept heures du soir, le soleil commençait à se coucher. On pouvait apercevoir à l'horizon les gratte-ciel du centre ville, et je tenais à mon entrée cinématographique. « Sors à la prochaine, on se démerdera », que je lui ordonne tandis que l'on arrivait vers le péage du Bay Bridge. Encore une mauvaise idée. On se retrouve au milieu de nulle part, au bord du port de la ville d'à côté, Oakland. Il me faut deux minutes pour comprendre qu'on vient de débarquer dans le coin le plus pourri de la ville. Dealers et camés à tous les carrefours. C'était comme dans The Wire : les vendeurs étaient en jean et t-shirt blanc descendant jusqu'aux genoux, et les camés marchaient de travers en parlant tout seul. Une nana a même crié « Cops !! » en voyant passer notre Chevrolet au ralenti, vitre baissées. Bah non. On cherchait notre route, pas une arrestation facile.



Finalement, on a jamais retrouvé l'autoroute de Berkeley, et on a du se contenter du Bay Bridge et d'une entrée par l'est. Pas grave, la vue était quand même spectaculaire. Le brouillard enveloppait la ville, seuls les plus hauts buildings étaient visibles, méritant pour le coup leur appellation de « gratte-ciel. » Évidemment, une fois sorti de l'autoroute, on s'est perdus immédiatement – conduire à Frisco est un véritable challenge, avec plus de la moitié des rues en sens unique, des chauffeurs énervés et des genre de bus-tramway à tous les coins de rue (je sais pas comment ça s'appelle, ces bus reliés électriquement à des câbles suspendus)

On s'arrête. Pendant le trajet, j'avais sélectionné dans le guide six hôtels qui me semblaient sympas. Nous sommes samedi soir, et j'entends six fois la même réponse : nous sommes complets. Bordel de merde, je me dis, je vais appeler l'hôtel le plus cher, eux ils auront quelque chose de libre. Bingo, le Ritz-Carlton a une chambre disponible immédiatement, bien moins chère que le prix indiqué dans le bouquin (mais qui m'a quand même couté un bras).

On sort faire un tour à pied, et même débarrassé de la voiture, mon sens de l'orientation pourtant légendaire me fait défaut. Je ne comprends rien à la carte, et on fait un détour énorme pour trouver le port. Première constatation : la différence de température. Entourée d'eau sur trois côtés, San Francisco ne possède pas le climat californien typique, et ne semble véritablement ensoleillée que quelques heures par jour, soumise qu'elle est aux vents et courants de la Baie et de l'Océan Pacifique.

Notre objectif principal était bien sur de voir ce putain de pont de près. Plus difficile qu'il n'y paraît. Le premier soir, on a marché des heures le long des quais pour finalement faire chou blanc : s'il semble que le Golden Gate est éclairé de nuit, la brume empêche de voir quoi que ce soit. Le lendemain, on allait se rendre compte que c'est le cas la majeure partie de la journée, quand le chauffeur a éclaté de rire après qu'on lui ait demandé de nous conduire au pont. Il était trois heures de l'après-midi, et en effet, on ne voyait strictement rien. Quel est le con qui a fait sauter le pont ? Me disais-je en nous engageant sur la voie piétonne, parce que bon, maintenant qu'on est là, autant y aller, on a rien d'autre à faire. Et puis, miracle : cinq minutes plus tard, la brume était complètement dissipée, et l'on voyait apparaître le centre-ville au loin, l'île d'Alcatraz, et l'autre bout du pont, à deux kilomètres de là. Et comme ça, tout de suite, tout était parfait, il n'y avait rien d'autre à ajouter, juste une grimace stupide aux lèvres, heureux d'être là au bon endroit et au bon moment. Ouf. Il s'en était fallu de peu pour que le plus beau moment de ma vie soit gâché. OK, peut-être pas le plus beau, mais au moins dans le top 10.



La fameuse "skyline" de San Francisco, vue depuis le Golden Gate. On a aperçoit au fond la pointe de la pyramide Transamerica. Frisco est composée de plusieurs collines : une ballade en voiture dans ses rues se résume à une série de montées et descentes abruptes



Il fallait bien qu'on essaie les "Cable Cars", ces tramways obsolètes ne transportant plus que les touristes. Seules quelques lignes sont encore actives en centre-ville. Pour un plaisir maximal, il convient de rester debout sur le côté du véhicule, accroché au poteau, et d'observer le conducteur piler comme un malade (bonjour le crissement) pour éviter la collision aux carrefours.



Autre spectacle architectural emblématique de San Francisco : les maisons Victoriennes, pour la plupart entretenues avec soin par leur propriétaire. J'ai eu un intéressant débat avec Tallix au sujet du prix des loyers, soutenant que ces maisons étaient surement beaucoup plus chères qu'à Londres, de par leur localisation, leur importance historique et culturelle, etc. D'après la bonne femme qui promenait son chien dans le quartier, un studio (une seule chambre, donc) tourne autour de 2,000$ par mois, 1,500$ pour quelque chose de très petit. A peu près en adéquation avec un studio-placard à Notting Hill (1,000£)



Je me suis toujours demandé pourquoi les touristes (y compris votre serviteur) tenaient tant à marcher des heures pour prendre en photo un monument/tableau/bâtiment alors qu'ils pourraient se contenter de faire une recherche de cinq secondes sur Google pour trouver un cliché qui sera sans aucun doute bien meilleur. On a parcouru la moitié de la ville à pied pour trouver le Square d'Alamo, mais cela valait le coup : j'ai pu reproduire à l'identique l'une des plus célèbres cartes postales du monde.



Visite incontournable : le quartier d'Haight/Asbury, berceau de la contre-culture et de la révolution hippie des années 60. Certains y sont encore à l'heure qu'il est, toujours pas remis de leur premier trip d'acide. Les touristes se mêlent sans sourciller au clodos, marginaux, punks, anarchistes, hippies de tous âges squattant la rue principale du quartier. Ca m'a rappelé Camden Town à Londres : coloré, animé, et riche en commerces de toutes sortes. Des dealers habillés comme des dealers (on les reconnait à leur T-shirt blanc qui leur tombe jusqu'aux genous) nous ont proposé deux fois de l'herbe. On a refusé, se contentant des enseignes traditionnelles : une librairie où j'ai soigneusement suivi toutes les recommandations de la fille derrière le comptoir, repartant avec un kilo de bouquins que je ne lirai probablement pas avant 2012, et surtout Amoeba Music, un gigantesque disquaire indépendant où l'on trouvera absolument tout ce que l'on cherche : CD, DVDs, Vinyls, T-Shirts, affiches de concerts, disque pirates, et même vieilles VHS et cassettes audio. Le rayon import était très fourni, avec six bacs rien que pour la musique française. Si ce n'était pour un manque de place dans les bagages, j'aurais pu aisément compéter ma collection de 33 tours d'Elvis Costello et Led Zeppelin.



Le Golden Gate Park est situé au bout de Haight/Asbury. Pas étonnant, donc, qu'on y ait rencontré autant de hippies et de punks à chien. Le parc est gigantesque. Tous un tas d'activités sportives y sont disponibles : tennis, football, soccer, handball...



... de même qu'un superbe jardin japonais, où nous avons pris le thé en compagnie de... Stéphane Bazin et sa compagne. Quelles étaient les côtes pour que l'on tombe sur un joueur de poker français à 650 kilomètres de Vegas, et 8,000 kilomètres de la France ?





Le Golden Gate Bridge tel que l'on pouvait l'observer à notre arrivée devant celui-ci. On a cru qu'on arriverait jamais à le voir, mais finalement, la brume s'est dissipée en dix minutes, comme dans un rêve. "On run good", a dit Tallix.



Autre victime de notre improvisation : la visite de la mythique prison de l'île d'Alcatraz. Tout est complet plusieurs jours à l'avance. On aurait du s'y prendre plus tôt. Dommage, j'ai vu dix fois le film avec Clint Eastwood.





La mairie de San Francisco




36 heures, c'est bien peu pour découvrir une telle ville. Bien entendu que si cela était possible, je resterais six mois. Mais non. En attendant de devenir prof de français à l'université de Berkeley, départ dans la matinée de lundi pour deux jours de conduite vers le sud, sur légendaire autouroute du Pacifique. Kilomètres parcourus à San Francisco : zéro, mais on a marché une bonne vingtaine de kilomètres.

7 commentaires:

Julien Calamote a dit…

Merci pour tous ces partages Benjo.
Profitez bien de ce west coast trip !

Au plaisir de te croiser lors d'un tournoi.

Julien.

Anonyme a dit…

Merci Benjo.
Bonne route !

Hugo a dit…

très belles photos!

ben9.9 a dit…

Vraiment agréable à lire Benjo ! On a envie de vous rejoindre.

Tu passeras le bonjour à Tall de la part d'un quaker. =)

Lilou a dit…

la "grimace stupide" et d'après moi la dernière chose simple et agréable aujourd'hui.

Idem pour le top 10 et TALLIX à raison pour le "on run good" car ça aurait été vraiment dommage de rater un moment pareil.


"je sais pas comment ça s'appelle, ces bus reliés électriquement à des câbles suspendus" = trolleybus

profitez bien Mrs !!!

Hapi a dit…

hello... hapi blogging... have a nice day! just visiting here....

D8 a dit…

quel pied de lire ce post! J'ai passé 2 mois d'été 1992 à Frisco quand j'avais 20 piges, mais je crois que j'avais pas l'age pour apprécier tout ça..
En revanche Alcatraz j'avais pu le faire, tu pouvais rentrer dans la cellule d'Al Capone, franchement ça ressemblait pas à une chambre du Ritz..